DE L'ORGUEIL
plication continuelle est de parer son corps de tous les ornements de la mondanité, et de promener ainsi cette idole de chair dans tous les cercles, afin de lui attirer des adorateurs; la décence, le respect des bonnes mœurs sont même quelquefois sacrifiés, si les modes et les coutumes ’exigent, quel qu’en soit d’ailleurs le ridicule. Que ce vice est détestable ! et avec quel soin ne devons-nous pas l’'éviter! Souvenons-nous que l’orgueil est odieux à Dieu et aux hommes, et que Dieu se plaît à confondre les orgueilleux, au lieu qu’il accorde sa grâce aux humbles.
8. L'humilité chrétienne est la vertu opposée à l’orgueil : elle est le fondement de toutes les vertus: l’homme humble connaît le fond de misère qui est en lui, il se méprise luimême et consent à être méprisé des autres. En effet, si nous réfléchissons sur ce que nous sommes véritablement, quels sujets ne trouverons-nous pas de nous humilier! Sans parler des infirmités du corps, de ce corps sorti de la poussière, et destiné à y retourner bientôt, considérons l’état de notre âme: qu’y verrons-nous? Ignorance dans l'esprit, corruption dans le cœur ; quel penchant pour le mal! quel inconstance pour le bien! Nous n’avons de nous-mêmes que le néant et le péché ; s’il y a en nous quelque chose de bon et d’estimable, nous le tenons de Dieu : les avantages de l’esprit et du corps, les dons de la nature et de la grâce, tout vient de Dieu. Un homme pénétré de cette vérité est bien éloigné de s’énorgueillir, de rechercher des louanges, ou d’ambitionner de vains honneurs ; s’il trouve en lui quelques bonnes qualités, il en rapporte à Dieu toute la gloire; mais il fait beaucoup plus d’attention à ses défauts, et s’en humilie devant Dieu. Heureux ceux qui sont humbles de cœur, parce qu’ils seront comblés des bénédictions du Seigneur! malheur aux âmes hautaines et présomptueuses, parce que Dieu les couvrira de confusion !
Un homme s’estime-t-il sage, il y a plus à espérer de l’insensé que de lui.—( Proverbes.)
L'orgueilleux est ordinairement incorrigible : il ne veut pas avouer qu’il a tort. Voilà pourquoi toute correction le met en colère. Il ressemble à un homme tourmenté d’un abcès douloureux : on ne saurait toucher ce dernier du bout des doigts sans provoquer des cris de douleur.
8. Faites connaître la vertu opposée à l’orgueil, Sur quoi devons-nous réfléchir pour combattre l'orgueil ? FA
DE L'AVARICEÉ 3)
L'orgucilleux ressemble au hérisson. Voye courir cet animal : vous apercevez ses pattes, ses o1.illes, son museau ; mais si vous l’approchez, si vous voulez le saisir, ce n’est plus qu’une boule hérissée de pointes qui vous ensanglantent les mains. De quelque manière, par quelque côté que vous preniez l’orgueilleux ; c’est un hérisson qui pique et qui blesse,
EXEMPLE.—Fier d’un nom qu'il déshonorait par ses vices, un noble voulut humilier un homme sans naissance, mais d’un grand mérite, et lui reprochait de manquer d’ancêtres. Le sage, loin de s’irriter, lui dit en souriant : “Si mon origine me déshonore, toi, tu déshonores la tienne.” Apprenons de là à respecter la vertu partout où elle se trouve, et n'oublions jamais que le vrai mérite dépend de nos œuvres, et non de nos emplois, ni de no', 2 rang.
ARTICLE II
De l’Avarice.
1. L’Avarice est un attachement déréglé aux biens de la terre.
Ce n’est pas un péché d’avoir des richesses, mais c'en est un d’y attacher son cœur, de les rechercher avec empressement, de mettre son bonheur à les posséder, d'employer des voies injustes pour se les procurer. L’avarice produit l’oubli de Dieu, en engageant l’homme à faire de son trésor l’objet de son culte; c’est pour cela que saint Paul appelle l’avarice une idolâtrie. On n’a que de l'indifférence pour son salut, quand on pense avec trop d'inquiétude à sa fortune; on est peu touché du désir et de l'espérance des biens éternels, quand on est si fort occupé du soin d’amasser des biens temporels; il est à craindre que l’on ne cesse d’être chrétien, quand on a la passion de devenir riche. C’est ce que l’Apôtre nous fait entendre quand il dit que “ ceux qui désirent être riches tombent en tentation, se trouvent pris dans le piège du diable, et se portent à plusieurs désirs inutiles et nuisibles qui les poussent à la mort et à la damnation.”’
2, L’avarice produit la dureté pour les pauvres. Un homme attaché à ses richesses est insensible à la misère dn pauvre; il ne connaît point le sentiment de la pitié.
1. Qu’est-ce que l’Avarice? —2. Quels effets produit l’avarice ?
000 DE L'AVARICÉ.
Bien plus, l’avare s’oublie lui-même; il devient insensible à ses propres besoins, préfère son argent à sa santé, à la vie même, et se refuse L nécessaire, de peur de diminuer son trésor ; il accumule ses richesses sans en faire usage, il est indigent au milieu de ses biens, et il manque de tout au milieu de l’abondance, Quelle folie !
3. Enfin ce vice produit la dup'icité ; l’avare, pour avoir le bien d'autrui qu’il désire, emploie le mensonge, la fraude et l'injustice. ‘ Rien n’est plus injuste, dit le Saint-Esprit dans l’Ecriture, que celui qui aime l’argent : un tel homme vendrait son âme.” Quand on est dominé
ar cette passion, on ne connaît plus ni bonne foi, ni ionneur, ni conscience ; on devient injuste, fourbe, violent: tous les moyens, même les plus criminels, sont employés pour grossir le trésor où l’on à attaché son cœur.
4, Et ce qu’il y a de plus déplorable, c’est que cette passion se fortifie avec l’âge. La réflexion, les années affaiblissent les autres passions ; mais l’avarice semble se ranimer et prendre de nouvelles forces dans la vieillesse, Plus un avare avance vers ce moment fatal où il faut tout abandonner, plus il s'attache à son misérable trésor ; plus la mort approche, plus il tient à son argent, et plus il le garde comme une précaution nécessaire pour un avenir chimérique. ‘ Insensé, lui dit Notre-Seigneur dans l'Evangile, cette nuit même on va te demander ton âme : pour qui seront les richesses que tu as amassées ? ” Il laissera ses richesses à d’autres, et il ne lui restera qu’un linceul usé et un sépulcre pour y être enseveli.
5. Gardons-nous bien d’une passion si déraisonnable et si dangereuse. Instruits à l’école de Jésus-Christ, “ ne cherchons point à amasser -des trésors sur la terre, où les vers et la rouille les mangent, et où les voleurs les déter-rent et les dérobent; mais travaillons à amasser des trésors dans le ciel, où il n’y a ni vers ni rouille qui les consument, ni voleurs qui les dérobent.” Efforçons-nous d'acquérir la vertu opposée à l’avarice : cette vertu est un détachement chrétien des biens de ce monde, soit dars la pauvreté, soit dans l'opulence, Si nous sommes pauvres, ne portons point envie à ceux, qui sont riches, ne
3. Montrez que l’Avarice détruit tous les nobles sentiments.--4. Cette passions affaiblit-elle avec 1 âge? Par quelles paroles Jésus-Christ a-t-il voulu nous éloigner de l'amour des richesses ?—5, Les richesses assurentelles le boaheur?
craindre d'en être dévoré, avec quel empressement ne s’en éloignerait-on pas! La frayeur ne ferait-elle pas prendre aussitôt la fuite, et ne craindrait-on pas que cette fuite ne fût pas assez prompte? Eh bien! faisons, du moins, pour sauver notre âme, ce que nous ferions pour la conservation de notre corps. Si par malheur on se rendait coupable d’un péché mortel, il faudrait tout de suite s'en repentir, prononcer souvent, et du fond du cœur, des actes de contrition et d'amour de Dieu, et se préparer à se confesser le plas tôt possible,
5. Evitons même avec le plus grand soin les péchés véniels, c’est-à-dire ceux qui n'ôtent pas la grâce sanctifiante, mais qui l’aflaiblissent ; qui ne nous rendent pas dignes de la damnation éternelle, mais qui nous rendent dignes des peines temporelles. Les péchés que l’on regarde comme les plus petits sont de très grands maux, parce qu’ils offensent Dieu. D'ailleurs, les péchés véniels, quand on les néglige, conduisent insensiblement au péché mortel. ‘ Celui qui néglige les petites fautes, dit le Saint- Esprit, tombera peu à peu dans les grandes, et enfin il se perdra infailliblement.” Ne commettons donc jamais un seul péché de propos délibéré et avec réflexion ; mais plutôt évitons, selon le précepte de l’Apôtre, jusqu'à l'apparence du mal.
EXEMPLES.—Sages réponses de personnes à qui on proposait de pécher. ‘En péchant, je désobéirai à Dieu pour obéir au démon. Quelle injustice ! quelle ingratitude ! quelle folie !’—‘ Comment pourrais-je commettre un si grand crime, et pécher contre mon Dieu !” (Joseph à la femme de Putiphar.)—“ Il m'est bien plus avantageux de mourir que de pécher en la présence du Seigneur.” (Susanne.)—‘* Nous devons obéir à la loi de Dieu plutôt qu’au voi.” (Les Machabées.)—En me proposant d’oflenser Dieu, et de perdre mon âme par le péché, que me donnerezvous si je me révolte contre lui et si je perds mon âme ?” —{{ J'ai en Dieu un maître si grand, si bon, si libéral, qui ue m'a jamais fait que du bien, de qui j'attends une vie, une gloire, une félicité éternelles; et vous voulez que je lui désobéisse, que je l’offense, que je l’abandonne, que je l’outrage, que je me déclare son ennemi, que je consente à encourir son indignation, sa colère, ses vengeances !— ‘ Avant que de pécher, cherchez un lieu où Dieu ne soit