INTRODUCTION
Panar les preuves multipliées que fournit la méthode minéralogique des progrès qu'ont faits l'Analyse chimique etlaCristallographie dans les temps modernes, il n’en est point de plus frappantes que celles auxquelles ont concouru les recherches entreprises sur les substances qui fournissent aux artistes la matière des objets d’agrémentque l’on désignesouslenomdepzerresprécieuses.
Les anciens minéralogistes, et en particulier Wallerius, le baron de Born et Romé-de-l’Isle (1), réunissaient ces sub-
(1) Ce savant cristallographe avertit cependant qu’en cela il se conforme à l’exemple de ceux qui l'ont précédé , et ajoute qu’il ne serait pas étonné de voir , lorsque ces pierres seront mieux connues, qu’elles constituent deux genres distincts, ou un plus grand nombre. Cris-
tahog., tome IT, pag. 180.
‘i : INTRODUCTION.
stances dans un mème genre, sous la dénomination decrisfaux semmes,d'après les rapports que leur paraissaient indiquer entre elles leur tissu feuilleté, leur dureté, leur éclat, leur résistance à l’action des acides, etc. (1)
Bergmann, qui avait analysé ces diverses substances, penchait même vers l'opinion qu’elles avaient un fond commun, et étaient produites par l’union de l’alumine ,comme-partie dominante, avec la silice et la chaux (2); en sorte que les différences qui distinguaient les gemmes les unes desautrés, dépendaient des divers rapports entre les quantités de ces trois principes.
De nouveaux résultats amenés par les progrès de l'Analyse, et dont quelques-
(1) Il faut en excepter le quarz, dont les variétés appelées Cristal de roche et Améthyste, sont mises au rang des pierres précieuses. |
(2) Opuscules chimiques et physiques , traduction franc. Dion , 1785, tome II, pag. 101 et suiv.
INTRODUCTION: ii} uns sont liés à des découvertes impor iantes,ont marqué aux cristaux gemmes leurs véritables places dans trois classes différentes, Le Diamant,quitenait parmi eux le premier rang, a passé dans celle des substances inflammables, comme étant uniquement composé de charbon, et susceptible de bruler sans laisser de résidu. L’acide fluorique reconnu dans Ja Topaze l’a fait associer aux substances acidifères. Les autres espèces appartiennent à la classe des substances terreuses; et 1l est remarquable que ce soit aux analyses de deux d’entre elles que l’on doivelaconnaissancedesnouvellesterres appelées zircone et glucyne, dont la premièreaétédécouverteparKlaprothdans l’'Hyacinthe, qui ena pris le nom de Z5con, et l’autre par mon savant collègue .
“M. Vauquelin, dans la variété d’Êmeraude qui portait le nom de BéryL. La Cristallographie, de soncôté, a contribuéàrétablirl'ordreetla justesse dans ae
iv INTRODUCTION.
la classification des pierres précieuses.
LaCymophane ou le Chrysobéryl, et le Corindon hyalin, qui déjà se rapprochent beaucoup sous le rapport de leur dureté et de leur pesanteur spécifique, ne sont pas à beaucoup près aussi nettement distingués l’un de l’autre, par les différences observées entre leurs analyses,que par lecontraste que présentent les formes de leurs molécules. L’avantagedes méthodes précises etrigoureuses s’est montré également dans les preuves qu’elles ont offertes de l’identité des systèmes de cristallisation relatifs au Béryl et à l’'Émeraude (1), à la T'opaze de Saxe et à celle du Brésil (2),'à la substance nommée Sibérite ou Schorl rouge de Stbérie, et à la T'ourmaline (3); et c’esten-
(1) Traité de Minéralogie , tom. IT, pag. 528. Journal des Mines, n° 58, pag. 96 et 07.
(2) Jbid. , pag. 514. Voyez aussi le Tableau comparatif, pag. 146.
(5) Annales du Mus. d'Hist. AS 5 7 tome HIT, pag. 253 et suiv.
INTRODUCTION. v core la géométrie des cristaux qui a fait sortir la Tourmaline elle-mèmede ce groupe si mal assorti, où sous le nom commun de Sc/orl elle se trouvait confondue avec divers minéraux non moins déplacés les uns à côté des autres.
Les changemens que les résultats précédens ont déterminés dans la classification minéralogique des pierres précleuses n’ont pu avoir aucune influence sur la distribution adoptée depuis longtemps par les artistes qui les taillent, et par les amateurs qui en font des collections, parce que le rang que chacune d'elles y occupe dépend principalement des qualités qui flattent l’oeil, telles que la couleur, la transparence et la vivacité de l'éclat. De ces trois qualités, la couleur étant celle qui se présente la première à cet organe, et qui fait le plus d'impression sur lui, a servicomme de ralliement pour rapprocher dans une même division, des variétés. choisies
Yj INTRODUCTION.
parmi celles qui appartiennent à différentes espèces minérales. Ainsi, on a appliqué le nom de Rubis à divers corps d’une couleur rouge que la méthode m1néralogique range les uns dans lespèce du Corindon, d’autres dans celle du Spinelle, et d’autres dans celle de la T'opaze.
La couleur verte a été prise pour indice des corps qui devaient porter le nom d'Émeraude, cequi a fait placer sur uné mème ligne une variété de Corindon, une autre prise dans l’espèce à laquelle les minéralogistesdonnentcemèmenom d’Émeraude,etunetroisième quiappartient à la T'ourmaline. La même marche a été suivie en général par rapport aux pierres qui offrent les autres couleurs.
Le bleu a fait le Saphir, le violet l'Améthyste, le jaune la Topaze, etc.
À l’égard du Grenat, on lui a conservé un nom consacré par un si long usage ; et au lieu de Vassocier aux autres pierres rouges appelées Rubis, on lui a donné
INTRODUCTION. vi] un rang à part, et l’on a désigné ses différentes variétés par les dénominations de Grenat de Bohéme, Grenat syrien, ét Grenat vermeil où Rrinr on meille.
Le même défaut d’uniformité se fait sentir dans quelques autres parties de la distribution, ainsi que lon pourra en juger par l'inspection du tableau qui se trouve placé à la fin de cet ouvrage.
On voit par ce qui précède, que les termes de Rubis, de Saphir, d Émeraude,doïiventétreconsidéréscommeles analogues de ceux qui, dans la méthode . minéralogique, servent à désigner des genres, etque les différentes pierres auxquelles ces termes s'appliquent, répondent aux diverses espèces qui, dans la mêmeméthode, sous-divisentlesgenres.
Aussi les artistes et les amateurs regardent-ils ces pierres comme très distinguées les unes des autres. Les caractères qui leur servent pour les reconnaitre,
vii} INTRODUCTION.
sont tirés principalement du ton de la couleur et du plus ou moins de vivacité de l'éclat. Ainsi, le rouge du Rubis oriental a ordinairement une teinte violette jointe à un aspect velouté, ce qui alière un peu sa transparence, au lieu que celle du Rubis spinelle, dont le rouge est plus pur, a aussi plus de netteté. D’une autre part, l’éclat du Rubis oriental est plus vif. Il est un autre caractère pris parmt ceux que l’on nomme caractères physiques, auquel les artistes etlesamateurs attachent une grande importance; c’est celui qui se tire de la dureté, dont le lapidaire estime à peu près le degré par le plus ou moins de résistance que la pierre oppose au frottement de la roue qu'il met en mouvement pour y faire naître des facettes et les disposer à re- cevoir le poli. Les amateurs apprécient cette propriété par l’avantage qu'elle a de favoriser la beauté du poli et de le rendre moins susceptible d’altération.