PARTIE TECHNIQUE. DÉCORATION
chez les anciens peuples du Nord, ont cependant un style général commun à ces peuples , mais modifié suivant les nations , ainsi qu’on le remarquera à l’histoire des Poteries de chacune de ces nations.
Quant aux couleurs vitrifiables connues des anciens, à leur nature , à leur emploi autre que celui de la décoration des vases , j'en parlerai dans la partie historique du traité des couleurs vitrifiables, liv. iii.
Je ferai remarquer, à la partie d’ornementation des Poteries à laquelle se rattache la diversité de formes , que , malgré l’immense variété qui se trouve entre les formes, les couleurs et les ornements des Poteries que chaque peuple a fabriquées , il y a dans la nature de la pâte , dans sa couleur dominante , et surtout dans le système général des formes et des décorations des vases , des caractères particuliers à chacun de ces peuples.
Aucune expression ne peut définir le caractère tiré de l’analogie des formes ; cette analogie est réelle cependant , et avec quelques réflexions et quelques exemples on sentira déjà ce que je veux dire : les figures le démontreront plus complètement.
Ainsi, en prenant pour exemple, non les formes recherchées et exceptionnelles , mais les formes populaires , on remarquera que les tasses à thé, les tasses à café, les tasses à café au lait que nous nommons génieux , les soupières, les pots à l’eau, les cruches, etc., sont, même actuellement dans ce siècle de transition et de versatilité, généralement différentes en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France, et que, malgré notre manie d’imitation des Anglais, malgré l’empire si puissant que la mode exerce sur nous, malgré notre légèreté, et enfin, il faut le dire, malgré notre défaut de caractère en ce genre, ces imitations ne s’étendent pas aux formes populaires, qui y résistent par un repoussement irréfléchi et même trop souvent nuisible aux réelles améliorations.
Quoiqu’on ne puisse donner une notion claire de ces ressemblances de forme, de matière et de décoration générales autrement que dans un musée, où un grand nombre d’échantillons seraient réunis dans ce but , ou que par des figures de pièces choisies avec discernement parmi les plus communes, comme on
n’a pas toujours ces moyens à sa disposition, j’ai cherché «à donner une idée, autant du moins que la chose est possible, dans le tableau n° h, de la nature, des formes, des couleurs et de l’ornementation caractéristique des Poteries ordinaires des différents peuples de la terre.
Je ne poursuivrai pas plus loin mes considérations sur ce caractère. La vue du Musée céramique de Sèvres, où les Poteries les plus populaires de tous les pays sont admises avec les Poteries les plus exceptionnelles, enfin les figures que je donne des Poteries antiques montreront clairement, je l’espère, la réalité du caractère tiré des formes, de l’ornementation et même de la couleur dominante particulières à chaque peuple.
Article III. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
§ i. — Sur la nature comparée des Poteries antiques et des Poteries modernes.
Je n’ai pas cherché à présenter l’histoire des Poteries dans l’ordre chronologique de leur fabrication ; une telle classification eût été archéologique : or , mon travail étant essentiellement technique, elle lui était entièrement étrangère. Mais il est impossible de ne pas croire, au premier aspect , que j’aie été entraîné, en faisant l’histoire des différentes sortes de Poteries, à placer à la tête de cette histoire les commencements de l’art, puisqu’en ouvrant le livre et lisant la table des articles, on voit traitées à la suite les unes des autres , et comme groupées sans intercalation, toutes les Poteries antiques tant de l’ancien que du nouveau continent ; on voit ces innombrables Poteries s’entasser toutes, non-seulement dans la première classe, mais presque uniquement dans les deux premiers ordres de cette classe , tandis qu’on ne peut trouver à placer dans aucun des sept ordres qui suivent une seule Poterie antique, soit européenne , soit américaine.
Or, n’est -il pas digne d’étonnement que pendant plus de quinze siècles aucun des peuples de l’Europe , de l’Afrique , de l’Asie occidentale et des deux Amériques n’ait pu faire une seule Poterie à pâte dure et imperméable comme celle de la faïence