‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 34 sur 124 · DE LA MORT ET DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DE LA MORT ET DU JUGEMENT

Jé3us-Christ viendra juger les vivants et les morts.

ARTICLE PREMIER

De la mort.

1. Vous mourrez, telle est la sentence qui fut prononcée contre * Adam après son péché, et que nous voyons se réaliser tous les jours. Il n'est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que le temps de notre mort. Nous mourrons tous, c'est-à-dire nous quitterons cette terre que nous habitons, et nous entrerons pour toujours dans l'éternité. A la mort nous quitterons tout : parents, amis, richesses, honneurs, em])lois, sans exception et sans retour. A la mort tout nous (juittera aussi, excepté nos œuvres bonnes ou mauvaises.

Si la seule pensée de la mort est insup})ortable aux amateurs du monde, aux voluptueux, en un mot aux pécheurs, combien terrible doit en être le cou]) ! () moment effroyable qui leur découvre le vide des choses d'ici-bas (qu'ils ont trop aimées, et l'importance de la vertu, qu'ils n'ont peut-être connue que pour la mépriser !

2. Kien de plus incertain que le temps et les circonstances de la mort : mourrons-nous d'une maladie lente, ou subi-

1. Par quoi se termine l'existence de tous les hommes ici-bas ?— 2. Quelles conséquences pratiques faut-il tirer de la certitude de la mort, de l'incertitude du momont <'t de la manière ?

IciuiîMi ? Aiinnis-in)U.H le ttinps <!<• noiifl piV-purrr, ou noronnnoiiM surpris? .Moiirnnis-nous dans peu «liJotirH, dans un inoinrnl. on paix it iHln)ns-in)UH lY nnr ^ramlr vi('ill<*MM>? .Mourn»ii> iHMH «lans la ^râcc ou dans \r jm'tIh''? l'crsoniM' ne peut Ir dite: ce (pli rsl certain, c'est, (pir nous nnanr(ais, rt ((Ue pidhaMcnH'nt nous mourrons roinino nnUM aiu'ons vrcu : c'csl i\\ir \\n\ \\r iccurilli «puî <*e «pu* l'on a scnu^ ; c'est «pu- la niort vM l'écho delà vie; co qui ont certain encore, c'est «pn» la destiiu'e <in mourant est iinnnial>lc ; <ph' la nnnt décide de loiil ; <pje ^i l'on nuMirt vu état de j;râce, on c'st heureux éternellement ; et (pic mI Ton nu'urt en pé<lié morlrl. <>n est malheiuenx pour toujoius.

l*uis(|ne la mort est iné\ iiahle et qu'elle doit décider de notre sort éternel, nous devons nous y j)réparcr et prolUcr ihi temps (pii nous reste. Il 8'aîj:it ici de notre plus urand intérêt, ou jdutôt de notre uidq\ie intérêt; car, dit Jésus-Christ , que servirait, à l'honnue de ^a^n(T tout le monde s'il perdait son fnne? Kt, en ell'et, serait-on hien consolé dans lys hrasiers éternels par le .souvenir (pi'ou a été gran<l, riche, ])uissiuit, ou (pie l'on a fait fortune en ce monde? Ah! on comevra bien alors qu(^ Ton a été dans rcrniir, et qu'il n y avait pas d'autri^ fortune (pie la vertu. " J'ai i)osséilé le plus i;rand enq)ire de l'univers, disiiit Septime-Sévère en mourant ; j ai été tout ce que peut être un mortel, et il ne m'en reste rien qui puisse me servir (ians l'état où je suis.'' Un hérault portant le drap destiné à ensevelir Saladiu criait, par ordre de ce prince : Voih) tout ce que le grand Saladin emportera de tous les empires qu'il a conquis !

Les petites afîaires s'expédient sans beaueoup d'application, mais les grandes (lemandent beaucoup de soin et d'étude. Comme c'est la marque d'un esprit faible de s'oceuper beaueoup d'une bagatelle, aussi est-ce le propre d'uu esprit bien fait de penser beaucoup à ce qui est important. Il faut proportionner les soins aux atfaires, et quelle plus grande allaire que de bien mourir? Est-ce trop de la vie pour se préparer à la moit? Est-ce trop de quelques années pour se préparer à l'éternité?

3. Un homme condamné à mort est ime-t-il beaueoup les biens et les honneurs de ce inonde? Telles doivent être nos dispositions : la mort nous poursuit, et infailli-

3. Montrez combien on est téméraire de différer de se préparer à la nuort.

!>1 Di: LA MORT.

hli'inciit cllf no\i^ Irajjpciîi. juMit-rli-c au inoincut où nous nous y penserons le moins. Préparons nous donc chaque jour, puisque cha(iuc jour peut être le tenue de notre vie. Xe nous y trompons pas, ne nous faisons pas illusion sur un point aussi important ; n'attendons pas le dernier moment : peut-être ne serait-il ])lus temps. Celui, dit saint Au.uustin, (jui a ])romis le pardon au pécheur qui se convertira, ne lui a pas promis le lendemain pour se convertir, ("est donc une témérité, c'est même un crime d'attendre aune dernière maladie pour se ])réparer à la mort. (Juoi ! dans ce moment où l'on n'est pas capable de s'occuper des alïaires les plus ordinaires, on penserait pouvoir accomplir l'œuvre la plus difficile, la plus imi)ortante, celle qui demande les plus «grands soins! Comment recevoir les Sacrements avec fruit lorscpron sait à peine ce que l'on fait? Comment débrouiller une conscience pleine d'iniquités lorsque toutes les facultés de l'âme sont absorbées par les douleurs et les horreurs de la mort? Comment prouver à Dieu qu'on déteste le péché, l'ayant aimé, et s'y étant li\Té aussi longtemps qu'on a pu se procurer sa jouis.sance? Ce n'est phis alors le pécheur qui quitte le péché, c'est le péché au contraire qui quitte le pécheur. Pour Tordinaire, Dieu lais.se mourir en impénitents ceux qui ont vécu dans rimpénitence. Quand il en arrive autrement, c'est un miracle : Dieu peut faire ce miracle, mais c'est une funeste et damnable présomption que de l'attendre en vivant mal.

Exemple. — Un jeune officier français, forcé de quitter sa patrie, se retira en Espagne, et, touché de la grâce, il résolut de consacrer le reste de sa vie à se préparer à la mort. Plein de cette pensée, il se présenta à une maison religieuse qui faisait profession de mener une vie trèsaustère, et obtint, à force d'instances, d'y être admis. Pendant son noviciat il écrivit à sa sœur en ces termes : '* Il n'y a pas de mendiant en Espagne qui soit plus mal nourri que nous, et qui ne soit mieux en tout ce qui regarde les besoins du corps. Cependant aucun (l'entre nous ne voudrait changer son sort contre un empire, sachant bien que la mort ne tardera pas à confondre les empereurs avec le dernier de leurs sujets ! Chacun s'en va n'emportant que ses œuvres; alors on est bien aise d'avoir semé au milieu des larmes ; le mal est passé, et la joie succède pour l'éternité." Cinq mois après sa profession, ce religieux fut attaqué d'une hydropisie qui au bout de quatre mois de souffrances le conduisit au tom-

beau. CoucIk"' sur la (M'iidn- il hi pnilU^ il pnjuut la umin (lu |K"^ri' al)l)»'' avec iiiM' l'X pression •!• k ' <»miais.Hiiiirr ipii attiMidrisMiiii toute la «•otiiiniiiiaiii< mon iHinlimr

t»st ^rand ! «lisait-il: vonn m'avi*/ ohn» n Ir.n porlcs du <*irl en ni'ouN laiit rtih-H dr (M'tt*» nuiison ! Oli ! «juc jo suis hrunux de nTrln* prr|»air à la niorl ! «ju'il rst doux di» mourir «luand ou rsprri; fcrnu-mcut pjisrtcr dr, la t4*rrr au (!iol ! On! <{\\r iMcuhourcux Hont ceux qui compr(*nniMit CCS ]>arol('s : " (^nr nrrt () Vhommr dr fjaf/nrr fnuf /*' iiiondr, s'il rient <) jirnlrc ko/î âun' ! "

— t^uc pourrait n'j::rctt(r Ir juste; :\ la mort ! Lch hicns delà terre? son eoMir eu a loujours M^ détueh^*. Ses parents, ses amis? mais il sait qu'il ne» les cjuitte point, pour toujours. Xotn* ikhis rrrnrons, disait ;\ ses |>arcnts désolés une jeune demoiselle <l(; Lyon depuis lon^^ttrmps en i)roie aux plus cruelles douleurs, )wutt nouH reverroiM. Klle mourut en prononçant ns ])ar()les. On lui ii ^devé un superlu' mausolée où clic est représentée îussise et écrivant sur une colonne ces mots : Ao//« noua reverron^.

— Un entant n ayant (pu» ])eu d'instants à vivre, etvoyant couler les larmes de sa mère, lui dit : " Ne m'aviezvous ])as appris (|uc pour voir Dieu il fallait mounr?''et il avait à peine sept ans ! . . .

AHTULE IL /)// JiKjonent.

L ** Il est arrêté, dit saint PauL que tout homme mourra, et, qu'après sa mort, il sera ju«^é." L'immortalité de rame suppose nécessairement un juLcement qui décide de son éternité, car le juste et l'impie ne ])euvent obtenir le même sort. La foi nous apprend même ({u'il y aura deux sortes de jugements, le particulier et le général.

2. Le jugement particulier est celui que chaque homme subit immédiatement après sa mort, sur le mal qu'il a fait et le bien qu'il a omis de faire. Par ce jugement, son sort sera tixé pour l'éternité. Aussitôt après ce jugement particulier, les âmes qui, quoiqu'en la grâce de Dieu, ont encore à satisfaire à sa justice pour des fautes légères ou à raison des péchés graves pardonnes dont elles n'ont pas fait une pénitence sutlisante. vont en purgatoire, pour achever de se purilier avant d'entrer en para-

1. Que nous apprend lu foi à l'égard du jugement?— 2. Qu'est-ce que le jugement particulier?

î>r> DÎT .TUriEMENT.

dis; celles qui sont exemptes de toute ftouillure sont immédiatement introduites dans la gloire; mais celles ([ui sont coupables de quelque péché mortel sont précil)itées en enfer, en attendant la résurrection générale qui aura lieu à la lin du monde.

o. C'est alors que se fera le jugement général, où sera confirmée et manifestée la sentence déjà x)rononcée dans lejuucment particulier. Le jugement général sera précédé de signes efifrayants. Xotre-Seigneur lui-même nous en a tracé la peinture dans l'Evangile. Il y aura des guerres, des famines, des pestes et des tremblements de terre ; le soleil et la lune seront obscurcis ; les étoiles sembleront tomber du ciel ; la mer fera un bruit épouvantable par l'agitation de ses flots, et les hommes sécheront de frayeur dans l'attente de ce qui doit arriver àl'univei*s. Alors, en un moment, en un clin d'œil, au son de la dernière trompette, tous les morts ressusciteront. Le signe du Fils de l'homme, c'est-à-dire une croix lumineuse, brillera dans les airs, et Jésus-Christ descendra visiblement du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté, pour rendre à chacun selon ses œuvres. Il sera accompagné de ses Anges, qui sépareront les bons d'avec les méchants. Que cette séparation sera terrible, et que le sort des uns et des autres sera différent ! Les justes seront placés à la droite du souverain Juge, les méchants à sa gauche. Alors toutes les consciences seront manifestées aux yeux de l'univers, ce qu'il y a maintenant de plus caché et de plus secret sera connu et exposé à la lumière.

4. Le juste, qu'on avait méprisé sur la terre, paraîtra orné des bonnes œuvres qu'il avait cachées avec soin ; et le pécheur sera couvert de honte à la vue des crimes qu'il avait dérobés à la connaissance des hommes. Alors le vice paraîtra tel qu'il est, avec la difformité et l'infamie qui lui appartiennent. Quelle joie ne sentira pas alors un jeune homme vertueux qui aura méprisé les discours des méchants et résisté à la contagion de leurs mauvais exemples ! Qu'il sera bien dédommagé des combats qu'il aura eus à soutenir, des railleries dont il aura été l'objet! Mais quel désespoir dans le cœur d'un jeune libertin en voyant exposés au grand jour, à la face du ciel et de la terre, les crimes qu'il avait commis dans les ténèbres, en voyant celui qu'il avait tourné en ridicule placé au

3. Quels seront les signes précurseurs du jugement général ? Comment se fera-t-il? — 4. Quelle diflférenee remarquera-t-on entre les hoaamea au moment de subir le jugement général?

J)U JIHJKMKNI. \t7

\un\\Urc iicn Mmi^ et imrini Iuh ciifniit* dr Dieu ! Quelle lionrur njuini-t-il pus pour lo vico, qui lui imraît inuiiitcluiiit si iUnw rt si .sr(lni>ant I

Co n'est cMicorc lîV (lue rapi):iiMil et le prélude du jugement : (pielle impression fera donc sur mm espritH la fti'ntence mrme du souverain .Juvî<*! Tou.s les liomme» étant <ians un profond silence, le Fils dr Dim dira î\ ceux cpii seroid à sa dioile ees consolantes jKirolrs : '* \'<nez, vous (pli êtes l(\s bénis de mon Père, possède/. Ir royaume qui Mnis a été ])réparé dé^ Ir commeneement «lu monde." Il adrcssiMa rnsuilr aux i éprouvés cette sentence fou- <lroyantc: * l\cl ire/.-\ ous de moi, maudits! aile/, an feu éternel." Aussitôt (ph' l'arrêt aura été pronon<'é, les Justes iront régner a\('c l)icu [>endanf toutes l'éternité; et les méchants seront précipités <lans renier jiour y brûler éttunellement, sans pouvoir janniis réparer une si i;ran<le perte, (pi'ils auront faite |)ar leur faute.

ô. Prévenons ce juij^ement terrible; prolitons de lavis que Notre-Sei^neur nous donne dans l'Evangile : " Prenez *»arde ;\ vous, dit-il, de peur ((ue vos c<eui*s ne s'appesantissiMit, et ([ue <*(^ Jour ne vienne tout «l'un coup vous surprendrt^ ; car il (MiV(^loppera comme un lilet tous ceux (pli habitent sur la surfa(;e de la terre. Veillez donc, et priez en tout temps, afin que vous soyez trouvés dignes d'(H'iter tous (»es maux (jui arriveront, et de paraître avee confiance devant le h'ils de l'homme."

Exemples. — Philii)iH' II. roi d'E.spagne, s'étant un jour apeirii (|ue deux de ses courtisans s'étaient conduite à l'église (rune manière fort inconvenante, leur dit lorsqu'il fut de retour dans ses appartements : " Vous êtes tous deux bannis à jamais de ma présence ; à l'instant même, je vous chasse de ma cour." Ces paroles pronon- (*ées avec l'acn^mt d'une vive indignation, firent sur ees deux hommes une telle impression, que l'un fut tï*appé d'apoplexie et l'autre resta privé de sa raison pendant toute sa vie. Combien plus effroyables seront les etiets que ])roduiront ees paroles du Roi éternel : Eloignezvous de moi, maudits^ allez au feu éternel ! — LoHX.

Un libertin adonné à tous les vices avait eu, dès sa tendre jeunesse, des principes religieux. Une mère vertueuse n'avait rien négligé pour les enraciner dans son cœur. Grâce à l'éducation très-chrétienne qu'il avait

5. Par quel les paroles , T.- C. mnis pre-^sc-t-il de iiou:? i>rrpin-er au jui;:eiiieiit général ?

98 DIT HAINT-KSrRlT

re^uc, (iiioi<iu'il oût jx-rdu les mœurs, il n'avait pas encore perdu la foi. Une nuit qui suivait un jour ou il avait donné dans de grands excès, il eut un songe: pendant son sommeil il se vit transj)orté au tribunal de Dieu. On ne peut concevoir quels lurent sa confusion, sa crainte et son effroi. A son réveil il avait une lièvre ardente ; il était tout en sueur et hors de lui-même. '' Laissez-moi seul, disait-il, fondant en larmes, à ceux qui eurent les ]>remiers occasion de le voir en cet état ; laissez-moi seul. J'ai vu mon Juge î pardon, ô mon Dieu!'' Ses compagnons de débauche apprirent que leur ami était malade, qu'il se désolait ; ils vinrent le voir ])our le consoler. '' lletirez-vous, leur dit-il, vous n'êtes plus mes amis ! je ne vous verrai plus ; j'ai vu mon Juge. Quelle majesté et quelle sévérité éclataient sur son visage ! Oh ! que d'accusations, que d'interrogations auxquelles je n'ai pu répondre ! Tous mes X)échés sont écrits, je les ai lus. Ah ! quel nombre ! j'en connais l'énormité. Que de démons n'attendaient que le signal pour m'enlever ! Je frémis, et je frémirai longtemps. Faux amis, retirez-vous pour toujours. Que je m'estimerai lieureux si je puis apaiser par la plus rigoureuse pénitence mon terrible Juge î Je m'y dévoue, hélas ! je paraîtrai bientôt réellement à son redoutable tribunal, ce sera peut-être aujourd'hui. Pardon, ô mon Dieu! je ne cesserai point de vous dire: Pardonnez-moi, laites-moi miséricorde: ne me perdez pas, ayez pitié de moi."'

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