‹ Traite des etudes. -- (volume 3)Chapitre 17 sur 75 · Apostrophe. Prosopopée · texte numérisé non relu

Apostrophe. Prosopopée

Ces deux figures sont souvent mêlées ensemble. La dernière consiste principalement à personnifier des choses inanimées, à leur donner du sentiment et de la parole , ou bien à leur adresser son discours.

Dans le psaume 136, c'est un citoyen de Jérusalem, relégué

' « Sicat vigilavi super eos ut evel- * Apoc. 14 ,8.

lerem , et demolirer , et dissiparem , et ^ Isai. 21 , 9.

disperderem , et affligerem : sic vigilabo ^ , Nunc consurgam , dicit Dominas :

super eos ut sedificem et plautem , ait nunc exaltabor : nunc sublevabor. »

Dominas. » ' Isai. 33, 10.

ï Jerem. 31 , 28, !)« Tacui semper, silui , patiens fui,

^ « Cecidit , cecidit Babylon illa ma- sicut parturiens loqaar : dissipabo et ab«

sna , qu8e a vino irse fomicationis suae sorbebo simul. u

potaTit omnes génies. » ^ bai. 42 , 14.

124 TRAITÉ DKS ETUDES.

Babylone, qui, tristement assis sur les bords du fleuve qui arrosait cette ville, exhale sa douleur et ses plaintes en tournant les yeux vers sa chère patrie. Ses maîtres , qui le tenaient captif, le pressaient de chanter , pour les réiouir , quelques airs de musique sur ses instruments. Pénétré de douleur et d'indignation , il s'écrie : « Comment chanterions-nous le cantique du Sei- « gneur dans une terre étrangère * ? Si je viens à t' oublier, ô Jé- « rusalem , que ma main droite oublie tout ce qu'elle sait! que « ma langue demeure attachée à mon palais , si je ne me souviens « plus de toi»! » Combien cette apostrophe à Jérusalem rend-elle tendre et touchant le discours de ce Juif exilé! Il croit la voir, l'entretenir, lui protester avec serment qu'il consent à perdre la voix et l'usage de la langue, aussi bien que de ses instruments, plutôt que de l'oublier en prenant part aux fausses joies de Babylone.

Les écrivains sacrés font un merveilleux usage de la prosopopée, et Jérusalem en est souvent l'objet. Je me contenterai d'en indiquer un seul exemple, tiré de Baruch , où ce prophète décrit le malheur des Juifs emmenés captifs à Babylone. Il introduit Jérusalem comme une mère désolée, mais soumise aux ordres de soQ Dieu, quelque rigoureux qu'ils soient, qui exhorte ses enfants d'obéir à l'arrêt qui les condamne à l'exil ; qui déplore sa solitude et leurs misères ; qui leur représente que c'est la juste peine de leurs prévarications et de leur ingratitude; qui leur donne des avis salutaires pour faire un saint usage de leur dure captivité, et qui enfin, pleine de confiance en la bonté et en la promesse de Dieu , les assure de leur retour glorieux. Le prophète ensuite adresse la parole à cette même Jérusalem , et la console par la vue du rappel de ses enfants et de tous les avantages qui le suivront. Exue te, Jérusalem, stola luctus, et vexationîs tuas, et indue te décore , et honore ejus , qux a Deo tibi est, senipiternse glorix.... Nominabitur enim nomen tuum a Deo in sem^ piternum : Paxjustitix , et honor pietatis ^.

'. ' ff Qnomodo cantabimus canti^m lingua mea fancibus meis , si non memi-

Domini in terra aliéna? Si oblitus fuero nero tui. »

lui, Jérusalem, oblivioni detur (Aei. '-' Ps. 13*5, 4,5.

obliviacator ) dextera 'mea. Adbaereat ^ Barucb . c. 4 et 5.

THAITÉ DES ÉTUDES. t25

Rien n'est plus ordinaire dans les Écriture» que de personnifier i'épée du Seigneur ^ Dieu lui commande : elle s'aiguise, elle se polit, elle se prépare à obéir, elle part au moment marqué, elle va où Dieu l'envoie , elle dévore ses ennemis , elle s'engraisse de leur chair , elle s'enivre de leur sang, elle s'échauffe dans le carnage; et quand elle a exécuté les ordres de son maître, elle revient dans son lieu. Le prophète Jérémie réunit presque toutes ces idées dans un seul endroit, et y en ajoute encore de plus vives. « 0 épée du Seigneur », ne te reposeras-tu jamais? Rentre « en ton fourreau , refroidis-toi, et demeure en silence. Com- « ment se reposerait-elle , réplique le prophète , puisque le Sei- « gneur lui a commandé d'attaquer Ascalon, et que c'est là qu'il « lui a ordonné de se rendre ^ ? »

§ VI. Endroits sublimes.

Dixit Deifs , Fiat lux; et facta est lux. L'original porte : Dixit, Deus, Sit lux; et fuit lux; ce qui est bien plus vif. « Dieu dit: Que la lumière soit, et la lumière fut 4, »

Où était-elle un moment auparavant .^^ Comment a-t-elle pu naître du sein même des ténèbres? Avec la lumière toutes les couleurs dont elle est la mère embellirent la nature. Le monde , plongé jusqu'alors dans l'obscurité , parut sortir une seconde fois du néant. Il n'y eut rien qui ne fût orné en devenant éclairé.

Voilà ce que produisit une simple parole , dont la majesté s'est fait sentir même aux infidèles5,qui ont admiré que Moïse eût fait parler Dieu en maître , et qu'au lieu d'employer des expressions qu'un petit esprit aurait trouvées magnifiques , il se soit contenté de celle-ci : « Dieu dit : Que la lumière soit , et la lumière fut. »

Rien en effet n'est plus noble ni plus élevé que cette manière

' « Mncro , mucro , evagina te ad oc- 4S , (0. )

cidendnm : lima te at interficias et fui- 2 „ q mucro Doraini, usquequo non

geas.... Gladins exacutus est, et lima- quiesces? Ingredere in vaginam fuam ,

tus. Utcœdàt victimas, exacutus est : refrigerarç, et sile. Quomodo quiescet ,

utsplendeat, limatus est. » (Ezech. 2! , qnum Dominus prœceperit ei adversns

V, 28; et 9, 10.) Ascalonem.... il)ique condixerit illi? »

« GladiusDominirepletus est sanguine, 3 Jerem. 47 , G , 7.

incrassatas est adipe. » ^^ Isai. 34 , 6. ) < Gen. I , 3.

t Devorabit gladius , et saturabitur, * Lon-'ip et inebriabitur sanguine eorum. « (Jer.

<26 TE4ITÉ DES ^Tt/DES.

de penser. Pour créer la lumiète ( et il en est ainsi de l'univers ) Dieu n'a eu qu'à parler : c'est encore trop dire; il n'a eu qu'à vouloir. La voix de Dieu est sa volonté ^ Il parle en commandant , et il commande par ses décrets.

La Vulgate diminue quelque chose de la vivacité de l'exprof sion: « Dieu dit, Que la lumière soit faite, et la lumière fit • faite. » Car le mot de faire , qui parmi les hommes a difiVrents degrés et suppose une succession de temps, semble en quelque sorte retarder l'ouvrage de Dieu, qui fut fait dans le moment même qu'il le voulut, et eut tout d'un coup toute si perfection.

C'est dans ce même style que le prophète Isaïe fait parler Dieu , lorsqu'il prédit la prise de Babylone par Cyrus. « Je suis le Sei- « gneur », qui fais toutes choses : c'est moi seul qui ai étendu « lescieux; et personne ne m'a aidé quand j'ai affermi la terre... « C'est moi qui dis à l'abîme ^ : Épuise-toi , je mettrai tes eaux « à sec. Qui dis à Cyrus : Vous êtes le pasteur de mon troupeau, « et vous accomphrez ma volonté en toutes choses. Qui dis à « Jérusalem , Vous serez rebâtie; et au temple , Vous serez fondé a de nouveau. »

Le roi de Syrie et celui d'Israël avaient juré la perte de Juda; et les mesures qu'ils avaient prises pour détruire ce royaume paraissaient immanquables. Un seul mot les dissipe. « Voici ce « que dit le Seigneur 4 : Ce dessein ne subsistera pas , il n'aura « point d'effet. »

La même pensée est plus étendue dans un autre endroit ; et le prophète , qui sait que Dieu a promis de faire subsister la race de David jusqu'au temps du Messie , qui en doit naître , brave avec une sainte fierté les vains efforts des princes et des peuples conjurés pour détruire la famille et le trône de David. « Assem-

' nicere nei, yolaisse est. w (S. Eo- ciam. Qui dico Cyro : Pastor mens es,

ciiEii.) et omnem voluntatem meam complebis.

« Naturae opifex lucem locutus est, Qui dico Jérusalem, jEdificaberis; el

et creavit. Sermo Dei , voluntas est : templo , ;Fundaberis. » ( Isai. 44 , 24 ,

opus Dei , natara est. >* ( S. Ambros. ) 27 , 28. )

2 (i Ego sum Dominas , faciens omnia : ^ \\ marque l'Euphrate, que Cyrus des ■

exteudens cœlos solus, stabiliens ter- sécha pour prendre Babylone. ram , et nullus mecum.... Qui dico pro- ♦ « Haec dicit Dominas Deus : Non.

ftiBdô : Desolare, et flumina tua arefa- stabit, et non erit istud. » (Isii 7,7.)

« blez-vous ' , peuples, et vous serez vaincus. Peuples éloignés, ■ peuples de toute la terre , écoutez : réunissez vos forces , et « vous serez vaincus ; prenez vos armes , et vous serez vaincus ; a formez des desseins , et ils seront dissipés; donnez des ordres , « et ils ne s'exécuteront point, parce que Dieu est avec nous. » Isaïe prédit ici, en termes dignes de la puissance infinie de Dieu, que tous les hommes ensemble ne retarderont pas un seul moment des promesses immuables; que les confédérations, les conspirations , les desseins secrets , les armées nombreuses , seront inutiles ; que tous ceux qui attaqueront le faible royaume de Juda seront vaincus ; que l'univers entier ne pourra rien contre lui ; et que ce qui le rendra invincible , c'est que Dieu est avec lui y ou , ce qui est la même chose , parce qu'Emmanuel est son protecteur et son roi , et que c'est de ses intérêts qu'il s'agit plutôt que des princes dont il doit naître.

Des obstacles infinis s'opposaient au dessein qu'avait Zorobabel de faire rebâtir le temple de Jérusalem; et ces obstacles , comme une montagne, étaient insurmontables à tous les efforts humains. Dieu ne fait que parler, mais d'un ton de maître , et la montagne disparaît. Quis tu^ , mons magne, coram Zorobabel? Inplanum.

Tout le monde sait avec quelle énergie l'Écriture fait disparaître par une ruine subite l'impie , qui , un moment auparavant , semblable au cèdre , portait sa tête orgueilleuse jusque dans le ciel, f^idi impium superexaltatum et elevatum sicut cedros Libani: et transivi, et ecce non erat; et quœsivi eum, et non est inventus locus ejus ». Il est tellement disparu et anéanti , que le lieu même où il était ne subsiste plus. M. Racine a traduit cel endroit :

J'ai vu l'impie adoré sur la terre.

Pareil au cèdre , il cachait dans les cieux Son front audacieux, îl semblait à son gré gouverner le tonnerre ,

* a CoDgregaminî , popali, et vinci' fiet : qaia nobiscum Deos. » (Isai. cap

niinl; et aadile , uuirersee procul terrae : 8 , v. 9 , 10. )

1 oufo?tamini , et vincimini ; accingite ' Qui.es-tu , grande montagne, devant

NOS, et vincimini; inite consilium, et Zorobabel? Sois aplanie. (Zach. 4,7)

dissipabitur ; loquimini verV>nm , et non ^ l's. 3lJ , v. 35 , 36.

128 TBAITÉ DES ÉTUDES.

Foulait aux pieds ses ennemis vaincus.

Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus ».

Voilà ce qu'est toute la grandeur des princes les plus forini. dables, quand eux-mêmes ne craignent point Dieu : une fumée, une vapeur, une ombre, un songe, une vaine image. In imagine perlransit homo *.

Quelle noble idée au contraire l'Écriture nous donne-t-elle de la grandeur de Dieu! Il est celui qui est ^. Son nom est l'Éternel : le monde entier, son ouvrage. Le ciel est son trône, et la terre son marchepied. Toutes les nations ne sont devant lui que comme une goutte d'eau; et la terre qu'elles habitent", que comme un grain de poussière. Tout l'univers est devant Dieu comme n'étant point. Sa puissance et sa sagesse le conduisent, et en règlent tous les mouvements avec la même facilité qu'une main soutient un poids léger, dont elle se joue plutôt qu'elle n'en est chargée. Il dispose des royaumes en maître souverain 4 , et les donne à qui il lui plaît : mais son empire, aussi bien que son pouvoir , est sans bornes.

Tout cela nous paraît grand et sublime , et l'est en effet par rapport à nous. Mais, dès que l'on parle aux hommes un langage qu'ils soient capables d'entendre, que peut-on dire qui soit digne de Dieu? L'Écriture elle-même succombe sous le poids de sa majesté; et les expressions qu'elle emploie, quelque magnifiques qu'elles soient, n'ont aucune proportion avec l'unique grandeur qui mérite ce nom.

C'est ce que Job nous marque d'une manière admirable. Après avoir rapporté les merveilles de la création , il termine ce récit par une réflexion très-simple et en même temps très-sublime. « Ce « que nous venons de dire ^ n'est qu'une petite partie de ses

' Esther, act, t , scène aerniere. sunt : eccelnsulae quasi pulvis exig.aus...

2 Ps. 38, 7. Omnes gentes quasi non sint, sic sunt

2 « Ego sum qui sum. » {Exod. 3, 14.) coram eo, et quasi nihilum et iuane re«

(( Cœlum sedes mea , terra autem sca- putataesunt ei. « (Isti. 4u , 12 , 15 , 17.)

bellum pedum meorum. w (Isài. 66, I.) * « Donec cognoscant viyentes , quo-

« Quis mensus est pugillo aquas , et niam dominatur Exceisus in regno Iio-

cœlos palmo ponderavit? quisappendit minum, et cuicumque voluerit , dabit

tribus digitis molem terrae , et libravit illud... Potestas ejus potestas sempi-

in pondère montes, et colles in .sta- terna, et regnum ejus in generationem

lera ?... Ecce gentes quasi stilla situlae, et generationem, » (Daw. 4 , 14, 31. )

et quasi momentum staterae reputatae '■> « Ecce , hsec e% parte dicta Mint

TBAITË DES ETUDES. 129

« œuvres : que si ce que nous avons entendu est seulement « comme une goutte en comparaison de ce que l'on en peut dire , « qui pourrait donc soutenir le tonnerre de ses merveilles et de a sa toute-puissance ' ? » Le peu qu'il nous découvre de sa grandeur intlnie n'a aucune proportion avec ce qu'il est, et surpasse néanmoins notre intelligence. Il se rabaisse , et nous ne saurions atteindre jusqu'à lui dans le temps même qu'il descend jusqu'à nous. Il est contraint d'employer notre langage et nos pensées pour se rendre intelligible, et alors même nous sommes plutôt éblouis de sa lumière que véritablement éclairés. Que serait-ce donc s'il se montrait dans toute sa majesté ; s'il levait les voiles qui en tempèrent l'éclat; s'il voulait nous"diretoutce qu'il est.^ Quelles oreilles seraient à l'épreuve d'un tel tonnerre.^ quels yeux ne seraient point aveuglés par une luuiière si disproportionnée à leur faiblesse? Qids poterit lonitruum magnitudinis illias intuer'û

§ VII. Endroits tendîmes et touchants.

On ne pourrait croire qu'une telle majesté fût capable de se rabaisser comme elle fait en parlant aux hommes, si l'Écriture ne nous en donnait des preuves presque à chaque page. Ce qu'il y a de plus vif et de plus tendre dans la nature ne l'est pas encore assez pour son amour.

« J'ai nourri des enfants 2, dit-il par la bouche d'Isaïe, et je les « ai élevés ; et après cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît « celui à qui il est , et l'âne l'étable de son maître : mais Israël « ne m'a point connu ^. » -^ <

« Maintenant donc 4, vous , habitants de Jérusalem , et vous , « hommes de Juda , soyez les juges entre moi et ma vigne. Qu'ai- ■ je dû faire de plus à ma vigne que je n'aie point fait "> Est-ce « que je lui ai fait tort d'attendre qu'elle portât de bons rai- « sins, au lieu qu'elle n'en a produit que de mauvais ^ ? »

f iarum ejus ; et quum vbc parvam stillam ^ Isai."; I , v. 2 , 3. *ermo0is ejus audierimus, quis poterit « « Nunc ergo , habitatores Jerusa-

tonitruam magnitadinis illius intueri? » lem, et viri Juda , judicate iuter me ef

Job. 26, 14. TJneam meam. Quid estquod debui ullra

^ rt Filios enatrivi , et exaltavi : ipsi facere vineae mdae , et non feci ei ? An

autem spreverunt me. Cognovit bos pos- quod exspectavi ut faceret uvas , et fecit

cessorem saum , et asinus prœsepe domini labruscas ? » iui : Israël autem non cognovit. » à isaj. 5, 3, 4.

« On dit d'ordinaire' : Si une femme, après avoir été répudiée n par son mari et l'avoir quitté , en épouse un autre , sou mari la « reprendra-t-il encore? et cette femme n'est-elle pas considérée « comme impure et comme déshonorée ? Mais pour vous , ô fille « d'Israël, vous vous êtes corrompue avec plusieurs qui vous « aimaient : et néanmoins, Revenez à moi, dit le Seigneur, et je « vous recevrai *. «

« Écoutez-moi ^ , maison de Jacob , et vous tous qui êtes restés « de la maison d'Israël ; vous que je porte dans mon sein , que « je renferme dans mes entrailles. Je vous porterai moi-même « entore jusqu'à la vieillesse, je vous porterai jusqu'à l'âge le « plus avancé. Je vous ai créés , et je vous soutiendrai : je vous « porterai et je vous sauverai 4 . »

« Comme une mère caresse son petit enfant ^ , ainsi je vous « consolerai , et vous trouverez votre paix dans Jérusalem ^. »

« Sion a dit 7 : Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneur m'a « oubliée. Une mère peut-elle oublier son enfant , et n'avoir point « de compassion du fils qu'elle a porté dans ses entrailles? Mais « quand même elle l'oublierait, pour moi je ne vous oublierai « jamais*. »

Toutes ces comparaisons, quelque tendres qu'elles soient , ne suffisent pas encore à Dieu pour nous témoigner jusqu'où va sa tendresse et sa sollicitude pour des hommes qui le méritent si peu. Ce souverain maître de l'univers ne dédaigne pas de se comparer à une poule qui tient toujours ses ailes étendues pour y recevoir ses petits ; et il déclare que le plus petit de ses serviteurs lui est aussi cher et aussi précieux que nous l'est la pru-

« « Vulgo dicitar : Si dimiserit vir feram ; ego pbrtabo , et salrabo. »

axorem suam , et recedens ab eo dnxerit * Isai. 46 , 3 , 4.

▼irum alternm, namquid reyertetur ad * « Quomodo si oui mater blandiatar,

eam ultra ? numquid non polluta et con- ita ego consolabor vos ; et in Jerusaleru

taminata erit malier illa î Tu autem for- consolabimini. »

nicata ca cum amatoribus multis : ta- * Isai. 66 , 13.

men , Revertere ad me , dicit Dominas , '' n Dixit Sion : Dereliquit me Doroi<

et ego snscipiam te. » nus, et Dominus oblitus est mei. Num-

^ Jerem. 3,1. qnid oblivisci potest mulier infantem

5 « Audite me , domus Jacob , et omne saum , ut non misereatur filio uteri sui ?

residuum domus Israël, qui portamini a Et si illa oblita fuerit, ego tamen non

meo utero , qui gestamini a mea vulva. obliviscar tui. »

U>ique ad scnectam ego ipse , et usque Isai. 49, 14, IB.

ri?i canos ego poitabo. Ego feci , et ego

TRAITÉ «ES ETUDES. 13i

nelle de l'œil. « Jérusalem % Jérusalem, qui tues les prophètes « et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi , combien de fois « ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu ne l'as pas voulu » !» Il dit luimême, en parlant de son peuple: « Celui qui vous touche 3, touche la prunelle de mon oeiH. »

De là viennent ces expressions si ordinaires dans l'Écriture , dont il est étonnant que des créatures osent se servir à l'égard de Dieu : « Gardez-moi ^ comme la prunelle de votre œil. Cou- « vrez-moi sous l'ombre de vos ailes 6. » A qui des hommes, ô mon Dieu, oserais-je parler de la sorte ? et à qui pourrais-je dire que je lui suis précieux comme la prunelle de ses yeux ? Mais c'est vous-même qui m'inspirez et me commandez cette confiance. Rien n'est plus délicat ni plus faible que la prunelle. En cela elle est mon image. Qu'elle le soit aussi, ô mon Dieu , dans tout le reste! et multipliez les secours à mon égard comme vous avez multiplié les précautions par rapport à elle , en l'environnant de paupières et de défenses. Custodi me vipupillam oculL Mes ennemis m'environnent comme des oiseaux de proie, et je ne puis leur échapper, si je ne me réfugie' dans votre sein. Vous avez appris à des petits encore faibles à se retirer sous les ailes de leurs mères , et vous avez donné aux mères cette sollicitude et cette tendresse pour leurs petits, qui fait notre admiration. Vous vous êtes peint dans votre ouvrage ; et vous avez exhorté les hommes à recourir à vous , par toutes les preuves de votre bonté , que vous avez répandues dans les animaux et dans la nature. Que j'ose , ô mon Dieu, avoir autant de confiance en vous que vous avez de bonté pour moi ! Siib umbra alarum tnarum protège me.

Rien n'est plus tendre ni plus touchant que l'histoire admirable de Joseph ; et il est difficile de retenir ses larmes 7 lorsqu'on

' « Jerosalem , Jérusalem, quae oc- * Zach. 2,8

cidis prophètes , et lapidas eos qui ad te * « Custodi me ai papillam ocoli; snb

miss! suDt, qnoties volui congregare ambra alarum taarnm protège me. »

filios saos, qnemadmodum galliaa con- * Ps. 16, 8.

gregat pnllos soos sab alas , et nolaisti !» "> n Festinavitque , quia commota fae •

* Matth. 23,37. rant viscera ejus super fratre sno ., et

' « Qui tetigerit to» , tangit papillam erumpebant lacrymae. » ( Gen. 43 , 30. )

acnli DM». « Bn oculi vestri , et ocoli fratri» Ben-

le voit obligé de se détourner ou de se retirer pour essuyer les siennes , parce que ses entrailles étaient attendries par la présence de Benjamin ; ou lorsque, après s'être fait connaître, il se jette au cou de ce cher frère , et, le tenant étroitement embrassé, mêle ses larmes aux siennes , et en fait autant à l'égard de ses autres frères, sur chacun desquels il est dit qu'il pleura. Dans ce moment aucun d'eux ne parla ; et ce silence est infiniment plus éloquent que tous les discours. La surprise , la douleur, le souvenir du passé, la joie, la reconnaissance, étouffent en eux toute parole. Leur cœur ne s'explique que par des larmes , qui signifient tout ce qu'ils pensent, mais qu'ils ne peuvent exprimer .

Quand on lit les tristes lamentations de Jérémie sur la ruine de Jérusalem * ; qu'on voit cette ville, autrefois si peuplée, réduite en une affreuse solitude ; la maîtresse des nations devenue comme une veuve désolée ; les rues de Sion pleurer, parce qu'il n'y a plus personne qui aille à ses solennités ; ses prêtres et ses vierges, plongés dans l'amertume , gémir jour et nuit ; ses vieillards, couverts de cendre et de cilices, soupirer sur les tristes ruines de leur patrie; ses enfants affamés demander du pain, et n'en pouvoir obtenir, on est prêt à s'écrier avec le prophète : « Qui fournira » à mes yeux une fontaine de larmes pour pleu- « rer les malheurs de Jérusalem 3? »

C'est cet état de Jérusalem qui tirait continuellement de la bouche des prophètes des plaintes si tendres et des prières si vives, a Seigneur 4, regardez-nous du ciel ; jetez les yeux sur nous a de votre demeure sainte et du trône de votre gloire. Où est

jamin , videat quod os meum luquatar nere capitasua, accincti sunt citiciis...

ad vos... Quamqae ainplezatut recidisset Parvuli pelierunt panem , et non erat qui

in collum Benjamin fratris sui , flevit, frangeret eis, » {Latnent. cl , v. 1 , 4 ;

illo quoque similiter fiente super collum c. 2 , v. 10 ; c. 4, v. 4) ejus. Osculatus que est Joseph omnes ^ „ Qujg dabit capiti meo aquam , et

fratres sucs , et ploravit super singulos. oculis mais fontem lacrymarum ? et plo-

Post quaeausi sunt loqui ad eum. » (Gen. rabo die ac nocte interfectosfiliae populi

45 , 12, 14, If). ) mei. »

' <( Quomodo sedet sola civitas plena 3 Jerem. 9,1. populo 1 facta est quasi vidua domina < « Attende de cœlo , et vide de ha-

gentium.... Viae Sion lugent, eo quod bitaculo sancto tuo , et gloriae tuae. Ubi

non sint qui veniant ad solemnitatem... est zelus tuus, et fortitudo tua? multi-

Sacerdotes ejus gementes : virgines ejus tudo visccrum tuorum et miseratioiium

»quaiidae... Sederunt in terra, conticue- tuarum? super me continnerunt 5Ç » rant seaM QUœ Sion : cousperserunt ci-

.^ maintenant votre zèle et votre force ? Où est la tendresse de 0 vos entrailles et de vos miséricordes ? Elle ne se répand plus t sur moi^.. Cependant =*, Seigneur, vous êtes notre père... C'est « vous qui nous avez formés , et nous sommes les ouvrages de R vos mains... Jetez les yeux sur nous , et considérez que nous « sommes tous votre peuple. La ville de votre Saint a été chan- <v gée en un désert : Sion est déserte ; Jérusalem est désolée. < Le temple de notre sanctification et de notre gloire, où nos « pères avaient chanté vos louanges, a été réduit en cendre; et « tous nos bâtiments les plus somptueux ne sont plus que des « ruines. Après cela , Seigneur, vous retiendrez-vous encore ? A Demeurerez-vous dans le silence ? et nous affligerez-vous jus- « qu'à l'extrémité 3? »

§ Vin. Caractères.

Il n'est pas étonnant que l'esprit de Dieu ait peint dans l'Ecriture les différents caractères des hommes avec des couleurs si vives. C'est lui qui a mis dans notre cœur tous les sentiments raisonnables qui s'y trouvent ; et il connaît mieux que nous-mêmes ceux que notre propre corruption y a ajoutés.

Qui ne reconnaît pas la candeur ingénue et l'innocente simplicité de l'enfance dans le récit4 que fait Joseph à ses frères de songes qui devaient allumer leur jalousie et leur haine contre lui , et qui l'allumèrent en effet.^

Quand le même Joseph se découvre à sa famille, il ne dit que deux mots , mais qui sont puisés dans le fond même de la nature: « Je suis Joseph 5. Mon père vit-il encore? » VDilà de ces traits d'éloquence qui sont inimitables. L'historien Josèphe n'a pas senti cette beauté; du moins il ne l'a pas conservée dans son

' Isai. 63, 15. bilia nostra rersa sunt in rainas. Num-

- « Et nunc , Domine , pater noster es quid super his continebis te , Domine ?

lû... et flctor noster ta, et opéra ma- tacebis, et affliges nos yehementer? » nUum tuarum omnesnos... Eccerespice, ^ Isai. 64,8,12. |)opalus tuus oranes nos. Civitas Sancti * « Haec ergo caasa somnioram atque

tui facta est déserta : Sion déserta facta sermonum invidire et odii fomitem mi-

<rst; Jérusalem desolata est. Domus nistravit m (Gen. 37 , 8.) lanctificationis et glorice nostrœ , ubi * « Elevavit voeem cum fleta... etdixit

laudaverunt te patres nostri , facta est fratribus suis : Ego sum Joseph. Adhue

lu exustioQcm igais; et omnia desidera- pater meus vivit ? »(^G€n. 45, 2, 3.)

134 tRAlTE DES ETUDES.

récit. Le long discours qu'il y substitue, quoique beau en luimême, n'est pas en sa place.

Il y a dans les Actes un trait merveilleux qui peint au naturel le caractère d'une joie subite et impétueuse. Saint Pierre avait été mis en prison. En ayant été tiré miraculeusement , il vint à la maison de Marie , mère de Jean , où les fidèles étaient assemblés et en prières. Quand il eut frappé à la porte , une fille nommée Rhode ayant reconnu sa voix ', au lieu de lui ouvrir, dans le transport où elle était, courut vers les fidèles leur dire que Pierre était à la porte.

La douleur , et surtout d'une mère , a aussi un langage et un caractère qui sont particuliers. Je ne sais s'il est possible de les mieux représenter qu'ils le sont dans l'histoire admirable de Tobie. Dès que ce cher fils fut parti pour son voyage, sa mère, qui l'aimait tendrement, ne le voyant plus, fut inconsolable ; et, plongée dans l'amertume, elle ne fit plus que pleurer. Mais sa douleur augmenta infiniment lorsqu'elle vit qu'il n'était point revenu au jour marqué. Ah! mon fils»! mon fils ! s'écria-t-elle « baignée de larmes , pourquoi vous avons-nous envoyé si loin , « vous qui étiez la lumière de nos yeux , le bâton de notre vieil- « lesse , le soulagement de notre vie et l'espérance de notre pos- « térité ? Nous ne devions pas vous éloigner de nous, puisque vous « seul nous teniez lieu de toutes choses. Rien ne la pouvait con- « soler ; et , sortant tous les jours de sa maison, elle regardait de « tous côtés , et allait dans tous les chemins par lesquels elle es- « pérait qu'il pourrait revenir , pour tâcher à le découvrir de loin « quand il reviendrait. » On peut juger de l'effet que produisit le retour de Tobie et de Raphaël. « Le chien qui les avait suivis « durant le chemin courut devant eux ; et , comme s'il eût porté « la nouvelle de leur venue , il semblait témoigner sa joie par le <i mouvement de sa queue et par ses caresses. Le père de Tobie ,

ï « Et nt cognovit vocem Pétri , prae Titœ nostrae , spem posteritalis nostrae ?

gaudio non aperuit janaam , sed intro Omnia siraul in te uno habentes , te non

correns nontia^it stare Petrum ante ja- debuimus dimittere a nobis.... 111a an.-

nuam. » (^ Ad. 12 , 14.) tem nulle modo consolari poterat , sed

* « Fleb'at igitor mater ejas irreme- qaotidie exsiliens circumspiciebat , et

diabilibus lacrymis, atqne dicebat : circuibat vias omnes per quas spes re-

Hea , heu me 1 âli^roi 1 ut quid te misimus meandi videbatur , nt procnl Tideret

peregrinari, lumen oculorumnustroruni, eum , si tîeri posset, venienteoi. » baculum senectutis. nostrae , solatium

« tout aveugle qu'il était , se leva et se mit à courir, s'exposant « à tomber à chaque pas; et, donnant la main à un serviteur, il « s'en alla au-devant de sou fils. L'ayant rencontré, il l'embrassa, « et sa mère ensuite; et ils commencèrent tous deux à pleurer a de joie. Puis , ayant adoré Dieu et lui ayant rendu grâces , ils « s'assirent ^ » Il ne manque rien à ce récit; et l'Écriture, pour en augmenter la naïveté , n'a pas omis la circonstance même du chien, qui est tout à/ait dans la nature.

Un mot échappé à l'ambitieux Aman nous découvre tout ce qui se passe dans l'âme de ceux qui sont livrés à l'insatiable désir des honneurs. Il était arrivé au plus haut comble de fortune où puisse parvenir un mortel; et tout le monde fléchissait le genou devant lui , à l'exception du seul Mardochée. « Mais ^ , dit-il en confi- « dence à ses amis en leur ouvrant son cœur, quoique j'aie tous '< ces avantages , je croirai n'avoir rien tant que je verrai le Juif < Mardochée demeurer assis devant la porte du palais du roi , « quand je passe ^. » Ce trait n'est pas échappé à M. Racine, et il a bien su en profiter :

Dans les mains des Persans jeune enfant apporté Je gouverne l'empire où je fus acheté.

Mes richesses des rois égalent l'opulence. Environné d'enfants, soutiens de ma puissance , Il ne manque à mon front que le bandeau royal. Cependant, des mortels aveuglement fatal ! De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légère. Mais Mardochée assis aux portes du palais Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits : lit toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil éclaire ce perfide.

Je finirai par un endroit de l'Écriture , où la suppression d'un seul mot nous peint d'une manière merveilleuse le caractère d'une personne fortement occupée d'un objet. L'esprit de Dieu

' Tob. 10 , 4 , 5 , 7. chaeum Judisum sedentem ante fore»

' « Quum htuc omnia habeam , nihil regias. » le babere puto,quumdiu TideroMardo- ^ Esth. 5, la.

136 TRAITÉ DES ÉTUDUS

avait révélé à David que l'arche aurait enfin une demeure fixe sur la montagne de Sion, oiiron bâtirait l'unique temple qu'il voulait avoir dans l'univers. Ce saint roi » , tout transporté hors de lui-même , et comme dans une sainte ivresse, sans rendre compte de ce qui s'est passé en lui, ni de qui il parle, et supposant que les autres, aussi bien que lui, ne sont occupés que de Dieu et du mystère qui vient de lui être révélé , s'écrie : « Sa demeure « stable et ferme est sur les saintes montagnes ». Le Seigneur « aime mieux les portes de Sion que toutes les tentes et tous les « pavillons de Jacob 3. » Il n'y aura donc plus de variation dans les promesses, et le Seigneur ne s'éloignera plus d'Israël. Sa demeure est désormais fixée parmi nous. Son arche ne sera plus errante, son sanctuaire ne sera plus incertain, et Sion sera dans tous les siècles le lieu de son repos. Fundamenta ejus in montibus sanctls.

C'est par le même sentiment que Madeleine , lorsqu'elle cherchait Jésus-Christ dans le tombeau, tout occupée de l'objet de sou amour et de ses désirs , croyant voir un jardinier, lui dit , sans l'avertir de qui elle parlait : « Seigneur, si c'est vous qui « l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis , et je l'emporte- K rai 4. » Transportée hors d'elle-même par l'ardeur de son amour 5, elle s'imagine que tout le monde doit avoir dans l'esprit celui qu'elle a dans le cœur, et que personne ne peut ignorer qui est celui qu'elle cherche.

Les psaumes seuls fournissent une infinité de traits admirables pour tous les genres d'éloquence ; pour le style simple , le subhme, le tendre , le véhément, le pathétique. On peut lire ce que dit sur ce sujet M. Bossuet , évêque de Meaux , dans le second chapitre de sa préface sur les psaumes, quia pour titre : De grandiloquentia et suavitate Psalmorum. On y reconnaît partout le génie vif et sublime de ce grand homme. J'en rap-

ï « Repletus spiritu sancto civis iste, in montibus sanctis. Diligit Dominus por*

et mnlta de amore et desiderio civitatis tas Sion super omnia tabernacula Jacob. »

hujus volvens secum , tanquam plura ^Ps.SG, 1,2.

întus apnd se meditatus , erumpit in * Jean. 20, 15.

hoc ^ fundamenta ejus. ^i {&. Aoqust. in * « Vis amoris boc a gère solet in

psalm. 86. ) anime , ut quem ipse semper cogitât ,

■'« Fundamenta ejas (ou ;)iu<(5<, f un- nullum alium igaorarz credat. » (S.

datio ejus , sedes ejus fundata, firma ) G»koor. pap. )

porterai ici un seul endroit , qui suffirait pour montrer comment il faut s'y prendre pour faire sentir les beautés de l'Écriture sainte : c'est celui où David fait la description d'une tempête.

a Sit exempli loco illa tempestas : Dixît, et adstitit spiriius « procellx : intumuerunt fluet us ; ascendunt usque ad cœlos, o et descendunt usque ad abyssos. Sic undse susquedeque vol vun- K tur. Quid homines ? Turbati sunt, et moti suntsicut ebrîus: it et omnis eorum saplentia absorpta est ; quam profecto fluc- « tuum animorumqueagitationemnon Virgilius,non Homerus, « tanta verborum copia aequare potuerunt. Jam tranquillitas « quanta ! Statuit pror.ellam ejus in auram , et situer untjluctus « ejus. Quid enim suavius , quam mitem in auram desinens gra- « vis procellarum tumultus , ac mox silentes fluctus post fragoc rem tantum ? Jam , quod nostris estproprium, majestas Dei « quanta in hac voce : Dixit, etprocella adstitit î Non hic Juno « iEolo supplex : non hic Neptunus in Ventos tumidis exaggera- « tisque vocibus saeviens , atque œstus irse suae vix ipse intérim « premens. Uno ac simplici jussu statim omnia peraguntur ^ »

Dieu commande, et la mer s'enfle et s'agite: les flots s'élèvent jusqu'aux cieux , et descendent jusqu'au fond des abîmes- Le même Dieu parle; et d'un mot il change la tempête en ufi doux zéphyr, et l'agitation tumultueuse des flots en un profond silence. Quelle vivacité ! et quelle variété d'images !

§ IX. Cantique de Moïse après le passage de la mer Rouge y expliqué selon les règles de la rhétorique.

L'explication de ce cantique est de M. Hersan, ancien pro* fesseur de rhétorique au collège du Plessis. Son nom et sa ré« pulation doivent faire attendre quelque chose d'excellent. On a cru devoir faire dans cet écrit quelques changements, que l'auteur adopterait sans peine , s'il était encore vivant.

• P» 106,25, etc.

CANTICUM MOYSIS.

j^ 1. Cantenius* Domino : gloriose enina magnificatus est. Equuiu et ascensorem dejecit in mare.

* Heb . Cantabo.

jr 2. Fortitudo meaet laus mea Domiuus, et faclus est mihi in salutera. Iste Deus meus, et glorificabo eum : Deus patris mei , et exaltabo eu m.

y 3. Dominus quasi vir pugnator; Omnipotens nomen ejus. Heb. Jehova, virbelli; Jekova nomen ejus.

jlf 4. Currus Pharaonis et exeicitum ejus projecit in mare : electi principes ejus submersi sunt in mari Rubro.

jf 5. Abyssi operuerunt eos : descenderunt in profundum quasi lapis.

y 6. Dextera tua , Domine , magnificata est in fortitudine : dextera tua , Domine , percussit inimicum.

jtl. Et in multitudine gloriae tiiae deposuisti adversarios tuos. Misistv iram tuam quae * devoravit eos sicut stipulam.

* Il n'y a dans roriginal ni quœ, ni e/, ni aucune autre conjonction.

L'expression en est plus vive.

y 8. Et in spiritu furoris tui congregatœ sunt aquœ : stetit * unda fluens : congregalœ sunt ** abyssi in medio mari.

* Heb. Steterunt , sicut acervus , Jluenta. ** Heb. Coagulaiœ sunt.

y 9. Dixit inimicus : Persequar, et comprehendam : dividani spolia; implebilur anima mea; evaginabo gladium meum; interriciet*eos manus mea.

* Heb. Possidehit, ou possiderefaciet.

j«r 10. Flavit * spiritus tuus, et operuit eos mare. Submersi sunt quasi pinmbum in aquis vehementibus.

^' Heb Sufjlasti spiritu tuo.

Page 1