HOR
Ces trois poètes semblent avoir partagé entre eux les trois vers d'Homère, et les trois circonstances qui y sont employées. Virgile s'en est tenu au signe de tête , Ovide à l'agitation des cheveux, et Horace au mouvement des sourcils.
4. La description du combat des dieux est une des plus magnifiques de celles qui se trouvent dans Homère. Les Grecs et les Troyens étant prêts à donner la bataille , Jupiter avait permis
» Od. 13, 1. I.
TBAITE DES ETUDES. 316
aux dieux du ciel de se mêler dans le combat , et de prendra chacun le parti qu'ils voudraient. Ils se partagent donc, et sa préparent à combattre. « Alors le souverain maître des dieux et « des hommes tonne du haut du ciel : d'autre part Neptune, « élevant ses flots , ébranle la terre et les sommets des monta- « gnes. Les cimes du mont Ida tremblent jusque dans leurs fono déments. Troie, le champ de bataille et les vaisseaux , sont agi- « tés par des secousses violentes. Le roi des enfers , épouvanté « sous la terre même , s'élance de son trône et s'écrie , dans la « frayeur où il est que Neptune d'un coup de son trident n'en- « tr'ouvre la terre qui couvre les ombres , et que cet affreux sé- « jour, demeure éternelle des ténèbres et de la mort , abhorré « des hommes et craint même des dieux , ne reçoive pour la pre- « mière fois la lumière , et ne paraisse à découvert : tel est le « bruit que font ces dieux , qui marchent les uns contre les au- « très. » Cette traduction, qui est de madame Dacier, quelque exacte et quelque noble qu'elle soit , ne peut pas rendre l'harmonie et la beauté des vers grecs.
M. Despréaux , comme on l'a déjà observé , a traduit une partie de cet endroit.
L'enfer s'émeut au bruit de Neptune en furie. Pluton sort de son trône', il pâlit , il s'écrie : 11 a peur que ce dieu dans cet affreux séjour D'un coup de son trident ne fasse entrer le jour, Et par le centre ouvert de la terre ébranlée Ne fasse voir du Styx la rive désolée ; Ne découvre aux vivants cet empire odieux , Abhorré des mortels, et craint môme des dieux.
Ces vers sont très-beaux , mais beaucoup au-dessous du grec. Je n'en examinerai qu'un seul. Pluton sort de son trône, il pâlit, il s'écrie. Le mot de sortir, qui conviendrait à Pluton s'il descendait tranquillement de son trône , est ici froid et languissant. Ce dieu ne pâlit qu'après être sorti de son trône. La pâleur vient-elle si lentement, et n'est-elle pas le premier et le plus prompt effet de la crainte ? Le grec a bien une autre vivacité • Asîoa; 8' U Opo'vou ocXto, îcal iax£. Épouvanté, il s'élance de son trône, et s'écrie. Comment rendre dans une autre langue cette
316 TfiÀTTE DES ÉTUDES.
cadence suspendue, Aetaaç 5' U ôpc'vou ocXto , qui seule marque le mouvement brusque et précipité de ce dieu? Virgile a essayé d'imiter une partie de ce bel endroit d'Homère; mais il s'en faut bien qu'il ait pu atteindre à la beauté de l'original.
Non secus ac si qua penitus vi terra dehiscens Infernas reseret sedes , et régna recludat Pallida, dis invisa; snperque immane baralhruna Cernatur, trepidentque immisso lumine Mânes.
(iEn.8,243.)
Outre beaucoup d'autres différences, chez Virgile ce n'est qu'une comparaison , ce qui rend la description froide et languissante : au lieu que chez Homère c'est une action , ce qui est tout autrement vif et animé.
5. L'endroit oii Hector, près d'aller au combat, fait ses adieux à Andromaque et embrasse Astyanax , est un des plus beaux et des plus touchants de ce poète ^ J'en rapporterai une parti*, qui sera mêlée de descriptions et de discours.
« Hector étant arrivé aux portes Scées , par où il devait sortir, « Andromaque accourt au-devant de lui, accompagnée de la a nourrice qui tient sur son sein le petit prince " , tendre et dé- « licat enfant, beau comme un astre, les délices d'Hector.... « Pendant que le père, sans rien dire, souriait à la vue de cet « aimable enfant, Andromaque, fondant en larmes , approche « d'Hector, et, lui serrant la mam : Prince trop magnanime, lui «dit-elle, votre valeur va vous perdre. Quoi! vous n'avez « donc pitié ni de cet enfant qui ne peut vous parler, ni d'une « épouse infortunée qui va devenir veuve en vous perdant ; car « les Grecs , se jetant enfouie sur vous , vengeront bientôt par « votre mort toutes leurs pertes. Hélas! si je dois être séparée « de vous que ne puis-je la première descendre dans le tom~ « beau f Car, après cet affreux malheur, il n'est plus de joie , a plus de consolation pour la malheureuse Andromaque, et « l'avenir ne présente à mon esprit accablé que douleurs. Je
' liiad. 6, 390,494.
' Ilaiô' éTti xoXirtj) ïx'^mg' àxaXàçpova, vrjTctov aÙTw;,
'ExTOOtôiriv àyaTtriTÔv, àXiyxiov à<yTepi xaXtp.
TBAITE DES ETUDES. 31?
« n'ai plus ni mon père, ni ma mère.... » (Après s'être étendue, peut-être un peu trop longtemps , sur la grandeur de ses pertes , elle continue ) : « Mon cher Hector, je retrouve en « vous tout ce que f ai perdu y un père , une mère , un frère : « ajoutez à tous ces noms celui de mon époux. Ayez donc corn- « passion de nous : demeurez ici , et renfermez-vous dans « cette tour, pour ne pas laisser votre épouse veuve, et cefai- « ble enfant orphelin. »
Hector, après avoir répondu à Andromaque d'une manière également noble et tendre , « s'approche de son fils, et lui tend « les bras. L'enfant, effrayé par l'éclat de l'airain, et par l'agita- « tion du terrible panache qui ombrageait le casque de son père « et flottait au gré du vent, détourne la tête, et jetant un grand « cri , se penche sur le sein de la nourrice qui le tient dans ses « bras. Le père et la mère sourient en voyant sa frayeur. En « même temps Hector ôte son casque , le pose à terre , et prenant « son fils entre ses bras, il le baise avec tendresse, et l'élevant « vers le ciel , il adresse à Jupiter et aux autres dieux cette prière : « Puissant Jupiter, et vous tous, dieux immortels , faîtes que « cet enfant, marchant sur mes pas, se rende célèbre parmi « les Troyenspar son courage et sa force : qu'il règne dans « Troie avec un pouvoir absolu : qu'en le voyant retourner du « combat vaî?iqueur et chargé des sanglantes dépouilles d'un « ennemi qu'il aura terrassé, on s'écrie sur son passage : Ce « pî'ince est encore plus vaillant que son père; et qu'à un tel 0 spectacle sa mère ressente dans son âme une vive et secrète c joie. En achevant ces mots , il remet son fils entre les mains « de sa chère Andromaque , qui le reçoit dans son sein avec un « sourire mêlé de larmes. » Aaîcpuosv ^sXâaaaa.
Rien n'est plus achevé que tout ce tableau. Manque-t-il quelque chose à la douleur et à la consternation d' Andromaque? Quelle image plus naïve et plus gracieuse que celle d'un enfant qui , effrayé par la vue des armes brillantes de son père , se jette ^ dans le sein de sa nourrice? Le sentiment d'Hector, qui désire voir sa gloire effacée par celle de son fils, n'est- il pas puisé dans la nature même? Mais quelle délicatesse dans ces derniers mots, ^axpuoev ^êXàaaaa ! U suffit de savoir lire le grec et d'avoir un peu
d'oreille pour en sentir toute la douceur, et pour reconnaître qu'aucune traduction ne peut rendre cette beauté. M, de la Motte a ainsi imité le petit discours d'Hector :
Je vous offre mon ûls , dieux , faites-en le vôtre 1 Digne de voire appui , qu'il n'en cherche point d'autre. Rendez-le , s'il se peut , le secours des Troyens ; Qu'un jour par ses exploits il efface les miens ; Récompensez en lui la piété du père, Et qu'il soit les plaisirs et l'honneur de sa mère.
Je pe sais si c'est prévention pour l'antiquité , mais les vers grecs me touchent infiniment plus que les français, quoique ceux-ci soient fort beaux. Il n'y a point d'opposition ni d'antithèse dans le poète grec ; mais la noble simplicité qu'on y trouve est bien au-dessus de ces petites figures. Les vers français ne représentent point cette belle et vive image d'un jeune vainqueur qui revient du combat chargé de dépouilles, ces douces et flatteuses paroles qu'Hector, par une figure pleine de force et d'énergie , met dans la bouche des spectateurs , ce sentiment vif et tendre de joie qu'un tel spectacle cause dans le cœur d'une mère : xapsÎYi ^k cpps'va (XTirrip. Cette dernière pensée paraît toute simple, et elle l'est en effet; mais c'est ce qui en fait la beauté. Qu'on examine avec quelque attention ce que doit penser et sentir une mère qui voit revenir du combat son fils chargé de glorieuses dépouilles , et qui entend les louanges que les peuples lui donnent à l'envi , on reconnaîtra que ce qui domine dans son cœur est ce sentiment secret et intérieur de joie qu'Homère exprime merveilleusement par ce peu de mots, xapeîvi Sk çps'va p-TÎTr^p. Voilà ce qu'on appelle peindre d'après nature. 11 dit la même chose de Latone, qui était ravie de joie en voyant Diane , sa fille, se distinguer dans la danse , et l'emporter de beaucoup sur toutes les nymphes : ^é^nee ^s te «ppe'va Avirâ ^ Virgile, en faisant la même comparaison , n'a pas manqué ce trait :
Latonae tacitum pertentant gaudia pectus.
(Mn. 1, 506.)
M. de la Motte n'a pomt rendu toutes ces beautés : aussi son
» Odyss. 6 , 102-109.
TBAITE DES ETUDES. 319
dessein n'a pas été de traduire, mais d'imiter Homère en l'abrégeant.
6. L'accueil que fait le pasteur Eumée au jeune Télémaque, qu'il revoit contre toute espérance après un long temps , est d'une simplicité et en même temps d'une beauté inimitable ^ Le chien de la maison , par un sentiment subit de joie et par le mouvement flatteur de sa queue , annonce le premier l'arrivée de son maître. Dès qu'il paraît, les vases que tenait Eumée lui tombent des mains : il court à sa rencontre , il se jette à son cou , et il le tient tendrement embrassé et le baigne de ses larmes. Tel , dit le poëte , qu'un père affligé de la longue absence de son fils, unique objet de sa tendresse , quand il le voit enfin de retour, ne se lasse point de l'embrasser : tel Eumée se livre aux transports de sa joie à la vue de Télémaque , comme s'il sortait du tombeau, et qu'il l'eût recouvré d'entre les morts. Denys d'Halicarnasse , dans le traité que j'ai déjà cité , remarque que cet endroit, l'un des plus beaux d'Homère , tire ses principales grâces de l'arrangement et du son harmonieux des mots, qui d'ailleurs sont assez simples et ne présentent que des idées fort communes. Comment est-il possible de faire passer ces grâces dans une langue étrangère ?
m. Comparaisons.
C'est ici surtout que paraît la richesse et la fécondité d'Homère , et l'on dirait que la nature entière semble s'épuiser en sa faveur, pour embellir ses poèmes par une variété infinie d'images et de similitudes. Quelquefois elles ne consistent que dans un trait , et ce ne sont pas les moins vives. Souvent elles ont une juste étendue , qui donne lieu au poëte d'étaler toute la magnificence de l'expression; et je prie le lecteur d'en examiner lui-même dans l'original toute la grâce et toute l'élégance. Il y en a de douces et de tendres , il y en a de grandes et de sublimes. Je n'en puis rapporter qu'un petit nombre , et je choisirai principalement celles dont Virgile a fait usage.
1 . Homère emploie souvent la comparaison du vent, de la grêle, de l'orage, d'un torrent, pour exprimer la vitesse et la promp-
' Odyss. 17,1, etc.
titude de ses combattants. Mais toutes ces idées sont trop faibles pour peindre la rapidité des chevaux immortels.
Autant qu'un homme assis au rivage des mers Voit d'un roc élevé d'espace dans les airs : Autant des immortels les coursiers intrépides En franchissent d'un saut.
( Despréaux. — Iliad. v, 770. )
Il mesure, dit Longin, l'étendue de leur saut à celle de l'univers.
Il va encore plus loin pour représenter la vitesse de Junon , et la comparant à la pensée d'un homme qui parcourt rapidement tous les lieux où il a été , et plus vite que l'éclair passe du cou chant à l'aurore '.
2. Homère emploie au commencement du troisième livre deux belles comparaisons , dont l'usage qu'en a fait Virgile nous doit faire connaître le prix.
« Ménélas ayant aperçu Paris % qui s'avançait à grands pas à la « tête des Troyens, est transporté de joie, comme un lion affamé « qui est tombé par hasard sur un cerf d'une extraordinaire gran- « deur, ou sur une chèvre sauvage : il se jette sur sa proie et « la dévore avidement , malgré la vive poursjuite des meilleurs « chiens, et des chasseurs les plus ardents et les plus vi- « goureux. Telle fut la joie de Ménélas à la vue du beau Paris. «
Impastus stabula alta leo ceu saepe peragrans ( Suadet enim vesana famés ) , si forte fugacem Conspexit capream , aut surgentem in cornua cervum ; Gaudet hians immane , comasque arrexit, et tiœret Visceribus super accumbens : lavit improba teter Ora cruor.
« Mais Paris, le voyant à la tête des Grecs, fut saisi de frayeur, « et se retira vers ses troupes pour évHer la mort. Tel qu'un « voyageur qui aperçoit un horrible serpent dans le fond d'une « vallée, recule en arrière tout tremblant, et le visage couvert
* 'Epxofjievov îrpoTtàpoiOev ô{i,(Xou, [laxpà ptêwvTa.
TBAIÏE DES ETUDES. 3Î1
« d'une pâleur mortelle; tel Paris, effrayé à la vue du fils d'Atrée,
* se retire , et va se cacher au milieu des bataillons troyens. » Virgile a merveilleusement rendu cette comparaison, et il
paraît avoir enchéri sur l'original par d'heureux traits qu'il y a ajoutés :
Improvisum aspris veluti qui sentibus angiiem Pressit hum! nitens , trepidusque repente refugit Attollentem iras, et cœrula colla inmentem : Haud secus Androgeos visu tremefactus abibat.
3. La comparaison de Paris avec un cheval de bataille est fort célèbre dans Homère. Les vers grecs sont trop beaux pour n'être pas ici rapportés.
Ûç 8' ÔTE Ttç oraToç ititcoç, àxocyn^da; im çà-rvi;] , A£<7[Jiôv aTtop^T^^aç Ôeiig TreôCoto xpoatvtov , Eltoôwç ).ouea8ai èû^^eîoç iroTafjioïo , KuStocov, ^<\io\j Sk xàpy) Ix^i, àfAçl 8è yjxXxM 'Qfxotç àidorovrai* à ô' ày^atiiiçi irsTrotOco; , 'PtfjLça é yo^^î* Ç^pst (iSTa t' fjOca xal vojxov Îttuwv. "ûç ûibç npià(jioio Ilapi; xarà IIepYà[j.ou àxpri; TeuxecTi Ttajjiçaîvwv* &<si* ^rjXéxôwp, èBeSrix KayxaXowv, Taxée? 8s tioSsç çépov.
« Tel qu'un généreux coursier, après avoir été longtemps re- « tenu à récurie, rompt ses liens, et, faisant trembler la terre « soussts pieds, court à travers la plaine du côté de l'agréable « courant d'un fleuve rapide oii il a coutume de se baigner. « Fier et content de lui-même, il va la tête levée. Ses crins, « voltigeant à droite et à gauche au gré du vent, lui battent « sur les épaules. Sa beauté semble lui donner de la confiance. « Ses genoux souples et agiles le portent légèrement au milieu « de la troupe des cavales qui paissent le long du fleuve. Tel le
• fils de Priam , le beau Paris , tout couvert de l'éclat de ses ar- « mes lumineuses, marchait à grands pas, semblable au soleil. « Il bondissait, et ses pieds agiles ne portaient pas à terre, »
Virgile semble ici avoir voulu entrer en lice avec Homère, et comme lui disputer le prix de la course des chevaux.
Cingitur ipse furens certatim in prœlia Turnus. . . . Fulgebatque alta decurrens aureus arce. . . . Qualis, ubi abruptis fugit prœsepia vinclis Tandem liber equus, campoque potitus aperto : Aut ille inpastns armentaque tendit equarum; Aut assuetus aquœ perfundi flumine noto Ëmlcât, arrectisque frémit cervicibus alte Luxurians : luduntque jubae per colla , per arraos.
( Mn. i 1 , 486. }
On voit bien que le poëte latin a fait effort pour rendre toutes les beautés de son original. Il en a peu ajouté de son fonds , et je ne vois de ce genre que ce mot, tandem liber equus, qui présente une belle idée, et peint merveilleusement l'impatiente ardeur où était le cheval de se voir en liberté. Encore peut-on dire que Virgile par ces mots , tandem liber equus, a voulu rendre ceux-ci , (TTaroç iTTTroç, etc., un cheval reposé, qu'on a tenu longtemps en repos dans l'écurie. Ce vers , ^ut assuetus aquas perfundi flumine noto, rend assez exactement le sens du grec, mais n'en a point l'harmonie. Cet autre où l'on décrit la course du cheval, ^w^ ille inpastus armentaque tendit equarum, est lourd et pesant en comparaison du vers grec, tout composé de dactyles , et aussi rapide que le cheval même , ^t{Acpa 1 -youva cps'pet (xgTOCT' TiÔEixxal VOU.ÔV iTCTCtûv. Cc mot du grcC, 5 ^' à"yXaiT(i'f i ireTTotOw;, qui exprime heureusement la noble fierté du cheval, et la complaisance qu'il a dans sa beauté et dans sa force , manque au latin.
4. Je finirai cet article par deux ou trois comparaisons , plus courtes que les précédentes , et d'un genre différent.
« 1. Comme quelquefois pendant le sommeil on songe qu'on « est poursuivi de son ennemi, ou qu'on le poursuit : à tous a moments on croit ou l'atteindre» ou en être atteint ; et on ne « peut ni lui échapper, ni le orendre. De même, etc. *. »
TBAITÉ DES ÉTUDES. 323
Àc yelut in somnis, oculos ubi languida pressit Nocte quies, nequicquam avidos extendere cursus Telle videmur, et in mediis conatibus segri Succîdimus : non lîngua yalet, non corpore notée Sufficiunt Tires , nec vox aut verba seciiiuntur.
(.En. 12, 908.)
Le poète latin n'a pris du grec que l'idée, et il l'a extrêmement enrichie.
a 1. Comme dans un jardin un pavot chargé de son fruit, • et courbé par les pluies , penche sa tête languissante : ainsi « la tête du jeune combattant , appesantie car son casque, tombe « sur son épaule*. »
Purpureus veluti cum flos succisus aratro Languescil moriens , lassove papavera coUo Demisere caput , pluvia quum forte gravantur : It cruor, inque humeros cervix collapsa recumbit.
(iEn. 9,435.)
«t 3. Comme un oiseau, dont les petits ne peuvent encore « voler, n'a pas plutôt saisi sa proie , qu'il la leur apporte , et « s'incommode pour eux : que n'ai -je point souffert! que d'in- « quiètes nuits ! que de jours sanglants » ! » C'est Achille qui parle ainsi. Je m'étonne qu'un homme de goût et d'esprit ait critiqué cette comparaison , comme trop étendue et trop fleurie. Elle n'est que de deux vers, sans qu'il y ait un mot de superflu; et son caractère est la simplicité.