L. Colin, Fièvres
no SYMPTOMES.
situ de récuser tout crabord, comme base nosologique, le caractère dont on a \ouIii faire la condition absolue des maladies palustres, le type périodique.
Que dans nos climats ce type s'applique à la majorité de ces affections, nous Tadmettons volontiers; maissi, aulieo de les étudier seulement chez nous, nous agrandissons le domaine de nos recherches, en englobant dans cette étude le nombre immense aujourd'hui d'observations faites dans les climats chauds et tropicaux, nous voyons que ce caractère de périodicité n'est plus suHisant, et manque dans un grand nombre de cas où l'éliologie palustre ne peut être révoquée en doute.
Admettre la nécessité de ce type, c'est persister à tort dans un dogme qui était vrai lorsqu'on n'observait qu'en Europe, dogme auquel il faut renoncer, aujourd'hui que les limites de ce champ d'études ont été dépassées.
Comprendrions-nous , en gardant cette croyance à la nécessité du type périodique, la nature des affectioDS qu'au siècle dernier Lind observait déjà dans les pays chauds, en indiquant d'une manière si évidente leur origine tellurique (1)? Pourrions-nous faire rentrer dans le môme groupe que nos fièvres intermittentes les formes essentiellement continues et rémittentes qui, aux Indes, constituent l'épidémie palustre de l'armée anglaise ? Aujourd'hui, grâce aux travaux d'Annesley (2) , de Raynald
(1) Lind, Essai sur les maladies des Européens dans les pays chauds, 1. 1} pages Ï21, 197, et suivantes, 318, etc.
(2) Ânnesley, Diseases of India, 1828. Cet ouvrage est non-seulenieiit iitércssant par la description des effets de la malaria dans un pays chiod^
tffets caractérisés par des fièvres continues et rémittentesi relati?emeiit si nombreuses que l'auteur ne décrit que ces formes^ signalaDt à peine lei fiOvrcs intermittentes ; mais, do plus, l'œuvre d'Annesley est remarquable, pour son époque, par la netteté avec laquelle l'auteur établit l'identité spécifique entre ces fièvres continues et les fièvres périodiques : « La môme cause (le miasme), qui chez l'un produira uoo fièvre coutinae, donnera une remit-
Martin (1), de Morehead (2), il est évident que, malgré leur continuité, ces maladies sont pourtant bien de la famille de nos fièvres périodiques, dont elles ont Torigine, la cachexie consécutive, les transformations pernicieuses.
Les études faites, surtout depuis 1830, dans les stations intermédiaires aux climats tempérés et aux pays chauds, telles que la zone méditerranéenne, confirment également cette identité par la transition qu'on voit s'y opérer de Tintermittence à la continuité.
C'est en observant sur le sol de l'Algérie, que notre illustre maître, M. Maillot (3), a créé le premier une base de rapprochement entre la pathologie palustre du Nord et celle des pays tropicaux ; voyant d'une part des fièvres périodiques, complètement intermittentes, et, d'autre part, sous l'in-
tente à un autre, une intermittente à un troisième ; le type de la maladie étant Teffet de conditions accessoires (habitudes hygiéniques, diathëse, prédispositions du patient) qui déterminent dans des sens divers la manifestation de la môme cause morbide (le miasme). » (Annesley, loc. cit,, p. 518.)
(1) James Raynald Martin, The influences of (ropicai climats, Londres^ J85G. Dans ce livre, les types intermittents sont également relégués au dernier rang, comme rares et toujours secondaires [lœ. cit., p. 185) ; la maladie dominante, c'est la continue rémittente^ qui est 10 fois plus commune que Tintermittente ; ainsi, pendant 12 ans, Thôpital général de la Présidence da Bengale reçoit 5116 malades atteints de cette dernière forme, et 501 fièvres intermittentes seulement (/</., p. 55).
Il suffit de lire la description de cette rémittente, et en particulier de ses formes pernicieuses (?(/., p. 46 et suivantes), identiques à celles qui sont propres à nos fièvres périodiques, pour être convaincu de sa nature palustre.
(2) Morehead, Clinical reseavches on diseases in Tndia^ 1860. Cet auteur confirme par do nouveaux faits les observations de ses prédécesseurs : c'est toujours la rémittente qui domine le tableau clinique, soit dans ses formes simples {loc, cit., p. 17 et suivantes), soit dans ses formes pernicieuses (loc. cit., p. 63 à 98), où nous retrouvons tous les types de nos pernicieuses d'Europe, algide, syncopale, délirante, comateuse, ictérique, etc.
(3) Maillot, Traité des fièvres ou irritations cérébro-spinales intermittentes, d après des observations recueillies en France, en Corse et en Algérie. Paris, 1836.
fliiencc (le la iii«Vmc cause, des pyrexies d'une continuité absolue et coin|)lèto, il a établi admirablement leur identité de nature, en donnant à ces dernières le nom de pseudocontinues; cette appellation était créée à une époque où l'on n'admettait comme Gèvres palustres que les fièvres périodiques, doctrine absolue surtout depuis la nosologie de PineI;doncun type continu ne pouvait rentrer dans ce faisceau morbide qu'à la condition d'être déclaré faux, pseudo-continu; en second lieu, Tappellation avait l'avantage immense de rappeler au praticien qu'il fallait se conduire comme si la continuité était fausse en effet, et administrer le médicament spécifique qui, ayant nom antipériodique, n'eût pu être invoqué contre une affection réellement continue (1).
C'était là un premier pas vers Taffranchissement de ce préjugé de la périodicité ; comme on Ta dit dans un des livres les plus classiques (2) : « C'est grâce à notre conquête de rAlgérie que nous avons pu sortir de la tierce et de la quarte, nous affranchir du préjugé nosographique du type, et rentrer ainsi dans une voie plus large pour la pathologie, plus droite et plus pratique pour la médecine. En Algérie, il nous a été donné de voir les types effacés et confondus, et nos fièvres intermittentes classiques changées en continues, comme pour signaler le vice d'une pyrétolpgie exclusivement fondée sur la considération du type. C'est là que nous avons appris à mieux connaître, non pas les fièvres intermittentes^ mais les maladies miasmatiques. »
Maintenant donc qu'à cet égard les préjugés ont fait leur temps, il y a lieu d'adopter, devant certaines formes, le nom de fièvre continue sans réserve aucune, sans y ajouter d'expression qui fasse supposer que cette continuité n'est
(1) Voir Boudin, loc, cit,^ p. 29.
(2) TrouB&eau et Pidoux, Traité de thérapeutique et de matière tnédioÊle, t*) édit., t. lî, p. 445.
pas réelle (1) ; car pour ceux qui ont vu ces formes, la con tinuité est aussi absolue, plus absolue peut-être que celle de nos pyrexies les plus vulgaires, la fièvre typhoïde par exemple (2). Contester aux médecins anglais qui habitent
(1) De tout temps, et en Europe spécialement, où les fièvres telluriques sont surtout intennittentes, les praticiens les plus éminents ont reculé devant l'évidence des faits de fièvres continues, où ils n'ont vu qu'un masque de périodicité.
Ainsi l'auteur du plus admirable livre que nous ayons sur les fièvres, Tort! établit en maints passflges qu'on ne doit passe rendre au témoignage de ses sens, que là où cenx-ci voient continuité, l'intelligence doit voir périodicité ; pour lui Sylvius a émis un dogme d'or par cet aphorisme : « Aliud esse continue febricitare, aliud febre continua laborare. » (Torti, Therapeutices spécialisa lib. V, cap. III.) Dès lors le champ devient libre pour démentir, an gré des doctrines régnantes, le témoignage des sens, et l'on peut transformer à rinfini les allures cliniques réelles d'une affection, en soutenaot qu'elle n'est pas oe qu'elle semble être, qu'elle est périodique, par exemple, là où elle est continue. ,
Combien d'observateurs, et des plus illustres, ont ainsi fait plier les faits à la doctrine : Lind^ par exemp'e, racontant l'histoire de fièvres rémittentes, dont la rémission était parfois imperceptible pendant plusieurs jours (Lind, Es^ai^ etc., ch. i, sect. I, p. 28) ; et Pringle disant de fièvres analogues : «< Les rémissions se trouvaient quelquefois tellement imperceptibles que la fièvre paraissait presque continue. » (Pringle, Observations sur les maladies des armées^ ch. iv, § 2.)
Et sans remonter si haut : « J'ai vu, dit Bailly, des malades qui, examinés à tous les moments du jour, ne présentaient aucune rémission ; il est probable cependant qu'elle existait. » On voit combien à priori ce dernier observateur devait être disposé à nier la continuité des fièvres palustres, quand, obligé d'en voir à Rome, il cherche à ^expliquer, sait-on pnr quoi P par une série trop rapide d'intermissions : « Qu'on fasse tourner une roue dentelée avec rapidité, les dents ne sont plus visibles, et cependant, dans la réalité, il y a de véritables interroissions dans leur apparition successive vis-à-vis un point donné. » (Bailly, Traité anatomo- pathologique des fièvres intermittentes^ page 38.)
Pourquoi cet attachement aveugle au type P Uniquement parce que depuis des siècles l'observation a été bornée aux fièvres d'Europe, fièvres essentiellement périodiques, là surtout où observaient Sydenham, Morton, Mercatus, Sylvius, dont l'autorité ne doit plus prévaloir devant les observations recueillies dans les régions qu'ils ne connaissaient pas.
(2) On sait combien sont fréquents, au début de la fièvre typhoïde, les accès périodiques, à type plus ou moins "régulier, qui en signalent l'invasion.
les Indes, la continuité réelle des fièvres palustres qulls y observent, c*est leur donner le droit de nier la périodicité K*elle de ces mômes riù\ros dans nus climats fl) ; car, d'après ce qu'ils voient, ils sont fondés à faire de la rémittence et de la continuité le type caractéristique de l'endémie palustre, tout aussi bien que pour nous ce type a été longtemps et exclusivement Tintermittence.
C'est ce qui prouve une fois de plus que ces afifections ne doivent plus être, ni au nord ni au sud, déterminées d'après leur type, ce qui en ferait des maladies complètement opposées, mais d'après leur étiologie qui, seule, leur est commune, et permet de les réunir en un même faisceau, qu'on les appelle miasmatiques ou telluriques (2).
Ceux qui ont fondé ThiRtoire de cette affection, MM. Louis, Andral Bortoat^oot soigneusement relevé ces pht^nonièaes périodiques du début, et maintes obM^ vations, consignées dans la Clinique médicale de la Charité^ commencent par ces mots : « Au ^ébut, fièvre rémittente, tierce, quotidienne, double tierce, etc. > (Andral, loc. cit,, passim.)
(1) C'est comme si un médecin, ayant pratiqué aux Indes, où la contiDiiité prime tout, allait exercer dans le nord de TAIIcmagne, et que, dans ce domaine de la tierce et de la quarto, il proposât d'appeler les maladies dtt pseudo-intermittentes, (Trousseau et Pidoux^ Ion. cit.^ p. 447.)
(2) Il nous est difticilu de comprendre qu'un observateur, qui cependant a vu et décrit avec taut do distinction les maladies des EurojM^'ens dans les piyrs chauds, là où dominent les formes continues, ait pu conserver ce respect tn* ditionnel du type périodique. « La dénomination de fièvre intermittente, sous laquelle on a de tout temps désigné là fièvre paludéenne, prouve l'importancij qu'on a toujours attachée à ce type, et, si elle parait impropre dans les cas où l'intermittence ne se reconnaît phis, elle n'en doit pas moins êtn considérée comme exprimant un caractère essentiel des fièvres palustres.» (Dutroulau, Maladies des Européens dans les pays chauds^ 2«édit., p. 230.) Si la fièvre paludéenne a de tout temps été désignée sous le titre de fièvrs intermittente, c'est que toute son histoire a été concentrée, jusqu'à ces de^ nières minées, dans les pays tempérés, où, en effet, elle est presque exclusivement intermittente. On voit, au reste, que, comme les auteurs précédemment cités (voir note de la page 133), M. Dutroulau admet, dans ce passage, qu'on dépit des symptômes continus, on n'en doit pas moins affirmer Tintermittence de toutes ces affections.
Il faut donc reconnaître la profonde vérité du principe établi par Boudin (1), que Tintoxication est susceptible de se phénoméniser sous les types intermittent, rémittent et continu.
Mais nous ne pouvons admettre avec le même auteur qu'il y ait corrélation entre l'intensité de Tintoxication et le type de la phénoménisation, celui-ci étant d'autant plus continu que le degré de l'intoxication est plus élevé, tandis qu'à la dose la plus légère, l'intoxication détermine les accidents morbides les plus distants, les plus intermittents (2) ; nous allons voir au contraire que, dans les pays chauds, les formes les plus continues se manifestent généralement avant que les émanations du sol soient à leur maximum d'intensité, que d'autre part elles frappent surtout les nouveaux venus ^ tandis que les types tierce, quarte, septénaire, et autres plus rares encore, sont le propre des individus antérieurement atteints et plus profondément intoxiqués.
Ainsi que nous l'avons fait pressentir plus haut, c'est moins d'après l'intensité d'action du miasme que d'après deux influences d'un ordre tout différent, d'une part la température, d'autre part la date de l'intoxication, que l'on verra prédominer les formes soit continues, soit intermittentes.
2o INFLUENCE DE LA TEMPÉRATORE SDR LE TYPE DE LA FIÈVRE.
L'influence de la température se traduit tout d'abord par la distribution géographique de ces diverses formes, d'autant plus continues qu'on les observe plus près de l'équateur, d'autant plus intermittentes qu'on les observe plus près de leurs limites septentrionales.
(1) Boudin, loc, cit., p. 131.
(2) Boudin, tV/., p. 123.
I3ft SYMPTOMES.
G*est là un fait mis aujourd'hui hors de doute par des observations rocnoillics sur toute la surface du globe.
On sait on effet que, dans le centre de notre Europe, le type tierce est lo plus l'n'H|uent ; ainsi, h Ttibingen, Griesinger a vu 2K8 tierces pour 122 quotidiennes, et la plupart des observateurs allemands ont constaté des proportions analoiîues (J); aussi dans ces niions a-t-on voulu parfais établir que la tierce était le typeori«(inel, le premier rhythme de la fièvre intermittente (2). A mesure qu*on descend vers le sud, on observe non-seulement Taugmentation des quotidiennes, mais l'augmentation aussi des rémittentes; ainsi, dans la Bresse, Nepplc ()J) constate déjà plus de quotidiennes (198) que de tierces (115), et rapporte un grand nombre d'observations de fièvres rémittentes et même continues. Cette transition s*accentue plus encore en Algérie, où les types rémittents prennent une fréquence plus considérable (4), en même temps que parmi les fièvres périodiques domine celle dont les accès sentie plus rapprochés, la quotidienne (5); enfin, sous les tropiques, les intermittentes de tous types, même les
(1) Griesinger, hc, ci7., p. 27.
(2) Pendant longtemps, d'excellents observateurs, Scnac, Fernel, MortM ont même contesté le rhythme quotidien» donnant à ce type le nom dédouble tierce; c'est à ce titre que Fernel a pu dire : « Onaniuin quidem febrium rarissima est quotidiana, quœ vix ex sexcentis una contingit. » (Feroelu Pathol., Mb. IV, cap. xii.)
(3) Nepple, Traité sur les fièvres rémittentes et intermitUntet, ie^n symptômes et leur traitement. Paris, 1839.
(4) Ainsi, d'nprùs la statistique médicale de l'armée, nos hôpitaux militiim
„,, .. , ,„^« (10,790 lièvres intermittentes.
d'Algérie ont reçu en 18G3 : { „,. .,, . .,. ^
^ ^ I 2,090 liiivres rémittentes.
I ^2»'^^^' fièvres intermittentes.
®" I 2,228 fièvres rémittentes.
1 ^^»^^^ fièvres intermittentes, j 3,199 fièvres rémittentes.
(5) Voir Durand de Lunel, Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittenfes, p. 17 et suivantes.
quotidiennes , sont rares relativement aux types continus.
La répartition du type quarte est une conjfirmation de cette loi ; commune dans le nord de rAUemagne, où elle représente jusqu'à 15 et 20 pour 100 des fièvres intermittentes (1), plus rare à Vienne et dans la Bresse, ne figurant plus en Algérie que dans la faible proportion de 0,5 pour cent (ou ^) des^fièvres périodiques (2), la fièvre quarte semble ne plus être représentée que très-accidentellement dans les climats chauds (3).
Le tableau III complétera la démonstration de cette répartition des fièvres suivant leurs types. Il consiste dans le rapprochement de trois statistiques, établies à des latitudes très-différentes, et où Ton voit admirablement ressortir cette loi de distribution géographique.
(1) Griesingcr, /oc. ct7., p. 17.
(2) Nous établissons ce chiffre d'après les documents suivants empruntés à M. Durand, de Lunel :
M Antonini et Monard frères ont reconnu, à Alger, sur 776 cas : 599 quo- « tidiennes, 171 tierces et 6 quartes.
« M. Maillot Yoit, à Bône, en 13 mois, sur 2,338 cas : 1,582 quotidiennes, « 730 tierces et 26 quartes.
« M. Finot, à Bliduh, reconnaît, sur 4,849 cas : 2,984 quotidiennes, 1,206 « tierces, ?1 quartes, et 614 rt^mittentes.
« Casimir Broussais, à Alger, observe sur 689 cas : 413 quotidiennes, « 259 tierces, et 17 quartes.
« Enfin sur 625 cas que j'ai moi-même observés à Ténès, j'ai reconnu : <c 4l8 quotidiennes, 201 tierces, et 6 quartes. » (Durand, de Lunel, Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittentes. Paris, 1862, p. 17 et 18.)
(3) A Bombay, Moreliead n'a pas rencontré un seul cas de fiëyre quarte sur 243 indigènes traités pour fièvres à la Clinique; dans l'hôpital européen de cette même ville, il n'en a vu qu'un nombre très-minime sur 1344 fiéyreux. [Clinical Researches on diseases in India. 1860, p. 17.) De même, dans l'Amérique centrale, parmi les intermittentes, la quotidienne est de beaucoup la plus fréquente, la tierce est très-rare, et à peine a-ton occasion d'observer la quarte. (Frantzins, des Fièures observées à San-José de Cosia-Rica, in Virchow's Archiv.y mai 1868.)
TABLEAU m
Fréqueuce relative des divers types de la fièvre à trois latitudes diflérentci, & Vienne, en Algérie, aux Indes orientales.