‹ Traité des bandages et appareils de pansementChapitre 40 sur 160 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Lebandageestrarrangementquirésuliede l'application raisonnëe à une partie du corps, soit d'une ou plusieurs bandes, soit d'une ou plusieurs pièces de linge se'pare'es.

On donne encore le nom de bandaçre à un assemblage compose de plusieurs bandes ou de plusieurs pièces de linge réunies , soit par des coutures, soit par continuité' de tissu , comme serait une serviette dans laquelle on taillerait plusieurs chefs de la circonférence au centre , où ils se re'uniraient à un plein commun. Ceux-ci portent le nom de bandages lors même qu'ils ne sont point applique's. On peut, ce me semble, de'signer sous le nom de bandages simples les premiers que je viens de citer , les seconds sous celui de bandages composés ^ et en former deux ordres. Ce n'est pas que ces expressions ne soient déjà consacrées dans la science , mais elles manquaient peut-être d'une de'finition exacte qui en limitât le sens.

Par une extension poussée trop loin , je crois , on a donne' le même nom de bandages à des assemblages de pièces qui agissent d'une manière spéciale, soit par leur élasticité , soit par la grande résistance dont elles sont douées , soit par le mécanisme des leviers.

Nous formerons des deux premiers ordres une première classe de bandages proprement dits ou simplement de bandages. Nous ferons des machines dont nous venons de parler une deuxième classe, et nous les dési-

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^nerons sous le nom générique de machines ou de bandages mécaniques.

Les bandages simples repre'senteni jusqu'à un certain point des figures régulières, auxquelles on peut Jes comparer , et desquelles on peut partir pour les subdiviser et les nommer méthodiquement; ce qui n'est pas sans importance, car il n'est aucune partie de l'art où le besoin d'une classification et d'une nomenclature me'thodique se fasse aussi vivement sentir.

Les noms devraient être insignifians ; mais l'usage, qui pre'vaut en cette matière, refuserait des de'nominations fbrnie'es de lettres puise'es au hasard dans une urne. Ce même usage nous permettrait aujourd'hui de les tirer de la langue des Grecs ; mais la signification de nos mots pourrait ne pas fr-apper du premier coup tous nos lecteurs, et enfin nous n'aimons pas à parler grec en français. Il en re'sulie le plus souvent un langage dur et bizarre, qui fatigue ou e'tonne les oreilles; et les ele'mens d'une des langues les plus harmonieuses de l'univers, combine's par nous, enfantent des mots barbares , soit par l'union force'e de ces ele'mens , soit par la longueur de'mesure'e des mots eux-mêmes, soit par la manière différente de prononcer les syllabes grecques reporle'es sans alte'ration dans la nôtre , soit parceque nous remplaçons des désinences sonores par nos terminaisons sourdes et obscures de iin^ ique^ on^ in^ etc.; j'en pourrais citer mille exemples. Qu'y a-t-il en effet de moins harmonieux que les mots crotaphite , stflo-hjoïdien , omoplato-hjoïdien , pharjngo - stapldlin , gastroctiémieîi y tri splancl inique , aposkeparnismos y ectropion, etc., (jui appartiennent, sdit à l'anatomie , soit à la chirurgie; et que ces mots bairacien^ ichtyologie , chondropiérigien , etc., qui appartiennent à l'hisioire naturelle.

Si l'usage qui nous tyrannise ne nous y eût de'jà contraint, malgré nous, dans d'autres circonstances, nous n'aurions jamais crée' de ces mots français-grecs; mais comme nous avons pour principe de les éviter autant que possible , nous nous efforcerons de n'en imaginer aucun dans cet ouvrage Revenons à notre

sujet.

Tous les bandages, quelle que soit leur figure, présentent toujours deux surfaces ; l'une qui doit s'appliquer à la peau, et que nous nommerons interne; l'autre qui doit être tournée en dehors , et que nous appellerons externe.

Parmi les bandages simples , i° les uns forment autour de nos parties des circulaires horizontaux qui se recouvrent à peu près exactement les uns les autres ; nous les appellerons bandages circulaires.

2° D'autres décrivent des circonvolutions obliques qui se recouvrent encore à peu près exactement et conir plètement; ils recevront le nom à^ obliques.

3° D'autres décrivent des tours en spirale que les auteurs désignent sous le nom de doloires ; ce seront les spiraux : on les appelle généralement bandages roulés.

4° D'autres figurent des croisés semblables ou non au chiffre 8 ; nous les nommerons croisés, et quelquefois huit de chiffre, ou tout simplement huit. Les auteurs ont encore donné le nom de doloires à leurs circonvolutions lorsqu'elles ne se recouvrent qu'en partie.

5° Nous formerons le genre noué d'un bandage qui figure une sorte de nœud.

6° Il y en a qui vont et viennent alternativement sur leurs pas, en se repliant sur eux-mêmes en anses qu'assujettissent des circulaires de bandes; nous les connaît irons sous le nom de récurrens.

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•j" Il en est qu'on fait avec des mouchoirs, des serviettes, des pièces de linge plus ou moins larges ei dont on enveloppe les parties, la tcte , le tronc et les membres ; nous leur réserverons exclusivement le nom do bandages yy/em5'. IVIainienant que nous avons adopte des noms significatifs , nous voudrions en avoir un pour ceux-ci qui le lût davantage; mais il nous a été' impossible d'en trouver.

8° Il y a un genre de bandages qui mérite à peine ce nom ; je veux parler des liens que l'on emploie quelquefois pour contenir des os luxe's , des sondes , etc.

9° Enfin il est un genre de bandages qui offre deux sous-genres bien distincts, connus chez les auteurs sous le nom d'unissans : i° des bandages forme's d'une seule bande ou d'une seule pièce de linge perfore'e de plusieurs ouvertures ou boutonnières dans un des points de sa longueur, et fendue à un bout en plusieurs lanières destine'es à traverser ces boutonnières ; 2° des bandages compose'» de deux bandes ou de deux pièces de linge , dont l'une est perforée d une ou plusieurs boutonnières , tandis que l'autre est fendue dans sa longueur en autant de chefs que la première a d'ouvertures , lesquelles lanières sont encore destinées à s'engager dans les boutonnières, comme celles des bandages du premier sous-genre.

Ces deux sous-genres, à cause de leur ari-angemenl, recevront le nom àHnvaginés , bien que cependant ils ne forment pas des gaines enfilées par des bandes, mais seulement des ouvertures traversées par les chefs du bandage. La dénomination n'est assurément pas merveilleuse , mais nous n'avons pu en trouver de meilleure , en nous imposant toujours l'obligation de la tirer de la forme du bandage.

Ces premières subdivisions de l'ordre des bandages

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simples sont des genres qui renferment diverses espèces que nous désignerons par le nom du genre et celui de la partie où on les applique. Dans le genre circulaire nous avons, i" un circulaire du front ou bandeau; 2° un circulaire du cou ; 3° un circulaire du tronc ou bandage de corps; 4° ^^ circulaire du bras; 5° un circulaire 'du poignet ; 6° un circulaire de la cuisse et de la jambe; 7* un circulaire des doigts et des orteils.

Je forme le second genre d'une seule espèce , l'oblique du cou, laquelle aura deux variéte's.

Parmi les spiraux viendront se placer ceux , 1 " de ia poitrine ; 2" de l'abdomen; 3° de la verge; 4" <^u bras; 5° de l'avant-bras ; 6° de la main ; 7° d'un doigt ; 8° de chacun des doigts, ou gantelet ; 9° de la cuisse ; 1 0° de la jambe; 1 1° du pied; 12° de tout un membre.

Parmi les croise's nous trouverons les croise's, 1" d'un œil, ou l'œil simple des auteurs; 2° des yeux, ou l'œil double ; 3° le croise' simple de la mâchoire; 4" le croisé double de la mâchoire ; 5° celui de la tête et de la poitrine ; 6° le huit antérieur des e'paules ; 7° le huit poste'rieur des épaules, ou huit de chiffre des épaules; 8° le huit du cou et de l'aisselle; 9° le huit supérieur d'une épaule ou le spica ; 1 0° le croisé du bras et du tronc ; 1 1 ° le croisé d'une mamelle ; 1 2° le croisé des mamelles ; 1 3° le huit du coude, ou bandage de la saignée de l'avant-bras; i4° celui du dos de la main, ou bandage de la saignée du dos de la main ; 1 5° celui du pouce ou spica du pouce ; 16° celui de l'aine ou spica de l'aine; 1 7° celui du jarret ou huit de chiffre du genou ; 1 8" celui du coudepied; 19° celui de la plante du pied; 20° celui d'un orteil.

Pour bandage noué , je ne décrirai que le noué ou nœud d'emballeur.

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Parmi les réciirrens je ne placerai que , i ° le récurrent de la tête, ou capeline de la lête; 2" le récurrent des moignons (capeline des amputations).

Parmi les bandages pleins se trouveront re'unis , 1° le plein du crâne ou le mouchoir en triangle; 2° le plein de la télé ou le grand couvre-chef ; 5" les pleins du Lras ou les e'charpes , grande , moyenne et petite.

Parmi les liens je placerai les cordons conlentifs , 1 ° des luxations ; 2° des canules nasales, œsophagiennes , laryngées; 5" des sondes dans l'urètre.

Enfin les bandages invagines comprendront dans le premier sous-genre, c'est-à-dire dans le bandage invagine' à une seule bande, 1° l'invaginé des lèvres ; 2° l'invagine' du tronc; 5° celui des plaies longitudinales des membres, y compris celui de la fracture de la rotule en long. Ils comprendront ensuite , dans le second sousgenre , c'est-à-dire dans les invagines à deux bandes , 4° ceux d'une plaie longitudinale du dos entre les épaules ; 5" ceux des plaies transversales des membres ou des divisions transversales de l'olécrane , de la rotule ou du tendon d'Achille.

Les bandages composés peuvent être ramene's, comme ceux dont je viens de parler , à un assez petit nombre de formes simples ou analogues qui les rendent faciles à apprendre et à retenir.

1° Les uns affectent la forme de notre lettre T ; on les appelle ge'neralement bandages en T.

2° Il en est qui ressemblent à une croix , et que nous nommerons cruciaux , cruciformes ou croix.

Ti" D'autres sont formés de plusieurs chefs ou de bandes réunies à un plein commun , ainsi que les cordons des frondes que les peuples anciens employaient à l'attaque et à la défense ; nous leur conserverons le nom

àejj'ondes, qui est aussi celui sous lequel ces bandages sont connus en chirurgie.

4° D'autres font un troisième groupe que nous nommerons bandages bursiformes ou bourses , parcequ'iis figurent un[sac, et c^ç\(\\ieïo\s suspensoires^ parceque cette de'nomination est consacre'e.

5° D'autres ont la forme d'une gaîne ou d'un fourreau ; nous leur re'servons les noms de bandages "vaginiformes ^ ou de gaines tout simplement.

6° D'autres sont lace's comme les corsets des femmes , et quelquefois garnis de cordons , de courroies et de boucles métalliques ; ce seront les bandages lacés ou bouclés.

Ces six groupes partagent le second ordre des bandages proprement dits en six genres fort naturels, qui, je crois , sont un peu plus clairs que ceux de tous les traite's de bandages avec leurs dénominations barbares.

Chaque genre comprend plusieurs espèces , et quelques uns en comprennent un grand nombre.

Le genre des T embrasse ceux , 1° de la tête ; 2° des oreilles ; 5° du nez ; 4° de la bouche ; 5° de la poitrine ; 6" de l'abdomen; 7° du bassin; 8° de l'aîne; çf des mains ; 10° des pieds.

Je ne réunis dans le genre des bandages cruciaux que celui de la tête et celui du tronc.

Parmi les frondes se rangent celles , 1 ° de la tête ou du crâne ; 2° du menton ; 5" de la face , ou épervier ; 4° de la nuque; 5° de la poitrine; 6° de l'épaule; 7° de la main ; 8° de la hanche ; 9° du pied.

Aux bandages bursiformes se rapportent les bourses ou les suspensoires, 1 ° des mamelles ; 2.° du scrotum ; 3° du ventre.

Parmi les gaines nous plaçons, 1° celle des doigts; 2° celle des orteils ; 3° celle de la verge.

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Dans les bandages lace's ou boucle's se pre'senlent naturellement les boucle's, i° des lèvres; 2° de la tête et de la poitrine ; 5° le lacé du thorax , ou petit corset ; 4° de la poitrine et du ventre, ou grand corset; 5° du ventre seulement ; 6° le bandage à boucles du tronc et du bras pour la fracture de la clavicule ; 7° celui du tronc et des bras , connu sous le nom de camisole ; 8° le lace' du bras ; 9° celui du poignet ; 1 0° le lace' du genou; 1 1° celui de la jambe; 12° celui du coude-pied et du pied.

Quoique les machines ou bandages me'caniques soient beaucoup plus variés que les précédens, il me semble qu'il y a encore assez d'analogie de structure entre la plupart de ceux qui remplissent les mêmes usages pour qu'on puisse les ramener , comme ceux de la première classe, à un petit nombre de groupes naturels, d'après l'ensemble de leurs caractères, leur disposition , leur action et de leurs usages ; c'est ce que j'ai tenté de taire. Je me borne ici à les indiquer , et leur description fera voir si je me suis laissé abuser et égarer par la séduisante apparence d'en simplifier l'histoire. Je prie d'ailleurs le lecteur d'observer que la dénomination des machines ne sera pas toujours précisément tirée de leur forme ou de leur disposition trop compliquée ; elle le sera, tantôt de leurs usages, ou plutôt elle les rappellera , pour peu que la chose soit possible; tantôt de leurs usages et de leur disposition, tantôt même de leur disposition seulement , tantôt enfin du nom vulgaire lui-même que nous généraliserons à peu près comme les botanistes généralisent les noms de liliacées , de rosacées , etc. , pour les plantes qui se rapprochent des lis et du rosier; ou comme les zoologistes généralisent celui des chats pour le lion , le tigre, la panthère, le jagouar et tous les carnassiers

BANDAGES EN GÉNÉRAL. iSq

qui ressemblent au chat domestique. J'aurai toujours le soin d'ailleurs que mes dénominations soient simples, claires et pre'cises.

J'établis un premier genre d'appareils fort simples , que je désigne sous le nom de bandages à plaque^ parcequ'ils se composent d'une plaque et de cordons.

Je fonde ensuite un second genre, où je place les appareils élastiques propres à assujettir une sonde dans l'urètre ; ce sont les contentlfs élastiques des sondes.

Le troisième genre comprend des apparails élastiques à ressorts spiraux , que j'appellerai ainsi parcequ'ils sont composés de ressorts à boudins, et que les machines à ressorts étant très nombreuses , il n'y aurait pas moyen d'en parler clairement sans les distinguer par des noms précis.

Au quatrième genre je rapporte les instrumens décrits ordinairement sous le nom de bandages herniaires ou de brayers , et certains contentifs du fondement , etc. Ce sont des bandages à j^essort courbe.

Dans un cinquième genre se rassemblent divers appareils propres à comprimer les vaisseaux ; ce sont les compressifs des 'vaisseaux.

Au sixième genre se voient des appareils auxquels je réserve le nom (\! appareils locomoteurs , parceque leur élasticité peut rendre à nos parties des mouvemens qui y sont paralysés.

Je forme un septième genre de quelques bandages mécaniques bouclés.

Le huitième genre embrasse tous les appareils contentifs des fractures , sous le nom di appareils des fractures.

Dans le neuvième je réunis tous les appareils propres, soit à contenir nos membres ou notre corps qui se dé-

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vient de leur direclion naturelle , ou à les y ramener quand ils s'en sont écarte's ; ce seront nos appareils orthopédiques ou réductifs.

Enfin au dernier genre viendront les lits , qui n'offrent pas seulement un lieu de repos propre à re'parer nos forces e'puisëes , mais deviennent souvent des appareils qui concourent , par leur construction , à contenir une fracture ou à ramener à sa direclion naturelle une partie devie'e , à contenir doucement et mollement un furieux qu'e'gare le délire.

Chacun de ces genres d'appareils me'caniques ou de machines contient , comme les bandages , plusieurs et quelquefois un assez grand nombre d'espèces : je les énume'rerai plus lard.

Usage des bandages.

La chirurgie retire mille services des bandages , et elle n'a pas de moyens qu'elle emploie avec plus de fréquence et de succès. En effet , elle a recours aux uns pour pre'server une partie du contact des corps e'traniiers ou de leurs proprie'te's : de l'air, du froid , de la chaleur, par exemple; aux autres, pour contenir de la charpie , un instrument topique , un me'dicament sur ou dans une re'gion du corps ; à ceuxci pour comprimer un membre ou des vaisseaux ; à ceux-là pour contenir des os luxe's ; à d'autres pour diviser des parties que la cicatrisation tend à unir, ou mieux pour s'opposer à leur re'union \ à quelques uns , au contraire , pour en unir qui sont divisées ; à d'autres pour soutenir des parties que leur propre poids faligue ; à d'autres encore pour contenir une hernie ou un organe qui tend à s'e'chapper de la cavité' où il est renfermé ; à d'autres plus nombreux ])our contenir des

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OS fracturés ; a quelques uns, en très petit nombre, pour mouvoir des parties paralysées ; à d'autres enfin pour redresser des parties courbe'es el infîe'chies.

Ainsi , a-t-on à préserver un œil enflammé de la lumière qui l'offense, de l'air qui le blesse, de la poussière qui l'irrite et l'enflamme davantage , une compresse , un petit bandage fort simple, peuvent le défendre de toutes ces causes de mal , et ce bandage est préservatif.

Vous appliquez un médicament , un vésicatoire , du cérat sur la peau , il s'agit de le contenir ; vous y parviendrez à l'aide de plusieurs genres de bandages, qui seront contentifs par leur usage.

Se forme-t-il des dilatations , des nodosités variqueuses le long des veines d'une jambe , elles peuvent déterminer des ulcères rebelles ; appliquez un bandage qui embrasse , comprime exactement et suffisamment la jambe , et vous serez étonné des résultats avantageux de ce moyen simple et facile, si même vous ne guérissez le mal entièrement : voilà un bandage coni" pressif.

Un os , l'humérus par exemple , s'est-il échappé de sa cavité articulaire , est-il replacé , est-il réduit , comme le disent les chirurgiens , le moindre mouvement peut le luxer de nouveau ; liez le bras contre le tronc, soutenez son poids, et vous n'aurez rien à craindre tant que ces moyens rempliront l'usage auquel ils sont destinés : voilà un bandage conteniif des luxalions.

Vous devez panser une brûlure qui a détruit la peau sur tout le devant du cou ; la cicatrisation commence à se former , elle tire insensiblement la tête vers le sternum; elle l'y amènera pour toujours, si vous ne la renversez en arrière et ne la maintenez ainsi jusqu'à gué-

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rison entière au moyen d'un bandage, qu'à cause de son usage on a appelé divisif.

Voulez-vous, au contraire, re'unir les lèvres d'une plaie et les tenir rapprochées , vous y parviendrez presque constamment au moyen des bandages dits unissuTis et d'une position favorable.

Une femme souffre-t-elle des tiraillemens pénibles aux mamelles, un bandage suspensoir , ou mieux même un corset , la sauveront de ces inconveniens.

Voyez ce malheureux qu'égare la iolie ; il porte eu ses mains des armes menaçantes , ses sourcils se rapprochent, ses dents et ses lèvres se serrent; il est près d'e'clater de fureur et de rage... Si vous ne le contenez, dans un moment il va tout briser et tout détruire. Ayez le vêtement des hospices connu sous le nom de Cût/w/- 5"o/e , revêtissez - l'en tandis qu'il en est temps encore, et ce bandage contentif , si peu gênant , vous permettra de prévenir tout accident pour lui et pour les autres.

Vous avez placé une sonde dans la vessie d'un homme dont l'urètre resserré empêche l'écoulement de l'urine ; cette sonde en sera chassée au moindre njouvemcnt, si elle n'est fixée à la verge d'une manière solide par un bandage cont&niif des sondes.

Un homme porte une hernie inguinale ; elle sort légèrement quand il est debout , et sort bien davantage quand il tousse , qu'il crie. S'il fait un effort , les intestins se pressent dans l'aine, et menacent de s'échapper du ventre en masse. Il en pourrait résulter des accidens mortels, et à chaque instant la vie de cet homme y est exposée. Faites-lui porter un bandage qui maintienne l'inlestin dans sa place accoutumée ; que cet organe trouve dans ce bandage une barrière invincible , et non seulement la vie de cet homme ne sera plus à chaque instant compromise, mais il pourra même, un jour,

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rejeler ce bandage conteniif des hernies , désormais inutile.

Êtes-vous appelé auprès d'un enfant qui s'est brisé les os de la jambe , qui crie et s'agite sans cesse tourmente par la douleur; replacez -vous les os bout à bout sans les contenir : immédiatement après, leurs extrémités cesseront de se toucher par les surfaces de la cassure, et s'il peut y avoir consolidation, s'il ne se forme pas au lieu de la fracture une articulation nouvelle, la consolidation sera vicieuse , la jambe courbée, infléciiie, difforme, raccourcie, et peut-être le petit malade estropié ne pourra s'en servir de toute sa vie. Si un appareil contentif des fractures eût maintenu rapprochés les fragmens des os, au bout de quelques mois l'enfant ne se serait pas ressenti du malheur qui lui est arrivé.

Une mère vient vous consulter pour sa fille dont le tronc se contourne. Vous l'examinez , vous reconnaissez une inflexion morbide delà colonne vertébrale; employez un appareil qui agisse sans cesse mécaniquement pour ramener le rachis à sa rectitude habituelle. Si cet appareil reductif est bien disposé, qu'il n'y ait pas de complication du côté du système nerveux , vous pouvez en obtenir un succès étonnant et presque prodigieux. Un effort continu ou même interrompu peut changer la direction des os , et je crois le phénomène possible à tous les âges. Un œil perdu à cinquante ans , l'orbite se rétrécit ; à soixante-dix ans , l'alvéole se ferme entièrement quand la dent est tombée.

Malgré que, d'après ce que je viens de dire , la destination des bandages semble très variée, je dois ajouter que le plus ordinairement on y a recours pour préserver nos parties de l'action des corps extérieurs ; pour y contenir des premières pièces d'appareil^ de la char-

l6/| BANDAGES EN GÉNÉRAL.

pie, des pluniasseaux, des compresses, des me'dicameiis, et que presque tous les bandages de la première classe , les handages proprement dits en d'autres termes et un certain nombre des bandages me'caniques peuvent remplir et remplissent dans certains cas des usages semblables.

L'indication de ces usages reviendra même si souvent dans la description particulière de ces bandages, qu'elle paraîtra une rèpe'tiiion oiseuse que j'aurais dû e'viter, et que j'aurais assurément évitée, si les exceptions n'eussent e'të encore trop nombreuses pour me permettre d'établir, d'une manière géne'rale, que tous les bandages peuvent être mis en usage pour pre'server nos parties , et y contenir des pièces d'appareil et des topiques.

Application des bandages et des machines ou bandages mécaniques.

Pour appliquer un bandage ou une machine , il est quelques règles ge'ne'rales à suivre qui peuvent très bien être place'es ici , parcequ'cUes seront aussi bien comprises que partout ailleurs.

Avant d'appliquer un bandage , i " le chirurgien a du , s'il ne l'a préparé lui-même , surveiller la personne qui l'a fait, ou au moins l'examiner lorsqu'il a été préparé , pour s'assurer qu'il est propre à remplir l'objet qu'il se propose.

2° Il a dû rassembler les aides dont il pourra avoir besoin.

Le bandage à appliquer doit-il l'être sur des pièces d'appareil ou des médicamens , il faudra au moins un aide pour les contenir tandis qu'on fera l'application.

A - 1 - on à placer autour de la tôle , de la poitrine ou de l'abdomen un bandage qui doive y former plu-

sieurs circonvolutions , il faut nécessairement que le malade soit sur son séant, et s'il ne peut se soutenir, il faudra un ou plusieurs aides. 11 en faudra encore plusieurs , et d'autant plus que le sujet sera plus lourd, s'il s'agit d'appliquer le bandage sur le corps d'un homme qui ne peut plus se mouvoir , soit par suite de paralysie, soit parceque, comme cela s'observe dans une affection rhumatismale, le mouvement elles efforts lui causent d'horribles souffrances. Un aide au moins sera toujours nécessaire, dans le cas où le bandage à appliquer doit l'être sur le bras d'une personne qui ne peut plus le tenir horizontalement , soit par suite des douleurs qu'elle éprouve, soit par faiblesse, soit pour cause de syncope , soit parceque le bras fracturé ne pourrait se tenir lui-même horizontalement , et que son poids déplacerait les fragmens réduits, etc.

Supposons encore que vous ayez à placer le bandage sur le pied , la jambe ou la cuisse ; que le malade étant alité vous ne puissiez soutenir son pied sur votre genou ; que vous ne puissiez appliquer ce bandage sur la jambe ou la cuisse , soit en les fléchissant l'une sur l'autre , et faisant reposer le pied sur le lit par la plante, soit en étendant horizontalement la jambe hors du lit; supposez enfin que , soit par faiblesse , soit par souffrance, soit pour cause de fracture , le malade ne puisse tenir le membre horizontalement pendant le temps nécessaire à l'application du bandage, il vous faudra encore un ou plusieurs aides.

3° Avant d'appliquer le bandage , le chirurgien a dû leur distribuer à chacun leurs fonctions , si leur incapacité ou la complication de l'appareil à appliquer le réclame.

4° Au moment de l'application du bandage ou de l'appareil, le chirurgien doit donner autant que possible au

l66 BANDAGES EN GÉNÉRAL,

malade el prendre pour lui une siiualion commode à tous deux, et, s'il en est besoin, déierminer aussi la place de ses aides.

Dans le cas où il doit appliquer un bandage sur la tête, l'aide, seul nécessaire alors, sera place derrière le malade, dont il soutiendra au besoin la lête devant sa poitrine ; il pourra en même temps tenir les pièces d'appareil, s'il y en a à maintenir. Lorsque le bandage devra être place' autour du corps, et qu'il s'agira de maintenir le malade sur son séant , l'aide ou les aides s'il en faut plus d'un se placeront sur les côtés, et pourront, an besoin , soutenir en même temps les pièces d'appareil, el •. Pour soulever un malade pesant, immobile, les aides se placeront de chaque côté. S'agit-il enfin de soutenir un membre supérieur ou inférieur, l'aide ou les aides, s'il en faut plusieurs, seront en dehors, et souvent aux extrémités du membre, en ménageant toujours la place du chirurgien , qui doit être en dehors aussi ^ pour manœuvrer librement.

5° Les aides soutiendront le malade ou ses membres d'une manière uniforme , et sans faire le moindre mouvement , à moins qu'il ne soit commandé par la nécessité.

Pour soulever le malade, les aides le prendront par les épaules et par les hanches, oii, mieux encore, ils le renverseront svu' un côléen soulevant le drap du côté opposé , tandis que l'un d'eux soutiendra le sujet et bornera le mouvement; ensuite ils placeront sous lui des draps plies en long , le renverseront en sens inverse de Li première fois , et de la même manière, afin de pouvoir saisir les draps engagés sous le corps, les attirer du côté opposé, et s'en servir pour le soulever el le tenir soulevé jusqu'à ce que le bandage soit appliqué.

6° Le chirurgien devra souvent, dans les fractures

par exemple, et dans tous les pansemens des parties affectées d'une vh e sensiLilite', éviter soigneusement d'y occasioner des mouvemens pénibles ou des pressions douloureuses.

-^ 11 appliquera les iDandages des membres de bas en haut, ou, si Ion veut, de manière que la constriction du bandage se fasse successivement de bas en haut. S il se conduisait autrement, il ferait re'trograder les humeurs et entraverait la circulation veineuse et lympha* tique.

8° Il sera attentif à ne pas appliquer trop lâches ou trop serres ses bandages et ses machmes.

Voilà encore une de ces règles que la the'orie ne peut qu'indiquer , mais non apprendre à exe'cuter ; précisément parceque la pratique seule apprend à quel degré' il faut s'arrêter ou avancer , ainsi que nous l'avons dit plus haut (p. 1 18). ]Mais si nous ne pouvons indiquer exactement les Hmites de la constriction des bandages, au moins devons-nous prévenir le lecteur des inconvëniens des appareils trop lâches, et des dangers mêmes auxquels exposent les bandages ou les appareils trop serres et trop actifs.

Trop lâche , un bandage ghsse et devient inutile ; une machine manque son but ; il peut en résulter un retard funeste dans le traitement , et dans certains cas de très graves accidens. Un bandage qui ne détermine au-dessous de lui qu'une tuméfaction médiocre, sans douleur ni teinte violacée de la peau, n'offre aucun danger. Une machine dont Faction ne cause qu'une douleur modérée qui s'assoupit graduellement n'a rien de redoutable.

Trop serré, im bandage produit une étreinte violente, arrête le sang et la circulation dans les parties placées au-dessous du point qu'il occupe^ détermine un

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engorgement sanguin considérable , un engourdissemeni peni}3le, et dans les parties comprimées une douleur qui peut élre ion vive, la morliticalion dans quelques points , partois l'inflammaiioii ulceralive de plusieurs autres , dans certains cas enfin la gangrène de toute une partie ou le sphacèle.

Un bandage est-il trop lâche, il faut le reappliquer. Une machine agit-elle trop faiblement , il faut en augmenter la puissance; au contraire, un bandage, une machine , soni-ils trop serre's , hatez-vous de les relâcher , parcequ'il y a moins de danger à les employer ainsi que trop serre's.

Un aide irrëflLchi ayant appHquë une capeline trop serre'e sur la tête d'un canonnier , à la leve'e du bandage Percy trouva tout le cuir chevelu mortifie' (i).

On couvre d'un bandage trop serre le pied et la jambe d'un jeune homme, et à la leve'e de l'appareil, le pied et la jambe sont frappe's d'une gangrène sèche (2).

Une machine extensive ayant été appliquée avec trop peu de précaution pour une fracture du col du fémur à un géne'ral célèbre dans les deux mondes, il en résulta d'abord des eschares profondes, et par suite le membre en fut estropié (3).

Veut-on enfin un exemple encore très frappant de l'effet de la constriction sur nos parties : une jeune fille se préparant à une cérémonie solennelle pour le lendemain , apprête ses cheveux, se ceint fortement la télé d'un bandeau de toile, et, h son lever, les tégumens gonflés présentent plusieurs taches gangreneuses (4).

(1) Dict. des se, méd., art. ddigation, t. viii, p. aZjo et 241-

(2) lîoYKK. Trailé des inalad. chir. , t. i, p. i56.

(3) RicnERAND , Nosol. chir. , t. m. , p. 99.

(4) Dict. des ?c. méd. , art. cIéli<^ation , t. vui, p. 241.

De pareils re'sultats montrent assez , je pense , avec quelle attention le chirurgien doit surveiller l'action d'un bandage ou d'une machine de l'innocuité desquels il n'est pas assuré.

Je ne finirai pas sans poser encore ici quelques principes ge'ne'raux sur l'application des bandages faits avec des bandes , en un mot , sur l'application des bandes elles-mêmes. L'application des bandages faits avec une pièce de linge , celle des bandages compose's , celle des machines, n'offrant plus rien de commun , elle ne nous arrêtera pas davantage.

Application des bandages simples ou des bandes.

L'application des bandes différera selon qu'elles seront roule'es à un ou deux globes, et vous les arrêterez encore différemment , selon qu'elles seront ou non divise'es à leur bout terminal ; mais que vous les appliquiez à la tête , au tronc ou sur les membres , vous obéirez toujours aux règles suivantes dans les cas qui vont être spécifiés, en vous servant d'aides si vous en avez besoin, soit pour soutenir les pièces d'appareil, soit pour soulever le malade , soit pour le tenir debout ou assis , soit pour lui soutenir les membres , s'il est nécessaire , ainsi que nous l'avons établi ci-dessus.

Vous servez - vous d'une baiide roulée à un globe , vous pouvez commencer son application de deux manières différentes.

Premier procédé pour appliquer une bande roulée à un globe. Prenez le cylindre de la main droite, son chef initial avec le pouce et l'index de la gauche; appliquez le dernier, par sa face externe, sur un des points de la circonférence de la partie que doit recevoir la bande ; fixez -l'y momentanément avec les doigts de la main gauche; déroulez le cylindre avec la main droite , en le

lenant par ses deux bouis, enire le pouce ei le doigt du milieu , de manière à ce qu'il puisse y tourner sur son axe; faites-lui en même temps parcourir le tour de la partie, directement ou obliquement, selon le bandage que vous voulez faire ; passez une première lois sur le chef initial pour le fixer , et ensuite deux ou trois fois encore pour que le bandage acquière de la solidité.

Ce dernier pre'ceple est fort important. Si le chef initial est mal fixe , les circonvolutions de la bande glissent aisément, et le bandage, promptement relâché, devient bientôt inutile.

Deuxième procédé pour appliquer une bande roulée à un globe. Au lieu d'appliquer le chef initial sur un des points de la partie où vous apposez la bande , appliquez celle-ci, par sa face externe, à dix ou douze travers de doigt de son exlrëmilé initiale, que vous laisserez pendre , et que vous maintiendrez avec le pouce jusqu'à ce que le bandage soit achevé pour la nouer avec l'exlre'miie finale de sa bande. Cependant portez le globe autour de la partie, comme dans le premier proce'de' ; ramenez-le sur la bande afin de la fixer par un et ensuite par plusieurs circulaires , s'il en est besoin pour le bandage que vous voulez exe'cuter.

Mais soit que vous ayez commencé par l'un ou l'autre des deux procédés qile je viens d'indiquer, ayez spin de ne dérouler la bande qu'à mesure qu'il est nécessaire, de tirer toujours dessus, et de la tenir continuellement tendue, afin que le bandage ne se relâche pas en revenant tout-à-coup sur lui-même.

En passant le globe d'une main dans l'autre pour lui faire parcourir touie la circonférence d'une partie , apportez la plus grande attention à ne pas le laisser échapper. En courant après et cherchant à le rattraper, vous pourriez communiquer des mouvemens pé-

nibles et dangereux au malade ; d'un autre côté, le bandage cessant d'être maintenu reviendrait sur lui-même et se relâcherait soudain , tandis que le globe se de'rou*lerait en fuyant ; enfin , il faudrait de nouveau rouler la bande, et souvent re'appliquer le bandage.

Dans tous les cas efforcez - vous d'appliquer la bande le plus régulièrement possible et avec netteté'. Vous y parviendrez plus aise'ment , si vous l'avez légèrement mouillée ; mais aussi il est à craindre que le bandage en se desséchant ne devienne trop serré. Il est au reste beaucoup plus solide.

(( Le chirurgien qui aura fait les ligatures doit » prendre garde aux intentions pourquoi elles ont été » laites et s'il a bandé bien proprement, et fasse qu'elles » soient belles à voir et qu'elles ne rident pas, afin de » contenter les malades et les assistans ; car chaque ou- » vrier doit polir et embellir son ouvrage tant que pos- )) sibîe lui sera (i). »

Si vous couvrez de circonvolutions une partie de volume inégal dans sa longueur, la jambe par exemple, ces circonvolutions ne s'appliqueront point sur la peau dans toute la largeur de la bande ; elles presseront les points les plus saillans par le bord qui y correspondra, et resteront écartées de la surface de la partie par le bord opposé. Il en résultera une bouche béante ; cet écartement s'appelle godet. On n'en doit jamais souffrir : outre qu'ils rendent la pression des bandes irrégulière et inégale , ils détruisent la solidité d'un bandage.

Pour les éviter, retournez et renversez obliquement en dehors la bande sur elle-même du point du membre le plus saillant vers celui qui l'est le moins , et sans changer la direction que vous voulez lui faire suivre. Si

(1) Paré , liv. xiv , ch. n , D.

l'augmcnlalion du volume de la partie se trouve en haut, comme cela s'observe dans la longueur de nos membres, vous renverserez en dehors le bord supe'rieia- de la bande , et le dirigerez au bas du bord opposé qui lui e'tait primitivement inférieur. Alors la bande rctre'cie au niveau du renversé aura légèrement changé de direction.

Ce rétrécissement , produit par le renversé d'une bande, contribue beaucoup à son exacte application sur les parties dont le volume n'est pas uniforme.

La bande que vous voulez appliquer est-elle roulée à deux globes, vous pouvez suivre deux procédés différens , et en général l'un des deux globes doit être plus petit que l'autre , afin que , l'un étant épuisé avant l'autre, le second puisse fixer les dernières circonvoliuions et l'extrémité du premier.

Premier procédé pour appliquer une bande roulée à deux globes. Saisissez les deux globes à deux mains; appliquez par sa surface externe leur plein intermédiaire sur un des points de la circonférence de la partie que doit couvrir le bandage (supposez, par exemple, que ce soit la tête) ; ensuite déroulez en même temps, et d'une manière égale, les deux globes autour de cette partie, jusqu'à ce que vous les ayez conduits au point opposé à celui où vous avez -commencé le bandage ; là , entrecroisez-les en les faisant passer simplement l'un à côté de l'autre; effacez, autant que possible, les plis qui résultent de cet entre-croisement; ramenez les globes par le même chemin jusqu'au point de départ , et répétez ces circulaires autant de fois que vous en aurez besoin. Ayez cependant soind'enlrc-croiser chaque fois la bande sur un point différent de la circonférence de la partie , afin d'éviter l'inconvénient d'un trop grand nombre de plis sur un même point.

BANDAGES E>" GÉNÉRAL. l^S

Deuxième procédé pour appliquer une bande roulée à deux globes. Au lien dentre-croiser les globes en les faisant passer 1 un à côte de 1 autre, comme dans le premier procède, de manière que les bandes se pressent par leurs bords et se plissent, suivez les règles cpie nous allons établir :

Si le bandage s'applique autour de la tète , par exemple, comme nous lavons suppose , et sil doit être horizontal, deviez obliquement un des deux globes en haut ou en bas de la ligne horizontale qu il parcourt , continuez au contraire à porter 1 autre et sa bande suivant cette ligne jusqu'à ce que cette bande rencontre celle du premier j la recouvre et la croise en formant avec elle un angle aigu ; alors retournez et renversez obliquement le premier globe et la bande dèvièe sur le circulaire qui la couvre et la croise ; faites enfin suivre aux deux globes leur direction primitive , et continuez ainsi le bandage jusqu'à sa fin.

Si vous avez renverse nettement en dehors la bande qui se trouvait placée sous 1 autre au point de rencontre des globes, il en résultera une anse de bande qui embrassera la bande oppose'e, sans former ni plis ni bourrelets.

Je prie le lecteur de remarquer le mode d entre-croisement que je viens de décrire ; je l'appellerai souvent parla suite entre^croisement par renversé.

Manière d'arrêter les bandes et de terminer Tui bandage.

Lne bande posée, on l'arrêtera, i" soit en nouant ensemble ses deux chefs si Ton a conservé libre le premier appliqué; 2° soit en nouant ensemble les deux lanières de la dernière extrémité portées en sens opposé autour de la 'partie, si cette extrémité est fendue en

l'y/) BANDAGES EN GÉNÉRAL.

deux ; 5" soit en fixant celle-ci au moyen d'épingles sur les circonvoluiions du bandage si elle n'est point fendue; 4° soit enfin en l'arrêtant au moyen d'un fil conduit et noué autour de la partie quand elle aura peu de volume.

Le nœud d'une bande doit ofTrir une boucle unique , et être placé dans un lieu où il ne puisse causer aucune gêne par la pression.

Les épingles devront toujours être attachées de manière que la convexité de la partie n'en fasse point saillir la pointe ; que celle-ci , cachée dans l'épaisseur des circonvolutions de la bande , ne puisse blesser ni le malade dans l'interYalle, ni le chirurgien au moment des pansemens. La pointe des épingles ne doit pas non plus être tournée du côté de la fin de la bande ; car si les épingles n'étaient solidement fixées en passant alternativement de la bande dans les circulaires , elles se détacheraient aisément.

Enfin si l'extrémité finale de la bande correspond au point malade , il faut la raccourcir en la pliant sur elle-même pour l'arrêter sur un autre point.

Un fil suflit et est même le seul moyen à employer pour arrêter une bande autour d'un doigt ou d'un orteil. Ce fil doit former plusieurs circonvolutions autour du doigt, et ses deux extrémités doivent êlre nouées ensemble avec ou sans boucle.

Effets de Veinploi des bandages.

Indépendamment des funestes effets qui résultent de l'emploi d'un bandage qui agit avec trop d énergie, effets que nous avons signalés plus haut (p. 166) pour appuyer les préceptes que nous donnions sur l'application des bandages , il en est beaucoup d'autres qu'il

BANDAGES EN GÉiNÉRAL. l'jS

faut connaître à l'avance, parcequ'ils servent de base aux soins que re'clament les bandages conse'cutivement à leur première application- Tous les bandages e'chaufFent plus ou moins la partie qu'ils pre'servent du contact de l'air, et si, en même temps qu'ils ont beaucoup d'épaisseur, ils sont applique's sur une partie où par le fait même de la maladie la température est plus éleve'e, il peut en résulter une chaleur insupportable , une circulation plus active , une sorte de fièvre , et par suite l'augmentation du mal contre lequel le bandage est mis directement ou indirectement en usage; par conse'quenl l'activité habituelle de la circulation de la tête , la température élevée de cette partie , la facilité qu'elle a à s'échauffer davantage encore , pour peu qu'une irritation quelconque y appelle le sang , doivent d'abord engager à n'y appliquer en général que des bandages légers , et, à moins d'absolue nécessité , jamais de bandages échauffans, soit par le grand nombre de leurs circonvolutions , soit par leur épaisseur, soit par leur grande étendue.

Au bout d'un certain temps de leur application , les bandages causent toujours une gêne plus ou moins désagréable , qui fait soupirer le malade après le moment du pansement.

Beaucoup de bandages, au premier abord , fatiguent les parties , et irritent la peau par la compression qu'ils exercent ; quelques uns causent même une gêne très pénible qui a besoin de diminuer promptement pour qu'on puisse les supporter. Si le bandage ou la machine agit avec trop d'énergie , la peau rougit , s'enflamme avec douleur, l'épiderme s'en détache comme il le ferait sous l'influence d'un vésicatoire , la sérosité le soulève , et si l'on ne débarrasse pas le malade de l'appareil qui le blesse , la peau et même toute la partie

peut tomber en ijaiigrciie, comme nous en avons cité des exeDiplcs(p. i68).

Si le bandage n'exerce qu'une action, me'diocre, mais qu'il soit porte long-temps, la parlie maigrit, s'affaiblit et s'atrophie considérablement. Des jeunes gens ont eu recours à ce moyen pour s'estropier en quelque sorte, et échapper aux dangers et aux dégoûts d'une carrière que ni la justice, ni l'intérêt de la patrie ne les forçait de partager, (dl est des jeunes gens, dit Percy, qui, pour se dérober à une loi de laquelle sont exceptés les infirmes et les estropiés , se sont artificiellement atrophié une jambe ou un bras à force d'y appliquer un bandage roulé, ou des bas lacés, des bottines compressives , etc. Chez quelques uns l'atrophie a persisté , après avoir rempli leur lâche et honteux objet ; chez d'autres, elle a cédé aux frictions , aux embrocations , à l'exercice. » Percy ajoute qu'il est d'autant plus difficile de reconnaître cette singulière simulation, qu'elle a été préparée de longue main , et que l'imposteur abuse encore le médecin par des récits mensongers ; mais qu'il est un signe auquel on ne se tromperait pas, si le faussaire maladroit n'avait ôté ses bandes et ses entraves que peu de temps avant d'être visité : c'est l'empreinte de cellesci sur la peau (i).

Lorsque l'emploi des bandages ou des machines est prolongé sans interruption, qu'ils tiennent les membres immobiles , ils déterminent la raideur des articulations et de fausses ankyloses plus ou moins rebelles aux moyens qu'on met en usage pour les guérir.

Pour prévenir ces résultats , il faut imprimer de temps en temps de légers mouvemens aux articulations immobiles , à moins que quelque circonstance ne s'y oppose

(i) Dicl. des se. méd. , art. ddligation-, t. 8 , p. 245.

BANDAGES EN GÉNÉRAL. l'^'J

impérieusement, comme le ferait, par exemple, une if-aeuire non consolidée , très voisine de l'arliculalion , et dont ces manœuvres pourraient empêcher la consolidation.

Les bandages bien applique's , bien surveille's , relâches ou re'appiique's moins serre's quand leur action est trop énergique, remplissent plus ou moins exactement et heureusement l'objet qu'on en attend et qu'on demanderait vainement à d'autres moyens. Ils font même partie de ceux que la chirurgie met en usage avec le plus de fre'quence et de succès; aussi les chirurgiens , novices dans l'art de les appliquer, ne sauraient trop s'y exercer.

Les chirurgiens e'cossais , qui ont imaginé les premiers de se servir de bandes de flanelles, les préféraient à ceux de toile, parcequ'elles sont plus propres à absorber l'humidité, plus élastiques, et cèdent plus aisément aux gonflemens accidentels. On attribue aussi , en Angleterre , beaucoup d'avantages à la douceur , à l'élasticité des bandes de calicot , dont l'usage est beaucoup plus récent ( i ) .

Cependant les bandages se relâchent en général assez promptement , ce qui exige leur réapplication. Ils se relâchent d'ailleurs d'autant plus vite que la forme des parties leur donne plus de tendance à glisser , que les parties qui entrent dans leur composition ont plus d'extensibilité. Ainsi ceux qui sont faits avec des bandes, des pièces de toile, se relâchent très vite, tandis que les machines composées de lames de fer ou d'acier ne se relâchent point du tout, à moins que les parties sur lesquelles elles agissent ne cèdent à leur action.

Le lecteur prévoit que plus les bandages se relâche-

(i) Dict. de CooPEa, art. bandages.

ront promptement , plus il faudra les rëappliquer souvent, plus il faudra les surveiller attenlivement.

Nous verrons qu'il est des bandages dont on peut augmenter l'action sans les re'appliquer : nos bandages lace's et à courroies , la plupart des machines sont dans ce cas.

Il faut aussi lever les bandages d'autant plus souvent que les plaies qu'ils recouvrent fournissent une suppuration plus abondante , et il ne faut pas attendre que le bandage lui-même soit transpercé. Comme on fait liabiluellement les panseraens toutes les vingt-quatre heures, le matin, c'est aussi tous les jours qu'on lève et re'applique la plupart des bandages; mais on s'assujettit à celle règle dans les hôpitaux, beaucoup moins par ne'cessité que pour re'gulariser les soins que l'on donne aux malades, et dissiper la gêne que cause toujours un bandage un certain nombre d'heures après son application. C'est pourquoi si la suppuration , trop considérable, inondait l'appareil, il faudrait le rechanger plus fréquemment, deux et même trois fois d'un jour à l'autre.

Un appareil inonde' de pus fatigue non seulement le malade par son odeur, mais il doit l'exposer encore à une des fièvres graves, et à tous les dangers qui peuvent en être la suite : c'est au moins ce que font prévoir les expériences de MM. Gaspard et Magendie. Ce dernier ayant exposé des animaux aux exhalaisons que dégagent des matières animales et végétales en putréfaction, vit les animaux périr avec tous les symptômes des fièvres graves (1).

S'il est des raisons qui obligent à lever les bandages et les appareils plusieurs fois le jour , il en est qui

(i) Journal de physiol. expérimentale, etc., par M. F. Màgendib, t. ».

BANDAGES EN GÉNÉRAL. î^9

exigent qu'on ne le fasse quelquefois que tous les six , huit ou dix jours , ou même moins fre'quemment encore : par exemple , la crainte de déranger le travail de la consolidation d'une fracture.

Il ne faut jamais lever le premier appareil appliqué sur une plaie un peu e'tendue ^ qu'au troisième , quatrième ou cinquième jour , attendant toujours que la suppuration soit e'tablie , ou que le malade , fatigué par l'appareil, demande instamment qu'on le renouvelle.

Avant de lever un appareil, le cliirurgien a dû préparer celui qu'il doit mettre à la place ; et s'il ne l'a fait lui-même , s'il ne peut mettre une entière confiance dans la personne qu'il en a chargé , il ne faut pas qu'il néglige de s'assurer qu'il est convenablement préparé , qu'il n'y manque rien , et qu'on y a joint même toutes les choses dont il peut momentanément avoir besoin', des bassins , de l'eau tiède, des éponges , etc.

Le chirurgien doit encore rassembler les aides nécessaires , les placer comme au moment de la première application du bandage, tant pour remplir les mêmes fonctions que pour en remplir de nouvelles qu'il leur indiquera , s'il le juge à propos.

L'appareil mis à découvert , il faut en mouiller les bandes avec de l'eau tiède. Si elles sont collées, il faut, en les détachant , éviter soigneusement d'imprimer de douloureuses secousses , ramasser la bande en pelote à mesure qu'on la détache du membre, afin qu'elle ne traîne point ; passer d'une main dans l'autre , autour de la partie , toute la pelote de bande déjà délachée , et continuer ainsi jusqu'à ce que tout le bandage soit enlevé.

Le bandage ou l'appareil étant enlevé , il sera remplacé par un autre semblable , ou modifié , si de nouvelles indications le réclament. Lorsque le bandage ou

l80 CLASSE I. BANDAGES PROPREMENT DITS, l'appareil que l'on vient de rc'appliquer n'a rien de gênant par l'énergie de son action, le malade en e'prouve ordinairement un bien-être remarquable , et il n'est pas rare de le voir s'abandonner involontairement, et presque aussitôt, aux délices d'un sommeil qui re'pare ses forces e'puise'es.

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