OU CELTIQUES ET CRETONNES
On trouve dans plusieurs parties des Gaules, dans des lieux où l’on ne découvre aucun vestige de la présence des Romains, dans des positions qui semblent 11’avoir éprouvé aucun dérangement depuis qu’elles ont été établies par les Gaulois longtemps avant l’invasion romaine, des urnes ou petits vases de pâte noire qui, par la nature et l’aspect de cette pâte, par le stylo simple et toujours le même de leurs formes, par les ornements d’incrustation qu’ils présentent quelquefois, ont dù être faits
(l) Mus. céram., M, PI. xi, fig. 9, 10 cl 11.
de la même manière et de la même pâte, par le même peuple.
Ce sont ces Poteries si caractérisées que j’appelle Poteries gauloises.
Sans suivre ni même examiner les differents systèmes historiques qui ont été émis sur l’identité des Gaulois et des Celtes, sur la position plus spéciale de cette sorte de confédération dans certaines parties de l’Europe , telles que les parties moyennes et occidentales de la Gaule , la partie occidentale et centrale de l’Espagne , où elle s’établit sous le nom de Celtibériens et toujours dans les parties les plus boisées, ce qui leur a fait donner le nom de Gaulois des forêts ou de Celtes (’). Il me suffit de reconnaître que les historiens ont admis leur présence dans presque toute la France et notamment en Auvergne , dans les Cévennes et dans la Bretagne ; en Angleterre , sous le nom de Bretons, fuyant jusque dans le nord des Iles Britanniques en Écosse et en Irlande , enfin dans la haute Italie où aucune tribu Celtique ne paraît les avoir suivis , car on n’y trouve aucune trace de ce nom.
Ces faits généralement reçus (*), suffisent à mon objet qui est d’appliquer avec quelque fondement le nom de Gaulois ou de Gallo-Romains , aux vases et à toutes les Poteries qu’on trouve dans les pays que je viens de nommer et qui présentent des ca~
(>) Ceilt et Ceiltach dans l’idiome gallique actuel, voulant dire habitant des forêts (Schqell).
(2) Voir Amédée Thierry, Histoire des Gaulois , vol. in-8°, introd., p. xxix et xxxvii. — Fréd. Schoell, Tableau des peuples de l’Europe , etc., 1 vol. in 8°, Paris 1812, p. 23, où il établit l’identité d’origine et même des peuples en disant que les Celles s’appelaient Gail ou Gœl, dont les Grecs ont fait K elles , et les Romains Galli. Le nord de la Gaule était habité par les Celtes nommés Bretons.
Th. Beruer ( Précis historique de l’ancienne Gaule , etc., 1 vol. in-8°, Bruxelles, 1822 ) , fait voir que les Celtes et les Gaulois étaient le même peuple qui avait porté, suivant les lieux et les circonstances, tantôt le nom de Celtes, tantôt celui de Gau.’ois; néanmoins que le premier était plus général que le second.
Ces opinions, que je ne puis discuter, émises par des hommes compétents, me suffisent pour n'être point obligé de chercher à distinguer les Poteries gauloises des Poteries celtiques. Elles se ressemblent encore plus que les tribus d’un même peuple, et de ce qu’on les désigne, tantôt sous le nom de Poteries celtiques, tantôt sous celui de Poteries gauloises, cela n’établit pas deux sortes de Poteries différentes, mais plutôt des positions géographiques différentes.
PüTEKIES TENDUES,
ractères et entre eux des ressemblances céramiques très-frappantes.
Cependant si à l’aide de ces caractères il est possible de distinguer avec certitude les Poteries trouvées dans ce pays et auxquelles nous donnerons le nom de gauloises , de celles qu’on nomme Scandinaves et souvent de celles qu’on appelle germaines malgré qu’elles se confondent encore quelquefois par les mêmes caractères , il est bien plus difficile de distinguer les unes des autres les Poteries faites par les différentes tribus de ce même peuple , par exemple, celles des Gaulois du sud ou Celtibériens , de celles des Gaulois de l’occident plus souvent nommés Celtes, enfin de celles des Gaulois établis en Angleterre, Poteries désignées par les antiquaires sous le nom de galloises ou de bretonnes 5 cependant quand il n’y a pas un mélange dépeuples et d’ouvriers plus récents, les Poteries gauloises, de quelques pays qu’elles viennent, ont des caractères très-frappants que je vais faire ressortir.
Mais après l’invasion romaine, il est très-présumable que les habiles Potiers romains ont servi de modèles et d’émules aux grossiers Potiers indigènes des pays où ils transportèrent leur industrie et jusqu’à leurs ateliers et leurs fours, et que la pâte, la forme et les ornements se sont un peu modifiés tant dans l’est de la France, que dans le sud et le sud-est de l’Angleterre 5 delà les Poteries gallo-romaines difficiles à distinguer des Poteries romaines de la seconde et de la troisième série, enfin, les Potiers placés sur les limites de la Gaule et de la Germanie ont aussi comme fondu ensemble leurs procédés et leur style, d’où résulte la difficulté très-grande de distinguer dans ces contrées les Poteries gallo-romaines , des gallo-germaines et même des germaines , ainsi que je viens de le faire voir plus haut.
Néanmoins, sauf quelques exceptions, les Poteries gauloises pures, c’est-à-dire, celles qu’on trouve dans des lieux, des positions et des circonstances qui excluent tout mélange de Poteries d’autre origine, se distinguent très-nettement par les caractères suivants.
La pâte des Poteries gauloises est en général noire ou brune, grossière , sableuse et souvent minacée.
J’ai désiré connaître quels en étaient les principaux éléments
et surtout quelle était la matière qui la colore en noir, et j’ai piié M. Buisson attaché en i83o au laboratoire de Sèvres, d’en faire l’analyse. Quoique j’attache peu d’importance aux résultats si souvent vagues et inexplicables que donnent de semblables analyses, cette pâteserait composée d’environ :
Silice . 63
Alumine . 19
Chaux . 1
Magnésie . 3
Oxyde de fer . 6
Charbon . . o,l
Analyse qui s’accorde assez bien avec celle qui a été faite dix ans après par M. Salvétat, et qui est insérée dans ie ke Groupe , n° 1 , du tableau d’analyse de Poteries à pâte tendre , etc. , donné au 3e sous-ordre p. 386 et 467.
Le charbon est clairement manifesté par la distillation avec l’oxyde rouge de mercure, et cette petite quantité a suffi pour donner à cette pâte la couleur noir foncé qu’elle présente 5 mais comment y a-t-il été introduit , c’est ce que j’ai cherché à expliquer en faisant connaître la composition des Poteries mattes à pâte tendre , p. 385, et dont les figures 1 , 2, 3, 4 et 5 surtout, 7, de la PI. xxv, donnent plusieurs exemples. L’urne qui est représentée dans le catalogue du Musée céramique de Sèvres (*) est une des pièces les plus authentiques de la fabrication gauloise que j’appelle pure.
Ces formes sont caractéristiques des Poteries gauloises, et cependant j ai vu classer sous le nom d’étrusque des vases qui par cette même forme et la couleur de la pâte leur ressemblaient à s’y méprendre.
On en trouve un grand nombre qui ont été faites sur le tour et quelquefois même avec une grande pureté de contour et de détails. Elles appartiennent probablement à une époque plus récente que les autres et qu’on pourrait regarder comme postérieure a 1 invasion romaine. On donne souvent le nom de gallo-romaine à celles qui présentent ces qualités. La pièce représentée PL xxv, fl§’ pourrait bien appartenir à cette divison.
Il n y a quelquefois aucun ornement, mais lorsqu’il s’en présente, ces ornements peuvent être employés comme caractères; ce sont, ainsi qu on le voit sur les figures, des linéaments formant
(') M Pi. x , fuj. 1.
POTERIES TENDRES
des angles , des zigzags , des croissants ; ce sont des points enfoncés ou saillants, fig. i , 2 et 3, des reliefs ou imitation de lettres disposés en zones, fig. 4 et 5; ce sont enfin des représentations les plus grossières des faces humaines, PI. xxvi,/%. 1 , 3 et 4; mais ici commence la confusion entre les Poteries gauloises et les Poteries germaines, les figures citées paraissant être plutôt caractéristiques de ces dernières que des premières.
On remarquera la grande analogie qu’il y a entre les formes, la matière et la couleur de la pâte des cinq vases figurés PI. xxv, fig. 1 à 5 (1).
On ne connaît pas l’origine précise des trois premiers ; mais ils sont des Gaules, et leur caractère est trop tranché pour qu’on puisse se méprendre sur leur origine. Ils ont pour type celui de la fig. 5, qui est lui-même une sorte de répétition de l’urne gauloise figurée dans le catalogue du Musée céramique de Sèvres, M PI. x , fig. 1 , et qui a été comme trouvé sous mes yeux.
C’est à Delincourt, près de Gisors, dans un lieu nommé le cimetière des Gaulois, qu’il a été découvert, en 1820, parM. de Martel, et donné par M. Coquebert de Montbret au Musée de Sèvres; il était placé dans un cercueil de pierre en forme d’auge. Sa forme est celle de l’urne de la fig. 5; il a 12 centimètres de hauteur sur 12 d’ouverture.
Sa pâte, qui a tous les caractères que j’ai énumérés plus haut, sa forme, ses ornements très-remarquables, pourront servir de type authentique pour déterminer les vases qu’on peut rapporter aux Gaulois de la même époque. Un vase du musée de Bonn, rapporté également aux vases gaulois, diffère un peu de ceux-ci par la forme, mais il s’y rattache par la nature de la pâte.
Ces vases faits, à ce qu’il paraît, dans la même période de temps et d’après les mêmes principes , seraient , avec les armes en pierre de différentes natures qu’on nomme tantôt cèraunite et tantôt casse-tête, les restes les plus anciens de l’industrie gauloise.
(*) Celui de la fig. 1 vient du cabinet du grand-duc de Darmstadt; la fig. 2 est tirée du t. II du Cours d'Antiq. Monum. de M. de Caumont, il est en terre grise; la fig. 3 est prise sur le vase de la Bibliothèque de Strasbourg; M. Sweigheuser en possède un plus petit parfaitement semblable; la fig. û,de la Bibliothèque royale de Paris, et la cinquième du Musée roval. Voyez d'ailleurs l’explication des planches.
Cette Poterie grossière à texture lâche, facile à entamer avec le couteau , à surface souvent raboteuse , presque toujours noire , quelquefois grise, est en général très-fragile. On conçoit alors que des pièces en terre à peine cuite, d’objets aussi fragiles, doivent être fort rares ; celles qu’on découvre de temps en temps se trouvent assez ordinairement ou dans de véritables tombes avec des squelettes ou des restes de squelettes, ou dans des positions qui indiquent qu’ils ont été enfouis dans des tombeaux. Ces vases pouvaient être aussi employés à certains usages domestiques; quelques formes, comme celle de la tasse, fig. io, de la bouteille , fig. 6 , semblent l’indiquer
Plusieurs des ornements en creux qu’on remarque sur ces vases évidemment gaulois, tels que sur celui de la figure 5 et sur celui de Gisors. décrit plus haut, sont ou réellement des ornements, ou des caractères d’écriture. Leur netteté, leur exacte répétition dans une même frise porteraient à croire que ce sont plutôt des ornements, et qu’ils ont été appliqués par une sorte d’estampage, emploi bien remarquable d’un procédé dont la délicatesse ne s’accorde guère avec la haute antiquité de ces vases faits en des temps où les arts industriels devaient être dans l’enfance. Cependant, comme je l’ai déjà fait remarquer ailleurs, ils offrent dans leur façonnage une autre circonstance, c’est d’avoir été fabriqués au tour. Tous ceux que j’ai eu occasion d’examiner en portent l’empreinte évidente. On y voit les lignes en spirale des mains ou de l’estèque du tourneur, et lorsque le pied du vase n’est pas excavé, il porte, de la manière la plus distincte, l’empreinte de l’instrument coupant que le tourneur appelle scie, et qui sert à détacher le vase de dessus la girelle ou tête de tour.
C’est également dans des tumulus que se trouvent les vases gaulois, c’étaient donc aussi des vases funéraires, et je ne connais de bien authentique parmi les vases attribués à ces peuples que des urnes qui avaient ou devaient avoir cette destination. On en cite néanmoins d’une très-grande dimension en Auvergne, et qui pouvaient servir aux mêmes usages que les grands cuviers qu’on fait dans le pays.
Bretonnes. — Je ne donne qu’un exemple de ces Poteries an-
POTERIES TENDRES
ciennes, si difficiles à distinguer des Gauloises et même des Romaines , dans l’urne trouvée à Buxton-Common^gmillesauN.deNorwich.Elle était en Poterie grossière, friable , à peine cuite. Elle avait cela de particulier, qu’elle fut trouvée renver- N° 39 sée et recouvrant un petit tas d’os¬
sements calcinés. Plusieurs urnes du même style étaient disposées de même.
France. — Aux Poteries mattes et aux Poteries seulement lustrées qui ont été fabriquées les unes par les Gaulois, les autres par les Romains et très-probablement par les Francs euxmêmes dans les diverses provinces dont la réunion forme la France actuelle, ont succédé des fabrications de Poteries françaises, d’abord mattes, et dont il ne reste de débris que ceux qu’on trouve dans quelques tombeaux qui appartiennent à des temps presque modernes , ensuite celles qu’on fabrique dans quelques parties de la France soit seules, soit en concurrence avec des Poteries vernissées. Je vais choisir parmi cette fabrication, si peu importante et cependant si répandue, les exemples et les faits qui me paraîtront avoir quelque intérêt.
Allier. — On y fait deux sortes de Poteries mattes bien différentes les unes des autres (1).
L’une à Lurcy-le-Sauvage, dans les environs de Moulins, est à pâte rouge un peu micacée, fort dure, très-voisine des grès, mais façonnée grossièrement.
L’autre est à pâte très-noire extérieurement , grisâtre intérieurement, dure, à façonnage assez soigné. Elle se fabrique à Cessel , dans les environs de Gannat.
On fait enfin dans ce même lieu des cruches ou buires en pâte jaune brunâtre assez minces, assez sonores, qui son! presque des hydrocérames ou cruches à rafraîchir.
Puy-de-Dôme. — J’ai déjà parlé des Poteries noires de ce département en traitant des grands cuviers dans la première divi-
P) Voir Mus. Céram., M, PI. xi, fig. 8, de Moulins,- — /?</. 12, de Cessai