‹ Traite des etudes. -- (volume 3)Chapitre 38 sur 75 · Jérusalem délivrée, figure de l'Église · texte numérisé non relu

Jérusalem délivrée, figure de l'Église

Le principal fruit qu'on doit tirer de cette histoire est de comparer ce qui arrive ici à Jérusalem avec ce qui est arrivé à l'Église dans tous les temps ; d'y voir ses périls, ses ressources , et la promesse d'une victoire assurée sur tous ses ennemis. Un verset du psaume 47 , qui certainement est prophétique et regarde cet événement , peut nous aider à faire cette comparaison : Faites le tour de Sion , examinez son enceinte ; faites le dénombrement de ses tours ». C'est le prophète qui parle au nom du prince et des chefs du peuple , qui , après une délivrance si subite et si miraculeuse, exhortent ce qui reste de citoyens à faire le tour au dehors et au dedans de Jérusalem, pour être témoins eux-mêmes du bon état où sont ses fortifications. Voyez , leur disent-ils , si les ennemis y ont fait une seule brèche , s'ils en ont abattu une seule tour , s'ils peuvent se vanter d'avoir prévalu en quelque chose sur la vigilance et sur la force de celui qui en est le protecteur : Circumdate Sion * , et circuite eam ; numérale turres ejus.

L'Église, depuis sa naissance, a été souvent attaquée , assiégée de toutes parts, près de périr selon les apparences. Mais tous ses ennemis ont eu le sort de Sennachérib ; et, après beaucoup d'agitations et de craintes , sa foi est demeurée toujours pure , sa doctrine a prévalu sur toutes les erreurs, ses fondements n'ont I as été ébranlés , et l'on n'a pu remarquer qu'elle ait fait aucune I ( rte , ni qu'on l'ait obhgée d'abandonner aucun de ses dogmes, ou de se départir de l'ancienne tradition qui lui sert de rempart contre les nouveaux ennemis qui se succèdent les uns aux autres.

Il en sera ainsi dans tous les siècles ; et ce sera un égal malheur, ou d'attaquer l'Éghse, ou de désespérer de la protection de Dieu sur elle , et de croire qu'il ait besoin du secours des hommes pour la défendre. Tous ceux qui pensèrent ainsi de Jérusalem périrent : mais la foi de ceux qui attendirent le secours de Dieu , et qui ne doutèrent point de ses promesses, les sauva, et les enrichit des dépouilles de leurs ennemis.

> C'est ainsi qac S. Jérôme a traduit ce verset.

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ABTICLE III.

Prophéties.

On peut distinguer aeux sortes de proptiéties.

Les unes sont purement spirituelles, et ne regardent que Jésus- Christ ou rÉglise. Telle est la première et la plus ancienne de toutes, où Dieu, après le péché du premier homme, maudit le serpent » , et déclara que de la femme naîtrait celui qui lui écraserait la tête; c'est-à-dirç le Sauveur du monde , qui viendrait un jour détruire la puissance du démon. Telles sont aussi, celle de Jacob , qui désigne le temps où le Messie » doit venir ; et celle de Daniel 3, qui marque dans un détail merveilleux le temps où ce même Messie sera mis à mort , et les suites de cette mort.

11 y a une autre espèce de prophéties, qu'on peut appeler historiques, qui prédisent des événements temporels , lesquels, pour l'ordinaire , sont eux-mêmes une prédiction et une figure d'autres événements plus importants et spirituels. On en a vu plusieurs de cette sorte dans l'histoire de Sennachérib, dont le prophète Isaïe avait marqué, longtemps auparavant, un grand nombre de circonstances , qui ne se trouvent point dans les livres historiques. On a , dans le même prophète , une autre prophétie fort célèbre , qui regarde la prise de Babylone par Cyrus , désigné par son nom deux cents ans avant sa naissance , et qui prédit la délivrance du peuple juif. Il est aisé de voir que ces deux grands événements, qui renferment presque toutes les prophéties d'Isaïe , la délivrance miraculeuse de Jérusalem sous le saint roi Ézéchias , et la prise de Babylone, suivie de la liberté des Juifs qui y étaient 1 etenus captifs , étaient la figure et le gage d'autres événements qui ont rapport à la religion.

On pourrait rapporter à une troisième espèce de prophéties celle que je vais exposer, dont une partie est purement historique, et l'autre purement spirituelle. C'est la célèbre prédiction de Daniel au sujet de la statue composée de différents métaux. Je la c loisis préférablement aux autres, parce qu'elle a un rapport particulier à l'histoire profane, dont je dois bientôt parler.

i ' Gen. 3, T8. " Dan. 9,21-27.

» Ibid, '.J, 10.

Prophétie de Daniel au sujet de la statue composée dt différents métaux.

Lorsque Daniel* était encore fort jeune, le roi de Babylone eut un songe mystérieux dont il perdit l'idée distincte , et conserva néanmoins un souvenir confus qui l'inquiétait : il voulut que tous ceux qui passaient pour habiles lui dissent ce qu'il avait oublié et lui en donnassent l'explication , les condamnant tous à mourir s'ils ne le faisaient. Daniel , qui était compris dans cet ordre général, se mit en prière avec trois jeunes Hébreux qui couraient avec lui le même danger ; et il apprit , par une révélation divine* , ce qu'il ne pouvait savoir par aucune voie naturelle ; et tous les sages de Babylone étaient convenus que tout autre moyen était imposible ^.

« Voici donc , ô roi , lui dit Daniel , ce que vous avez vu. Il « vous a paru comme une grande statue. Cette statue , grande et « haute extraordinairement , se tenait debout devant vous , et « son regard était effroyable. La tête en était d'un or très-pur; la « poitrine et les bras étaient d'argent ; le ventre et les cuisses K étaient d'airain ; les jambes étaient de fer; et une partie des « pieds était de fer , et l'autre d'argile. Vous étiez attentif à cette « vision, lorsqu'une pierre , d'elle-même, et sans la main d'au- « cun homme, se détacha de la montagne, et que , frappant la « statue dans ses pieds de fer et d'argile , elle les mit en pièces. « Alors le fer , Targile , l'airain , l'argent et l'or , se brisèrent « tout ensemble, et devinrent comme la paille menue et légère '. que le vent emporte hors de l'aire pendant l'été, et ils disparu - « rent sans qu'il s'en trouvât plus rien en aucun lieu ; mais la pierre « qui avait frappé la statue devint une grande montagne qui rem « plit toute la terre. »

A cette première révélation Daniel ajouta l'explication dusonge. « C'est vous, dit-il au roi, qui êtes la tête d'or. Il s'élè « vera après vous un autre royaume moindre que le vôtre, qui

• Dan. c. 2. (t. 28.)

2 « Tune Danieli mysterium per vi- ^ „ j^g,. reperietur quisquam qnl in-

sionem nocte revelatnm est, » ( Dam. c. dicet sermonem in conspecta régis, ex-

2, V. 19.) ceptis diis, quornin non esteum homirj

( Eut Deasin cœlorevelansmystcria. » bus conversatio. » ^'v. II.)

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« sera d'argent; et ensuite-un troisième royaumequi sera d'airain, « et qui commandera à toute la terre. Le quatrième royaume « sera comme le fer ; il brisera et réduira tout en poudre , comme n le fer brise et dompte toutes choses. » Il explique ensuite ce que signifiaient les pieds partie de fer et partie d'argile , et continue ainsi : « Dans le temps de ces royaumes, le Dieu du cie! «< suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit ; un royaume

• qui ne passera point dans un autre peuple ; qui renversera et « qui réduira en poudre tous ces royaumes , et qui subsistera

• éternellement. »

Cette prophétie de Daniel renferme deux parties , et peut paraître mêlée d'historique et de spirituel. Dans la première il désigne clairement les quatre grandes monarchies , savoir : des Babyloniens, dont Nabuchodonosor était actuellement le roi ; des Perses et Mèdes ; des Grecs et Macédoniens ; des Romains : et l'ordre seul de leur succession en est une preuve. Dans la seconde il décrit en termes magnifiques le règne de Jésus-Christ , c'est-à-dire de l'Église , qui doit survivre à la ruine de tous les autres , et subsister pendant toute l'éternité.

Combien un maître chrétien est-il attentif à faire sentir aux jeunes gens , dans ces sortes de prophéties , la preuve évidente de la vérité de la religion! Car où Daniel voyait-il cette succession et cet ordre des différentes monarchies ? Qui lui découvrait le changement des empires » , sinon celui qui en est le maître aussi bien que des temps , qui a tout réglé par ses décrets, et qui en donne la connaissance à qui il lui plaît, par une lumière surnaturelle ?

Comme on se propose d'instruire aussi les jeunes gens de l'histoire profane, on ne manque pas, à l'occasion de la prophétie dont je viens de parler, de leur faire observer que le même prophète» désigne encore dans un autre endroit les quatre grands empires sous la figure de quatre bêtes ; et l'on insiste beaucoup sur une autre prédiction rapportée dans le chapitre suivant , qui regarde Alexandre le Grand ^ , et qui est l'une des plus

' « Ipse mntat tempora et aetates : cura eo est. » (Dax. 2, 21 , 'a'2.) transfert régna atque constitnit. Ipse re- » C. 7. velat profnndn rt abscondita : et lux ' C. 8.

claires et des plus circoustanciées qui se trouvent dans l'Écriture sainte.

Le prophète , aprè.s avoir marqué la monarchie des Perses et celle des Macédoniens sous la figure de deux bêtes ' , s'explique ainsi clairement : « Le bélier qui a deux cornes inégales * repré- « sente le roi des Mèdes et des Perses. Le bouc qui le renverse « et le foule aux pieds est le roi des Grecs ; et la grande corne « que cet animal a sur le front représente le premier auteur de « cette monarchie. »

Que peut opposer l'incrédulité la plus opiniâtre à une prophétie si expressse et si évidente? Par quel moyen Daniel a-t-il vu que l'empire des Perses serait détruit par celui des Grecs , ce qui était contre toute vraisemblance ? Comment a-t-il vu la rapidité des conquêtes d'Alexandre , qu'il marque si dignement en disant qu'il ne touchait pas la terre ? Non tangebat terram. Comment a-t-il vu qu'Alexandre n'aurait point de fils qui lui succédât 3; que son empire se démembrerait en quatre principaux royaumes ; que ses successeurs seraient de sa nation , et non de son sang; et qu'il y aurait, dans les débris d'une monarchie formée en si peu de temps, de quoi composer des États , dont les uns seraient à l'orient, les autres au couchant ; les uns au midi , et les autres au septentrion ?

En expliquant cette prophétie aux jeunes gens , on ne doit pas oublier de leur faire remarquer ce que dit l'historien Josèphe à l'occasion de l'entrée d'Alexandre à Jérusalem. Ce prince s'avançait vers cette ville plein de colère contre les Juifs * , qui étaient demeurés fidèles à Darius. Le grand prêtre Jaddus , en conséquence d'une révélation qu'il avait eue , s'était avancé , revêtu de ses habits pontificaux, au-devant d'Alexandre, avec tous les

' « Ecce aries unus habens cornua ftx- t, 20 et 21.)

celsa,et unnm excelsius altero... Ecce ^ Surget rex fortis, et dominabitur

autem hircus caprarum veniebat ab oc- potestate raulta .. et regnum ejus divi-

cidente super faciemtotins terrae, et non detur in quatuor ventos cœli, sed non io

taagebat terram. . . Quumque appropin- posteros ejus, neque sccunduni poten-

quasset prope arietem , efferatus est in tiam illius qui dominatiis est. n (^ Id.

eum. Quumque misisset in terram , con- 11,3,4, etc.)

culcavit. » (Dak. 8, 3 , etc.) « Quatuor reges de génie ejus con-

* « Aries quem vidisti habere cornua, surgent, sed non în fortitudine ejus. >»

rex Medornm est atquePersarum, Hircus (Id. 8,22.)

caprarum, rex Graecorum est; et cornu * Jos. Hist. des Juifs ,1. II , g. 8 grande , ipse est rex primus. » (Id. ibid.

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autres prêtres , revêtus aussi de leurs habits de cérémonie , et tons les lévites vêtus de blanc. Dès qu'Alexaudre l'eut aperçu, il se prosterna devant lui , et adora le Dieu dont il était le ministre, et dont il portait le nom respectable sur son front. Et comme un spectacle si inopiné avait jeté tout le monde dans l'étonnement, le roi déclara que le Dieu des Juifs, étant apparu à lui en Macédoine sous le même habit que portait son grand prêtre , lui avait dit de passer hardiment le détroit de l'Hellespont , et l'avait assuré qu'il serait à la tête de son armée , et lui ferait conquérir l'empire des Perses. Alexandre, environné des prêtres, entra à Jérusalem , monta au temple , et offrit des sacrifices à Dieu en la manière que le grand sacrificateur lui dit qu'il le devait faire. Ce souverain pontife lui fît voir ensuite le livre de Daniel, dans lequel il était écrit qu'un prince grec détruirait l'empire des Perses ; ce qui causa unejoie infinie à Alexandre.

Quand il n'y aurait qu'un simple motif de curiosité, une histoire si agréable et si variée , des prophéties si évidentes et si surprenantes , ne méritent-elles pas bien d'être rapportées aux jeunes gens.!' Mais quel fruit ne leur en peut-on pas faire recueillir par rapport à la religion , en leur faisant observer l'enchaînement merveilleux que Dieu a mis entre les différentes prédictions des prophètes , dont les unes , comme je l'ai déjà remarqué, servaient à autoriser les autres , et formaient toutes ensemble un degré d'évidence et de conviction auquel on ne peut rien ajouter? C'est la réflexion par où je terminerai cet article , qui regarde les prophéties.

Réflexion sur les prophéties.

Si les prophètes n'avaient prédit que des événements fort éloignés, il aurait fallu attendre longtemps pour savoir s'ils étaient prophètes , et ils n'auraient pu avoir aucune autorité pendant leur vie.

Si, d'un autre côté, iis n'avaient prédit que des événements fort prochains , on aurait pu les soupçonner d'en être instruits par des voies naturelles; et la persuasion qu'ils ne parlaient que par l'esprit de Dieu aurait paru moins fondée.

Et s'ils n'avaient mis une liaison entre les événements pro-

chains et les événements éloignés , par des prédictions qui devaient s'accomplir dans l'intervalle , la distance entre les deux extrémités aurait fait perdre le fruit de leurs prophéties, les premières étant oubliées , et les dernières n'étant pas attendues.

Par l'accomplissement des premières le prophète acquérait une autorité légitime, et faisait espérer l'accomplissement des suivantes. Celles-ci ajoutaient à son autorité une certitude entière que sa lumière venait de Dieu , et que tout ce qui lui était révélé pour des temps plus reculés s'accomplirait aussi infailliblement que ce qu'il avait prédit pour un temps plus voisin. Les monuments publics attestaient ce qui était accompli ; l'instruction en faisait passer la mémoire aux enfants ; et ceux-ci , joignant ce qui arrivait de leurs jours à ce qui était arrivé au temps de leurs pères, laissaient à leur postérité un profond respect pour les prophètes qui l'avaient prédit, et une ferme espérance que tout ce qui était contenu dans leurs autres prédictions s'accomplirait.

C'est ainsi que leurs livres ont mérité d'être regardés comme des livres divins. La preuve était sûre, et à la portée de tout le monde. On croyait l'avenir parce qu'on voyait le présent. On était persuadé que la révélation était divine, parce qu'elle était infaillible, et au-dessus de toute connaissance humaine ; et l'on aurait conclu tout le contraire , si quelques événements n'avaient pas répondue la prédiction. « Écoutez-moi, disait le prophète Jé- « rémie à un homme qui se prétendait envoyé de Dieu ; et que « tout le peuple m'écoute aussi. Les prophètes qui ont été avant « nous ont prédit à divers pays et à de grands royaumes la guerre, « la famine, et d'autres calamités. Il y en a eu, au contraire, « qui ont prédit la paix. C'a toujours été par l'événement qu'on « a discerné quels étaient ceux que Dieu envoyait ^ »

Voilà l'unique règle qu'on observait. Elle était simple et facile. Le petit peuple en faisait l'application aussi sûrement que les plus habiles , et il n'était pas possible de s'y méprendre. ji

Le peu de temps que laissent aux jeunes gens les études ordinaires des classes ne permet pas de leur expliquer avec beaucoup d'étendue un grand nombre d'histoires ou de prophéties. Mais si l'on en fait un choix judicieux , et que tous les ans ou trouve

' .lerem. 28. 7-9.

TBAITÉ DES ÉTUDES. ^^

ie moyen de leur en faire lire quelques-unes , en les accompagnant de réflexions qui soient à leur portée , ce petit nombre pourra , ce me semble , beaucoup contribuer à leur inspirer un grand respect pour la religion, à leur donner beaucoup de goût pv)ur l'Écriture sainte , et à leur apprendre dans quel esprit et avec quels principes ils devront un jour la lire quand ils en auront le loisir.

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