‹ Traité des fièvres intermittentes (volume 2)Chapitre 61 sur 87 · A. HYPERTROPHIE ET INDURATION DE LA RATE · texte numérisé non relu

A. HYPERTROPHIE ET INDURATION DE LA RATE

Dans la cachexie palustre la rate prend un caractère anatomique presque inverse de celui qu'elle offre dans la fièvre pernicieuse : au lieu de l'hypéremie avec ramollissement, il y a hypertrophie de l'organe, hypertrophie reposant essentiellement sur le développement de sa trame fibromusculaire ; d'où résulte, en même temps que l'augmentation de volume, une induration plus ou moins considérable avec sécheresse du parenchyme ; la circulation splénique est parfois tellement entravée par cette hypertrophie de la trame fibreuse, que l'organe présente un aspect exsangue et lardacé.

Mais ce travail d'hypergénèse organique ne se fait pas isolément ; il est accompagné et entretenu par le processus habituel et primitif de toute hypertrophie, par des exsudations plastiques qui envahissent le parenchyme et se remarquent à la coupe sous forme de zones, de plaques, ou de noyaux alternant par leur blancheur avec des marbrures ardoisées, pigmentaires, indices des fréquentes congestions

(l)Un des meiUeurs travaux sur cette question est celui de H. Catteloap, Recueil des mémoires de méd. milit, , t. VHI, 2» série. (2) Durand, de Lunel, loc. ciL, p. 42.

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de l'organe. Ce n'est pas tout, la capsule d'enveloppe prend sa part à ce travail hypertrophîque, et s'épaissit notablement ; elle se recouvre en outre de fausses membranes parfois isolées en plaques disséminées (1), parfois continues et formant une coque complète composée de plusieurs couches, et dont l'épaisseur peut aller jusqu'à deux ou trois centimètres.

C'est grâce à cet épaississement, et à cette induration de tissu (2), que la vie est compatible, sans accidents mortels, avec des rates aussi grosses que celles dont sont porteurs les habitants des pays à fièvres. Si, arrivée à ce volume, la rate conservait la mollesse et la friabilité qui sont le prop fe de l'intoxication aiguë, elle se romprait au moindre choc, et par son simple tiraillement sur l'épiploon auquel elle est suspendue.

Comme pour justifier cette proposition, nous mentionnerons un des dangers qui peut résulter pour le cachectique du retour de la fièvre ; par le ramollissement qu'elle entraîne momentanément dans le tissu splénique, cette fièvre diminuera, surtout si elle est violente, la consistance de ce parenchyme, et prédisposera ainsi à des ruptures de cet organe (3). Cet accident peut aussi être entraîné par un autre mécanisme ; les exsudations qui se font à la surface de l'organe peuvent produire des adhérences qui fixent la

(1) On remarque fréquemment chez les cachectiques des plaques blanchâtres sur cette capsule, analogues comme aspect aux taches laiteuses du péricarde.

(2) Les habiUnts du Phase, qui boivent des eaux marécageuses, ont, dit Hippocrate, la rate épaissie et indurée.

(3) Ces accidents sont relativement Tort rares; ils ont été l'objet d'un article très intéressant de M. E. CoUin qui, à lui seul, en a recueilli un chiffie considérable d'observations, puisqu'il en a vu huit cas; l'auteur insiste avec raison sur l'importance toute secondaire de l'hypertrophie splénique commo cause de ces ruptures, qui succèdent surtout au ramollissement entruîné par lo retour des accès fébriles. (Voir Recueil des mémoires de médecine militaire, t' série, t. XV.)

raie de l'organe n'est pas ajtérée, la capsule est fortement tendue ; la glande est finement granulée, plus dure et plus tenace que d'habitude ; le poids s'élève fréquemment à 2500 et 3000 grammes.

Malgré le développement considérable du tissu conjpnctif, il est rare que cette altération du foie conduise plus tard à la cirrhose qui, en somme, est rare chez les anciens fiévreux (1).

L'organe est généralement décoloré, et cette décoloration

I commence par des îlots arrondis, oti l'on constate l'infil-

,| tration, et même la distension i graisseuse des cellules. Ces

-^ îlots sont rendus souvent très-apparents par les stries

- pigmentaires, vestiges d'anciennes congestions des veines

u interlobulaires, qui, entourant la circonférence de ces

. - noyaux blanchâtres, donnent à la coupe du foie un aspect

^ de noix muscade que nous n'avons jamais vu aussi net dans

a aucune autre affection ; parfois la pigmentation domine

u davantage, et Ton a le foie bronzé olivâtre décrit par

^ Stewardson et par Haspel (2) ; ou bien, au contraire, c'est

1 la dégénérescence graisseuse qui se généralise, et le foie est

uniformément blanc jaunâtre comme celui des phthisiques.

• J'ai eu deux occasions d'observer la dégénérescence céru-

mineuse du foie chez des sujets dont l'intoxication avait été

contractée en Algérie ; un de ces foies était énorme, pesant

près de 3000 grammes ; tous deux semblaient exsangues,

brillants à la coupe ; dans l'un et l'autre cas, il y avait eu

A . des hémorrhagies intestinales, indice d'un obstacle au cours

du sang dans les radicules de la veine porte.

$ (1) Je n'ai pas eu à Rome un seul cas de cirrhose dans mon service ; mais,

par une singuli{.'re coiocidence, J*ai perdu depuis mon retour deux militaires

atteints de cirrliose, et qui tous deux avaient appartenu au corps d*occupa'

' tion de Rome; l'un d*eux seulement avait eu les fièvres en Italie: mais, cbez

lui comme chez Tautre, l'affection semblait avoir pour cause principale des

' excès alcooliques*

(7) Haspel, ioc, cit., t. 11^ p. 230.

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