MODÈLES
La manière d’obtenir le Modèle-type avec une grande régularité , tantôt en le faisant directement, tantôt en le coulant dans un Modèle creux ou matrice fait en argile, les précautions qu’il faut prendre pour former la mère sur le Modèle-type, l’attention qu’il faut apporter pour qu’il n’y ait pas d humidité dégagée ni d’adhérence entre les deux pièces en coulant les Moules dans la mère , sont des considérations de détails que la pratique peut seule enseigner efficacement.
Les parties que l’on appelle des garnitures, et qui doivent être trèsmultipliées, telles que les anses de tasses, les becs de pots, etc. , demandent aussi qu’il soit fait des Modèles-types dont on puisse tirer un très-grand nombre d’autres Modèles destinés à fournir les Moules nombreux qui sont nécessaires. C’est une espèce de polytypage.
En prenant pour exemple le polytypage d’une anse, voici quels sont les procédés que l’on suit.
On fait sur le Modèle-type, PI. lv, fig. 1, en quelque matière qu’il soit, un Moule en plâtre, fig. 2, A, en deux parties, que l’on appelle quelquefois coquille. On n’en a figuré qu’une. Chaque partie donne le creux de la moitié de l’anse, prise dans sa longueur avec sa portée ( p,p ). On vernisse ces deux pièces, on coule dans chacune d’elles, et sur la portée (p,p), deux plâtres (B., c), qui donnent chacun en r e 1 ief la moitié de l’anse adhérente à la portée. On vernit ces nouveaux Modèles ou types , qui doivent servir pour couler tous les Moules en plâtre non durci, dont on peut avoir besoin pour multiplier cette anse (fig. 1, A), en pâte céramique. Les figures B, B', font voir le profil, l’une, B, du moule creux de l’anse, et l’autre, B', du relief de la moitié de l’anse, pour refaire le Moule ou mère.
Lorsque le second type est amolli et comme usé par les nombreux Moules qu’il a fournis, on peut en faire un troisième dans le moule vernissé, et de cette manière multiplier les pièces sans quelles soient altérées, car le type-modèle, en le supposant en plâtre durci , peut donner 50 Moules-types très-nets ; chaque Moule-type vernissé peut donner 50 nouveaux Modèles-types très nets aussi, ce qui fait 2,500 nouveaux Modèles-types durcis; chaque Modèle du second type peut donner de même 50 Moules en plâtre non durci, ce qui fait 125,000 bons Moules, qui peuvent donner au minimum 30 pièces ou anses en porcelaine, c’est-à-dire 3 millions 750 mille pièces présentant encore la netteté du Modèle. Je ne crois pas qu’on ait jamais atteint ce nombre avec le même Modèle, non pas parce qu’il serait usé, mais ce serait la mode ou le g )ût qui le serait avant lui.
Si les types étaient en métal , le nombre auquel on pourrait pousser le polytypage d’une pièce, telle qu’une anse, serait prodigieux.
C’est d’après de tels principes que se moulent les pièces de garnitures ornées des faïences fines, des grès cérames grossiers et fins et des porcelaines. Le nombre des types est déterminé par l’écoulement présumable
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de la pièce. On conçoit qu’on ne fait le second et troisième type qu’au fur et «à mesure du besoin.
On juge d’après ces observations et calculs de multiplication qu’on ne peut apporter trop de soin , trop de talent pour faire le premier modèle, celui qui doit ou peut donner un si grand nombre de répétitions. Eh! bien, c’estceque souvent les fabricants refusent de faire, parce que les frais de ces modèles précieux, exécutés par des hommes de talent, entraînent des dépenses assez considérables, certaines et à faire en peu de temps, pour obtenir des produits souvent incertains et toujours lents à recouvrer.
§2. — Des Moules (').
On doit considérer dans les Moules, leur nature et leur construction.
11 faut que les Moules destinés aux pâtes céramiques molles soient faits avec une matière absorbante : c’est une règle qui ne souffre pas de complète exception , tout Moule qui ne peut pas s’imbiber d’eau est impropre au moulage ordinaire des Poteries.
Cela restreint considérablement le nombre des matériaux qu’on peut y employer, et les réduit même à deux : le plâtre et la terre cuite, lorsqu’elle est assez sableuse ou poreuse pour être absorbante.
Le plâtre est plus usité, surtout en France et en Allemagne, où il •est abondant et de bonne qualité.
Les Moules pour les Poteries devant éprouver une forte pression, demandent un plâtre choisi convenablement. Le Gypse, ou pierre à plâtre (sulfate hydraté de chaux) à petits grains cristallins des collines gypseuses du nord et du sud de Paris, et notamment celui d’Argenteuil , est regardé comme la meilleure pierre ; la cuisson doit être ménagée , mais complète ; et comme il faut que le Moule soit absorbant, le plâtre doit être gâché clair, afin qu’il n’acquière pas une texture trop serrée, qui s’opposerait à l’imbibition.
(') Je dois supposer qu’on sait ce que c’est qu’un moule, expression si vulgaire ; je ne dois donc rien dire de la manière de faire les moules en général, je ne regarde la fabrication des moules, pour les pâtes céramiques, que comme une branche de l’art du Mouleur en Poterie.
Je ne parlerai donc ici que des différences qui se trouvent entre les moules en plâtre destinés au moulage des Poteries, et les moules en plâtre destinés au coulage en plâtre , cire ou toute autre matière ; les procédés d’exécution de ces derniers ont été très-bien exposés dans le 1er volume , page 4 5 et suivantes de l’ouvrage de M. le comte de Clarac, intitulé : Musée de sculpture antique et moderne, etc.; Paris, 1841, lmp. roy., et dans le Manuel complet des Mouleurs, par MM. Le Brun (Frédéric) et Denian, 1 vol. in-18, 1829; j’y renvoie.
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Les Moules de cette matière s’établissent aisément et n’exigent point que le modèle soit fait exprès; mais ils ont le grave inconvénient d'être promptement attaqués par l’eau des pâtes, et de ne pouvoir souffrir de fortes et fréquentes pressions sans s’émousser ou se briser.
On doit donc préférer les Moules en terre cuite pour tous les Moulages qui doivent être fréquemment répétés, et donner des épreuves nettes et économiques.
Ces Moules précieux ont aussi leur inconvénient ; comme ils prennent de la retraite en séchant et en cuisant , il faut pour ce genre de moulage faire un modèle exprès, et dont les dimensions soient calculées sur la retraite du Moule. Ils servent principalement dans les fabriques de faïence à la manière anglaise ; mais comme ils peuvent être employés pour toutes sortes de pâtes, j’indiquerai ici la manière de fabriquer et les Moules en terre et les Moules en plâtre.
A. Moules en plâtre.
On sait que toutes les pièces qui composent un Moule sont réunies dans une espèce de boîte de plâtre, qui est elle-même moulée sur l’extérieur de ces pièces, et qu’on nomme c h a p p e.
Le moulage des pâtes céramiques s’exerçant toujours par pression, il est nécessaire que l’ouverture du Moule soit assez grande pour recevoir la masse de pâte qui doit y être moulée ; aussi cette chappe s’ouvre-t-elle en deux pièces qu’on appelle coquilles, c’est-à-dire en deux parties qui divisent à peu près également la pièce moulée.
Les figures 3, B, et 4, A, B, PI. lv, donnent une idée plus claire de cette disposition que ne pourrait le faire la plus longue description.
L’art de faire des Moules pour les Poteries est susceptible d’un si grand nombre de modifications en raison de la grandeur et des formes plus ou moins compliquées des pièces à mouler, qu’il faudrait pour les décrire d’une manière complète et utile, donner de très-longs développements et beaucoup de figures. Je dois donc me contenter d’indiquer quelques préceptes sur la manière de couper les modèles, de placer les coutures ou réunions des pièces du Moule, la division des deux coquilles, etc.
1° Les pâtes céramiques prenant toujours de la retraite, même en se ressuyant, c’est-à dire en perdant une partie de leur eau ou humidité par l’action absorbante des Moules , on ne doit jamais laisser dans une coquille du Moule des parties saillantes qui, gênant le rapprochement des deux parties latérales, solliciteraient une fente dans la partie la plus mince des parois ; il faut faire autant de coupes qu’il y a de ces parties, et autant de Moules qu’on a fait de coupes.
2U Par le même motif, quoiqu’il faille toujours laisser ce que l’on nomme de la dép ouille dans les cavités, cette dépouille peut être
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moins grande dans le moulage des pâtes céramiques, que dans celui des autres matières, parce que ces pâtes se réduisent ou diminuent assez de volume en se raffermissant, pour être plus facilement dégagéesdescavités.
3° Il faut éviter d’être dans le cas de faire pénétrer la pâte dans des cavités profondes et étroites, ou sous des saillies, et c’est encore ici le cas de faire des coupes qui séparent les parties trop saillantes du modèle.
4° Enfin , comme l’opération qu’on appelle le r é p a r a g e ou l’e f f a ça ge par frottement, à l’aide d’un corps dur, des lignes saillantes laissées par les coutures des Moules sur la pièce cuite, est très-difficile et souvent presque impossible à opérer complètement, il faut éviter de placer ces coutures sur des parties trop visibles dont elles altéreraient les formes. Il faut, au contraire, essayer de les confondre avec les saillies naturelles, ou de les cacher dans des parties peu visibles.
B. Moules en terre cuite.
Les Moules en terre cuite paraissent avoir été inventés longtemps avant les Moules en plâtre et plus usités chez les anciens que ces derniers. Pline cite cependant l’emploi du plâtre pour mouler sur nature; mais je ne sache pas qu’on connaisse un seul fragment antique de Moule en plâtre, quoiqu’on ait trouvé quelques petites figures de cette matière (*), ce qui prouve que les Moules auraient pu se conserver comme ces figurines; car il n’y a pas de fouille ayant produit divers objets d’antiquité en vases et pièces plastiques, qui n’ait fourni des fragments de Moules en terre cuite. On en a recueilli un très-grand nombre dans les fouilles de Pompéi, d’Herculanum , dans les environs d’Arezzo, en Toscane , dans des restes de fours de Potiers romains établis dans les Gaules , en Alsace , en Auvergne , en Angleterre, etc.
Les Moules en terre cuite exigent , comme nous l’avons dit, un modèle d’une dimension plus grande que celui de la pièce qu’ils doivent fournir ; on en a indiqué les raisons.
C’est un premier inconvénient en ce qu’il obligea refaire de nouveaux modèles pour les pièces dont les Moules avaient été faits en plâtre avant qu’on voulût les multiplier plus que le plâtre ne le permet.
La pâte argileuse avec laquelle on fait ces Moules doit être peu grasse, afin qu’elle adhère moins au modèle, et que les Moules gauchissent moins en séchant et en cuisant; elle doit néanmoins avoir assez de plasticité pour s’étendre sans se gercer.
Elle peut être ainsi composée suivant la recette donnée par M. de Saint-Amand.
f1) Comte de Clarac, Description du 31usèe de sculpture , etc., tome i, page 54 et ailleurs.