ET CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Article Ier. — ArERÇUS HISTORIQUES.
C’est une espèce de lieu commun, néanmoins beaucoup plus en usage autrefois qu’aujourd’hui , que de chercher à donner une haute antiquité à la science ou à l’art dont on doit traiter. Il ne faut pas cependant que l’abus qu’on a fait de cette curieuse considération la fasse rejeter ou négliger lorsqu’elle est liée au sujet par des rapports réels et du plus grand intérêt.
Lorsque l’antiquité d’un art peut être établie par le raisonnement le plus simple, par les déductions les plus naturelles, il ne faut pas éviter de l’admettre dans la crainte de paraître suivre servilement une considération banale-, à plus forte raison doit-on aborder cette considération lorsque la haute antiquité d’un art , comme celui de la Poterie , est établie par les monuments les plus nombreux et les plus authentiques, par des monuments si simples et si clairs qu’il ne faut aucune étude pro- I. 1
IISTHODUCTION
fonde pour en saisir la valeur et l’intérêt , lorsque ces monuments font voir que cet art antique a été lié avec ce que les hommes ont toujours regardé comme ce qu’il y a de plus utile , de plus respectable et de plus beau.
C’est le cas des arts céramiques ou de la Poterie. C’est, après l’art de fabriquer des armes pour leur défense , quelques tissus grossiers pour leur vêtement, celui que les hommes ont cultivé le premier et qui a été comme la première ébauche de la civilisation (‘) ; car les armes étaient indispensables pour soutenir et défendre la vie -, les tissus végétaux ou les peaux, pour éloigner des douleurs physiques , les deux seules choses évidemment et essentiellement utiles -, tandis que la fabrication de la Poterie la plus grossière est déjà un art de luxe $ on peut vivre , vivre sans douleur, et ne point faire cuire ses aliments-, on peut mettre et conserver des liquides dans d’autres excipients que des vases de Poteries , les usages de quelques peuples sauvages ne laissent aucun doute à cet égard 5 or, il faut peut-être, pour faire avec le limon le moins rebelle au maniement du potier, un vase qui se durcira à l’air et au feu et ne servira qu’ après le résultat éloigné de cette opération, il faut, dis-je, plus de soin, de réflexion et d’observation , que pour façonner des bois, des os, des peaux et des fdaments , des armes et des vêtements 5 car ces matériaux offrent immédiatement à l’ouvrier le résultat de son travail.
A l’exception de la métallurgie , art trop difficile pour avoir même été essayé par les premiers hommes , il n’y a pas d’art dont les produits terminés diffèrent plus de leur ébauche que celui de la Poterie , même à sa période la moins avancée. Dans l’art du Potier l’ouvrier est obligé de prévoir ce que deviendra la masse informe de terre qu’il veut façonner, lorsque, pour rendre son ouvrage propre à l’emploi auquel il le destine , il sera obligé de le soumettre à l’action d’un agent puissant, comme le feu, et difficile à conduire : aussi les pâtes argileuses non cuites ont-elles généralement précédé celles dont le feu a terminé le travail. Enfin, il n’y a pas d’art dont les premiers et les derniers résultats soient
f1) Platon dit que la céramique doit avoir été un des premiers arts inventés , parce qu’on n’a pas besoin du secours des métaux pour travailler la terre (Noël, Dict. des Orig. au mot Poterie).