‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 143 sur 173 · CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier

, - Du maintien.

Il n’est rien qui contribue davantage à conserver la dignité extérieure et la pureté des mœurs, comme la fidélité à composer les positions et les mouvements naturels de chaque partie du corps ; cela est si vrai, qu’un écrivain très-judicieusement fait remarquer que “ la grâce est au corps ce que le bon sens est à l’esprit.’ Les jeunes gens, surtout, ne sont que trop sujets aux défauts qui blessent en ce genre la mo:lestie et les convenances,. Le premier de ces défauts est une affectation ridicule qui

met le corps à la gène, ct le rend semblable à une machine dqut les mouvements sont mécaniquement ardognés.

Une démarche guindée où composée avec art n’est pas moins opposée à la modestie qu’une négligence qui annoncerait de la paresse et peu d’élévation dan: les sentiments. Les personnes d’un caractère vif et pétulant doivent s’observer avec plus de vigilance que les autres. Leur attitude, quand ils sont debout ou assis, doit être composée avec attention et dignité, et leurs gestes doivent être rares mais convenables.

S'il n’est pas admis qu’un jeune homme prenne cet air vrave et sérieux qui appartient à un âge plus avancé, il convient toutefois que son maintien soit modeste, gracieux et réservé, mais sans contrainte ni affectation.

Il y à quelquefois dans le maintien une certaine gravité qui décèle un péché d’orgueil, lequel est détestable dans l'homme et surtout dans le chrétien, dont le divin modèle était ‘ doux et humble de cœur.” La haute idée que tout. chrétien doit avoir de son origine et de sa destinée suffit pour lui donner cette gravité douce et aimable qui inspire également le respect et la confiance. 1I/air d’élévation et de grandeur dans le maintien a un certain rapport avec la grandeur et la majesté de Dieu, quand il est réglé par la modestie et l'humilité, et soutenu par le sentiment de ce qu’un chrétien est, ou au moins, doit être.

Lorsque les circonstances demandent qu'on soit debout, il ne faut ni se pencher, ni incliner la tête sur un côté non plus que l’appuyer nonchalamment sur la muraille ou sur un meuble,

Lorsqu'on veut s’asseoir, il faut prendre une position honnête et digne, et choisir une chaise haute plutôt qu’une basse, Une fois assis, il ne faut pas passer son bras sur le dossier de la chaise, ni appuyer son coude sur le dossier d’une autre chaise afin de se soutenir la tête, non plus que se balancer le corps. On doit éviter de se tenir penché ou de travers et de changer de siège sans nécessité. Ce serait encore une impolitesse que de traîner sa chaise avec bruit sur le plancher et de se placer dans un endroit passant, et gêner ainsi les personnes qui ont besoin de sortir de l’appartement ou d’y entrer.

Il serait inconvenant de choisir la plus helle chaise d’un appartement, ou un fauteuil plutôt qu’une chaise ordinaire. Toutefois si on vous présentait un certain siège, il faudrait l’accepter sans hésiter. Se choisir soiniême'un siège, ce serait témoigner de la grossièreté où

DU MAINTIEN. il

de l'importance ; le refuser, ce serait mettre en doute le bon jugement de la personne qui vous l’a offert.

En entrant dans un appartement, s’il y a déjà plusieurs personnes présentes, il faut jeter un coup d’æil tout autour de soi, et, après s'être incliné, se retirer À la place assignée ou à celle qui semble la plus convenable. Ki les rapports d'intimité le permettent, et qu’on juge qu’il soit nécessaire de serrer la main, on devra s’avancer d'abord vers la maîtresse de la maison, puis vers les autres personnes, en suivant l’ordre des dignités.

Il faut aussi ne jamais se lever sans nécessité lorsque tout e monde est assis, ni demeurer sur son siège quand la compagnie se tient debout. Si la personne qui adresse la parole à une autre se tient debout, cette dernière, si elle est assise, doit se lever et ne point s'asseoir de nouveau qu'elle ne soit invitée à le faire.

Si, dans la rue, il se fait des réunions de connaissances, il ne faut pas v parler d’un ton de voix si haut que les passants puissent distinguer les noms des interlocuteurs ou le sujet de la conversation. Il doit en être de même dans les magasins et dans tous les autres lieux publics.

Quand, en compagnie de quelqu'un, on rencontre un ami ou une connaissance, on ne doit point présenter celui-ci à son compagnon, à moins qu'on n'ait des raisons de croire que cette présentation sera agréable aux deux parties. On doit toujours présenter celui qui est inférieur en âge ou en dignité à celui qui lui est supérieur.

I] faut avoir une attention toute particulière aux différentes manières de saluer. Envers ses égaux et ses inférieurs, il est d'usage de faire une légère inclination de tête ; cavers les égaux avec lesquels on à une certaine familiarité, il suffit d’un geste avec la main; mais envers ceux qui, par leur position ou leur mérite, ont un droit à notre respect, il convient de toucher où même de lever le chapeau. C’est de cette dernière manière qu'il convient de saluer, quand on rencontre un membre quelconque du clergé. La haute dignité à laquelle il a été élevé, ainsi que le respect et l’amour que nous ressentons pour le souverain Seigneur dont il est le ministre, doit nous ins-

irer de la vénération pour sa personne : il faut done qu'à Poccnsion ce sentiment intérieur soit accompagné extérisurement d’une expression en rapport.

Que les enfants sachent bien qu'ils ne doivent jamais manquer de payer ce tribut de respect et de vénération,

12 POLITESSE CHRÉTIENNÉ.

Tant qu'ils respecteront la religion, ils en respecteront les ministres. Mais, dès qu'ils cesseront de rendre au prêtre le respect qui lui est dû, ils ne tarderont pas non plus à mépriser la religion. Il est bien difficile, en effet, de ressentir intérieurement du respect sans le manifester extérieurement ; et ce sentiment ne tardera pas à dispaaître chez nous, si l'expression extérieure en est habituellement méconnue.

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