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TOURBE

cazette et par un lutage plus soigné , et il faut l’enlever fréquemment; opération qui se pratique rarement dans la cuisson au bois quand elle marche bien (Voir Addition, T. I, p. 663).

On conçoit que pour diriger un semblable four il faut de l’intelligence, de la pratique et du soin. Nous y reviendrons avec plus de détails en traitant des faïences fines ou anglaises et des différentes sortes de Poteries dans lesquelles on emploie la Houille assez habituellement, et même de celles dans lesquelles on n’emploie ce combustible que rarement et difficilement.

D. La Tourbe.

On peut certainement l’employer pour cuire les Poteries. J’en connais peu d’exemples; mais j’en puis citer un qui prouve que la Tourbe de bonne qualité possède les conditions nécessaires pour cuire les Poteries qui exigent la plus haute température. C’est celui de la cuisson de la porcelaine, que j’ai vu pratiquer avec succès à Berlin en 1812. 11 faut quelques changements dans la disposition des alandiers; ils doivent présenter plus d’étendue afin d’y faire tenir une plus grande quantité de ce combustible, qui donne dans le même temps moins de chaleur que le bois ; il est nécessaire de le placer sur une grille qui laisse tomber dans une fosse la grande quantité de cendre qu’il produit. Enfin, comme il donne aussi beaucoup de poussière, les cazettes doivent être lutées très-soigneusement; ce qui n’empêche pas que les pièces qui sont voisines de l’entrée des feux dans le four ne soient ordinairement couvertes de petites taches.

Il faut aussi que la Tourbe soit en mottes solides et d’une qualité qu’on ne trouve pas facilement dans tous les pays.

A cause de toutes ces précautions et du grave inconvénient d’en négliger une seule, on a abandonné à Berlin l’emploi de la Tourbe pour cuire la porcelaine. Je donnerai néanmoins à l’article de cette manufacture un dessin du foyer dans lequel ce combustible était placé (V. Addition, T. I, p. 661).

E. Les Gaz combustibles.

(Voyez Addition, T. I, p. 666).

CONDUITE DU FEU

Article IV. — CONDUITE ET JUGEMENT DU FEU.

| 1. — Conduite du feu.

Malgré les nombreuses différences qui résultent pour cette opération de la forme des fours, de la nature des combustibles, de la sorte de Poterie, on peut encore y reconnaître des règles générales.

Ainsi , il n’y a presque pas de cuisson de Poterie qui ne se divise en deux temps, celui qu’on appelle de petit teu et celui qu’on nomme de g rand feu -, ce qui prouve que dans toute cuisson céramique il faut chauffer avec ménagement les objets à cuire.

Dans le petit feu , qui n’est bien distinct que dans les fours à alandiers, quelle que soit d’ailleurs leur forme, on jette le combustible dans le fond du foyer, et quelquefois même on le place en avant et auprès delà bouche. Si c’est du bois qu’on emploie, les

morceaux sont jetés pêle-mêle, mais croisés, ou dans une position verticale ; les bouches supérieures sont souvent fermées avec des plaques ou trappes, et l’air entre par les bouches inférieures. Il se dégage beaucoup de fumée -, mais comme on ménage le

combustible, le four n’en est pas engorgé.

Lorsque le Feu a acquis une température suffisante, qui varie entre le rouge très-sombre à peine visible et le rouge ceiise, on commence le grand Feu 5 ordinairement le combustible est disposé pour donner plus de flamme, et, si c est du bois, il est plus menu -, on le place avec soin dans une position horizontale ou dans le foyer ou sur la bouche même du foyer 5 il remplace la trappe qui la fermait , on ferme alors en partie ou en totalité la bouche inférieure, quand les foyers en avaient une. La température croît assez rapidement , et si l’on ne charge pas trop les foyers, que le combustible ne soit pas humide, qu il soit disposé de manière à permettre le passage facile de l’air entre ses différentes pièces, la fumée diminue, disparaît même entièrement dans la cuisson au bois blanc-, il 11e se forme plus ou presque plus de braise, et le four acquiert promptement la température à laquelle il doit être porté.

CONDUITE DU FEU

La durée du petit Feu par rapport à celle du grand Feu est très -différente suivant la nature des Poteries 5 ainsi pour ia faïence fine, la durée du petit Feu est environ la moitié de celle du grand Feu, tandis que dans la cuisson de la porcelaine, le rapport est inverse, le petit Feu durant quelquefois le double de temps du grand Feu, mais ordinairement il .n’est que d’un cinquième de plus; au reste, cela dépend du volume, de la délicatesse et de l’importance des pièces qu’on a à cuire.

J’ai dit que les fours cylindriques à plusieurs alandiers avaient l’avantage , sur les fours demi-cylindriques à un seul foyer latéral , de pouvoir être élevés dans toutes leurs parties à une température à peu près égale ; mais le Feu est très-difficile à conduire pour arriver à obtenir ce résultat 5 dans le four demicylindrique on savait qu’il y avait une grande différence entre le devant et le fond du four, on se réglait là-dessus, et une fois les Poteries fabriquées pour répondre à ces différences , le feu marchait toujours à peu près de la même manière. Dans les fours cylindriques qui ont depuis 3 jusqu’à 8 et 10 alandiers la conduite du Feu est très-difficile; il est rare que les alandiers tirent également; la moindre circonstance influe sur le tirage et donne beaucoup plus de Feu à un côté du four qu’à l’autre. On arrive à la régularité, mais avec peine, et quelquefois même on n’y parvient pas.

C’est à l’aide des portes pratiquées à la partie inférieure des alandiers ou foyers, qui par conséquent peuvent modifier le tirage par la bouche , c’est à l’aide de registres pratiqués au-dessus des alandiers , communiquant dans le four et modifiant par conséquent le tirage de la cheminée, qu’on est parvenu à conduire le Feu avec assez de régularité. Cette conduite s’applique particulièrement à la faïence fine ou anglaise; mais comme elle pourrait s’appliquer à toute autre Poterie, je dois l’indiquer avec plus de détails et à l’aide du four dont je donne la figure; je n’aurai pas à y revenir en traitant de cette Poterie.

Dans les fours à alandiers, PI.xli etL, les carneaux percés dans les voûtes et dans les fours anglais à faïence fine, PI. lvi, le carneau (r) , et la visière^), sont les places qui font juger de la régularité de la marche du feu. Lorsque les flammes sortent en même

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temps et plus abondamment et plus bleuâtres, par conséquent plus dégagées de fumée, on juge que les alandiers qui correspondent à ces carneaux donnent plus de feu. Si au contraire la flamme est courte ou fuligineuse, c’est un indice ou que l’alandier correspondant brûle moins vivement , ou que la circulation est obstruée 5 alors il faut, ou ralentir le tirage, en donnant de l’air à l’alandier, ou diminuer la charge de combustible. Cela se fait en ouvrant la plaque , qui ferme la bouche supérieure de l’alandier, mais jamais complètement , surtout dans les moments où l’on met de nouvelles charges de houille. Néanmoins , tant pour accélérer le feu que pour le concentrer dans l’intérieur du laboratoire, il faut , dans le four dont il est question ici , que les bouches supérieures des alandiers soient exactement fermées pendant le grand feu.

Lorsqu’on voit que la partie inférieure du four est moins avancée que la partie supérieure, on ouvre les bouches supérieures (b) del’alandier, et la porte du régulateur ou registre (b'); cela concentre le feu dans le bas du four.

C’est par ce moyen qu’on parvient à faire marcher les alandiers à peu près également entre eux , et à répandre ainsi la chaleur de la même manière dans le four.

Cependant , en général , les pièces près de la porte , celles du milieu , les pièces sur le sol , celles qui avoisinent la voûte , sont moins cuites que les pièces placées près de la circonférence du four et dans les parties autres que celles qu’on vient de désigner.

Il faut, en général, éviter les reprises irrégulières de feu, et ne pas croire que si on a négligé quelque temps l’entretien de la combustion dans un ou plusieurs foyers , on regagnera le temps perdu en mettant plus de combustible-, il ne peut jamais s’en consumer entièrement, qu’en raison de la quantité d’air que le tirage et la grandeur des bouches de cheminées permettent d’introduire dans le four. Tout ce qu’on met de combustible en excès se résout en fumée, obstrue le four, en ralentit la marche, plutôt qu’il ne l’accélère.

Il faut aussi mettre beaucoup de soin à ne pas se laisser gagner par un excès de température dans une partie du four 5 car cette élévation de température , augmentant le tirage , va toujours en croissant, et il devient presque impossible, au bout d’un certain

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temps, de ramener cette partie à la température des autres ; il en est de même du ralentissement de combustion dans certains alandiers; il se produit alors beaucoup de braise, qui ne peut pas brûler aussi vite qu’elle se forme , et il en résulte un engorgement qui arrête le tirage et augmente le mal. On voit alors dans les fours à alandiers alimentés avec du bois , une partie de la flamme sortir par les bouches , au lieu de plonger dans l’alandier ; on dit alors que l’alandier boude. Il n’y a ordinairement d’autre remède que de débraiser, c’est-à-dire d’enlever la braise avec des pelles par la bouche inférieure , opération fatigante pour les ouvriers , qui remplit le four de poussière , de cendre , et y introduit une masse d’air refroidissant. Mais après cette opération, l’alandier reprend souvent avec beaucoup d’activité.

Lorsque l’on passe du petit feu au grand feu , les ouvriers ont l’usage, dans beaucoup de fabriques de porcelaine, d’agiter tous ensemble, et avec des palettes de fer, le bois placé en travers sur les alandiers. Ils appellent cette pratique laver le four. Ils introduisent dans ce moment beaucoup d’air dans le four, y établissent peut-être un courant rapide , et que je ne regarde pas comme sans danger. Ils pensent que ce courant d’air doit entraîner toute la fumée produite par le petit feu, et qui serait restée engagée entre les cazettes. J’ai laissé essayer cette pratique à Sèvres pendant plus de six mois, mais j’ai cru remarquer des résultats plutôt défavorables qu’avantageux : j’ai dû la faire cesser.

Outre les difficultés que nous venons d’énoncer, et qui rendent si difficile la conduite du feu dans les fours garnis d’un grand nombre d’alandiers , il est d’autres inconvénients qui , ne tenant pas à cette forme de four, appartiennent à toutes les cuissons.

L’humidité du sol est un des premiers ; elle a , dit-on , une influence funeste sur la plupart des enduits vitreux des Poteries. 11 est difficile d’en rendre raison 5 mais l’opinion des fabricants est si unanime à cet égard , les exemples qu’ils citent sont si remarquables, qu’on ne peut guère en douter. On a reconnu que des fours qui allaient bien , avaient cessé d’être bons parce que des aqueducs ou des ruisseaux , avaient été conduits dans leur proximité ; que le changement de place d’un four, seulement de quelques

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mètres, avait eu une influence funeste sur les cuissons, parce qu’en le reconstruisant on l’avait placé sur un aqueduc.

On a cherché à éviter l’humidité du sol en réservant des caves sous les fours ; mais les courants d’air qui traversent ordinairement les caves , en rafraîchissant le plancher du four, en ralentissent souvent beaucoup la marche-, ainsi , l’humidité et les courants d/air sont deux choses qu’il faut soigneusement ecarter des fondations d’un four.

Nous ne devons pas parler de la construction irrégulière d un four comme obstacle à la conduite du feu , parce qu’il dépend du soin et de la volonté du fabricant d’éviter ce vice-, mais nous devons faire remarquer que les fours très-vieux cuisent moins vite et moins bien que les fours neufs -, et cette différence est si grande, qu’on a été obligé d’abandonner des fours , non pas parce qu ils tombaient en ruines, mais parce qu’ils étaient trop vieux; alors ils dévient de la verticale, leurs parties se déforment et ne conservent plus la symétrie nécessaire à un tirage égal; il s ouvre entre les briques une multitude de fissures qui laissent penetrer l’air de toutes parts, et qui s’opposent au tirage-, mais une autre cause plus remarquable , et dont je ne puis douter, vient des aspérités qui hérissent toutes les surfaces internes de ces vieux fours, et qui font éprouver à l’air un frottement suffisant pour

en ralentir considérablement le mouvement.

J’ai remarqué que les fours que j’ai fait construire ont toujours cuit beaucoup plus promptement dans les premières fouillées, que dans celles qui ont succédé à la douzième, et dans une proportion de durée comme 3 à 5 et même à 6 , pendant les premières fournées , en sorte que 1 un de ces fours o grand feu dure maintenant de douze à quinze heures , n a dure, dans les trois ou quatre premières fournées, que de sept a neu

heures . , .

Une observation plus directe, équivalant à une expérience

qu’on aurait faite exprès, a prouvé encore mieux cette influence des frottements.

Toutes les fois qu’on a réparé non-seulement un gnl, m n, les parois du four qui y correspondent, ce gril a marche beaucoup plus vite que les autres. Une fois deux gnls et toute une

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moitié d’un four à porcelaine de la manufacture de Sèvres furens refaits presque entièrement ; à la cuisson qui suivit cette grande réparation, la moitié ainsi réparée fut cuite 2 ou 3 heures avant la moitié à laquelle on n’avait pas touché.

Les expériences de MM. Biot et Girard , sur les frottements que l’air éprouvait dans les longs tuyaux de conduite, semblent coïncider avec ces observations pour faire attribuer la lenteur de cuisson des vieux fours au frottement que leur surface raboteuse fait éprouver à l’air.

Un vent violent tombant par rafale sur la cheminée d’un four, en dérange ou en arrête même le tirage -, il est donc bon que la toiture qui doit empêcher la pluie de tomber dans la cheminée d’un four soit disposée de manière qu’elle garantisse cette dernière de l’action des vents violents , en inclinant cette toiture vers le côté d’où les vents viennent le plus ordinairement.

La chaleur et surtout celle du soleil, donnant sur la cheminée d’un four, en arrête le tirage*, j’ai eu occasion de remarquer plusieurs fois que quand une fournée languissante s’était prolongée jusque vers midi, il était presque impossible de la faire monter davantage de midi à 2 heures ; qu’il fallait pour ainsi dire l’entretenir dans le même état pendant cet intervalle, et que le four ne reprenait son action que quand le soleil baissait et que l’air redevenait frais. C’est ce motif qui m’a porté à faire finir la cuisson de la porcelaine dans la nuit.

Il ne faut pas croire cependant que ces causes agissent toujours; j’ai vu également les fours à porcelaine continuer de marcher, et de marcher régulièrement pendant les plus violents orages, et dans les plus grandes chaleurs.

§ 2. — Jugement du feu.

Nous entendons, par ce titre concis, tout ce qui concerne les moyens de juger la marche du feu, son accélération , l’accroissement de la température dans certaines parties du four et dans la masse du four, et enfin le moment où jugeant que la température a atteint le degré nécessaire à la cuisson des Poteries, il

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