‹ Traité des arts céramiquesChapitre 223 sur 295 · Par M. Berthier, insp. gén. des mines · texte numérisé non relu

Par M. Berthier, insp. gén. des mines

Bes tombeaux de Chiusi.

Oxyde de fer et alumine soluble. . 14

Argile et sable.. . 74

Carbonate de chaux . 01

Eau et charbon . Il

Lorsqu’on l’a traité par l’acide muriatique, le résidu est d’un gris noir; mais il devient parfaitement blanc par le grillage, après avoir été longtemps exposé au feu. Il perd alors 0,03 de son poids, ce qui indique une proportion peu ordinaire de charbon.

(i) Cetie pâte perd au feu les 0,15 de son poids quand ou la calcine.

FINES, ÉTRUSQUES. 415

Mais ces vases n’avaient pas .uniquement pour destination de servir aux funérailles et d’être placés dans les tombeaux; il n’y a pas de doute que la plupart de ces Poteries servaient aux usages domestiques, et on rapporte que Porsenna, 5oy av. l’ère chrétienne, avait un service de table, composé de cette Poterie qu’on regardait comme très-propre à cet usage. C’est probablement pour ce motif que ces Poteries et les vases qui en sont fabriqués, ont été pendant longtemps, et surtout avant la découverte des tombes de Vulci , Chiusi , etc. , beaucoup plus rares que les Poteries campaniennes, et qu’il a été si difficile avant ce temps de trouver entières des pièces un peu volumineuses. D’abord on voyait peu de différence entre les vases et ces pièces; mais depuis les découvertes récentes, on a reconnu de grandes différences entre les Poteries étrusques, suivant les lieux où on les trouve, et par conséquent suivant les fabriques où on les a faites, et malgré qu’on prétende qu’elles aient été toutes fabriquées par des Potiers grecs de Samos. Je vais revenir sur cette considération.

Un grand nombre de ces vases se sont trouvés dans les tombeaux, plusieurs même étaient destinés à y être placés et construits tout à fait dans ce but, tels sont ceux qui se rapprochent plus ou moins du singulier vase représenté PI. xx , fig. 6 , et qu’on a trouvés dans les tombes ou chambres sépulcrales les plus anciennes de Chiusi.

Ce sont, comme on le voit, des vases pyriformes portés sur un socle en pierre, munis de deux anses à peu près perpendiculaires à la base. La partie supérieure était composée de deux bras, un col et une tête qu’on croit avoir dû être le portrait du défunt dont les cendres étaient renfermées dans le vase. Cette tête avec le col qui la portait, était mobile et attachée au collet du vase par une cheville en bronze (Ji). Les bras traversant ces anses étaient également mobiles et attachés de la même manière au corps du vase.

On mettait les cendres du mort dans le vase, on les y trouve quelquefois, et pour que la vapeur qu’elles pouvaient encore répandre pût s’exhaler, on pratiquait à la partie supérieure du vase une ouverture latérale de .chaque côté, qui se continuait dans

POTERIES TENDRES MATTES

les bras et aboutissait au trou ouvert en (o) dans la main (1).

La deuxième sorte qui se rapproche des vases grecs, qui y passe même par des nuances insensibles , a , en général , une pâte line d’un rouge jaunâtre plus pur , d’une plus grande densité, que les vases campaniens ; les vases sont , comme eux , couverts d’un vernis mince qui avive la couleur de la pâte. Pendant très-longtemps on n’a trouvé aucun vase peint dans l’Étrurie.

Les vases et autres Poteries des fouilles d’Arezzo sont en terre rouge vernissée, avec des ornements en relief et le nom de la fabrique en caractères romains. Pline les compare aux Poteries de Samos et de Sagonte en Espagne , ville non moins célèbre que Samos par ses Potiers et ses belles Poteries d’un rouge de jaspe. Ces Poteries, et d’autres plus grossières, avaient assez de densité pour servir dans les usages culinaires. Elles étaient très-estimées des Romains, pour cette qualité que leur Poterie d’alors ne possédait pas aussi bien.

On a découvert depuis peu (1825), aux environs de Chiusi et en général dans l’Étrurie centrale , des tombeaux ou plutôt des chambres sépulcrales remplies d’un grand nombre de vases étrusques parmi lesquels plusieurs présentaient des sujets peints en noir sur un fond jaune et des ornements en relief sur les anses , les bords du bec , du collet et sur la panse ; la pâte en est assez grossière , les ornements et les figures ont par leur style et leurs vêtements, tous les caractères d’une époque très-ancienne.

Les urnes PI. xx,fig. 3, 4, 5, 7, 8, en terre noire, caractère des vases funéraires, portent des têtes d’animaux en relief, de petites chasses etc. ; l’une d’elles montrait une chimère 5 elles ont en général des formes et des ornements très -distincts de celles des vases campaniens 5 néanmoins dans un grand nombre de cas, ces Poteries peintes sont très-difficiles à distinguer des Poteries grecques de la Campanie. MM. Dorow (2), Creutzer, etc., en conviennent et regardent ces pièces comme des plus anciennes.

(l) Micali, Storia degli antichi popoli italiani. Firenze, 1832, t. III, p. 7, PI. \iv, ftg. 1.

(*) y oyage Archèolog. dans l'ancienne Ftrurie, 1827.

FINES, ÉTRUSQUES

On a trouvé en outre dans ces fouilles des vases noirs dont la fabrication et la pâte rougeâtre dans le milieu, sont grossières, bien différents par leur forme et leur lourdeur des vrais vases étrusques noirs luisants qui sont légers de forme avec des ornements en relief du goût le plus parfait , et qui viennent des environs d’Arezzo, de Volterra, etc. Ces vases portent des figures en relief et comme appliquées après coup, et des ornements en points enfoncés (i). On n’y reconnaît aucune imitation ni des Grecs , ni des Romains , mais plutôt quelque analogie avec les vases germains des bords du Rhin et les vases gaulois (dorow) (2) ; ce qu’ii y a de remarquable c’est que beaucoup de ces vases n’ont pas été cuits, mais simplement séchés au soleil ; aussi sontils très-fragiles. Je partage sur leur ressemblance avec les vases germains, l’opinion de l’illustre antiquaire que je viens de citer et je l’étends aux vases que je décris comme gaulois.

On a découvert ce que nous appellerons un troisième gîte de Poteries étrusques dans les environs de Yulci qui a fourni de 1827 à i83o de 4 à 5ooo de ces vases, dont la description a été publiée par le prince de Canino, M. Millingen et M. Raoul-Rochette -, ces vases, quoique évidemment trouvés sur le territoire étrusque, présentent tous les caractères des vases grecs même dans leurs détails.

Ils sont d’une très-grande dimension, couverts d’inscriptions grecques, dialecte attique, ayant principalement rapport aux prix donnés aux athlètes, et de figures qui fournissent de nombreuses notions pour l’histoire de l’art grec et pour les rapports qui existaient entre les Grecs et les Étrusques. Quelque variété qu’on trouve dans leur style, on y reconnaît toujours les caractères grecs dans l’association des couleurs, c’est-à-dire, des figures brunes sur fond jaune, des figures noires sur fond rougeâtre et des figures rougeâtres sur fond noir ; on ne voit sur ces vases que des sujets grecs avec les divinités, les costumes et les usages de l’ Attique.

Quelques vases néanmoins portent des inscriptions en carac-

(*) Atlas du Mus. céramique, PI. VI , fig. 7, 8 , 10 , 16 et 17.

(î) Poteries étrusques proprement dites , un cahier in-4° avec planches; traduction d’EvRiES. 1829, p. 25, 26, 31, 32 et 37.

POTERIES TENDRES MATTES

tères étrusques et en caractères grecs disposés arbitrairement, par conséquent inintelligibles , et que les Potiers y plaçaient pour donner, dit-on, à leurs produits l’apparence d’une haute antiquité.

Les antiquaires rapportent la fabrication de ces vases au quatrième siècle environ avant Jésus-Christ, et les regardent comme plus anciens que ceux de la Pouille et de la Basilicate 5 quelquesuns sont considérés comme ayant été faits par des Potiers étrusques voulant imiter les vases grecs (*). (Gerhard.)

Il est assez difficile de concilier des Poteries si différentes entre elles sous tous les rapports de pâte, de couleur, de façonnage (les unes faites à la main , les autres sur le tour), de forme, de décoration , et trouvées cependant dans le même lieu, à peu près dans la même position , rapportées au même peuple et presque aux mêmes siècles , par des raisons archéologiques que je n’ai pu qu’indiquer.

On peut supposer néanmoins qu’elles sont d’époques différentes, quoique peu éloignées. Les vases noirs, non cuits, les vases rougeâtres cuits quoique faiblement, offrent des différences bien tranchées 5 cependant on peut , comme je le suppose et comme le pense M. Lenormant, admettre que faites à peu prèsdans le même temps et chez le même peuple , elles ont pris leur différence de l’importance des fabriques où elles étaient faites et de l’habileté des ouvriers travaillant dans le même pays, et peut-être dans la même ville. On fabrique dans le même temps à Limoges , dans le Staffordshire , à Berlin et à Paris , des Poteries bien plus différentes entre elles sous tous les rapports de pâte, de glaçure, de forme, de décoration, de cuisson , etc. , telles que la porcelaine , la faïence , la Poterie matte et vernissée, que ne le sont les Poteries noires, mal façonnées et non cuites , et les Poteries rouges tournées et bien faites , qu’on est obligé de rapporter toutes, par les motifs archéologiques que je viens de rappeler, au peuple et au pays étrusques (s).

(*) Lettre de M. Gerhard à M. Panofka, du 17 août 1831, dans les Ann. dell’ instituto di corrispondenza Archeologica, vol. III, Roma, 1831.

(*) ^es Pièces représentées sur la planche vi du Musée céram ., fig. 2, 4, 8, 10, 11 et 12, avec ornements en relief ou gravés, sont en pâte noire non cuite.

Mais on fait tous les jours dans ces pays si intéressants pour l’histoire, de nouvelles fouilles qui conduisent à de nouvelles découvertes et répandent de nouvelles lumières-, attendons que la suite de ces recherches nous amène des faits propres à lever ces doutes historiques.

Poteries romaines.

On attribue aux Potiers romains ou de l’école romaine , répandus partout où les Romains ont étendu leur empire , soit immédiatement, soit par leurs armées ou leurs colonies, trois ou quatre sortes de Poteries très-distinctes qui diffèrent par les époques, les matériaux et les principes de fabrication.

La première sorte, la mieux caractérisée, et pour moi la seule évidente, ce sont les Poteries à pâte et lustre rouges 5 elles se trouvent partout , mais surtout en France et en Angleterre.

La seconde, ce sont les Poteries à pâte soit rougeâtre , soit grisâtre, fine, avec un lustre brun-noir souvent très-brillant. Elles se rencontrent plus particulièrement dans les contrées voisines du Rhin , près de Mayence , près de Goblentz , etc.

La troisième renferme les Poteries à pâte grisâtre et noirâtre, même entièrement noire, sans aucun lustre, quoique assez luisante quelquefois. Elles sont abondamment répandues dans toute la France et toute l’Angleterre, et se confondent aisément par leur caractère céramique avec les Poteries germaines et les Poteries gauloises.

Enfin , les Poteries de la quatrième sorte , très-différentes de toutes les autres , sont à pâte jaunâtre, rosâtre et même blanche , et toujours sans aucun lustre 5 ce sont en général des Poteries d’usage domestique, les unes sont petites et moyennes à pâte fine , les autres sont très-grandes , ce sont les amphores à pâte grossière. Les premières se trouvent le plus ordinairement dans

Les pièces, fig. 1 , 2 , 3, h et 5 de la PI. vii, sont en pâte rougeâtre, lustrées en noir et tournées.

Les pièces, fig. 6 , 8 , 9 , 13 , U et 15 , sont en pâte noire, lustrées à la surface par polissage, et les figures .7, 8 , 10 et 13 ne sont pas tournées.

POTERIES TENDRES

les pays allemands des bords du Rhin, les autres partout, mais principalement en Italie.

Je vais les examiner successivement.

I re Sorte. - Poteries romaines rouges lustrées. - On trouve

dans tous les pays qui ont été sous la domination romaine , des Poteries entières, mais bien plus souvent des débris de Poteries qui se ressemblent toutes sous tous les rapports.

Leur p â t e est d’un rouge de cire à cacheter, assez beau, avec un lustre brillant vitreux, très-mince, qui par lui-même paraît sans couleur, mais qui rehausse celle de la pâte.

Les pièces faites de cette Poterie, les vases les plus riches, les plus grands, les mieux façonnés, sont constamment sans aucune sorte de peinture, mais elles sont enrichies d’ornements ou de figures en relief, de même couleur et de même nature que la pâte. Elles ont un style si particulier, qu'il fait reconnaître le plus petit fragment de cette sorte de Poterie , de quelque lieu qu’il vienne. Je reviendrai sur cette considération que je ne mentionne ici que comme signe de reconnaissance de la Poterie romaine.

Cette pâte est souvent très-fine , très-compacte , assez dure , mais rayable au burin, souvent perméable dans les parties qui n’ont point de lustre ; à haute température , elle devient d’un brun rouge foncé, se ramollit et se boursoufle un peu.

Je donne dans le tableau suivant la composition élémentaire de cette pâte, ainsi que celle de quelques Poteries et lustres romains , telles qu’elles résultent des analyses qui en ont été faites par les chimistes qui y sont désignés.

Les analyses des pâtes ont été faites sur des échantillons parfaitement dépouillés de leur lustre.

Page 1