CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES TECHNIQUES
line , ni avec une glaçure plombeuse comme les vernis des Poteries communes des peuples européens actuels les plus ignorants , vernis bien plus faciles à faire que les lustres minces des Grecs et des Romains? Qu’on ne me cite pas quelques petites pièces très-rares qui paraissent enduites de ce vernis, et qu’on attribue aux Romains du me ou ive siècle. Car si les Romains ont connu ce vernis, comment ne l’ont-ils pas employé ? comment, sur les milliers de fragments de Poteries antiques trouvés dans toutes les parties de l’Europe, ne donne-t-on que six ou sept exemples de ces fragments vernissés, assez incertains pour l’époque de leur fabrication î Je n’excepte pas de cette exclusion les Égyptiens. Je ne connais aucune poterie égyptienne recouverte du vernis dont je parle, et cependant ces peuples savaient faire le verre, le verre coloré tant opaque que transparent. Ils savaient recouvrir quelques pièces d’un mauvais vernis vitreux ou bleu ou vert-bleuâtre qui attire encore l’humidité de l’air, qui se couvre d’efflorescences salines, et qui ne pouvait servir à enduire que des objets d’ornements, mais nullement à rendre imperméables et usuelles les Poteries d’usage domestique.
Les matériaux ne leur manquaient pas pour faire des pâtes dures et imperméables. On trouve partout de l’argile plastique, on trouve partout de cette argile qui cuit blanc ou tout au moins rosâtre ; ils la connaissaient, ils s’en servaient même pour engobes à basse température. Les Lecythus athéniens à grandes parties blanches, la belle et si ancienne coupe d’Arcésilas, recouverts de ces en go b es, en font foi, et cependant nous ne connaissons chez les anciens aucune Poterie à pâte blanche 5 toutes , à l’exception de quelques Poteries gallo-romaines des bords du Rhin , qui sont à pâtes blanchâtres mais sales et grenues , sont rouges, gris de cendres ou noires.
Quels que soient les exemples contraires qu’on me citera ou qu’on m’apportera, quelles que soient les découvertes qu’on fera, il n’en restera pas moins constaté que sur 3o ou 36 siècles qu’on peut accorder aux temps historiques, il s’est passé plus de 20 siècles pendant lesquels on n’a fabriqué ni en Europe, ni en Afrique aucune Poterie émaillée, ni même vernissée au plomb, aucune Poterie à pâte dure, fine, imperméable et blanche comme est
celle de la faïence fine ou terre de pipe, ou compacte et dure comme celle du Grès-cérame.
Au contraire, si nous entrons en Asie et surtout si nous pénétrons jusque dans sa partie orientale, en Chine et au Japon, nous n’y trouvons plus et même dans les temps les plus reculés, que des Poteries à pâte dure et imperméable comme le Grès, que des Poteries à couverte terreuse, comme les porcelaines 5 c’est tout au plus si parmi les pièces rapportées de ce pays en nombre si prodigieux j’ai pu en voir une sur 10,000 qu’on puisse attribuer par la pâte, aux faïences fines. Je sais qu’on rapporte des pays lointains plus de pièces de luxe que de pièces d’usage ordinaire 5 je conçois que ces premières doivent avoir frappé plus vivement les voyageurs que les Poteries populaires ; mais encore serait-il échappé quelques-unes de ces dernières si on en faisait dans ces lieux avec quelque abondance. Au reste, c’est une question que les circonstances nous permettront de résoudre complètement dans quelques années par le soin que j’ai de recommander à tous les voyageurs observateurs de rapporter plutôt les pièces d’usage habituel , que les pièces presque exceptionnelles des classes riches.
§ 2. — Sur quelques rapports entre la Céramique
et la Géologie.
L’étude de cette industrie et de son histoire nous conduit à des considérations d’un tout autre genre , et qui établissent entre l’art céramique et la géologie des relations assez curieuses.
La position souterraine des tombeaux et des vases qu’ils renferment, la présence de débris de Poteries dans des parties assez profondes et assez épaisses des terrains meubles et superficiels de l’écorce du globe , leur mélange intime , apparent ou réel , dans les cavités naturelles de cette écorce , avec des ossements qui ont appartenu à des animaux de races perdues, avec des pierres dures taillées pour armes ou pour outils par les premiers hommes qui ont peuplé ces - terres, sont encore des circonstances historiques et géologiques qui donnent aux arts céramiques une nouvelle importance , en montrant les plus an-