‹ Traité des bandages, des pansemens et de leurs appareilsChapitre 61 sur 196 · HUIT SUPÉRIEUR D'UN ORTEIL · texte numérisé non relu

HUIT SUPÉRIEUR D'UN ORTEIL

Véritable huit de chiffre, qui embrasse la plante du pied dans un anneau postérieur, un orteil dans l’antérieur, € dont le croisé correspond à la partie supérieure de la base de l’orteil. Ùr (or

Indication. Une petite plaie à préserver de l'action des chaussures , un petit appareil à maintenir à la base des orteils où autour de l’un d’eux, ou bien encore-un orteil dont Ja direction vicieuse gêne la marche et doit être redressée.

Pièce du bandage. Une bande longue de deux mètres (moins de deux aunes) , large d’un travers de doigt et rou- ‘ Jée à un globe. RE Application du bandage. Faites deux circulaires autour : du pied près la base des orteils; à la fin du second circulaire, conduisez La bande en dedans ou en dehors de l’orteil

malade , selon le sens dans lequel vous faites les circulaires;

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS, 139 entourez l’orteil d’un demi-circulaire, revenez sur sa base,

croisez en X le premier jet de la bande, embrassez la plante

du pied, revenez sur le pied pour recommencer un nouveau croisé; continuez le bandage de la même manière; enfin terminez-le sur le dos du pied, et en fixant l'extrémité avec une épingle.

E ffets et propriétés. Ce bandage, employé pour redresser un orteil, l’attire en haut et peut l’y amener malgré les ortéils voisins qui tendent sans cesse à le recouvrir. Si cependant il ne suffisait pas, il faudrait imaginer un bandage mécanique pour remplir l'indication. ‘

Remarque. Si au contraire il s'agissait de ramener par en bas un orteil qui monterait sur l’un des doigts voisins , il faudrait nécessairement faire un huit inférieur d’un orteil, un huit qui serait inverse au précédent, et aurait ses croisés à la plante du pied.

On. en trouve un très-grand nombre dans le livre de Galien sur les bandages. Tels sont le rhombe double dirros pou- 6oç, c. 13; le semi-rhombe, äuipgou6o, c. 14; le scapha, sxägtov, C. 19, qui sont d’ailleurs mauvais : tels sont le demichevestre , 9op6£x fuirouoy, c. 23 ; le chevestre double, op6éx duepñs, ©. 24, et les chevestres des chapitres 25, 00. Tels sont encore les liens de Glaucias, c. 54, qui sont tous des bandages médiocres: les lièvres à oreilles, azyos per’ôruv, c. 37, 88, bandages qui présentent des boucles prolongées comme les oreilles d’un lièvre, et que les gladiateurs portaient pour ornement (1). Nos chevestres simples ou dou-

(AY Deligatur autem aut decoris yratiä in gladiatoriis duellis, œut, etc. , ©, xxXxvIr, D. 482, t. xr.

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bles en sont la copie; on s’en servait autrefois pour. lier la mâchoire. Tels sont l’œil simple, c. 39.et 40; l'œil double, c. 41, 43, qui sont semblables à ceux que nous connaissons aujourd’hui sous le même nom. Tels sont l’œil droit, simple, double, €. 44, 47, qui différent des précédens en ce que la bande descend du vertex sur les yeux, tantôt

verticalement, tantôt en formant un X sur le front ; et

qui ne méritent que l’oubli. Tels sont la circonvallation

d'Amintas, ’Apivrov yépaë, que l’on a mal à propos traduit | par fosse d’Amintas, c. 58 et 59; l’épervier de Ménécrate \ Mavexptous iépeë, c. 60; la circonvallation d’Amintas, pour le nez tortu, c. 61 : très-mauvais bandages qu’on s'étonne de voir conservés dans les traités les plus modernes. Tels sont le spica de Glaucias , Thavxiou oréyuc, c. 77, qui est un huit supérieur d’une épaule, entièrement semblable à celui que nous avons décrit sous ce nom, et que Galien employait pour la fracture de ja clavicule ou la luxation de l’humérus. Tels sont les spicas des chapitres 78, 83 , qui ont une trèsgrande ressemblance avec le bandage de Desault, pour la haie. En effet ils se composent, 1° d’un huit qui embrasse verticalement le bras du côté malade, avec l” aisselle du côté opposé, et présente son croisé sur l'épaule ou Ja clavicule du côté affecté; 2° de circulaires qui tiennent le bras attaché au tronc; 3° d’une pelote de laine molle que l’on place sous l’aisselle, mais qui ne me paraît pas avoir été employée dans la même integtion que celle de Desault, bien que ces bandages aient été destinés à contenir la fracture de la clavicule. Tels sont encore le cataphracte ou la cuirasse, xaragpéxrns, ©. 8 et 86, ainsi appelée de sa ressemblance avec la cuirasse des Romains; la cuirasse d’Amintas, c. 82; deux chiastes, xx%, de la poitrine, c. 88 et 90 ;

deux étoiles : &chp, C, O1, 99, QUE l'on a depuis traduit par À éloilés, et dont notre croisé de la poitrine se rapproche

GENRE IV. BANDAGES CROISÉS. i4i

beaucoup; le bandage droit de Sostrate, c. 87, composé de circulaires horizontaux de la poitrine et de bandes repliées de bas en haut sur elles-mêmes ; qüi embrassent ces circulaires dans leur anse, et vont se nouer sur les épaules en formant une bretelle de chaque côté. Soranus et Héliodore ont aussilécrit quelques croisés du tronc , et parliculièrementde spica de l’aine (1), et plusieurs croisés des membres que l’on trouve à la suite du Traité de Galien, dans l'édition de Chartier. Je ne les indiquerai pas icis mais je dois dire que l’on n’y rencontre point l’étrier des auteurs postérieurs , mais seulement des croisés du pied, plus où moins analogues à celui dont nous avons parlé.

Guy de Ghauliac a décrit bien peu de bandages croisés. Il serait difficile de dire si c’est le chevestre qu’il propose pour contenir la fracture et la luxation de la mâchoire inférieure; car sa description est inintelligible (2); cependant il est facile d’y reconnaître un bandage croisé qui peut avoir de l’analogie avec le chevestre. Quoiqu'il ne le nomme pas, il a manifestement conseillé le spica de l'épaule pour en contenir la dislocation réduite (3).

Le bandage que Paré décrit pour la fracture de la clavicule rentre probablement dans les bandages qui m’occupent; car il dit de le mettre en croix de saint André (4). Dans un article sur la saignée, plein de détails profonds, Delavauguion recommande de faire des X au-devant du pli du bras, après la saignée de cette partie (5), et il décrit aussi l’étrier (6). Heister conseille aussi l'emploi du spica de l’aine pour contenir réduite une luxation de la cuisse (7). Le discrimen en X, qui est un très-mauy ais bandage, l œil Sitople,

(4) Heliodori, de Fasc., 36.— (2) Trait. v, doct. 1, ch. 11, p. 390.— *(3) Id., doct. x, ch. v, p. 405.— (4) Liv. xv, ch. vinr. (5) Ch. xx1v, Appar. 7 la Nes P. 225. — (6) Id., p. 226. — (7) Part. 1, Liv. ir, eh. x, p. 266,

le double ; le discrimen du nez, le nez tortu , la fosse d’Amintas, les chevestres, le huit de chiffre, les spicas, les étoiles , les quadriges ou cataphractes, le kiastre, le sandal ou royal étrier décrit par l’auteur anonyme du Manuel des

bandages, par Sue, Tuinraye , etc., etc. , sont des banda-

ges croisés. | * GENRE V.

Je forme le cinquième genre d'un bandage qui représente des espèces de nœuds.

ESPÈCE UNIQUE

LE. NOUÉ (nœud d’emballeür ).

Ce bandage est formé de circulaires horizontaux autour du crâne et de circulaires verticaux de la tête qui se croisent avec les précédens: à angle droit et offrent des espèces de nœuds sur l’une des tempes (pl. II, 5,6).

Usages. On ya recours pour exercer une compression sur l’artère temporale ouverte , soit artificiellement par l’opération de l’artériotomie , soit accidentellement,

Pièces de l'appareil. Une bande longue de six mètres (un peu moins de cinq aunes), large de trois travers de doigt et roulée à deux globes inégaux d’un sixième; un petit morceau de diachilon et une compresse graduée pyramidale..

Précautions préliminaires. Les cheveux doivent être coupés ou rasés s’ils s'étendent jusque sur la plaie; il faut recouvrir celle-ci d’un morceau de diachilon, et par dessus, d’une compresse graduée pyramidale, dont la base doit être tournée en dehors et le sommet correspondre à la blessure.

Application du bandage. Appliquez horizontalement le plein de la bande sur les premières pièces d'appareil qui doi-

GENRE V. BANDAGES NOUËS, 143

vent recouvrir la plaie ; portez les globes, l’un en avant, l’autre en arrière, autour de la tête (pl. IE, 8, 8), jusqu’à la tempe saine ; entre-croisez les bandes , ramenez-les suivant la même FRS sur la tempe blessée, entre-croisezles de nouveau sur cette tempe , tordez-les d’une manière analogue à celle qui est figurée pl. II, 5, 6, l’une sur l’autre, et portez-les l’inférieure en haut , la supérieure en bas , de facon qu’elles forment deux anses qui s’embrassent réciproquement par leur concavité; qu’ensuite les deux globes conduits, lun sous le menton, l’autre sur le sommet de la tte, forment chacun un circulaire vertical (pl. IL, 12, 4),

ens’entre-croisantsur la tempe saine et en venant se rejoindre sur la tempe malade (même pl., 3, 11); là, qu'ils soient encore entre-croisés, tordus l’un sur l’autre, et dirigés horizontalement, l’un en avant, l’autre en arrière, après avoir fait un second nœud sur le premier; que ce nœud soit entièrement fait comme celni que représente la pl. Il, 6, 5, qui a été dessinée d’après un bandage dont l'application était très-avancée; continuez ainsi (même pl., 2, 9, 1, 10, 6, 5) jusqu’à ce que vous ayez fait trois ou quatre nœuds l’un sur l’autre, comme le représente la pl. IT, qui nous offre le bandage à son quatrième nœud ; enfin achevez ce bandage par des circulaires horizontaux , que vous finirez nécessairement avec le globe le plus volumineux.

.æ Précautions consécutives. Il faut ensuite mettre un serre-

tête ou un bonnet au malade, et y fixer encore les circulaires verticaux du bandage avec des épingles, afin qu'il glisse et se relâche moins vite, ce Lu pourrait renouveler l’hémorrhagie.

E flèts et proprièlés. Le nœud d’emballeur , fait d’après les ‘principes que je viens de tracer, forme un bandage assez solide , mais’ assez gênant pour la mâchoire inférieure. Par ses nœuds répétés et recouverts les uns par les autres, il

144 CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT DITS. er | exerce assurément une certaine bon Sr ‘sur les premières pièces de l'appareil; mais j’ose affirmer qu’il en

exercerait davantage sur la tempe blessée, si l’on faisait

ses nœuds sur la tempe saine. Geci vous paraîtra paradoxal

au premier abord; eh bien ! faites-en l'expérience sur vousmême. Appliquez la compresse graduée sur l’une des tempes , comme dans le cas précédent ; que les nœuds du bandage soient faits sur la tempe opposée, et vous ressentirez

manifestement une pression plus forte dans ce cas de la part

de la compresse que lorsque les nœuds seront faits immédiatement dessus , et en général, la pression sera d'autant plus forte que les circulaires horizontaux seront dus nombreux. |

- Ce résultat, examiné de près; n’a rien de a niet eu Les bandes s’appliquent mal sur la compresse graduée lorsqu’elles y forment des nœuds. Elles s’y appliquent au contraire largement et exactement dans le cas contraire. Alors il n’y a rien de perdu dans leur action, etssi les circulaires horizontaux serrent davantage, cela tient à ce qu'étant mieux assis , ils sont plus solides que les circulaires verticaux. De ces remarques il faut conclure que des circulaires

horizontaux Hope avec avantage le nœud d'embal-

leur.

Quoique les anciens aient abusé des nœuds dans leurs bandages, ils ne nous paraissent point en avoir fait d’analogues au noué que nous venons de décrire. En effet , ils destinaient les nœuds, soit à assujettir les banuse soit à les orner. Les bandages qu'ils désignaient

sous le nom de lièvre à oreille en offraient dé ce genre, et Galien recommandait, dans cette intention, ‘d'en faire les :

GENRE V. BANDAGES NOUÉS. 145 oreilles courtes, et de les placer au milieu du front (1). Parmi les lacs d'Oribase (2), qui sont tous des noués servant, la plupart, à l’extension des membres luxés ou fracturés, et qui par conséquent sortent de mon sujet, on en trouve cependant qui rentrent dans les bandages par la durée de leur emploi et par leur réapplication successive, Tels sont le nautique , ©. 2, destiné à contenir des attelles, le loup , destiné à resserrer les membranes du ventre dans la cure d’une hernie, c. 7; le plinthe, qu'il conseille pour contenir la fracture du menton, c. 13. C’est beaucoup plus, tard que l’on a imaginé le nœud d’emballeur ({ capistrum, chevrette oblique ou solaire), dont j’ai parlé; je ne le trouve décrit ni dans Guy de Ghauliac, ni dans Paré , ni dans Thévenin, ni dans de Lavauguion, qui recommande ; pour arrêter le sang de l’artériotomie de la tempe, le discrimen dont il se sert pour l'arrêter dans la phlébotomie du front (3), ni dans Dionis, qui glisse une fève ou un liard dans les petites pièces de linge destinées à comprimer le vaisseau, et qui applique une bande en T, en la serrant un peu plus qu'à l'ordinaire (4). Mais on le trouve décrit dans Heister qui, le regardant comme très-ntile, s’étonne que plusieurs de ses contemporains l’aient oublié. Dans la vénération, qu'il lui portait il lui a donné deux frères bandages , 1° un pour le pansement consécutif à l’extirpation d’une parotide squirrheuse, que depuis on a désigné sous le nom de noué ; 2° un autre bandage du même genre pour exercer une com- . pression sur le périnée, dans le cas d’une hémorrhagie consécutive à la taille (5).

,(4) De Fasc., €. xxxvn. — (2) In Galen., edent. Chartier, t. x. — (3) Chap. x1x, p. 229.— (4) De l’Artériot., p. 596.—(5} Part. 3, ch. 171, 6 8, et ch. v, 67. s

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