‹ Traité des essais par la voie sècheChapitre 36 sur 141 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SECTION PREMIÈRE

Propriétés.

Le tungttène a été découvert en 1781 , par Schéele ^ dans un minéral qui portait alors ce nom, et qu'on appelle maintenant tungêiate de chaux. Ses propriétés ont été étudiées par les frères d*Elhuyart, Vauquelin et Hecht, Berzélius , Wolïler, etc.

ARTICLB PBESIIBB. — Métal,

Le tungstène préparé à une température basse est pulvérulent , d'un gris plus ou moins foncé , et susceptible de prendre par le frottement Téclat métallique et la couleur du fer. Lorsqu'il a été obtenu à la chaleur de 150^ p., il est en masse agglomérée , mais poreuse « cassante et même friable^ composée de grains et de petits globules cristallins brillants, et tellement dur que la lime Tattaque h peine. On prétend qu*en le chauffant aussi fortement qu'il est possible de le faire dans un fourneau d'essai, on peut le réduire en culot, et qu'il ressemble alors à la fonte, mais qu'il est très-cassant ; — néanmoins on peut le regarder comme à peu près infusible, puisqu'il exige pour se réduire en culot, une chaleur plus forte que le manganèse. — Sa p. s. est de 17,22 à 17.60. — Il est fixe.

Il forme avec Toxigcne deux composés qui sont susceptibles de se combiner entre eux. On ne connaît pas l'oxide analogue au protoxide de molybdène. — A la température ordinaire il ne s'altère pas à l'air; mais il s^oxide par le grillage , et si la chaleur est forte , et s'il est en poudre impalpable, il brûle et se convertit en acide tungstique. — Il ne parait pas susceptible de déc(»mposer Tenu. — Il est absolument inattaquable par les acides sulfurique ordinaire et muriatique. L'acide nitrique et l'eau régale le convertissent en acide timgstique h l'aide de la chaleur, mais lentement et difficilement. Le nitre l'attaque aisément , même à une chaleur inférieure au rouge sombre , et le convertit en tungstate de potasse. — Il ne se combine pas directement avec le soufre. — Il brûle dans le chlore gaieux avec flamme rouge , et se change en proto-chlorure. — Il peut s'allier avec un grand nombre de métaux : en général il ne

COMPOSÉS OXIGENÉS. 77

change pas leur couleur, e( il ne diminue pas leur ductilité, mais il leur donne de la duretë. — Soa atome pèse 1 183,000. W.

ARTicLB II. — Cinnposés oxigénés.

§ t" Oxides.

V Voxide de tungstène se présente sous divers aspects , selon la manière dont il a été préparé. 1o £n faisant passer du gaz hydrogène sur de l'acide tu ngstique chauffé au rouge, rtiiide obtenu est brun mat , si Pactde est pulvérulent et cristallin , et d'un rouge de cuivre Foncé métallique si Tacide est en cristaux. 2^ M. Wohier dit que la meilleure manière de le préparer consiste à fondre du wolfram avec du carbonate de potasse, à laver pour dissoudre le tungstate alcalin , à ajouter â la dissolution I j p. de sel ammoniac ^ à évaporer à sec, et à calciner le résidu dans un crenset bien couvert ; puis à laver dans l'eau pour enlever le cblorure de potassium qui se produit en même temps , et ensuite à faire digérer le résidu d'oxide de tuftg^tène avec une faible dissolution de potasse caustique , pour en séparer l'acide tangstique dont il pourrait être mélangé : l'oxide est alors à l'état d'une poudre presque aussi noire que du charbon. lo On l'obtient par i70t6 humide en paillettes brillantes d'un rouge cuivré > en versant de l'acide murintique étendu sur de Tactde tungstîque , et mettant une lame de zinn dans la liqueur ; mais préparé par ce moyen . il est peu permanent et repasse peu k peu h Tétat diacide tungstique , même au milieu de la liqueur , en absorbant de Toxigène. 4** EnOn il se fjrme encore lorsque Ton cémente dans un creuset brasque de charbon, à la chaleur rouge , de l'acide tungstique, jusqu'à ce que la masse se recouvre d'une croûte de tungrtéoe métiillique ; mais il est alors presque toujours mélangé d'oxide bleu.

L'oiide de tungstène préparé par voie sèche se conserve bien dans l'air à la température ordinaire ; mais lorsqu'on le chauffe il brûle comme de l'amadou et se transforme en acide. — Il ne se combine pas avec les acides. — Il se transforme, dans une dissolution concentrée de potasse caustique, en acide tungstique, en décomposant Teau. — M. Wohier l'a obteno en combinaison avec la soude par voie sèche. — Il est composé de :

Tungstène. . 0,8554 — 100 ^ Oxigène. . . 0J446 — 16,90

t"" V acide tungstique est d\\n beau jaune-paille lorsqu'il

73 TIKGSTEKE.

est pur ; mais souvent il a une teinte bleue ou Terdàtre, due à uo mélange de protoxide. Il prend cette teinte parle contact de la lumière et même de l'air humide. — Sa p. s. est de 6,12. — Il est insipide , et insoluble dans Teau. Il n'altère pas les couleurs végétales ; mais il y a quelques surtungstates qui rougissent le papier bleu. — Il est infusihie: on prétend qu'une forte chaleur le convertit en protoxide ; mais il est probable que cet effet est dû aux vapeurs combustibles qui traversent les creusets. — Le charbon le réduit aisément à la chaleur rouge ^ même par cémentation ; il passe d'abord à Tétat d'oxide bleu et d'oxide noir. Le gaz hydrogène le réduit comme le charbon ; lorsqu'il contient un peu d'alcali l'hydrogène le réduit immédiatement en métal sans le faire passer à l'état de protoxide, et ce métal^ bien lavé , prend feu à l'air pour peu qu'on le chauffe. — La vapeur de soufre et le gaz hydrogène sulfuré le changent en sulfure. — Le chlore en expulse l'oxigène; la décomposition est facilitée par la présence du charbon. — Il forme avec les acides sulfurique et muriatique des combinaisons blanches assez facilement solubles dans Teau pure , mais insolubles dans un excès d'acide. Avec l'acide nitrique il donne un composé jaune-cilron un peu soluble dans Peau et insoluble dans l'alcool. 11 se dissout dans l'acide hydrofluorique , mais seulement quand il n'a pas été calciné. — Il se dissout très-bien dans les alcalis , et il y est d'autant plus soluble qu'il est plus pur. Il peut aussi se combiner avec les terres et avec les oxides métalliques. C'est un acide bien caractérisé. On a remarqué que lorsqu'il se trouve en contact avec de la silice gélatineuse il contracte avec cette substance une union telle , qu'il devient insoluble dans les alcalis , ou du moins qu'il ne s'y dissout qu'en partie. — Chauffé avec du sel ammoniac il prend une teinte verte sans qu'il se forme de chlorure. — Il se dissout dans les hydrosulfates alcalins en se changeant en per-sulfure.

Au chalumeau , chauffé seul au dard extérieur , sur le platine il devient vert , et noir sur le charbon. — Avec la soude , sur le platine , il donne un vert-jaunâtre , et sur le charbon il se réduit. — Il colore le borax en jaune on en rouge sanguin. — Avec le sel de phosphore il produit un verre jaunâtre au dard extérieur, et un verre d'un bleu plus beau que celui de cobalt au dard intérieur. Quand il contient du fer ou du tantale il ne donne pas ce beau bleu ; mais le globule devient d'un rouge de sang par le refroidissement, et vert quand on le refond avec de Tétain. Plusieurs substances incolores , telles que la silice et l'alumine, rendent la production de la couleur bleue difficile ; mais cette couleur parait de suite en refondant le globule avec de l'étuin.

COMrOSÉS OXIGÉRÉS. 79

L'acide tungstique renferme une fois et demie autant d oiîgène que Toxide, ou

Tungstène. . . 0,7977 — 100 W'

Oiigène. . . . 0,2023 — 25,8K

On le prépare , 1® en grillant le protoxide ; 2» en décomposant le tungstate d'ammoniaque par la chaleur , en rase ouvert: il conserve la Forme cristalline du sel; 8* en décomposant un tungstate alcalin par un acide : dans ce cas il o*est pas pur , et il est combiné avec une certaine quantité d*alcali et de Tacide précipitant : pour l'avoir le moins impur possible par ce moyen , il faut décomposer le tungstate alcalin par l'acide sulfurique ^ faire bouillir le dépôt avec uo excès d'acide concentré , laver, etc.; 4° en grillant du sulfure préparé par voie humide.

S** Voxide bien est un composé d*acide tungstique et d'oxide de tungstène que M. Berzélius croit être analogue à fuxide bleu de molybdène, et qui d'après cela contiendrait 0,81 d'acide. — Par le grillage il brûle et se convertit en acide, en n'augmentant que très-peu de poids. — Il se dissout dans la potasse comme le protoxide, avec dégagement de gaz hydrogène. Il se forme , 1^ quand on calcine du tungstate d'ammoniaque en vase clos ; 2^ en faisant passer une petite quantité de gaz hydrogène sur de l'acide tungstique ; â^ en mettant du zinc avec de l'acide tungstique dans de l'acide rauriatique ; 4" en cémentant dans du charbon de l'acide tungstique a la chaleur rouge, jusqu'à ce que la masse se recouvre de tungstène métallique : en traitant cette niasse par Tacide muriatique concentré^ on a une dissolution d'un oleu superbe extrêmement intense , et qui, quand on l'abandonne a elle-même ou quand on l'étend d'eau , laisse déposer l'oxide bleu. Cette dissolution diinne avec le prussiate de potasse un précipité d'un blancvcrdfttre.

§ 2. — SeU ou tungsiateê.

Il n'y a de tungslaUs solubles que ceux à base de potasse, de soude, d'ammoniaque et de magnésie. Ces seU sont incolores. Tous les autres tungstates sont insolubles : ceux qui ont pour bases des terres alcalines ou des terres sont incolores ; les autres sont diversement colorés. — Tous les tungstates sont décomposés par les acides forts , et même par l'acide molybdique. Il résulte de cette décomposition un sel double à deux acides , ou une combinaison d'acide tungstique avec l'acide décomposant , ou enfin de Tacide tungstique pur, ce qui pourtant a lieu rarement. — Presque tous les tungstates sont fusibles. — Le charbon les

80 TU!fG»TENI.

réduit en totalité ou en pArli«. — Bans les tungstates neutres la quantité d^oxijçène de la base est à la quantité d'oxigène de Tacide : : 1 '• 3, et à la quantité d'acide ; ; 1 : 14,48. JOO d'acide saturent une quantité de base qui renferme 6,74 d*oxigène. il y a des sels qui contiennent deux fois autant d*acide et d'autres qui en renferment plus encore.

Tungstateg alcalins, — Les tungstates solubles ont tous la réaction alcaline. Leur saveur est acre , amère et acerbe. — Ifs ne sont pas réductibles par le gaz hydrogène. — Les acides faibles y forment en général des précipités blancs qui sont des sels doubles composés d*acide tungstique , d*alcali et de Tacide décomposant ; il reste dans la liqueur une partie du sel double en dissolution , mais en quantité d'autant plus petite que la quantité d'acide employée est plus grande ; cependant quelques-uns ne contiennent que les deux acides sans alcali. — L'acide phosphorique et les acides oxalique , tartrique , citrique , etc. , ne précipitent pas les tungstates alcalins , parce qu'il se forme un sel double très-solnble ; mais l'acide acétique les précipite. — Les acides forts produisent aussi des précipités de sels doubles incolores dans les dissolutions de tungstates alcalins , mais seulement quand ces dissolutions sont peu concentrées, que l'on opère à froid , ou du moins à une température inférieure à l'ébullition , et qcie Ton n'emploie pas l'acide en excès : dans le cas contraire , ou en faisant bouillir de l'acide nitrique, rauriatique ou sulfurique sur les précipités blancs , il se sépare de l'acide tungstique jaune et presque pur. — L'acide sulfureux ne les f«iit pas devenir bleus. — L'hydrogène sulfuré^ non plus que les hydro«sulfates, ne troubleiil pas les dissolutions de tungstates alcalins , mais ils les changent en sulfures doubles solubles. — Le prussiate de potasse n*y forme pas de précipité ; mais si l'on ajoute en même temps de l'acide rauriatique à la dissolution il s'y produit un dépôt brun soluble dans une grande quantité d'eau. — La décoction de noix de galle y forme des précipités d'un jaune de paille. — Le zinc fait devenir bleues les dissolutions de tungstates auxquelles l'on a ajouté de l'acide muriatique , |;hosphorique , acétique ou oxalique , mais elles ne colorent pas celles que Ion a mêlées avec les acides sulfurique, tartrique , citrique , etc. — Le zinc et l'étain y font des précipités bleus d'oxide qui deviennent ensuite noirs en se réduisant à l'état métallique. — Les tungstates alcalins précipitent tous les sels terreux et métalliques, à l'exception des sels de magnésie.

On prépare les tungstates de potasse et de soude en faisant fondre au creuset d'argent du wolfram bien pulvérisé avec 2 p. de nitrc ou de carbonate alcalin anhydre . et en

GOMPOSés OXIGéNÉS. 81

laraot dans l'eau pour si^parer les oxides de fer el de niangaoèse : ils renferment alors un excès d*alcali : on les amène à letat neutre en les itmdaot avec un petit excès d'acide tangstique , et traitant par l'eau. Pour avoir les tungstates acideê ton ajoute successivement de l'acide tungstique , à petites doses , dans du tuogstate neutre en fusion ^ jusqu'à ce que cet acide ne se dissolve plus. — Pour avoir le tungsstaie d'ammoniaque l'on fait bouillir du wolfram avec de Teaa régale concentrée , o% étend d'une grande quantité d'eau, on filtre ou l'on décante. On traite le résidu, qui est deFacide tungstique mêlé de wolfram non décomposé, par Tammoniaque, et l'on fait cristalliser.

Le lungitate dépotasse neuire est iocristallisable, et même déliquescent. — Les sels acides sont insolubles , et réductibles par le gax bydrogène en un mélange de tungstène métallique et de tungstate neutre.

Le lungsiate de soude neutre est soluble dans 4 p. d'eau f. et 2 p. d'eau b. Il cristallise par le refroidissement en tables à six pans , demi-transparentes et d'un éclat nacré. Il est très- fusible. — Le sel acide est insoluble , et réductible par le gaz hydrogène en un conqiosé particulier d'oxide de tungstène et de soude.

Le tungstate d'ammoniaque neutre est très-soluble , cristallisable en lames minces ^ en paillettes semblables à de lacide borique, ou en aiguilles, inaltérable à l'air. — Lorsqu'on le calcine en vase dus il se change , sans perdre sa forme, en oxide bleu toujours mélangé d'une certaine quantité d'acide tungstique. — Chauffé au contact de l'air il donne de l'acide tungstique pur. — Les acides forment dans ses dissolutions des précipités blancs un peu solubles dans l'eao, mais qu'un excès d'acide précipite. Ces précipites ne contiennent que les deux acides et de l'eau sans ammoniaque^ selon M. Berzélius. Avec l'acide sulfurique en excès on a de l'acide tungstique pur qui reste longtemps en suspension dans l'eau. — Le sel neutre contient environ 0,78 d'acide.— Ce sel, préparé comme nous l'avons dit, est souvent mélangé d'une petite quantité de fer et de manganèse. On peut le purifier en le desséchant assez fortement pour lui faire éprouver un commencement de décomposition , et lui faire prendre une légère teinte verte ou bleue ; on le redissuut ensuite , on rapproche la liqueur , et lorsqu'elle est concentrée à un certain point, on la rend ammoniacale^ et on la laisse cristalliser par refroidissement.

Le tungstate de magnésie cristallise en lames brillantes inaltérables à l'air.

Les tungstaies alcalins doubles à deux acides sont blancs, acides, et rougissent le tournesol, -r Ils exigent au moins

82 Tli^r.STlUK.

20 p. dVnu ponr se dissoudre : il n'y a que ceuY qui renferment de Tacide phosphorique qui soient très-solables.

— Ils sont trèji-solubles dans le ohlore liquide , mais ils t»e séparent de ces dissolutions par la simple eiposition à Tair.

— Les acides sulfurique , muriatiqiie et nitrique bouillants les décomposent presque complètement.— L'acide acétique bouillant les fait devenir d*un blen-fbncé en enlevant un peu d'oxigène à Tacide : cette couleur se ternit par la dessiccation : la liqueur surnag^nte, d'abord incolore et limpide, laisse dëpo.ser un sel double blanc qu'elle tenait en dissolution. — Le fer et le zinc métalliques les font devenir bleus sur-le-champ. En faisant bouillir il se dissout une partie de sel, et le résidu, d'abord d'un beau bleu, finit par devenir d'un gris d'ardoise, sans doute parce que l'acide tungstique se réduit complètement.

Composé d'oxide de tungstène et de soude. — M. Wohler a obtenu ce composé en faisant passer du gaz hydrogène sur du tungstate acide de soude, à la chaleur rouge. Il est mêlé avec du tungstate neutre qu'on en sépare au moyen de l'eau. Pour le purifier on le fait bouillir avec de Tacide muriatique , et on le lave avec une dissolution de potasae caustique. Il se présente sous forme de petits cristaux cubiques, tratisparetils, d'un jaune d'or par réflexion, et qui paraissent verts par réfraction. •>- Chauffés dans le gaz oxigène. ces cristaux s'entourent de tungstate de soude fondu.

— Le soufre les décompose . et amène tout le tungstène à l'état de sulfure. — Le chlore gazeux les transforme, à une température élevée, en chlorure de tungstène qui se Vf»latilise , en chlorure de sodium et en un mélange d'acide et d'oxide de tungstène dans lequel l'acide domine. — Ils scmt solublesdans l'acide hydro-fluorique concentré, mats aucun autre acide ne les attaque, pas même l'eau régale. — Cette singulière combinaison contient, selon M. Wohirr :

Ozide de tungstène. 0,8781 — 4*' Soude 0,1219 ^ ï

Le tungstate de potasse n'en fournit pas d'analogue. ARTICLE III. — Composés sulfurés.

Sulfures. — On connaît deux sulfures de tungstène.

lo Le proto-sulfure est d'un gris-noir métalloïde , tanli^t pulvérulent^ tantôt en lamelles cristallines, doué d'un certain degré de mollesse ^ et il prend de l'éclat par le frottement. — Il est infusible. — Il se convertit aisément en acide tungstique par le grillnge. — Les acides non oxi gênants ne l'attaquent pas. — Il n est pas soluble dans les

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