CHAPITRE PREMIER
DB l'Éloquence du babbeau.
Les r^Ies quej*ai données jusqu'ici sur Téloquence, étant presque toutes tirées de Gcéron et de Quintilien , qui se sont principalement appliqués à former des orateurs pour le barreau , pourraient suffire aux jeunes gens qui se destinent à cette honorable profession. J'ai cru néanmoins devoir y ajouter quelques réflexions plus particulières, qui puissent leur servir comme de guides , en leur montrant la route qu'ils doivent tenir. J'examinerai d'abord quels modèles on doit se proposer dans le barreau pour se former un style qui y convienne. Je parlerai ensuite des moyens que les jeunes gens peuvent employer pour se préparer à la plaidoirie. Enfin je ramasserai quelque chose de ce que
Quintilien a dit de plus beau sur les mœurs et sur le caractère de l'avocat.
ARTICLE PREMIER
Des modèles d'éloquence qu'il convient de se proposer
au barreau.
Si nous avions les harangues et les plaidoyers de tant d'habiles orateurs qui depuis un certain nombre d'années ont si fort illustré le barreau français, et de ceux qui y paraissent encore aujourd'hui avec tant d'éclat, nous pourrions y trouver des règles sûres et des modèles parfaits de l'éloquence qu'on y doit suivre. Mais le petit nombre que nous avons de ces sortes de pièces nous oblige de recourir à la source même , et d'aller chercher dans Athènes et dans Rome ce que la modestie de nos orateurs , peut-être excessive en ce point, ne nous permet pas de trouver parmi nous.
§ I. Démosthène et Cicéron modèles d'éloquence les plus parfaits.
Démosthène et Cicéron , du consentement de tous les siècles et de tous les savants, sont ceux qui ont le plus excellé dans l'éloquence du barreau ; et l'on peut par conséquent proposer leur style aux jeunes gens comme un modèle qu'ils peuvent sûrement imiter. Il s'agirait pour cela de le leur bien faire connaître, de leur en bien marquer le caractère, et de leur en faire sentir les différences. Cela ne se peut que par la lecture et par l'examen de leurs ouvrages. Ceux de Cicéron sont entre les mains de tout le monde , et par cette raison assez connus. Il n'en est pas ainsi des discours de Démosthène; et, dans un siècle aussi savant et aussi poli qu'est le nôtre , il doit paraître étonnant que, la Grèce ayant toujours été considérée comme la première et la plus parfaite école du bon goût et de l'éloquence , on soit si peu soigneux, surtout dans le barreau, de consulter les habiles maîtres qu'elle nous a donnés en ce genre ^ , et que , si l'on ne croit pas
' n Ego idem existimavi pecadis esse, apad tuos cives aactoritatem tuam , sub-
non hominis, qanm tantas res Grteri auscaltando tamen excipere Toces eorum^
sasciperent, profiterentar , agerent.... et proeul quid narrarent attendere. »
non admovere aurem, nec , si palam ( Cic. de Orat. lib. I , n. 153. ) audire eos non anderes , ne minueres
TRAITÉ DBS ÉTUDES. :&
devoir donner uo temps considérable à leurs excellentes leçons , on n*ait pas au moins la curiosité d'y prêter Toreille comme en passant, et de les écouter comme de loin, pour examiner par soi-même s*il est donc vrai que Téloquence de ces fameux orateurs soit aussi merveilleuse qu'on le dit, et si elle répond pleinement à leur réputation.
Pour mettre les jeunes gens et ceux qui n'ont point étudié le grec en état de se former quelque idée du style de Démosthène, je rapporterai ici plusieurs endroits de ses harangues , qui ne suffiront pas , à la vérité , pour montrer tout entier ce grand orateur , ni peut-être pour donner des modèles de son éloquence dans tous les genres , mais qui aideront au moins à le faire connaître en partie , et à faire sentir ses principaux caractères. Py joindrai quelques endroits de la harangue qu*£schine, son compétiteur et son rival , prononça contre lui. Je me servirai de la traduction qu'en a faite M. de Tourreil : j'entends la dernière , qui est beaucoup plus travaillée et plus correcte que les précédentes. Je prendrai pourtant la liberté d'y faire quelquefois de légers changements, parce que d'un côté on y a laissé beaucoup d'expressions basses et triviales ' , et que de l'autre le style en est quelquefois trop enflé et ampoulé * : défauts directement opposés au carac-
> Ce que nous demandions toas à cor bras de la volupté ; mais que , dans les et à cri.... Le soin qa'ils ont de yous eonjom'iures et dans les évéHêments , vovs corner aax oreilles... Si Yoas continaez courez les derniers périls. Voici le texte à fainéanter.... Vous Yons comportez an de la première partie , qui seule suufrre rebours de tous les autres hommes.... qaelque difficulté : Elô' 0(lïv (ru|l6s- Vous ne cessez de m'assassiner de da- 6r,xevéx TOUTOU évixèvTaîçèxxXrjff^aiç baudenes étemelles.... Us tous escamo- __,,2y „„; v^l/yve^.e^/». w/;«^« »r.A^ teront les dix talents... Vous amuser de TÇ^W^ ï*' xoXaxeueff6ai TtavTa npoç fariboles.... 11 se ménagea un prompt l^ôovVjv àxouou(nv. Voiflns le traduit rapatriement .. Qnc si le cœur tous en »»«"* : ^«^ W eonsequimini , ut in conflit, je vous oède la tribune.... Mais, eionibus fastidiatis , assentationibus detout compté, tout rabattu.... Non, en liMti , et omnia qua voluptati sunt audussiez-Tous crèvera force de l'assurer diatU. Ce qui est le yéri table sens; et fkussement.... Vous yomissiez des char- de Maucroy Fa suivi : « Vous vous rende» retées d'injures ... Je rapporte ce peu difficiles dans vos assemblées ; vous d exemples entre beaucoup d^ autres, ▼onleiy être flattes, et qu'on ne voua pour avertir ceux qui liront cette tra- t»«nne q»» des propos agréables Ceduetion, très-estimable <f ailleurs^ de ne pendant cette délicatesse vous a conpoint imputer à V orateur grec de pareils duits sur le bord du précipice, m Ce qut défauts d'expression. « trompé M. dé Tourreil est le mot
3 Je ne citerai qu'un endroit tiré de la Tpuçqiv, qui signifie ordinairement , deli-
troisième Philippique. De là il arrive dis albtuidare, diffiuere , in delieiis vi-
que dans vos assemblées , au bruit fiât- vere. Quand il aurait en ici ce sens , il
leur ^vMis adulation continuelle, vous n'aurait pas fallu l'exprimer par ces
vous endormez tranqttillemeni entre les termes pompeux , voris vous endormez
4 TBAITÊ DES ÉTUDBS.
tère de Déroosthène, dont Téloeution réunit en même temps beaucoup de simplicité et beaucoup de noblesse. AI. de Maucroy en a traduit quelques discours. Sa traduction , moins correcte en quelques endroits , me parait plus conforme au génie de Torateur grec. Je Tai employée en partie dans le premier extrait que je donne ici, tiré de la première Philippique.
§ II. Extraits de Démosthène et cTEsckine,