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ART. II. — DÉSINFECTION ET EPURATION DES EAUX INDUSTRIELLES

Trop souvent les industriels et le pt'blic considèrent les cours d'eau comme une propriété commune dont tout le monde a le droit d'user et d'abuser; les immondices qu'on n'oserait pas déposer dans les rues, on n'hésite pas à les jeter dans la rivière dont on est exposé i boire l'eau plus ou moins bien filtrée. Une usine regarde volontiers un cours d'eau comme un émonctoire, comme un égout, etc., et y laisse couler ses eaux résiduelles.

Les lois, les arrêtés et les circulaires défendent d'infecter les rivières par la projection des eaux et résidus industriels; ces produits doivent être préalablement purifiés ou dénaturés. Bien qu'il ne s'agisse pas ici de désinfection proprement dite, mais plutôt des mesures à prendre pour prévenir l'infection, nous croyons devoir indiquer sommairement les moyens capables d'assurer la

purification des eaux résiduelles, aussi bien de celles qui sont déjà mal odorantes, putrides, pestilentielles, toxiques, que de celles qui le deviendront quelques jours plus tard, d'une façon directe ou indirecte. N'est-ce pas faire en quelque sorte de la désinfection, que de précipiter parla chaux, dans des bassins de dépôt, Tacide sulfurique des vinasses avant de rejeter celles-ci dans un cours d'eau, pour empêcher la matière organique de réduire plus tard ces sulfates en sulfures et en hydrogène sulfuré ? Au point de vue du but à atteindre, au point de vue de l'hygiène publique, c' est-là une véritable opération de désinfection? On pourra sans doute appeler cela de la désinfection préventive, mais c'est dans un livre sur la désinfection qu'on cherchera tout d'abord les notions les plus sommaires sur la conduite à tenir en pareil cas; c'est dans les traités d'hygiène industrielle ou de technologie , qu'on trouvera pour chaque cas particulier les développements nécessaires. En France, un certain nombre de lois et d'arrêtés ordonnent de désinfecter les eaux industrielles avant de les déverser dans les rivières, ou tout au moins interdisent de troubler les eaux courantes. Tels sont rordonnance des eaux et forêts d'août 1669, les ordonnances royales du 16 décembre 1672, du 20 février 1773, les arrêtés du Conseil du 24 juin 1777, du 17 et 23 juillet 1783. Les lois des 22 décembre 1789 et 16-24 août 1790 permettent aux autorités départementales et municipales d'assurer par des arrêtés l'intégrité des cours d'eau. C'est en vertu de ces lois qu'ont été rendus les décrets ministériels du 9 janvier 1858 et du 2o janvier 1838, le règlement d'eau des 23 et 25 novembre 1867, qui prohibent l'évacuation des eaux résiduelles dans les rivières. Une décision ministérielle en date du 24 juillet 1875, visant l'avis du conseil général des ponts et chaussées, a rappelé que l'ordonnance du 20 février 1773 et l'arrêté du conseil du 24 juin 1777 « interdisent de jeter dans la Seine des liquides ou des im-

EAUX IKDUSTRIRLLES. eat

mondices ou déjections quelconques susceptibles de rendre ses eaux insalubres et impropres aux usages domestiques. >

H serait désirable, en attendant, qu'il existât en France une loi récapitulative et bien précise, analogue à celle qui est intervenue récemment en Angleterre, sous ce litre : The rivers poUtUion prévention, (15 août 1816). De l'autre côté de la Manche, les aiitorités sanitaires connaissent des contraventions commises, prescrivent après expertises les mesures à prendre pour assurer la désinfection des eaux polluées avant leur écoulement dans les cours d'eaux, et condamnent à une amende qui peut s'élever à i,260 francs par jour, en cas de retard dans l'exécution des travaux prescrits. En Prusse, les lois des 28 février 1843 et 28 octobre 18i6 portent des prescriptions qui défendent, dans certaines limites, la pollution des rivières. En Belgique, une série de règlements provinciaux portent défense de jeter aux cours d'eau des matières solides ou des liquides impurs (I).

Dans presque tous les pays civilisés, il se fait depuis plusieurs années de grands efforts pour garantir, à l'aide de lois, la pureté des eaux courantes, et pour concilier les droits de la santé publique avec les justes exigences de l'industrie.En France, comme chez beaucoup de nations voisines, à part les lois anciennes et générales que nous venons d'énumérer, la protection des cours d'eau n'est guère assurée que par des règlements émanés des autorités locales, par des arrêtés préfectoraux, des décisions du préfet de police à Paris. Ces arrêtés sont modifiés d'année en année dans un même département, et il est presque impossible, à moins d'être un légiste consommé, de connaître cette jurisprudence sanitaire; il n'existe d'ailleurs aucun recueil

(!) Schlwsing. A. Durand-Clays et Prousl, De ralléralion det cowi i'eatt. {Compta rendit! dit Congre» inttrnalional d'hygiène de Paru, en 187S 1880, T. U p. 31-7.)

imprimé où Ton puisse trouver réunies toutes les circulaires et décisions ministérielles sur ces matières.

Ce n est pas ici le lieu de tenter une classification méthodique des eaux industrielles et de leurs moyens de purification. Maison peut dire que toute eau industrielle doit être soumise à Tune des opérations suivantes : 1* clarifi' caiiotij par séparation des matières en suspension, soit directement, soit après l'emploi de réactifs qui font passer les matières dissoutes à l'état insoluble; 2^ épuration parle sol, des substances dissoutes; 3° neutralisation de Tacidiié ou de l'alcalinité ; 4** évaporaiion et destruction des résidus ; 5° puisards.

2 L — CLARIFICATION, FILTRATION, PRÉCIPriATIO.V

Les eaux ont déjà subi un premier degré de purification et même de désinfection, lorsqu'elles ont abandonné, par le repos ou par la filtration, une partie des matières qui y étaient suspendues. On comprend la difficulté d'une filtration qui doit porter sur des centaines ou des milliers de mètres cubes dans la môme journée ; et cependant, cette filtration à travers des couches de graviers a été tentée pendant plusieurs années sur les eaux résiduelles d'une ville de 300,000 habitants comme Birmingham, et sur les eaux provenant du lavage des laines de la ville industrielle de Blakburn, etc. Les résultats ont été aussi peu satisfaisants que coûteux ; il était facile de le prévoir. Cependant l'on a établi avec succès dans certaines usines le filtrage mécanique par de très larges surfaces: les presses filtrantes de Needham font passer en quelques minutes à travers des toiles qui n'ont pas moins de 20 mètres carrés de surface, les eaux troubles de brasseries, papeteries, poteries, etc., et la clarification est presque complète en un temps assez court.

Précipitation spontanée. — La précipitation spontanée

EAUX mOUSTREELLES. «69

nécessite la retenue et l'immobililé, pendant un certain temps, des eaux chargées de débris organiques ou minéraux. Cette opération se fait à l'aide de bassins de dépôt, 11 en existe de deux systèmes : ceux où l'écoulement est intermittent, ou bassins fermés ; ceux où l'écoulement est continu, ou bassins ouverts. Dans les premiers, on ne décante le liquide, on ne le laisse couler hors du bassin, que lorsque la précipitation des matières solides est achevée. Dans les derniers, le liquide clarifié s'échappe lentement à une extrémité, pendant que l'eau trouble y arrive par l'extrémité opposée, avec une lenteur exactement calculée. L'art de l'ingénieur consiste à savoir dans quel cas l'un des systèmes doit être préféré à l'autre, et comment l'installation doit être agencée; disons seulement que l'expérience, particulièrement celle que M. Lechatelier a faite à Genncvilliers en 18G8, a sanctionné l'avantage, pour les bassins continus, des digues filtrantes ou perméables de M. Parrot (1), soit à l'aide de gazons, de fascines, de couches de sable, etc., soit à l'aide de planches de barrage percées d'un grand nombre de petits trous.

Précipitation par les réactifs chimiques. -^ La formation des précipités a toujours lieu avec une grande lenteur, et c'est une source de difficultés sérieuses, quand la masse d'eau à clarifier journellement est considérable. Aussi, s'est-on ingénié ;\ trouver des substances qui activent cette opération, en même temps qu'elles exercent une certaine action antiseptique sur les matières organiques en dissolution ou en suspension. M. Sclilœsing a montré que le chlorure de calcium, qui est en même temps un désinfectant, accélère notablement la précipitation de l'argile et des (roubles en suspension dans l'eau. L'on sait depuis longtemps que la chaux produit ce même effet d'une façon très marquée et l'usage de cette matière est général dans la

(1) Porrol, Aunalet del mina. S* a.Tic, 1830, I. VllI, p. 33.

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plupart des industries. M. A. Gérardin (1) a cherché a donner une explication de cette faculté qu'ont certaines substances d'accélérer la précipitation des matières en suspension. En général, les eaux potables les meilleures el les plus pures, les eaux bleues^ restent très longtemps troubles, quand leur limpidité a été troublée par un corps en suspension tel que de Targile, de l'amidon; même après plusieurs jours de repos, le liquide sort trouble et chargé de la matière en suspension. Au contraire, les eaux industrielles ou eaux vertes jouissent de cette propriété très recherchée de se clarifier complètement par l'abandon rapide des précipités. L'examen microscopique a montré à M. Gérardin que dans les eaux les plus pures en tant qu'eaux de table, on découvre, quand on les a rendues troubles, tous les corpuscules en suspension agités du mouvement brownien le plus vif. D'«ipi*ès lai, c'est ce mouvement brownien dont la cause lui est resiée inconnue, qui empêche la précipitation des matières en suspension ; ces eaux justifient donc parfaitement le nom d'eaux vives qu'on leur donne. Les eaux industrielles, au contraire, qui sont si précieuses parce que les matières organiques n'y font pas de mousses et parce que la clarification des liquides troubles est rapide et complète, ces eaux ne laissent apercevoir aucun mouvement brownien proprement dit ; on y voit les mouvements tout différents d'un grand nombre d'infusoires, etc. M. Gérardiu croit que les substances qui détruisent dans une eau le mouvement brownien sont les meilleurs agents de la clarification.

C'est ainsi qu'il explique ce fait observé en 1872 dans une cartonnerie. Il s'agissait d'épurer les eaux rési-

(1) A. Gérardin, Traitement des eaux industrielles; momtemeut Brownien, Paris, Jules Lecuir, 187fi, in-4*, p. 20, cl Mémoire tur f altération, la corruption el l'assainissement des rivières, 1873, Imprimerie nationale.

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