‹ Traité des essais par la voie sècheChapitre 30 sur 141 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

nu Chrdme.

SECTION I"

Propriétés.

ARTICLE PREMIER. MélaL

Le chrome a été découvert en 1797 par M. Vauqoelîn. — H est d'un çrts de platine mnt, susceptible de prendre le poli par le frottement, et très-dur. — Sa pesanteur spécifique n*est €\ne de 5.90. — 11 est infusible : on n'a pu Tobienir jnsqu'à présent qu'en masses poreuses et friables , composées de très-petits grains cristallins.

On lui connaît trois degrés d'oxidation. — A la température ordinaire il ne s'altère pas à l'air, mais à la chaleur ronge il se convertit peu à peu en oxide vert. — Il ne décompose pas l'ean. — Il est inattaquable par les acides, excepté par l'acide nitrique concentré et par Teau régale ; encore ces acides ne le dissolvent-ils que difficilement et très-lentement. Il se dissout dans l'acrde hydro-fluorique avec dégagement de gaz hydrogène, surtout à l'aide de la chaleur. — l^es alcalis (ixes, leur» carbonates et leurs nitrates, Tattaquent par la rôtie ièche , et le convertissent en acide chrôroique. — On peut le combiner avec le soufre ^ mais non pas directement. — Lorsqu'on fait passer du chlore sur du chrême métallique ^ il se dégage du per-chloriire gazeux mêlé de chlore, et il reste une masse rouge pea ou point volatile. — Le chrome peut former des alliages avec on grand nombre de métaux.

Pour préparer le chrome métallique , il faut broyer du

34 CURÔXE.

protoiido bien pur avec 0,11 de charbon de bois calcine, et le chauffer dans un creuset brasqué , à la plus haute cha- Jenr d*un fourneau dressai.

Le poids de Tatome du chrome est de 351.819 Cr.

ARTicLB ii« — Composés oxigénéi.

§ I". — Oxides,

l" Le proloxide de chrême est d'un beau vert d*herbe : sa nuance est d*autant {j!us claire (\\\'\\ u été chauffe plus fortement. Il Cbt ordinairement grenu et mat, mais il su présente quelquefois sous la forme de paillettes d'un vert sombre, Irés-cclalanles. — Lorsqu'on le chauffe très-fortement dans un creuset brasqué, il se foud en un o.ulot compacte, grisâtre, dont la poussière est verte , et qui est enveloppé d'une pellicule métallique cristalline. — Le charbon le réduit quand il est intimement mélangé avec (ui « et à l'aide d'une chaleur très-élevee et longtemps continuée ; mais il ne le réduit pas par cémentation. — Sun hydrate est d'un vert-grisâtre; lorsqu'on le chauffe il perd son eau, et devient un moment incandescent; le soufre le convertit m sulfure à faide de la chaleur, mais il ne produit pas le même effet sur Toxide calciné.

L'oxide calciné est inattaquable par les acides^ excepté par l'acide sulfurique concentré et bouillant ^ qui en dissout une petite quantité. L'hydrate est au contraire solublo dans les acides les plus faibles ; mais il ne se dissout qu'in très-petite quantité dans l'acide sulfureux. — Les alcalis n'attaquent pas Toxide par toie humide^ mais par vuie seche ils le convertissent en acide au contact de lair ; les terres alcalines et même les terres produisent le même effet. L'hydrate est soluble dans les alcalis caustiques à froid , et il colore les dissolutions en vert , mais il s'en sépare en totalité par rébullition. L'oxide de chrome peut se combiner avec la plupart des oxides^ et jouer le rôle d'un acide faible. — Il est insoluble dans les sulfures alcalins. — Il n'éprouve aucune allcration de la part du sel ammoniac par roie eèche,

L'oxide de chrome ne se combine pas très-facilement avec les flux vitreux ^ et souvent il reste disséminé dans les verres en grains pulvérulents. — Avec le borax il fon'l difficilement, et donne un verre d'un beau verl-émeraudo dont on peut faire disparaître presque entièrement la couleur sur le fil de platine , à la flamme extérieure. — Il se fond beaucoup plus aisément avec le sel de phosphore , auquel il communique une belle couleur verte très-intense , Uni à la fljimnie intérieure qu'à la flamme extérieure.

COMPOSÉS OXIGÉN^S. 35

Il est composé de :

Chrome. . . 0,7011 — 100 j<; Oxigcne. . . 0,2989 — 42,64''

100 doxide peuvent produire 130 d*acide chr6mique. On eo fait usage pour colorer les émaux , peindre les papiers de tenture , etc. — On le prépare de plusieurs manières qui seront exposées dans la section IV.

^ Le dêutoxide de chrome est d'un brun-foncé. — La chaleur rouge le change en protoxide. — L*eau le, décompose, surtout à chaud j lorsqu*on emploie ce liquide en quantité fuffisante^ il reste du protoxide pur, selon M. Maus, et la liqueur contient de Tacide chrômique. — L'acide muriatique le dissout avec dégagement de chlore. — La potasse le dissout complètement à froid ; mais en faisant bouillir In dissolution, il s'en précipite du protoxide, et il n'y reste que de I acide chrômique. Selon M. Maus, cet oxide est composé de :

ChrAme. . . 0,884 — 100 t'r Oxigène. . . 0,418 — 71,06

et Ton doit le regarder comme un chr6mute de protoxide de chrome , formé de :

Protoxide de chrome. 0,2779 — 1"' Acide chrômique . . 0,7â21 — 4

On pent Tobtenir, 1* en faisant digérer de Tacîde chrômique ou du bi-chrômate de potasse sur de Thydrale ou sur do carbonate de chrome ; 2** selon M. Maus , en mêlant du chlorure de chrome avec une dissolution de chrômate de potasse, etc.

3" V acide cRràmique est d'un beaa rouge de rubis ; il a une saveur fortement acide , caustique et styptique. — Il est très-soluble dans Teau : sa dissolution évaporée dans le vide à la température ordinaire , se prend en croûtes brunâtres non cristallines, anhydres, très-déliquescentes. La lumière rallère peu à peu. — Il est aisément décomposé par la chaleur, qui en dégage de l'oxigènc avec production de lumière , elle convertit en protoxide. — Il est ramené si facilement à cet état par les corps combustibles, que lorsqu'on expose à la kimière solaire un linge imbibé de sa dissolution, ce linge se colore promptement en vert ; c'est donc un corps très-oxidant. — Il se dissout dans ralcool ; mais sa dissolution , d'abord rouge , devient bientôt verte , et il g'en précipite du protoxide. — Le fer, le zinc, l'étain, et<!. , le changent en protoxide par la voie humide et par la voie ièche. — L'acîde sulfurique concentré et bouillant le convertit en protoxide ; mais l'acide étendu se combine avec

3G ClIROHE.

lui sans le décomposer ; la combinaison contient I atome de chaque acide; elle cristallise par évaporation lente , en petits prismes quadrangulaires d'un rouge-foncé, et déliquescents : ces cristaux sont solubles dans Talcool , mais pour peu que ce réactif soit concentré, il se développe une réaction qui peut être suivie d'explo&ion , et de laquelle il résulte de l'éther et du proloxide. — L*acide sulfureux , employé en certaine proportion , convertit Tacide chrômtque en sulfate de deutoxide ; mais employé en excès , il le change en un mélange de sulfate et d*hypo>sulfate de protoxide. — L'hydrogène sulfuré , Tacide muriatique, etc., le ramènent à Tétat d'oxide vert. — L'acide acétique ne le réduit pas.

L'acide chrômique est le plus puissant de tous les acides métalliques; il se combine avec toutes les bases ; mais celles qui sont avides d oxigène , telles que le protoxide de fer , le protoxide d'ctain , etc. , le changent en protoxide. — Il dissout rhydrate de protoxide, et produit avec cet hydrate une dissolution rouge incristallisable , de laquelle les alcalis précipitent de Thydrate vert. — L'acide liquide forme un sel cristallisable avec Tammoniaque ; mais Tacide anhydre est décomposé avec une vive lumière par l'ammoniaque ga> zeuse, 11 est composé de :

Chrome 0,5S97 -^100 . .

Oxigène 0,4603 — 8S,27 Cr

100 d'acide contiennent 77 de protoxide. On l'obtient , 1® en faisant digérer du chrdmate d'argent humide , et en excès, avec de Tacide muriatique étendu : la liqueur ne contient pas d'aride muriatique , mais elle renferme toujours une pelife quantité de chrômate d'argent qui s'en sépare presqn'en totalité à l'état cristallin par concentration ; 2" en décomposant le per-fluornre de chrome par l'eau en rapeur : il est alors très-pur ; 8» en décomposant le bi-chrômate de potasse par l'acide fluo-silicique : on verse d'abord de l'acide fluo-silicique dans le sel alcalin , de manière à laisser un petit excès de celui-ci , et pour séparer le fluo-silicate de potasse qui se dépose , on concentre la liqueur, puis on la transvase dans une capsule de platine; on achève d'en précipiter la potasse en y versant un excès d'acide fluo-stlicique ; on sépare la liqueur du dépôt par décantation, et non par filtration , et on l'évaporé à sec à une chaleur ménagée, si l'on veut avoir l'acide à l'état solide.

§ 2. — SeU.

Il y a des<e/« de chrome à base de protoxide, et d'autres dans lesquels les bases sont combinées avec l'oxide de i'hrôme ou avec l'acide chrômique.

CUaOMATES. 37

h Les seU à base de protoxide sont d'un beau vert-éineraudeou de couleur anicthiste foncée. — Ils sont précipités en gris-verdâtre par les alcalis et par leurs carbonates. L<^s carbonates alcalins dissolvent le précipité. — L'hydrogène sulfuré ue les trouble pas. — Les hydro-sulFates alcalins y forment un précipité gris-verdâtre qui est de Thydrate de chrême. — Le prussiate de potasse ne les précipite pas ; — lorsqu'ils renferment une quantité suffisante d'acide tartrique, ils ne sont précipités ni par les alcalis ni par les bydro-sulfates.

2" Les chrômiles alcalins sont les seuls cbrôniites solubles dans Teau. — Ils sont verts. — La chaleur de Tébullition les décompose. — Les autres chrômites sont insolubles dans l'eau, mais solubles dans les acides forts sans décomfiosition : ils sont précipités de ces dissolutions par les alcalis. — Le riitre et le chlorate de potasse convertissent les chrômites en chromâtes alcalins. On ne les obtient que par double décomposition.

8* Les chromâtes dont les bases ne sont pas fortes sont décomposés par une chaleur plus ou moins élevée , nveo dégagement d'oxigéne , et probablement transformés en chrômites. — Les chromâtes alcalins, et les chromâtes de chaux et de magnésie et de quelques métaux sont solubles dans l'eau. — La plupart des autres sont solubles avec décomposition dans les acides forts. — Tous les chromâtes sont décomposés par l'acide miiriatique bouillant avec dégagement de chlore. — Lorsqu'ils sont dissous d'une manière quelconque ils sont décomposés par l'acide sulfureux , par Thydrogène sulfuré, par les bydro-sulfates, par un mélange d'acide et d'alcool à l'aide de la chaleur, par plusieurs métaux , et par les sels qui ont pour base des oxides avides doxigène. — Les chromâtes insolubles dans l'eau sont tous décomposés par les carbonates alcalins. — Les chromâtes alcalins neutres sont jaunâtres ; les chromâtes acides sont d'un rouge orangé. — Les chromâtes alcalins jaunes forment des précipités jaunes dans les sels de bismuth et de plomb, — rouges dans les sels de mercure , — n»uges-foncés dans les sels d^')rgenty — et rouges-bnins dans les sels de cuivre. — Ils donnent, avec les sels de manganèse, de protoxide de fer et de protoxide d*étain , des précipités de chrômites de deutoxide ; ils ne troublent pas les sels de cobalt, de nickel^ d'antimoine et de per-oxide de fer.

Dans les chromâtes neutres , la quantité d'oxigéne de la base esta la quantité d'oxigéne de l'acide \\ 1 * 3 , et à la quantité d'acide \\ \ \ 6,5!^. 100 d'acide saturent une quantité de base qui renferme 15,84 d'oxigéne. I! y a des sous-

38 CUU03!B.

chromâtes Unns lesquels la base renferme la moitié ou les deux (iers de ToxigèDe de Tacide.

Les chromâtes alcaline neuireê ne peuvent exister quVn dissolution ; ils sont rouges. Par Tcvaporation ils se décomposent en chrômnte acide qui cristallise , et en sous-chrômate qui reste dans la liqueur. Les sous-chrômates mêlés avec une certaine quantité d'un acide quelconque se changent en bi-rchrômates. Lorsqu'on les chauffe à la simple ohaleur blanche avec de la poussière de charbon ou de la fleur de soufre, ils se décomposent totalement : Tacide chr^mique est changé en protoxide , et il se produit dans le premier cas un carbonate alcalin , et dans le second un sulfure. Le carbonate alcalin est souvent mélangé d'une petite quantité de chrômite qui se dissout dans Teau froide ; mais en faisant bouillir, tout Toxidc de chrome s*en précipite. A une très-haute température les mélanges de chromâtes alcalins et de charbon ou de soufre produisent du chrome métallique plus ou moins carburé ou du sulfure de chrome.

Le souS'cHrômate de potasse cristallise en petits prismes transparents ^ d'un beau jaune, inaltérables à Pair. Sa saveur est fraîche, et amère. — 11 est soluble dans 2 parties d*eau f. , et dans une quantité un peu moindre d'eau b, , insoluble dans Talcool. — A la chaleur ruuge il perd son eau de cristallisation , et il se fond sans éprouver d*altération. — Lorsqu'on fait passer du gaz acide sulfureux dans une dissolution de rhrômate de potasse , il s'y forme un dépôt brun considérable de deutoxide de chrome , puis ce dépôt verdit et se redissout peu à peu , et l'on a en définitive une liqueur d'un vert-foncé, qui contient de l'acide su Ifurique , de l'acide hypo-sulfurique et de l'acide sulfureux : en faisant bouillir cette liqueur, tout l'acide sulfureux se dégage , et le chrome se précipite presqu'en totalité à l'état de sous-sulfate de protoxide.

Selon M. Kœchlin , lorsque l'on ajoute du chrômate de potasse à de l'acide tarlrique ou de l'acide oxalique ^ ou à un mélange d'une substance végétale neutre et d'un acide minéral, tel que l'acide sulfurique ou nitrique , il se produit une action très-vive avec chaleur et dégagement de gaz; et si le mélange est mis en contact avec une couleur organique, celte couleur est détruite. En faisant bouillir avec l'eau un mélange de 9 p. d'acide tartrique et de 10 p. de chrômate de potasse , on obtient un liquide vert , incrîstallisable^ qui n'est pas précipité par les alcalis , et qui donne des précipités violets ou verts avec les sels métalliques. En versant de l'acétate de plomb dans cette liqueur, lavant le dépôt, et le traitant ensuite par l'acide sulfurique

GUROJIATES. 39

lans excès, ou obtient un liquide acide, încristallisable , qui produit des sels particuliers avec les alcalis. La liqueur tartriqae mise en ébullition avec les acides sulfurique ou nitrique laisse précipiter tout le chrome qu'elle contient par les alcalis. Si Ton ne mêle au chrômate de potasse que le di&ième de son poids diacide tartrique , il se forme , après le refroidissement , un dépôt brun entièrement soluble dans l'eau.

Le sous-chrômnte de potasse est composé de :

Potasse 0,48 — 100

Acide chrômîque. . . 0,52 — 108,3

Il contient environ 0,82 dVau de cristallisation.

Le cârômate acide ou bi-cRrômate de potasse cristallise en larges tables rectangulaires. Il est d'un très-beau rougeorange; sa poussière est d*un jaune-orange pur. Il ne s'altère pas à l'air. — 11 est soluble dans environ 10 parties d'eau f.^ et beaucoup plus soluble dans l'eau chaude : il cristallise facilement par refroidissement. II est insoluble dans l'alcool. — Il se fond , sans s'altérer, au ronge naissant. A une chaleur plus forte il se décompose en partie, et il s'en sépare de l'oxide de chrome, sous forme de paillettes micacées d'un vert intense. — Il attaque l'argent par roie «fcAe, et par conséquent beaucoup d'autres métaux , mais il n'attaque pas le platine. — Chauffé dans un creuset brasqiié, sans addition, à 150°, il donne uu culot caverneux d'ftxide de^hrome d'un vert-foncé , enveloppé d'une pellicule de chrùme métallique ; mais quand on le mêle avec 0/iO au moins de charbon , la plus grande partie de l'oxide »e réduit , et l'on obtient du chrome métallique plus ou moins carburé, et dont une certaine quantité peut se dissoudre dans les acides sulfurique, nitrique ou niuriatique. ^ A la température de 150«, mêlé avec un poids égal au lien de soufre, il produit du sulfure de chr6me et du sulfure de potassium; mais ce dernier se volatilise ou s'infiltre presqu'en totalité dans la brasque. L'acide sulfureux colore immédiatement en vert les dissolutions de bi-chromate de potasse sans les troubler, et les change en un mélange de sulfate et d'hypo-sulfate de protoxide de chrome ; il ne s'y forme pas de précipité par rëbuUition, — L'acide acétique bouillant change le bi-chrômate en sous-chrôinate, avec formation d'acétate de protoxide. — Lorsqu'on fait passer du gaz hydrogène sulfuré dans sa dissolution , il est d'abord ramenée l'état de sous-chrâmate ^ et il se fait un dépôt brun de (leatoxide de chrome mélangé de soufre ; puis le souschrômate est décomposé lui-même; il s'en sépare de l'oxide ^crt. et il se forme du sulfure de potassium ^ et à la Bn la

40 CUROME.

liqueur ne contieut pas ta plut petite trace de chrome ; si oo laisse le deutoxide dans la dissolution , il est promptement amené à Tétat de protoxide par le courant d*hydrogène sulfuré.

Le bi-chr6matede potasse endissolutionjégèreroent chauffé avec de Thydrate de protoxide de chrome non desséché , est amené à Tétat de sous-chrôniate , et le protoxide se change en hydrate de deutoxide brun. On peut par ce moyen, et en employant un excès de bi-chrômate, se procurer du deutoxide très-pur«

Le bi-chrômate de potasse se fond facilement à la chaleur rouge avec le carbonate de baryte et avec le carbonate de chaux : il se dégage une certaine quantité d*acide carbonique, et il se forme des chromâtes doubles dans lesquels la potasse est à Fétat de sous-chrômate. Ces composés sont d'un jau ne-bleu Atre et renferment toujours une certaine quantité d'oxide de chrome. Il est probable que, par la voie sèche, le bi-chrômate de potasse serait ramené à Tétat de sous-chrômate par la plupart des bases.

Le bi-chr6mate de potasse anhydre est composé de

Potasse. . . . 0,S11 — 100 Acide chr6mique. 0,680 — 21 7

Le souê^hrômate de soude cristallise en gros cristaux jaunes transparents par le refroidissement de ses dissolutions. Ces cristaux sont si solubles à chaud, que pour peu que la température de Tatmosphère s'élève , ils se fondent dans leur eau de cristallisation.

On fait maintenant un très-grand usage des chromâtes alcalins dans la teinture, surtout de bi-chrômate de potasse.

On les prépare avec les minerais qui portent le nom de fer chromé {voy. Fbr), et qui sont les composés d oxide de chrome, de per-oxide de fer, d'alumine et de silice. On pulvérise ces minerais, et on les chauffe avec certaine quantité de nitre, jusqu'à la chaleur blanche naissante , dans des creusets ou même dans des fours à réverbère ; puis on lave la matière dans l'eau , et l'on fait cristalliser les liqueurs, qui contiennent le sous-chrômate. Quand on veut avoir du bi-chrômate, on verse une certaine quantité d'acide nitrique dans la dissolution , et Ton fait cristalliser. Les fabricants emploient souvent l'acide sulfurique de préférence , parce que les chromâtes et bi-chrômates de potasse étant isomorphes avec les sulfates et bi-suifates, il se forme des sels doubles qu'ils vendent en fraude comme des sels de chrome pur.

La proportion de nitre que l'on emploie varie selon la richesse dtb mincruis': on en ajoute aux minerais do prc-

^ CHROMATES. Il

mière qnalilë les Iroîs quarts de leur poids , et seulement lamuitiéaux minerais coin ni uns. Si Ton en employait da- THDtage, les liqueurs contiendraient de Taluminate dépotasse quil faudrait décomposer en y ajoutant peu à peu de Tacide nitrique jusqu'à précipitation complète de Taluiuine ; il y aurait donc consommation inutile de nitre et d'acide nitrique.

Le minerai de chrome n*est jamais attaqué en totalité pur le nitre en une seule opération : après la lixiviatlon, la partie Dou attaquée reste mélangée avec du per-oxide de fer et du silicate d'alumine et de potasse. Pour la puriGer on la traite par Tacide muriatique faible , qui dissout le silicate et la plus grande partie du per-oxide de fer, et ensuite par l'acide muriatique concentré, qui enlève le reste de cet oxide. Si Ton employait de suite de l'acide concentré ^ la silice formerait une gelée et ne pourrait plus être séparée du minerai.

Les chromâtes et bi-chr^mates alcalins du commerce sont souvent mélangés de sulfate et de chl«)rure : pour reçonoaitre leur pureté , il faut , selon M. Zuber , verser dans Ja liqueur un grand excès d'acide tartrique , ce qui lui fait prendre, au bout de dix minutes, une belle couleur améihiste , et l'essayer ensuite par le nitrate de baryte et par le nitrate d'argent, qui ne produisent point de précipité lorsqu'il n'y a ni acide sulfurique ni acide muriatique.

Le sous-chrômale de potasse est souvent mélangé de nitre, dont il est très-difficile de le débarrasser entièrement per voie de cristallisation : pour le purifier on le fait fondre dans un creuset d'argent, et on y projette du charbon peu à peu jusqu'à ce que tout te nilre soit décomposé et changé en carbonate, puis on dissout dans l'eau et l'on fait cristalliser.

Le ehrômate cTammoniaque cristallise en lames carrées ou en petites houppes d'un beau jaune; quand il est avec excès d'acide, il est d'un beau rouge-orangé. Il se décompose en partieparPébullition, et laisse déposer des flocons bruns qui paraissent être du deutoxide. On le prépare aisément en décomposant le ehrômate de plomb par l'ammoniaque ou par le carbonate d*amiàoniaque.

Le cRrômate de baryte est d'un jaune-serin très-pàle, pulvérulent, un peu soluble dans l'eau pure, mais absolument insoluble dans de Teau qui contient un peu d'acétate de baryte ou d'alcool. — Il est insoluble dans l'acide acétique; mais il se dissout dans l'acide nîlritpie. L'acide sulfurique , employé en proportion convenable, le transforme en bi-chr6male rouge soluble; et si Ton ajoute peu àpeu n la liqueur une nouvelle dose d'acide jusqu'à ce que toute la baryte soit précipitée, il reste dans la dissolution le compose d'acide

^UNIVERSITT.

42 CnRÔVE.

ciirÀniique et d'acide suiturique dont il a été parlé plus hau(. — L acide ïiiuriatique concenlrë et bouillant décompose le sel de baryte avtîc dégagement de cblore. — Il est composé de :

Baryte 0,599

Acide chrôinique. . 0,401

il contient par conséquent 0.3043 de protoxide.

Le chrômaie de stronliane est analogue au chr^male de baryte, mais d'nn jaune plus foncé.

Le chrômaie de chaux est soluble ^ et cristallise en plaques soyeuses d*un brun jaunâtre qui s*atta( hent aux vases.

Le chrôtnate de magnésie cristallise en prismes à six pans transparents et d'un jaune de topaze, il est très-soluble. Le cbr^mate acide donne de beaux cristaux rouges.

Le chrôtnate (Taiumine est peu soluble dans Teau , mais il se dissout bien dans les acides et dans les alcalis fixes caustiques.

ARTICLE m. — Composés sulfurés,

l*> Sulfures, — Le sulfure de chrome est d'un gris de fer; il jouit d'un certain degré de mollesse, et il tache les corps durs en gris métallique. — Il se grille avec une trèsgrande facilité , et se transforme en proloxide en laissant dégager beaucoup de gai sulfureux. — Il est inattaquable par Tacide sulfurique et Tacide muriatique , mais il se dissout aisément dans Tacide nitrique et dans Teau régale. — Il est insoluble dans la potasse caustique et dans les sulfures alcalins , mais il peut se combiner avec les sulfures électro-négatifs. — Il contient :

Chrome. . 0,838 — 100 '"

Soufre. . 0,462 — 85,5 ^ ^ M. Berzclius Ta obtenu en faisant passer Jes vapeurs de sulfure de carbone sur de Toxide de chrome cbaulTé à l'incandescence dans un tube de porcelaine. On le prépare facilement en chaufFant dans un creuset bnisqué , à 150**, un mélange de 1 p. d'oxide de chrome, I p, de carbonate de soude et 1 p. de soufre, ou un mélange de parties égales de chrômate ou de bi-chrômate de potasse et de fleur de soufre. Les culots sont bulleux et scoriformes, et imprégnés de sulfure alcalin; on en sépare celui-ci par le lavage ; et Ton achève de purifier le résidu en le traitant par Tacide muriatique, qui dissout les dernières traces de sulfure alcalin, et un peu de sulfure de calcium qui s'y trouve presque toujours accidentellement; il se dissout en même temps une certaine quantité de chromo qui paraît provenir de ce

COMPOSÉS SULFURÉS. 43

quelesulfuro est mélangé d'une petite quantité de chrome carburé. Le sulfure ainsi préparé est en laiDeiies cristallines qui ressemblent à du fer oligiste. Ou peut substituer le fer chromé natif à Taxide de chrome : alors le sulfure de chrome se trouve disséminé dans une masse noire grenue qui se cuotpose de sulfures de fer de sodium et d'ahuuinosilicate de soude : on lave d^ubord avec de Tenu , puis avec deTacide muriatique étendu, el enfin Ton fait bouillir avec de lacide muriatique concentré, etc.

S** N. Lassaigne a annoncé qu'en chauffant dans une cornue du chlorure de chrome avec son poids de soufre , il se forme uo sulfure gris-noir, onctueux au toucher, tachant comme la plombagine , combustible comme un pyrophore qui contient 0,09d de soufre; mais il est très-probable que cette substance est un cfiloro-sulfure,

tV il y a des sulfurée de chrome qui correspondent aux oxides supérieurs ; mais ces sult'ures se décomposent si rapidement , qu'on ne peut pas les avoir isolés. En versant de i acide chrômique dans une dissolution d'hydro« sulfate d ammoniaque étendue, la liqueur devient brune et contient un sulfure gris-verdàtre qui se précipite presque aussitôt, et qui se décompose en soufre et en hydrate de protoxide. ^*> Qiiand on fait passer pendant longtemps du gaz hydrogène sulfuré dans une dissolution de chrômate de potasse, la liqueur devient brune et tient en dissolution un sulfure de chrome brun que les acides en précipitent, et qui se décompose très-rapidement , même pendant qu'il est en dissolution.

Suifite, — Le sulfiie est vert , insoluble dans Teau et très-peu soluble dans un excès d'acide sulfureux. Lorsque l'on fait bouillir la liqueur acido, elle se décolore complètement; à froid elle n'est précipitée ni par les alcalis ni par le prussiate de potasse.

Sulfate, — Le sulfate de chrome est d'un beau vert , trèssoluble. II se décompose aisément par la chaleur et laisse de l'oxide très-léger et d'une très-belle nuance. — Ce sel forme avec le sulfate de potasse et le sulfate d*ammoniaque des composés doubles qui ont la même constitution atomique que l'alun , et qui , comme lui , cristallisent en octaèdres réguliers par refroidissement, Les cristaux sont souvent très-gros ; ils sont verts par réflexion , et couleur améthiste par réfraction.

ABTfCLE IV. — Composés phosphores , arséniés et azotés,

Phosphure. — Le phosphure de chrome est d'un gris clair, peu cohérent et presque sans éclat , infiisible. Il est peu al-

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