COMPRESSIFS 5 OU COMPRESSEURS DES VAISSEAUX
Je les de'sîgnerai toujours indiffe'remment sous ces deux noms, parcequ'ils indiquent la même action ; mais on verra que , maigre' que je de'signe ces bandages d'après leurs usages , ils ont une grande similitude dans leur disposition.
Je dois pre'venir le lecteur que je ne mentionnerai cependant que les compresseurs qui s'appliquent pourun temps plus ou moins long , qu'on lève et rëapplique quelquefois à plusieurs reprises, mais que je ne de'crirai point le garrot j parceque c'est un petit appareil dont on ne se sert que momentanément dans certaines opérations , et que sous aucun rapport je ne puis en parler dans mon ouvrage. Par la même raison, je ne m'arrêterai pas à certains tourniquets qui exercent sur les membres une compression à peu près circulaire , et que l'on ne peut employer d'une manière permanente au traitement d'un ane'vrysme.
Les compresseurs des vaisseaux forment deux sousgenres très distincts : 1° les tourniquets ; 2° les compresseurs proprement dits.
Usages. On peut y avoir recours dans l'intention de comprimer une artère ane'vrysraatique, lorsque le sujet ne veut pas se soumettre à l'opération de la ligature du vaisseau , qui est toujours préférable ; dans l'intention de tarir la source d'une liémorrhagie provenant de la blessure d'une petite artère, et que l'on espère voir s'arrêter par une compression prolongée pendant plusieurs heures , etc.
Ces inslrumens doivent toujours être applique's de
manière à ne comprimei* avec e'ncrgic que le vaisseau où l'on se propose cVarrcler la circulation et le point oppose' du membre, pour ne pas y entraver la circulation veineuse. La compression portera au-dessus de l'anëvrysme ou de la hiessure, jamais dessus, et encore Lien moins au-dessous. On les laisse appliques jusqu'à ce que l'on puisse supposer l'indication remplie. Si, lorsqu'on les retire , ou seaîement qu'on les desserre , un ane'vrysme lait encore sentir des batlemens , ou si, dans le cas de blessure, i'he'morrhagie se renouvelle, il faut les re'appliquer de suite , ou les serrer davantage.
I^' SOUS-GENRE
TOURNIQUET DE J.-L. PeïIT , MODIFIE (ij,
Disposition. Il est compose, i" d'un coussin compressif; 2° d'un coussin que j'appelle antagoniste ; 5" d'une plaque à e'crou ; 4° d'une vis ; 5° de tiges de fer ou d'acier; 6" d'une jarretière de laine ou de fil.
Les coussins sont quadrilatères , légèrement courbe's sur leur longueur, aun de s'adapter exactement à la surface cylindroïdc de nos membres.
Le coussin antagoniste est souvent destine' à s'appliquer sur le trajet de l'artère à ])resser. Il est formé , comme la pelote immobile : d'un brayer , d'une lame ou plaque de métal courbée , à la face interne de laquelle est fixé un coussin ferme. La plaque porte à sa face externe deux brides ou pontons sous lescpicls doit passer la jarretière qu'ils servent à retenir.
Le coussin compressif est celui d'où provient toute l'action du bandage , et il est disposé de la même manière à peu près que le précédent. Il en diiTère en ce que la plaque ne porte point de brides, mais la vis et
(1) Planclics du Dict. de chir. de l'Eacyclop. , p. S, f, 4- Paiii, an vu de la république
GENRE V. COMPRESSEURS DES VAISSEAUX. 42^ les deux tiges de mëtal, comme celui de la P. XYI, qui correspond au côlë exleruc du bras gauche de la ligure , et touche immédiatement à la peau.
La plaque à ëcrou est courbée comme celle des coussins; elle est percée dans son centre d'un trou taraude , surmonte' d'un ëcrou dont Touverlure fait suite à celle de la plaque. De chaque côlë de l'ëcrou, elle présente un trou pour recevoir les deux liges de mëtal.
La vis est montëe sur la plaque du coussin compressif perpendiculairement à sa surface, et passe à travers le trou central et l'ëcrou de la plaque à ëcrou qui sert d'appui à lavis dans ses mouvemens. Cette vis prësenle à son extrëmitë libre un élargissement ou poignëe, par laquelle on la saisit pour la faire tourner et agir.
Les deux liges métalliques sont iixëes, une de chaque côte de lavis, sur la même plaque , et traversent aussi la plaque taraudée par les deux trous latéraux à l'ëcrou. Elles sont destinées à empêcher la vacillation de la plaque à ëcrou.
La jarretière est un cordon large de deux doigts. A l'une de ses extrëmitës elle doit porter une boucle de mëtal , et non loin de là être percëc d'une boutonnière par laquelle puisse passer la vis et les tiges me'taliiques, lorsque celte jarretière est engagée sous les brides ou pontons de la plaque à ëcrou.
Application. La jarretière placée sur la plaque à ëcrou de manière que la vis passe à travers la boutonnière , on engage l'autre extrëmitë dans la bride du coussin antagoniste ; on le porte sur le point où l'on veut exercer la compression; on applique le coussin compressif sur la partie du membre opposée à l'artère à presser; on entoure le membre avec la jarretière; on engage rextrëmitë de celle-ci dans la boucle ^ et ou serre autant que possible le circulaii'e qu'elle
forme; ensuite ou lait lourncr la vis tic manière à ecarlcr Ja plaque à e'ciou du coussin comprcssif, dont elle doit être rapprochée au commencement de l'application du Landaise ; on fait tourner celte vis jusqu'à ce que le bandage exerce une constriclion suffisante.
Effets et propriétés. A mesure qu'on fait tourner la vis, la plaque à ëcrou, en s'ëloii,'nant du coussin, entraîne la jarretière en dehors, en sorte que celle-ci exerce sur le coussin antagoniste une pression croissante qui reagit sur le vaisseau à comprimer. Cependant le coussin compresseur agit sur la partie opposée du membre , tandis que la jarretière agit cà peine sur le reste de la circontcrence de ce membre, et n'interrompt point le retour du sang veineux.
Dès les premiers momens, la compression du membre en deux sens opposes est fatigante, surtout si elle est un peu énergique. Il est des malades chez qui elle détermine par la suite une inflammation ulcérative ; il en est d autres chez qui elle devient promptemenl insupportable, quoiqu'il n'y ail pas même d'inflammation à la peau.
La compression exercée par le bandage qui nous occupe peut êti'e suivie de la guérison d'un anévrysme. On en a plus d'un exemple. On a même vu un homme presque guéri par ce moyen d'un ané\ rysme de l'artère iliaque externe, et qui l'aurait probablement été entièrement, si une maladie étrangère à celle de l'artère ne l'eût enlevé. On conçoit d'ailleurs que, pour obtenir la guérison d'un anévrysme , il faut continuer la compression pendant fort long-temps , et la faire dans un point où l'artère anévrysmalique soit exactement comprimée. La compression, au moyen de ce bandage, peut aussi, au bout d'un certain nombre d'heures , avoir tari cniièrement rhémorrhagie d'une petite artère.
Le tourniquet de J.-L. Petit a f inconvénient de se
GENRE V. COMPRESSEURS DES VAISSEAUX- q.27 laisser renverser aisément , et les accidens rie la compression, les incertilufles du succès, tels sont les motifs qui doivent lui faire préférer, presque toujours, la ligature des artères blessées ou andvrysmatiques. Ce dernier moyen n'est à rejeter que dans le cas d'hémorrhagie, lorsqu'on présume qu'une compression de quelques heures pourra l'arrêter.
D'un autre côté, comme le tourniquet se laisse facilement renverser et déplacer , ce qui peut produire le retour de Ihémorrhagie, lorsque c'est pour un cas semblable qu'on l'a mis en usage, Moore, chirurgien anglais, a imaginé un autre compresseur.
Soins consécutifs . Le tourniquet doit être porté pendant long-temps, et d'autant plus long-temps que l'hémorrhagie ou l'anévrysme contre lequel on l'emploie appartient à une artère plus volumineuse. Il serait pror bablement avantageux de couvrir la peau d'un morceau de sparadrap à l'endroit de rapplicalion des coussins , pour en modérer l'action.
Re.maPvQUE. Comme les membres supérieurs et inférieurs n'ont pas le même volume, il faut des tourniquets dilTérens pour chacun d'eux. On peut regarder ces tourniquets comme diverses espèces qui ne diffèrent les unes des autres que par leur volume.
11= SOUS - GE:nR£.
ESPÈCE UNIQUE
COMPfiESSErR MODIFIÉ DE MoORE (P. XVI).
Ce compresseur , que ivIooRE a proposé pour diminuer et prévenir la douleur dans les opérations de chirurgie (1), a été destiné depuis aux mêmes usages
(1) BeDJdmin Beli, t. yi. p. 2G1, PI. 86 et PI. 48 deTEncyclopédie, F. 1, 2, 3.
428 CLASSE II. BANDAGES Ml'.CANIQUES.
que les lourniquels. Il offre une (lisposilion beaucoup plus simple : 1 " un demi-cercle d'acier , j^arni d'un coussin eu dedans de l'une de ses exlre'milës, tandis que l'autre est pcrce'e d'un trou taraude' pour recevoir une vis, et de deux autres irons par où doivent passer deux liges de fer qui y ont cië ajoute'es, comme dans le tourniquet perfectionne de J.-L. Petit ; 2° un coussin mobile, attache' à la face inierne d'une plaque me'iallique très forie ; 3" une vis qui traverse l'extremilé taraudée du demi-cercle, et est fixée d'autre part à la plaque du coussin mobile ; 4° deux liges de métal pour empêcher le coussin mobile de vaciller, voilà les pièces qui le composent.
j4pplicatio7î. On applique ce bandage en portant l'une de ses pelotes sur l'artère à comprimer, et l'autre sur le côté opposé du membre. Ce bandage doit toujours être mis de manière que la vis de pression, qui fait une saillie plus ou moins considérable , ne gêne point , et offre le moins de prise possible aux puissances extérieures qui sont susceptibles de la choquer et de tout déranger. Ainsi au bras, la vis sera tournée en dehors (P. XVI) ; à la cuisse, elle correspondra à la pelote qui appuiera sur Tarière fémorale pour y suspendre la circulation. Vous ferez ensuite agir la vis de pression; elle poussera la pelote en dedans , en prenant son point d'appui sur le trou taraudé qui lui tient lieu d'écrou. On doit arrêter la pression aussitôt que la circulation est interrompue dans le vaisseau comprimé , ou même avant, si la personne ne peut supporter d'abord une plus forte compression , et si l'on y a recours dans l'intention de guérir un anévrysme.
Effets et propriétés. Ce bandage se déplace moins facilement que le précédent ; mais il esi plus pesant , et cela est surtout sensible dans celui de la cuisse, qui a un poids assez considérable pour devenir fatigant.