MATTES. AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
l’eau un goût argilo-ferrugineux qui plaît beaucoup aux femmes de ce pays , même des classes les plus élevées , au point que plusieurs dames aiment à croquer les débris peu durs de cette Poterie à peine cuite.
Parmi ces Poteries , on remarque des petits vases d’une forme assez pure pour engager d’admettre qu’ils ont été faits sur le tour. Tel est le vase rouge qui vient de Saint-Pierre-Martinique , PI. xx , fig. io.
Amérique méridionale. — La fabrication de la Poterie est connue de toutes les nations de l’Amérique du Sud, excepté chez les peuples Pampéens de M. Aie. d’Orbigny. On trouve des fragments de vases presque partout , dans des contrées où il n’y a pas trace de monument.
Les Poteries de l’Amérique méridionale peuvent et doivent même être séparées comme celles de l’Europe et surtout de la Grèce en deux époques parfaitement distinctes établies encore plus par leur emploi que par la chronologie.
Poteries antiques. - — Les premières sont les Poteries anciennes fabriquées avant la conquête et déposées comme chez la plupart des peuples de l’ancien continent, et surtout de l’Europe, dans des tombeaux.
Ces Poteries présentent, comme le font voir, au moins en partie, les planches de la description du Musée céramique de Sèvres et celles du présent ouvrage , des faits très-remarquables sous tous les rapports.
Leur pâte est tantôt rouge comme chez les Grecs, tantôt noire comme chez les Étrusques. Elle est généralement matte ou rendue luisante plutôt par frottement que par glaçure. Elle est peu cuite, perméable.
Les pièces sont souvent assez légères 5 leur façonnage est trèssoigné 5 leurs formes ovales ou rondes sont assez pures , et cependant il est sûr qu’aucune pièce n’a été façonnée sur le tour ni faite dans un moule : toutes ont été faites entièrement à la main sans le secours d’aucun moletage , même pour les ornements en relief
POTERIES TENDRES, FINES
Leurs formes souvent bizarres ont cependant dans quelques pièces une assez grande simplicité et un ensemble de contours qui les rapprochent un peu des vases grecs , et quelquefois , mais plus imparfaitement, des étrusques et des chinois T1).
Les têtes et faces humaines qui forment l’ouverture et le goulot de certains vases , ou qui sont simplement ou grossièrement façonnées en relief ou en linéaments sur ces parties des vases , rappellent ces mêmes dispositions dans les vases étrusques et dans les vases germains (2).
Mais c’est surtout par le génre d’ornementation que les anciennes Poteries péruviennes et chiliennes se rapprochent le plus des anciennes Poteries grecques (3). Les méandres, les bâtons rompus qu’on appelle grecques, les frises qu’on nomme des postes y sont fréquemment dessinés ou peints en diverses couleurs sur ces vases anciens, ainsi que le montrent les figures que je viens de citer.
Ulloa avait été déjà frappé de ces analogies lorsqu’il dit qu’on trouve dans les tombeaux des Indiens de l’Amérique méridionale
(l) Consultez les planches du Catalogue du Musée céramique de Sèvres. J« puis citer comme analogues aux formes g r e c q u e s , la PI. xvii , fig. 1 , 3 , 5 et 8, PI. xvin , fig. 6 , 11 et 12 ; et aux formes chinoises, la PI. xviii , fig. 3, et, dans l’Atlas de d’Orbigny, les ligures de monstres, PI. xvii, fig. 6, PI. xx r fig. 1.
Une des ressemblances les plus remarquables entre les vases de l’Amérique méridionale, notamment entre les péruviens et les vases chinois, se montre dans le vase biforme à col étranglé semblable à certaines gourdes, et qui est représenté dans l’Atlas de d’Orbigny, planche, n° 19, fig. 5, et dans celui de ce traité, PI. xviii, fig. 3.
On trouve cette forme toute particulière en porcelaine de Chine. Mais ce qu’il y a de plus frappant , c’est que dans les vases de ces deux contrées si complètement séparées, on voit sur le chinois le lézard passant de la sphère inférieure à la supérieure, et sur le péruvien une espèce de petit singe dans la même position ayant l’un et l’autre cette particularité de la queue bifurquée qu’on n’avait encore vue que dans les vases de la Chine. Je ne tire aucune conséquence de ce fait singulier; je dois d’autant mieux me contenter de le signaler qu’il ne peut offrir quelque intérêt qu’aux historiens et aux géographes, toutes considérations étrangères à mon sujet. Je donnerai néanmoins à l’article des Porcelaines chinoises la figure comparée de ces deux vases, que le Musée céramique de Sèvres possède.
(4) Voyez l’Atlas d’Antiquités péruviennes d’Alc. d’Orbigny, PI. n° xv, PI. n» xvi , PI. xviii, fig. 1 et 6, PI. xix, fig. h , PI. xx, fig. li et 5, PI. xxi , fig. 1.
(3) Pour l’analogie de décoration grecque, le Musée céramique , PI. xviii, fig. 5, 6 et 12, PI. xvii, les fig. 2, 5, 8, 9 et 12.