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MATTES. AMÉIUQUE MÉRIDIONALE. BRÉSIL

Le vernissage au plomb de quelques Poteries n’est pratiqué que depuis laconquête, et encore ne l’est-il que comme exception.

On remarquera que le tour à potier n’était pas encore connu en 1827 , époque où M. Aie. d’Orbigny visita les indigènes Guaranis du village d’Itaty, célèbre par sa Poterie dans toute cette partie de l’Amérique méridionale.

Les formes et les ornements de ces vases ont un caractère particulier, on en verra des exemples pris sur la suite que M. d’Orbigny a donnée au Musée de Sèvres , et dans le catalogue de ce Musée, PI. xix,^. \ , et PI. xxxii ,fig. 12.

Ainsi, dans le singulier vase d’Itaty, qui représente un Tatou ( Musée céramique, PI. xix, fig. 4), trois matières colorantes, le rouge , le noir et le blanc, ont été employées pour indiquer les bandes qui composent l’enveloppe squammeuse de cet animal.

Chili. — On y fabrique des Poteries très-semblables à celles du Pérou moderne par la couleur constante ou noir grisâtre ou rougeâtre de la pâte avec engobe d’un beau rouge pour l’une et d’un noir assez pur pour l’autre. Le polissage, la perméabilité complète et rapide , le façonnage sont les mêmes qu’au Pérou.

Dans les tirelires de Valparaiso , Jîg. i3, PL xix du Mus. cér. , la pâte est très-fine , blanche , grisâtre dans les rouges , gris de cendre dans les noires ; l’enduit d’un rouge ocreux ou d’un mat pur, a un poli extrêmement brillant. Parmi ces pièces, plusieurs sont couvertes d’ornements en argile blanche posée après coup , et qui ne paraît pas avoir reçu l’action du feu.

Paraguay. — Je n’ai d’ exemple de Poterie fabriquée dans cet État de l’Amérique méridionale qu’une bouteille de cultivateur, pyriforrne, de pâte noirâtre, très-grossièrement façonnée , assez dure, un peu sonore, et qui tient très-bien l’eau. (Mus. cér., PI. xtx,y%. 10.)

Brésil. — C’est un des pays de l’Amérique où, après le Pérou, on ait fabriqué le plus de Poterie, tant avant l’arrivée des Européens que depuis leur établissement. Les indigènes ne connaissaient pas le tour, je l’ai déjà dit, et s’ils le connaissent actuellement, ils ne l’emploient pas généralement. Nous possé-

dons dans le Musée céramique de Sèvres des vases d’ornement , PI. xiXiJig. 8 et ta , dont les collets ont été très-certainement faits sur le tour.

On cite trois points principaux de fabrication.

Le premier, à Paraliiba, province de Fernambouc.

Le deuxième près de Bahia , entouré de villages habités par des Potiers qui approvisionnent Rio-Janeiro.

Le troisième est à Sainte-Catherine. •

On fait à Parahiba des vases en terre jaune rosâtre, rehaussés à l’intérieur d’un enduit rouge d’une vive couleur et couverts d’ornements blancs en forme de poires , de fleurons , de feuilles , de petites palmettes. Ils sont semblables en tout, et comme je l’ai déjà annoncé, aux Poteries de Manille. Les ornements blancs sont en terre blanche qui n’a presque point d’adhérence avec la surface du vase.

Ces trois centres de fabrication fournissent depuis l’an i5oo la série nécessaire de vases usuels à tout le Brésil. On en voit un grand nombre de figurés dans le voyage de M. Debret au Brésil (*). Je donne quatre figures de ceux qui m’ont paru les plus remarquables.

La fig. 16 de la PI. xxvm, représente un vase à contenir de l’eau, en terre rouge, à ornements repoussés à la main. Chaque anse a une petite tête vernissée en vert. La fig. 12, une soupière nommée Panellas ; la fig. 1 1 , de la planche 6 bis de Debret, est un vase à eau nommé Falhia , jarre-, les figures de la même planche sont des vases à boire nommés Morinhas.

Tous ces vases , peu cuits , laissent transsuder l’eau , qui s’y tient assez fraîche. Aussi est-on obligé de les élever sur des espèces de petits trépieds.

Ce sont les femmes aborigènes qui font ces Poteries, et même les grandes jarres nommées Camucis, décrites plus haut, p. 4m .

Pour les cuire , elles creusent une fosse assez profonde pour que le plus grand vase puisse s’y tenir debout, sans en dépasser les bords. Elles la remplissent de branchages, qu’elles allument afin de chauffer d’abord ce vase très-doucement. Puis ,

(') .T.'-B. Df.bret, Voyage pittoresque et historique au Brésil, de 1816 à 1831 , 3 vol. in-fol., avec un grand nombre de planches, Paris, 1834.

MATTES. LES HYDROCÉRAMES.

quand ce bois est réduit en braise , elles placent dessus cette braise toutes les petites pièces , les recouvrent de nouveau de branchages secs, les allument et terminent ainsi la cuisson du grand vase et des petites pièces. (Debret, ibid., p. 53.)

Je dois rappeler , pour compléter l’histoire de l’art céramique au Brésil, ce que j’ai dit sur les grandes jarres et leur singulière destination, au livre II, p. 41 1 1 de cet ouvrage.

Appendice au jcr ordre — ou DES poteries JtIATTES.

Beaucoup des Poteries dont je viens de parler peuvent être indistinctement ou mattes ou couvertes d’une glaçure, suivant la volonté du Potier } il a quelquefois peu de changements à faire à leur pâte pour la rendre propre à recevoir la glaçure , et quelquefois même il n’y en a aucun.

Mais certaines Poteries qui doivent nécessairement être mattes et perméables , suffiraient pour constituer à elles seules l’ordre des Poteries mattes. Ce sont :

Les hydrocérames ou alcarazzas.

Les Poteries , vases ou pots d’horticulture.

Les formes à sucre.

Je dois donc en traiter séparément.

!re Sorte. - LES HYDROCÉRAMES (*)■

La plus remarquable de ces Poteries , celle qui est faite dans toutes les parties chaudes de l’ancien monde et dans quelques contrées du nouveau , sous des noms différents , mais qu on ne fait avec succès et avec raison que dans les climats à température qui est, au plus bas terme, de i5 degrés centigrades, s élevant souvent au delà de 3o degrés , sont des Poteries à pâte perméable qui ont la faculté d’abaisser la température de 1 eau de

P) C’est-à-dire vase i eau ou vase qui suc : c’est lourmy qui, vers 1809 , a donné ce nom univoque et assez significatif, à cette réunion de vases ayant tous le même objet avec des noms différents dans chaque pays ou on les fait mais point de nom commun ; c’était le cas de faire un nom général.

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5 à 8 degrés centigrades au-dessous de celle du lieu où elles sont placées, en lui communiquant quelquefois un goût argileux qui ne déplaît pas à certains peuples.

On leur donne suivant les pays , et même quelquefois suivant les formes , des noms différents , que nous réunissons sous le nom générique et assez significatif d’ hydrocérames.

On les appelle :

Alcarazzas ou alcaradzas en Espagne et en Portugal, du nom du lieu où on va chercher l’argile qui sert à les faire. (Link, Voy. en Port.) , et aussi catimploras et bucaros. Ceuxci sont rouges.

Gargoulettes dans l’Inde.

Qoulleh, bardaques ou bardach et balasse, du lieu où on les fabrique, en Égypte.

Canaris, dans les colonies de l’Amérique.

Les détails de la fabrication diffèrent un peu selon les lieux. Il me semble important , avant de parler de ces différences , d’en établir le principe.

Le but qu’on se propose est d’avoir des vases qui , sans laisser l’eau s’écouler à l’état liquide , s’en laissent pénétrer et traverser, de manière à ce qu’arrivée à la face extérieure , elle s’y étende et présente à l’air une grande surface qui favorise une évaporation assez rapide pour opérer un rafraîchissement susceptible d’abaisser la température dans nos climats de 4 à 7 degrés centigr.

Il faut donc donner à la pâte de ces vases une porosité telle , qu’elle entretienne constamment la pénétration de l’eau et l’humectation du vase, sans permettre un écoulement rapide.

On y parvient en rendant poreuse par l’addition d’une certaine quantité de sable fin , poit une argile figuline , soit une marne argileuse, et en ne faisant cuire ces pièces qu’à une faible température 5 ou bien en introduisant dans la pâte des poussières qui sont enlevées soit par la cuisson , soit par l’eau , telles que du selmarin qui laisse , par suite de sa dissolution , un grand nombre de petites vacuoles.

Les formes que l’on a données à ces vases sont très-nombreuses, très-singulières quelquefois; mais elles tendent la plu-

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part au but qu’on veut atteindre , qui est une rapide évaporation par l’extension des surfaces (‘). i

Pour préciser suffisamment ces principes de composition, je vais présenter quelques exemples de fabrication , principalement en Espagne, pays le plus voisin de la France où ees vases rafraîchissants sont en assez grand usage

M. Lasteyrie est le premier qui nous ait fait connaître cette fabrication , dans un Mémoire lu à la Société philomatique et inséré dans le Journal des Mines (an v (1797), n° 34, P- 79 0-

Les hydrocérames d’Espagne, Aie arazzas , ont pour base .une marne argileuse qui contiendrait, d’après les essais de Darcet, environ 60 pour 100 de carbonate de chaux. Le reste est silice, alumine et un peu de fer (2). Lorsque cette terre a été bien pétrie, on y ajoute du selmarin peu à peu, jusqu’à environ 5 kilogrammes pour une marchée ou 100 kilogrammes de pâte. Percy dit également qu’on y ajoute du sel qui a été séché au feu, finement pulvérisé, et passé au tamis de soie. M. Shaw donne pour la pâte des alcarazzas qu’on a faits en Angleterre à l’imitation de ceux d’Espagne , une composition très-différente. C’est le corps de pâte qu’on y appelle red bodie , qu’on emploie et qui a pour éléments : silex , 36 5 — argile rouge et marne , 56 ; — • argile à brique, 8. On y ajoute un peu de sel, et on donne une faible cuisson. Cette pâte poreuse a cependant assez de solidité.

On place ces vases rafraîchissants ou seuls dans un four à Potier dont on élève peu la température , ou avec d’autres Poteries dans les parties de ce même four où la température est la plus basse.

Le façonnage est à peu près le même , dans plusieurs de ses parties , que celui de toutes les Poteries dont la pâte se manie facilement, qui ne se ramollit, ni ne gauchit au feu, et qui n’est qu’ébauchée sans être tournassée.

(i) Les planches xxt, xxii et xxiii du Musée céramique donnent une Idée des variétés de formes très-nombreuses que présentent ces vases dans toutes les parties chaudes de l’ancien inonde, surtout en Espagne et dans l’Inde. Je vais en spécifier quelques-unes.

i«) Voyez au tableau des analyses de Poteries celle d’un hydrocéramc d Egypte , qui n’indique que 29 p. 0/0 de carbonate de chaux.

POTERIES TENDRES, FINES

Cependant il y a dans certains Alcarazzas d’Espagne un genre d’ornements si singulier, si extraordinaire même, et par conséquent si compliqué , qu’il serait curieux de savoir comment il se pratique. Les fig. 6,8,9, io et 1 1 de la PL xxm, et encore plus les fig. 7 et 5 de la PL xxii du Musée eéramique , donnent une faible idée de cette extravagance de forme. On a de la peine à croire que tous ces appendices, dont plusieurs, tel qu’on le voit dans la fig . 5, sont suspendus au vase par des fils de fer, aient pour but unique de multiplier les surfaces ; et d’ailleurs commentdes figures et desornements dans l’intérieur mêmeduvase(1) pourraient-ils , plongés dans l’eau , en accélérer ou en augmenter » l’évaporation ?

Le lieu le plus renommé pour la fabrication des Alcarazzas qui sont blanc grisâtre, est Andujar, dans l’Andalousie. La marne argileuse est prise dans les environs de cette ville et c’est dans la pâte de ces Alcarazzas que l’on ajoute du sel.

On en fait dans plusieurs autres parties de l’Espagne , notamment aux environs de Valence , dans la Murcie , etc.

Les bucaros que l’on fait à Salvatierra , en Estramadure , sont rouges et moins poreux que les Alcarazzas \ ils rafraîchissent moins l’eau , mais ils lui communiquent un goût qui plaît aux femmes de Madrid.

Il paraîtrait qu’en Portugal , d’après le récit très-circonstancié de Link, on n’introduirait point de sel dans la pâte des Alcarazzas , qui ne devrait sa porosité qu’à un mélange convenable de sable et à une faible cuisson. Il est certain que Fourmy a fait ses hydrocérames sans sel , et que le dégourdi de porcelaine remplit parfaitement bien , comme on va le voir, L’office de vase rafraîchissant.

(') PI. xxm, la figure 6 (6) fait voir les ornements dont est rempli l’Intérieur de l’bydrocérame espagnol , fig. 6 (a). Le Musée céramique possède cinq à six vases avec ces dispositions singulières ; ils ont été rapportés d’Espagne par M. le baron Taylor. J'ai appris que ces pièces étaient des vases de simple ornement , qu’on plaçait remplis d’eau sur la table dans les grands repas , mais qui ne servaient que dans ces occasions, et que souvent même ils ne servaient qu’une fois, tant ce façonnage si compliqué était peu cher. En effet, nous voyons sur nos tables des croquantes de pâtisseries représentant des objets d’architecture trèsriches, et qui faites exprès pour la circonstance , sont détruites immédiatement.

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On fait jouer en Portugal un rôle pour ainsi dire inverse aux Alcarazzas qu’on fait dans ce pays. Ils servent à mettre du tabac en poudre , et pour donner à cette poudre l’humidité qui lui convient , on plonge les vases dans l’eau qui pénètre par attraction capillaire jusque dans le centre de la masse de tabac.

Les Hydrocérames d’Égypte, qu’on nomme généralement bardacli , sont tous fabriqués dans la haute Égypte entre Denderah , Kené et Thèbes , et principalement à Balasse. Non-seulement ces vases servent à rafraîchir l’eau , mais aussi à clarifier les eaux du Nil , le mouvement de suintement de l’intérieur à l’extérieur entraînant vers les parois la partie terreuse qui trouble l’eau. La base de ces Hydrocérames est une terre argilo-sableuse à laquelle on ne fait subir d’autre préparation que le pétrissage et le tournassage. On fait d’abord raffermir ces vases à l’ombre, puis au soleil , et on leur donne en outre une faible cuisson avec un feu de paille.

On boit à même dans ces vases , et pour éviter que l’eau n’afflue trop rapidement à la bouche , l’ouverture de l’étranglement du vase est garnie d’une espèce de grille en terre de même nature que la bardach n° 4$- On les parfume quelquefois , comme en Perse , de divers aromates (‘).

Ces vases se fabriquent par milliers , et ils sont à si bas prix qu’on aime mieux en avoir de nouveaux quand ils ne vont plus bien, que

de chercher à les nettoyer .

On fait en Perse des Hydrocérames, notamment dans la ville

de Cora, où Chardin était en 16725 il les vante beaucoup. Ils sont blancs. On les humecte d’abord d’eau de rose , puis on les suspend enveloppés d’un linge mouillé. Ces vases ne peuvent servir que cinq ou six foi-s , les pores se bouchant bientôt (*) ,

(I) Denou , Voyage en Égypte , 1802, p. 276. Il fait remarquer que leur forme est généralement simple et pure, ce qui est vrai , qu’ils sont de toute antiquité , car on les trouve représentés sur les monuments les plus anciens , et que ces formes simples et pures ont été le modèle toujours suivi par les Potiers-

égyptiens modernes.

(*) Chardin, Voyage en Perse , 1. 1, p. 202.

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et l’eau non-seulement ne les traverse plus , mais elle prend un goût désagréable.

Les Hydrocérames de l’île Bourbon sont faits avec une argile rouge qui paraît résulter de la décomposition des roches volcaniques (‘).

J’ai dit que l’objet principal d’un Hydrocérame était de rafraîchir un peu l’eau , et que tous les vases poreux jouissaient de cette propriété. Il y a néanmoins plusieurs conditions à remplir pour qu’ils fassent le plus complètement possible les fonctions d’Hydrocérame. Leur position en est une. Il faut qu’ils soient isolés , suspendus , exposés à un courant d’air ; que leur forme soit plutôt cylindrique et longueque sphéroïdale ; il est plus avantageux de distribuer la même quantité d’eau dans plusieurs Hydrocérames de deux litres au plus , que de la mettre dans un grand vase. Enfin il faut faire attention qu’au bout d’un certain temps leurs pores s’obstruent d’autant plus promptement que l’eau est moins limpide, et qu’alors ils perdent leur propriété transsudante.

L’abaissement de la température n’est pas très-considérable. Je ne connais pas d’expérience faite avec exactitude dans les pays chauds sur le degré de cet abaissement. On dit bien qu’elle n’est en général que de 4 à 8 d. R. en une heure environ -, mais ne trouvant rien de plus précis, j’ai cherché à l’obtenir. J’ai fait à ce sujet quelques expériences, à Sèvres, dans le milieu de l’été.

J’ai placé, suspendu dans un courant d’air, à la fin de juillet, trois Hydrocérames de trois origines différentes , et je les ai mis , autant qu’il m’a été possible , dans les mêmes circonstances , plaçant près d’eux un vase imperméable , d’à peu près la même capacité , et rempli d’eau à la même température que celle que j’avais versée dans les Hydrocérames.

L’un était un Hydrocérame rapporté d’Espagne parM. Lastèyrie, l’autre un Hydrocérame de la fabrique de M. Fourmy , vers 1 8oo , le troisième, un vase ayant la forme d’une petite amphore pointue , fait en dégourdi de porcelaine de Sèvres. J’ai laissé ces vases en expérience au moins quatre heures.

J’ai obtenu de ces observations les résultats consignés au tableau suivant :

0) fioRY St-Vincent, V o jj âge « Bourbon, t. III, p. 236.

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TABLEAU

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