‹ Traité des arts céramiques (volume 2)Chapitre 89 sur 261 · C. Calibrage · texte numérisé non relu

C. Calibrage

Il y a dans le Façonnage sur le tour de certaines pièces et notamment des assiettes , une particularité qui ne tient pas au tour en lui-même, mais à la manière dont on donne plus promptement, plus sûrement et plus également la forme ronde avec les contours qui appartiennent à la pièce, aux plats, même aux plats ovales, aux assiettes, aux soucoupes et à toutes les autres pièces plates qui , en raison de leur usage , sont fabriquées en grand nombre.

Cette particularité consiste à abaisser sur l’ébauche de la pièce faite soit à la housse, soit .à la croûte, un calibre ( Chablon en Allemagne) qui présente à son bord interne le profil découpé dans une lame d’acier coupante, exact ou au moins très-net, de la forme soit du dedans, soit du dehors de la pièce, en lui donnant en même temps exactement l’épaisseur et les contours qu’elle doit avoir.

C’est un mode de Façonnage très-généralement répandu et appliqué à toutes les Poteries qui doivent présenter des formes constantes et précises ; mais il présente des différences assez notables suivant la nature de la Poterie à laquelle on l’applique.

Je dois me contenter d’en faire connaître ici le principe commun, me réservant de le développer lors de son application aux

CALIBRAGE.

différentes classes de Poteries où il est employé et surtout à la porcelaine où il trouve dans son application, principalement à la porcelaine de Sèvres, de grandes difficultés. Aussi est-ce à cet article que je donnerai les détails de ce Façonnage particulier.

Il faut que la lame dont le bord donne le profil de la pièce, soit perpendiculaire à sa surface, et simplement atténuée s’il ne j s’agit que d’ébaucher la pièce au plus près, ou légèrement inclinée en avant et coupant quand il faut tournasser ou finir cette pièce. La pression doit être égale du centre à la circonférence de j la pièce. 11 faut par conséquent, que les extrémités du calibre j soient fixées, l’une par une charnière du côté du bord extérieur de la pièce et l’autre appuyée sur un support placé à l’extrémité opposée, de manière qu’aucune pression ne puisse diminuer l’espace qu’il y a entre le tranchant du calibre et le moule en plâtre qui ; porte l’ébauche ni par conséquent faire varier l’épaisseur de la pièce.

Ces conditions paraissent au premier coup d’œil très-faciles à remplir -, cependant, nous verrons en parlant du calibrage des assiettes en porcelaine dure de Sèvres combien il est difficile d’y satisfaire complètement.

En jetant un coup d’œil sur la figure 7 de la planche lv et sur celles qui sont répandues dans le texte, au façonnage des faïences fines et des porcelaines, on prendra une idée de ce que c’est qu’un Calibre et des différentes manières de l’employer suivant les espèces de Poteries et les différents pays. On apprendra à l’histoire de ces Poteries quelles sont celles qui se prêtent le mieux à cette sorte de Façonnage comme la faïence fine, ou le plus difficilement comme les porcelaines dures.

Article II. — do MOULAGE.

Cette opération est une des plus compliquées , des plus difficiles et des plus importantes de l’art céramique. Elle s’exerce sur toutes sortes de pâtes et sur toutes sortes de pièces , depuis les briques jusqu’aux statues.

On va remarquer que malgré ces différences énormes des pâtes et des produits , les principes généraux sont à peu près les mêmes.

MOULAGE

Le Moulage diffère de l’ébauchage , en ce qu’il suppose un moule ou appui sur lequel la pâte céramique doit être appliquée pour en prendre la forme.

Le moule suppose ordinairement un modèle sur lequel il a été fait. L’appui est la condition essentielle du Moulage, il n’en est pas de même du modèle ; ainsi dans un des Moulages le plus difficile, celui des tables, plaques, carreaux, etc., à la croûte, celui des vases, tasses, etc., à la housse, le moule ne se fait pas sur le modèle , et souvent il n’y en a aucun.

Le Moulage n’est peut-être pas aussi ancien que le tournage , cependant on peut présumer que la pratique grossière de cette opération céramique a suivi de très-près celle du tournage ; mais que les premiers Potiers étant des ouvriers trop peu habiles pour faire des modèles , les ont pris directement dans la nature , et que ne sachant souvent comment retirer le modèle de son moule, ils avaient choisi pour modèle des corps naturels susceptibles de se détruire facilement, tels que des fruits. Ainsi, après avoir couvert d’argile ces sortes de modèles , ils pratiquaient ce que l’on fait maintenant avec beaucoup plus de perfection dans le Moulage que l’on appelle à creux perdu, où le modèle en argile est sacrifié ; ici de même le fruit sur lequel le moule avait été fait pouvait être enlevé facilement. On attribue à la facilité de se procurer ces sortes de modèles et de mOules, la forme de fruit que présentent plusieurs vases de la plus haute antiquité (*).

L’opération complète du Moulage nous présente trois considérations ou actes principaux qui doivent être étudiés successivement :

1° Le modèle;

2° Le moule ;

3° Le Moulage proprement dit , dans lequel se succèdent :

a. La préparation des pâtes;

b. L’action du Moulage ;

c. Le démoulage.

P) J’ai dit, page 10, que je ne connaissais aucun exemple authentique à l’appui de cette opinion, qui n’est pas invraisemblable, mais que je ne pouvais établir sur aucun fait positif.

MOULAGE

MODÈLES

§ \ . — Des Modèles.

Les Modèles pour le moulage des pâtes céramiques , faits par les artistes nommés modeleurs ou empruntés même à d’autres arts, n’exigent essentiellement aucune construction particulière. L’art céramique peut exécuter toutes les formes qu’on lui demande , mais il en est qui réussissent plus facilement que d’autres.

Il faut en général éviter autant qu’il est possible les angles à arêtes vives et les angles aigus; il faut éviter de faire coïncider des amincissements avec des courbures ; on échappe rarement aux fentes dans ces parties; il faut éviter aussi les parties trop massives, ou au moins se laisser la ressource de les évider. Les parties très-saillantes, très-avancées et en porte-à-faux, telles que les bras tendus, les jambes des chevaux relevés, etc. , conservent difficilement leur exacte position dans la cuisson, malgré les supports qu’on place pour les soutenir. Dans les pâtes non ramollissables, la retraite générale qu’on ne peut être sûr de rendre parfaitement proportionnelle dans toutes les parties d’un groupe, d’une figure, etc., dérange ces parties, et dans les pâtes ramollissables, ce ramollissement vient se joindre à la retraite pour causer un dérangement encore plus considérable. On doit surtout éviter les lignes droites, telles que les socles rectangulaires , les entablements , les corniches , les pilastres, les arêtes qui terminent les monuments d’architecture, etc. Il est très-rare de conserver à ces lignes la parfaite rectitude qui en fait le caractère; aussi regardons-nous la répétition des monuments d’architecture comme hors du domaine des arts céramiques , même des terres cuites. Il faut donc, pour les objets de simple décoration et de commerce, conduire la composition des modèles dans toutes ces prévisions, afin d’éloigner d’autant plus les chances d’avaries.

Quant aux objets où l'art est le but principal , où il doit être satisfait avant tout, c’est au Potier chargé de l’exécution de telles productions à employer toutes les ressources de son génie et de sa pratique pour faire réussir de telles pièces.

Il en est de même des matières avec lesquelles les modèles peuvent être faits -, il n’y a aucune exception à cet égard , mais il y a beaucoup de préférence.

Les Modèles en argile se font aisément, mais ils ne peuvent pas être terminés avec pureté.

Les Modèles en cire dure présentent de grands avantages , et sont préférables à tous les autres quand ils ne doivent pas fournir un grand nombre de Moules.

MODÈLES

Mais les Moules faits sur ces deux matières ont des inconvénients lorsqu’il s’agit d’y mouler avec netteté des pâtes céramiques. Si c’est sur de la cire qu’on les fait, ils enlèvent toujours une partie de la matière huileuse qui a servi à assouplir la cire; si c’est sur de l’argile , elle est délayée, et le modèle est altéré par l’eau du plâtre liquide dont on enduit le Modèle.

Les Modèles en plâtre ont plus de fermeté : on les fait en plâtre gâché serré , et on augmente encore leur durée en les pénétrant d’huile siccative qui les durcit considérablement.

Lorsque les Modèles doivent fournir un grand nombre de Moules, on a recours à l’un des deux procédés suivants :

Si ce sont des Modèles de figures ou de pièces d’ornement , on les fait en métal , soit en étain , soit en bronze.

Mais si ce sont des Modèles de pièces unies et de formes simples , on se contente d’un Modèle en plâtre très-exactement fait et durci par l’huile grasse.

On coule sur le Modèle des mères , c’est-à-dire des Moules qui ne sont pas destinés au moulage des pièces de Poterie, mais à reproduire de nouveaux Modèles sur lesquels on puisse faire un très-grand nombre de Moules avant qu'ils soient altérés.

Nous prendrons pour exemple une assiette, la pièce la plus multipliée dans les arts céramiques.

Après avoir fait en métal ou en plâtre un Modèle exact de l’intérieur de l’assiette, PL lv, fig. 5, qui par conséquent représente cet intérieur en saillie, et qui pourrait même être considéré comme Moule-Modèle, on le durcit, s’il est en plâtre, avec l’huile siccative, c’est le Modèle-type-

On peut couler sur ce Modèle-type, sans l’altérer, cinquante Modèles en creux, qu’on appelle des mères; or, chacune de ces mères, fig. 5, B, étant susceptible de produire , avant d’être altérée , cinquante Moules, on voit que ce Modèle-type, quoique fait en plâtre, peut produire deux cent cinquante Moules d’assiettes avant qu’on soit obligé de reprendre et de réparer une de ces mères pour fournir un nouveau Modèle-type.

S’il était en métal , il n’y aurait à ma connaissance aucune limite assignable à cette multiplication.

Les épreuves du même Moule ou de la même mère, toutes choses étant égales d’ailleurs , ont exactement la même dimension.

Mais celles qui résultent de la succession de moulage qui , sur le Modèle, donne la m è r e , et dans la m è r e donne les Moules, varient de dimension, suivant qu’ils sont en métal, en plâtre ou en terre.

A chaque opération de Moulage en plâtre , il y a augmentation d’un centième au moins, et comme du Modèle-type au Moule, il y a deux opérations ou Moulages, il faut donner au Modèle-type deux centièmes de moins en dimension linéaire que celle que doit avoir le Moule, i. 9

MODÈLES

La manière d’obtenir le Modèle-type avec une grande régularité , tantôt en le faisant directement, tantôt en le coulant dans un Modèle creux ou matrice fait en argile , les précautions qu’il faut prendre pour former la m è r e sur le Modèle-type , l’attention qu’il faut apporter pour qu’il n’y ait pas d’humidité dégagée ni d’adhérence entre les deux pièces en coulant les Moules dans la m è r e , sont des considérations de détails que la pratique peut seule enseigner efficacement.

Les parties que l’on appelle des garnitures, et qui doivent être trèsmultipliées, telles que les anses de tasses, les becs de pots, etc. , demandent aussi qu’il soit fait des Modèles-types dont on puisse tirer un très-grand nombre d’autres Modèles destinés à fournir les Moules nombreux qui sont nécessaires. C’est une espèce de polytypage.

En prenant pour exemple le polytypage d’une anse, voici quels sont les procédés que l’on suit.

On fait sur le Modèle-type, PI. lv, fig. 1, en quelque matière qu’il soit, un Moule en plâtre, fig. 2, A, en deux parties, que l’on appelle quelquefois coquille. On n’en a figuré qu’une. Chaque partie donne le creux de la moitié de l’anse, prise dans sa longueur avec sa portée ( p,p ). On vernisse ces deux pièces, on coule dans chacune d’elles, et sur la portée (p,p), deux plâtres (B, c), qui donnent chacun en relief la moitié de l’anse adhérente à la portée. On vernit ces nouveaux Modèles ou types C, qui doivent servir pour couler tous les Moules en plâtre non durci, dont on peut avoir besoin pour multiplier cette anse (fig. 1, A), en pâte céramique. Les figures A, B, font voir le profil, l’une, A, du moule creux de l’anse, et l’autre, B, du relief de la moitié de l’anse, pour refaire le Moule ou mère.

Lorsque le second type est amolli et comme usé par les nombreux Moules qu’il a fournis, on peut en faire un troisième dans le moule vernissé, et de cette manière multiplier les pièces sans qu’elles soient altérées, car le type-modèle, en le supposant en plâtre durci , peut donner 50 Moules-types très-nets ; chaque Moule-type vernissé peut donner 50 nouveaux Modèles-types très nets aussi , ce qui fait 2,500 nouveaux Modèles-types durcis; chaque Modèle du second type peut donner de môme 50 Moules en plâtre non durci , ce qui fait 125,000 bons Moules , qui peuvent donner au minimum 30 pièces ou anses en porcelaine, c’est-à-dire 3 millions 750 mille pièces présentant encore la netteté du Modèle. Je ne crois pas qu’on ait jamais atteint ce nombre avec le même Modèle , non pas parce qu’il serait usé , mais ce serait la mode ou le goût qui le serait avant lui.

Si les types étaient en métal , le nombre auquel on pourrait pousser le polytypage d’une pièce, telle qu’une anse, serait prodigieux.

C’est d’après de tels principes que se moulent les pièces de garnitures ornées des faïences fines, des grès cérames grossiers et fins et des porcelaines. Le nombre des types est déterminé par l’écoulement présumable

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