LEURS PROGRÈS
de Poteries, îa Faïence et la Porcelaine, a tellement frappé les peuples et les princes contemporains, que ces belles productions céramiques sont devenues dès leur origine un objet recherché, un objet d’un grand luxe , et d’un luxe si marqué et si particulier à la classe des hommes riches et puissants , que les princes se sont emparés de cette fabrication, non pas pour en faire un monopole productif, mais pour en faire la matière de leur faveur, de leur grâce et le signe de leur générosité.
Lorsque Luca délia Robbia à Florence, vers i/po, Orazzio Fontana à Pezaro, vers i54o, découvrirent et portèrent tout de suite à un haut degré de perfection, la belle Faïence connue alors sous les noms de Majolica , de Terra invetriata (ce furent les premières Poteries qui se firent remarquer sur la terre depuis les dernières Poteries romaines rouges) (*), les ducs de Toscane, et notamment le duc Quidobaldo de la Rovera, admirant ces belles productions, en favorisèrent la fabrication par tous les genres d’encouragements. Les artistes les plus habiles du temps, fournirent des dessins de formes et de sujets, d’habiles peintres les exécutèrent, et cette Faïence qui porta, dit-on, le nom de Porcelaine d’Italie, devint pour les ducs de Toscane un objet digne d’être donné par eux aux personnages du plus haut rang, aux souverains mêmes. On cite les artistes qui travaillèrent au beau service dont le grand-duc fit présent à l’empereur Charles-Quint. Cette Faïence fut très-recherchée et très-chère, parce que des hommes habiles dans tous les genres, concoururent à sa fabrication. Mais lorsqu’à la mort de Guidobaldo elle fut livrée au commerce , il fallut la donner à bas prix ; alors tout ce qui tient aux arts du dessin, à ce qu’on appelle le mérite ou la perfection dans les arts , dut être et fut négligé, parce que le commerce fait peu de cas de ce genre de mérite qu’il faut payer cher et qui produit peu. Cet art tomba dans les métiers 5 mais si ces Faïences perdirent ce genre de mérite et d’illustration, le perfectionnement industriel resta et ses éléments furent transportés en France et dans toute l’Europe (2). Ber-
[}) La porcelaine de Chine n’a paru en Europe au plus tôt que vers 1500.
(2) On reviendra sur ce sujet en lui donnant les développements techniques et historiques convenables, à l’article de la Faïence émaillée.
nard Palissy, à peu près dans le même temps, c’est-à-dire vers 1 545 , chercha et trouva après des peines et des dépenses infinies, cette partie brillante par ses couleurs et ses reliefs colorés de l’art du faïencier, qui avait pris naissance en Italie et qui venait de s’y perdre.
François Ier et Henri II son successeur, sans faire pour cet illustre Potier et pour sa fabrication, tout ce que le duc Guidobaldo avait fait pour les Majolica, l’encouragèrent néanmoins.
La découverte de la Porcelaine , ou plutôt l’introduction de la fabrication de cette Poterie chinoise en Europe , Poterie bien plus solide et bien plus brillante que la Faïence, et susceptible de recevoir tous les genres d’ornements imaginables, produisit vers le commencement du xvme siècle le même étonnement, le même mouvement dans les arts du dessin, que celui que la Faïence avait fait naître au xve siècle. Les princes voulurent de même s’attribuer la fabrication presque exclusive de cette belle Poterie, ou du moins en honorer les produits par des encouragements de toute espèce et par la plus noble destination ; elle fut pour eux, comme elle l’est encore, un des objets les plus précieux des présents royaux et diplomatiques.
Une troisième découverte, entièrement européenne, fit naître en Angleterre, vers le milieu du xviii® siècle, une sorte de Poterie tout à fait différente des précédentes, et dont on ne trouve quelque exemple qu’en France et en Chine, cette souche antique de tous les arts céramiques : c’est la Faïence à pâte fine et dure, à glaçure transparente , presque créée , ou au moins mise en grande vogue par Wedgwood, et portée par cet illustre Potier, à un degré de perfection tel, qu’on n’a pu faire oublier sa Faïence qu’en en créant une autre encore plus dure et plus belle. En effet, elle avait par sa solidité , sa légèreté et son imperméabilité des qualités techniques supérieures à la Faïence italienne ; mais n’ayant pas eu comme celle-ci la prérogative d’être la première Poterie à vernis brillant et blanc qui ait paru après les Poteries rouges et noires des anciens, ne pouvant pas présenter comme la Porcelaine cette dureté, cet éclat, cette richesse de couleurs et de décoration qui caractérisent un meuble du plus grand luxe, elle n’a pas eu à sa naissance la célébrité royale des deux autres