PARTIE TECHNIQUE. FOURS ET CUISSON
En admettant le récit de Juvénal sur la monstruosité du fameux turbot (Rhombus) ou barbue de Domitien(‘) qu’on dut faire cuire dans son intégrité, et en ne donnant à ce poisson qu’une des grandes dimensions connues, c’est-à-dire i mètre 80 cent. (2), il eût fallu pour le cuire un plat d’environ 2 mètres ; ce plat devait être rond , tourné et de terre cuite , les expressions d’orbem et de rotam dont se sert Juvénal le disent clairement : or, le plus grand plat de Poterie commune que je connaisse et qui a été rapporté d’Espagne par M. Taylor a q5 cent, de diamètre.
Il paraîtrait que le plat dans lequel Vitellius faisait servir son fameux ragoût composé de laites, de foies, de langues et de cervelles, et qu’il nommait l’Égide de Minerve, était au moins aussi grand , puisqu’il fallut construire un four exprès pour le cuire (3); ce qui nous apprend sans aucun doute, que ce n’était pas un plat de métal.
En supposant beaucoup d’exagération dans ces récits, ils doivent néanmoins faire admettre que les anciens pratiquaient avec une grande habileté l’art de la composition des pâtes de Poterie et de leur façonnage , et qu’ils avaient des fours à Poteries plus grands que nous ne le penserions, d’après ce qui nous reste des fours romains.
§ 4. — Cuisson et Fours à Potier des anciens.
On a très-peu de notions sur les Fours des anciens : quelques pierres gravées, quelques figures et quelques débris d’anciennes
(‘J «Incidit hadriaci spatium admirabile rhombi
» Impie vitque sinus , etc.
» Sed deerat pisci patinæ mensura...
»... Montanus ait, testa alla paretur » Quæ tenui muro spatiosum colligat orbem :
» Dçbetur magnus patinæ , subitue que Prometheus.
» Argillam atque rotam citius properate : sed » Tempore jain, Cæsar, figuli tua castra sequantur. »
(Juvénal , sat. iv. )
(*) Rondelet di t en avoir vu de cinq coudées de long : c’est environ deux mètres.
(s) Pline, lib. xxxv, cap. xii.
fabriques romaines , sont les seules sources où l’on puisse en puiser.
Ceux qui sont indiqués plutôt que dessinés sur les médailles , semblent représenter plutôt ces petits Fours à cuire les couleurs, que nous appelons Moufle, que de vrais Fours à cuire les pâtes.
Parmi les plus remarquables, sont ceux des Potiers égyptiens représentés PI. m , fig. 6 et 7, qui sont très-différents par leur forme des Fours des Potiers modernes; ils se rapprochent au contraire, des Fours cylindriques des porcelaines et des faïences fines.
Les Fours romains, dont on a trouvé des restes assez bien conservés pour qu’on puisse s’en faire une idée plus exacte que des précédents, sont au contraire très-compliqués (PI. \v,fig- 1, 2, 3 et 4); on les décrira en détail, à l’article des Poteries romaines.
§5. — Décoration des Poteries antiques ; formes , ornementation et couleurs -
Les anciens, et j’entends toujours par cette désignation les peuples de l’Europe, n’ont su, même jusqu’au xii® siècle, donner aucune couleur variée à leurs Poteries. Les Grecs ont épuisé tous les moyens qu’ils possédaient en couleurs capables de résister au feu, pour décorer en blanc, rouge de brique, bleu, jaune d’ocre, leurs vases de terre au moyen d’espèces d’ En gobes , c’est-à-dire , d’argiles colorées qui pouvaient adhérer assez solidement par leur faible feu de cuisson , mais qui restaient toujours mates.
Ils les ont décorés, soit en dessins d’ornement et de figure , mais avec la seule couleur vitrifiable qu’ils possédaient , qui était un beau noir brillant; soit en reliefs, comme le montrent les Poteries romaines (*) et quelques Poteries germaines , et encore ces reliefs étaient-ils souvent faits avec des estampilles, ainsi qu’on le verra à l’article des Poteries romaines ; soit enfin en linéaments gravés dont les formes et les dispositions , quoique extrêmement variées
(') Voyez les détails relatifs à la partie historique des Poteries à pâte tendre, classe irt, liv. 11, ordre 1 et 2.