‹ Traité des études (volume 5)Chapitre 17 sur 68 · Amour de la gloire · texte numérisé non relu

Amour de la gloire

Je unis par cet article , parce que la disposition dont je parle ici itait l'âme de toutes les actions des Romains. C'est saint Augusin' qui fait cette réflexion en plus d'un endroit; et il remarque juecette passion, je veuxdireledésirdelagloire, étouffait souvent in eux toutes les autres passions, et que c'est elle qui leur a fait aire toutes ces actions si belles et si éclatantes qui leur ont mérité 'admiration de tous les peuples et de tous les siècles. Le désir l'être estimés , d'être loués comme défenseurs et protecteurs de a liberté , de la justice , des lois ; comme ennemis de l'injustice , le la violence, delà tyrannie : ce désir, dis-je, était une espèce le frein qui retenait et modérait leur ambition, et qui leur insérait ces sentiments de bonté, de clémence, de générosité, dont e simple récit nous charme et nous enlève encore aujourd'hui près tant de siècles.

Y eut-il jamais une journée plus glorieuse à l'empire romain |ue celle où, par son ordre, la liberté fut rendue à tous les )euplesdeIaGrèce, etoîi l'éditen fut publié au milieu des cris le joie et des applaudissements de tant de peuples ? Quel éloge |ue celui dont toute la Grèce retentit alors , et dont le bruit se épandit bientôt dans tout l'univers! « Qu'il y avait sur la terre une nation ^ qui se piquait de prendre sur elle les frais , les fatigues, les dangers de longues et pénibles guerres, pour procurer la liberté à des peuples éloignés de leur contrée ; et qui traversait les mers pour empêcher qu'il n'y eût dans quelque endroit du monde un gouvernement et un empire injuste, et pour faire régner partout la justice, l'équité elles lois. « Voilà ce qui faisait agir les Romains dans les beaux siècles de i république : voilà l'esprit qui animait leurs consuls et leurs énéraux . Us aspiraient à la domination ^, mais par des voies d'honieur et de gloire, et pour cela ils observaient exactement la jusj ce et les lois ; au lieu que dans la suite l'ambition n'étant plus

' De Civ. Dei , lih. 5 , e. 12. junctis praestet : maria trajiciat, ne

' i( Esse aliquam in terris gentem , quod toto orbe terrarum injustam im-

la; siia impensa, siio labore ac péri- perium sit, et ubique jus, fas , lex, po-

ilo bella gerat pro libertate aliorum : tentissima sint. » (Liv. lib. 33, n. 33 ) ;c hoc fiuitimia aut propinquic vicini- » Sallust. in Bcllo Calilin liis homiiiibus, aut terris contluenti

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retenue ni modérée par ce frein, se porta aux derniers excès d'injustice, de violence et de cruauté, comme on le vit sous Marius, Sylla , César et Antoine.

Le Saint-Esprit, qui est fort sobre dans les louanges , n"a pas dédaigné de nous marquer en détail , dans un des livres de l'Écriture ' , les vertus par lesquelles les Romains ont porté leur republique à un si haut point de gloire et de puissance ^. 11 loue principalement leur conseil et leur sagesse ^ ; leur conspiration pour, le bien public ; leur désintéressement particulier 4 ; leur obéissancer aux lois et à l'autorité légitime ^ ; leur fidélité dans les traités;] leur patience dans le travail *" ; leur fermeté dans leurs résolu-, lions 7 ; leur courage et leur valeur ; et , plus que tout cela , l'a-j mour de l'égalité et l'éloignement de toute ambition *. Ces ver-, tus , quoique défectueuses du côté du motif et de la fin , puisqu'elles n'étaient point rapportées à Dieu, raais à la vaine gloire, ne laissaient pas d'être fort estimables en elles-mêmes, eu égard aux règles et aux devoirs de la société civile. {

Je ne puis mieux terminer cet article que par la solide réflexion de saint Augustin 9 sur les causes de la puissance des FvOmains : » Quoiqu'ils fussent privés, dit-il, de la véritable piété, « qui c*onsiste dans le culte sincère du vrai Dieu , ils observaient « néanmoins certaines règles de probité et de justice qui sont « le fondement d'un État, qui contribuent à l'augmenter , et qui « servent à l'affermir. Et Dieu a bien voulu leur accorder un sucv « ces incroyable, pour faire voir , par l'exemple d'un si grand et « si puissant empire, de quelle utilité sont les vertus civiles et « politiques, lors même qu'elles sont séparées de la vraie religion, « et pour faire comprendre par là aux autres hommes de quel prix « elles deviennent lorsque la vraie religion les relève et les enno- « blit, et comment ils peuvent par elle devenir citoyens d'une, « autre patrie, dont le roi est la vérité, dont la loi est la clia- « rite, dont la durée est l'éternité. Cujus rex veritas. cujus lex car lias, cujus modus xternitas.

I Machab. lili. I , c. 5. — - V. 3. — ■' V. 15. - * V. 16. — ^ V. 11. — « V. J. -, V. 2. — » V. 14. — 'S. Aag. ad Marcell. Kp. 138, cap. 3.

QUATRIÈME MORCEAU DE l'hISTOIRE ROMAINE.

hangeinent de la république romaine en monarchie , prévu et iiiaj-quépar l' historien Polybe, livre sixième de son Hlbioire.

Je diviserai en deux parties ce que j'ai à dire surce sujet. Dans I première , je rapporterai en abrégé les principes que Polybe :ablit sur les différentes sortes de gouvernements , et d'où il a ré des conjectures pour prévoir le changement qui devait arrier dans la république romaine. Dans la seconde j'exposerai, le lus succinctement qu'il me sera possible , comment en effet ce han^ement est arrivé de la manière et pour les raisonsquePo- ,'be avait marquées.

.Te me crois obligé d'avertir les lecteurs , dès l'entrée de cette etite dissertation , que , lorsque je parle des différentes sortes e gouvernements et du jugement qu'on en doit porter , je ne fais ue rapporter le sentiment de Polybe. Pour moi , je m'en tiens la décision qui se trouve dans Hérodote' , où l'on donne la préjrence à l'état monarchique au-dessus des deux autres.

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