L. Colin, Fièvres. 2 k
370 TKAITEMENT.
Mais, tout en reconnaissant Timportance des services rendus par ceux qui, en formulant d^une manière aussi absolue le danger des émissions sanguines, ont remédié à Tabus qu*on en faisait tout d*abord, nous verrons qu'il est des cas où ces émissions sont formellement indiquées ; nous le prouverons en traitant de la thérapeutique spéciale des fièvres comateuses (1). Il en est de môme des méthodes évacuante et stimulante, qui seront toujours donirnées comme importance par l'emploi du quinquina, mais qui, conjointement à la méthode antiphlogistique, constituent en première ligne ces médications dites éventuelles par M, Durand (2), auxiliaires par Boudin (3), et dont rimportance est telle parfois qu'on peut à bon droit leur rapporter le salut des malades.
a 11 pourra donc y avoir selon les formes, selon les éléments morbides, selon les degrés de gravité, selon les organes souffrants, et selon divers épiphéncmènes, des médications diverses à ajouter à la médication fondamentale, à la médication par le quinquina (4). »
3° Action médicale dn sulfate de «alnlne.
L*action médicale du quinquina et on particulier du sulfate de qniniiie semble indépendante et de son actiou physiologique et de ses propriébi chimiques.
Le quinquina suffisait au siècle dernier pour combatlreel guérir en mainte occasion les fièvres même pernicieuses; il
(1) Morehead consacre des considérations intéressantes à l'étude deeei# Acuités d'un traitement, où le praticien hésite forcément entre VeidaSàm générale qui demande les déplétions sanguines, et rimmineoce d'un coUi]» auquel il faudra opposer l'emploi des stimulants. (Morehead ioc, ciL^p.\^]
(2) Durand (de Lunel), ioc, cit., p. 338.
(3) boudin, ioc. cit.^ p. 316.
(4) Durand (de Lunel), ioc. cit., p. 340.
suffirait aujourd'hui encore dans presque tous les cas, et, comme il est aussi d'autre part le meilleur remède aux accidents de l'intoxication chronique, on doit le considérer comme la base de la médication des affections telluriques dans toutes leurs formes.
La découverte du sulfate de quinine est venue multiplier les bienfaits de l'écorce du Pérou, en mettant aux mains du médecin une substance qui, sous un petit volume, en recèle toutes les vertus contre les manifestations aiguës de l'intoxication; grâce à cette découverte, il n'est plus nécessaire de ces doses énormes de médicament, comme en donnaient Morton, Sydenham etTorti, qui n'avaient à leur disposition que le quinquina dont l'administration, en quantité relativement considérable (de 8 à 30 grammes), était bien difficile et parfois impossible au milieu de l'orgasme fébrile, et des troubles gastriques si constants dans les formes graves.
On a cherché à analyser l'action thérapeutique du sulfate de quinine, en se basant d'une part sur ses effets physiologiques, d'autre part sur l'analogie de cette action avec celle d'autres substances médicamenteuses.
Les recherches si intéressantes de M. Briquet établissent nettement la diminution et de la chaleur et du mouvement circulatoire sous l'influence du sulfate de quinine (1) ; les observations et les expériences du même auteur prouvent également l'action hyposthénisante de ce composé sur le système nerveux, fait qui ressort évident au reste des symptômes du quinisme, ou ivresse quinique.
On peut mênie, comme l'a fait M. Gubler (2), réunir, en une seule conception physiologique, ces deux influences exercées et sur le système nerveux et sur la circulation, en
(1) Briquet, loc, cit.^ p. 21 et suivantes.
(2) Gubler, Commentaires thérapeutiques du Codex medicamentarius, Paris, 1868, Art. QtiNNE.
que toutes ces autres substances, il préviendra presque constamment un accès périodique, produira. la cessation presque subite d'un symptôme pernicieux, ou en empêchera la réapparition.
11 doit donc avoir une place, mais une place à part dans la matière médicale.
On a voulu en faire un antipériodique ; mais, dans Tiihtoxication tellurique, son indication n*est pas limitée aux types intermittents; son efficacité n*est pas moindre, et toujours elle est plus utile, vu leur gravité, dans les formes continues et rémittentes; n*avons-nous pas dit que les pernicieuses, même les comitées, cessent presque constamment d*étre périodiques à l'apparition des symptômes graves?
On a voulu conclure de son action physiologique générale à son action thérapeutique ; il faudrait alors que les symptômes du quinisme, ou ivresse quinique,- les vertiges, les tremblements, la titubation, parfois même le délire et les troubles convulsifs, constituassent un appareil morbide ioverse de ce que nous observons dans les fièvres graves; or ces symptômes ressemblent singulièrement au contraire aux troubles prodromiques dont nous avons signalé ailleurs (1/ l'importance chez certains malades menacés d'une atteinte pernicieuse (2).
fi*en développe pas moins, rélimination de Tarée est plus faible quedansd*intres accès où la quinine n*a pas été administrée. (Griesinger, ioc cit<t p. ^9.|
Quant à Taciion du sulfate de quinine sur la fibrine du sang/qui en sertit diminuée suivant Métier, Monneret, Legroux, augmentée suivant Briquet^ oetie action est encore bien obscure en raison du véritable dimorphisme de cet élément du liquide sanguin; et l'augmentation ou la diminution absolue ei fussent-elles démontrées, on ne saurait en conclure positivement aujourd*!!» à la valeur réelle du sulfate de quinine sur la crase de ce liquide, les tnvauzde TÉcole allemande ayant singulièrement modifiû ropinîon qu'on stifiiisait en France de Timporiance de la quantité plus oj moins grande de li flbriue du sang.
(1; Voir page 225.
(2) Je ne parle bien entendu que de malades auxquels on u*avaitpasadiiii*
Quoi qu'il en soit, rinfluence très-contestable du quinquina et de son principal dérivé, le sulfate de quinine, sur les fièvres en général, leur puissance presque absolue au contraire contre toutes les manifestations aiguës de Tintoxication palustre (1), devaient inspirer ridée d'une action directe de ces médicaments contre la cause toxique elle-même, contre ce miasme qu'on se représente habituellement comme un pnoduit de décomposition putride. Et, depuis deux siècles, les expérimentateurs les plus renommés ont cherché à pénétrer cette puissance occulte du médicament.
Morton admettait, sans plus d'explication, que le quinquina neutralisait le miasme ; Torti émettait l'hypothèse de cette même neutralisation qui s'opérait, suivant lui, dans l'intestin oîi le quinquina atteignait le ferment fébrile avant que celui-ci ait pénétré dans les chylifères.
Un des médecins les plus éminents du siècle dernier, Prîngle, a essayé, par des expériences bien connues , de prouver l'action antiseptique du quinquina sur les matières animales en putréfaction ; i.l constatait que la viande, saupoudrée de quinquina, se décomposait moins vite (2) ; et il se demandait si la vertu fébrifuge de l'écorce du Pérou n'é* tait pas simplement une propriété antiseptique; mais l'esprit sage et philosophique de Pringle ne se contentait pas d'une première série d'expériences ; ce grand observateur fit des essais comparatifs ; et, constatant dès lors la même
nistré de sulfate de quinine en quantité suffisante pour expliquer de semblables symptômes.
(1) « De plus, le sulfate de quinine est tout aussi efficace contre toutes les irrégularités ou les variétés qui rendent souvent la fièvre si peu semblable à elle-même, que contre les fièvres dont l'ordre des symptômes et la régularité des accès n*out subi aucune altération, ce qui ne peut se comprendre que d'une action plus spéciale que celle qui ne s'adresse qu*à la périodicité. • (Dutroulau, loc. cit., p. 243.)
(i) Pringle^ Mémoires sur les substances septiques et antiseptiques. Expériences 12 et 13.
action antiseptique dans la camomille, la serpentaire, Tabsinthe, il en conclut sagement que, §i relativement à ces autres substances, le quinquina guérit si rapidement la fièvre, c'est qu'il recèle une bien autre vertu que la propriété antiseptique qui lui est commune avec elles (1).
Ces expériences de Pringle sont devenues, depuis quelques années, le point de départ d'autres recherches, ayant pour but l'étude de l'action antiseptique, non plus du quinquina en nature, mais de ses dérivés salins, et en particulier du sulfate de quinine.
C'est d'abord Polli qui étudie comparativement l'action antiputride du sulfate de quinine et de l'arsenic, et voit dans leur analogie sous ce rapport la raison d'être d'une vertu fébrifuge commune (2).
C'est ensuite Pavesi qui renouvelle à Milan ces expériences sur une plus grande échelle, et qui constate l'action
(1) Pringle, loc, cit., 13^ expérience.
(2) Suivant PôUi, deux grammes de sul/ate de quiûine ont un pouvoir antiseptique identique à un décigi-amrae d'acide arsénieux, d'où rapport entre ce pouvoir et la puissance fébrifuge des deux substances {Memorie ffel reale Istituio Lomhardo, 1861). On sait au reste toute l'exieusion que Polli a donnée, dans une série d'intéressatites recherches, à l'étude de l'action sur l'organisme des substances antiputrides et antifermentativ^s. Parmi ces dernières il a préconisé tout spécialement les sulfites, se basant d*une part sur ceue considération que les propriétés antifermentatives de l'acide sulfureux sont parfaitement conservées dans les sulfites alcfflins ou terreux, d'autre part sur l'innocuité pour l'homme de doses quotidiennes de 8 à 10 grammes de sulfite, doses bien suffisantes pour empêcher ou arrêter les fermentations morbides.
Les animaux auxquels on a administré une certaine quantité de sulfites, et que l'on tue, présentent leur urine, leur sang, leurs viscères et leurs muscles plus réfractaircs à la putréfaction ; ils résistent à l'action morbifiqueda pus, du sang putréfié, ou du virus morveux injecté dans leurs veines.
Les sulfites sont donc pour Polli la base d'un traitement antifermentatif extrêmement puissant dont l'expérience clinique aurait confirmé l'action dans plusieurs maladies graves de lliomme, maladies parmi lesquelles figurent les fièvres intermittentes, {PoWij Suf le malatie da fermenta morbifico, Milan,l8(l4, et Bouchardat, Annuaire de thérapeutique pour 1868.) Voir plus loin : Scc-
CéOANÉS UU SULFATE DE QUININE.
ar
j antiputride de la quinine sur la chair musculaire, le sang, I l'urine, Talbumine (1); d'oîi il conclut, bien rapidement il ^ nous semble, à la neutralisation dans le sang, par la qui- ^ nine, des éléments du miasme palustre (2).
Un professeur de l'université de Bonn, M. Binz, vient de ^ donner un intérêt tout spécial aux recherches de ce genre, ^ enles étendant à l'action du sulfate de quinine sur les subs- . tances mêmes qui ont été considérées comme recelant le miasme fébrifère (3).
Comme les précédents observateurs, il constate d'abord que la viande, mise en contact de solutions, même très-étendues, soit do sulfate de quinine, soitd'acide arsénieux, résiste d'une manière très-marquée, même à une haute température, aux progrès de la putréfaction (4). Il- rappelle les preu-
(1) De môme sur le lait et le beurre; suivant Pavesi, la quinine retarderait v* aussi la fermentation du lait de sucre, Tact ion de ladiustase sur Tamidon, de J'aroygdaline sur Témuisine, de la pepsine sur la viande, etc. [Virchow^s Archiv fur pathologùche Anatomie, fév. 1869.)
(3) « Par une admirable concordance (dit M. Durand qui admet cette lutte, ^ dans Téconomie, du quinquina contre le miasme), le quinquina agit à la fois ' eoname tonique sur l'essence de la lièvre, et comme antiseptique sur la cause
matérielle la plus énergique de cette affection : comme antiseptique, il ira détruire la substance délétère, le miasme, accumulée dans le foie et la rate; eomme tonique, il rendra à ces deux organes, depuis longtemps asthénisés par le contact du miasme, IVoergie voulue pour se débarrasser à tout jamais d« la matière infectante. » (Durand de Lunel, loc, cit,, p. 325.) (8) Voir Binz, Virchow^s Archiv, février 1869.
(4) Une remarque que nous voyons, avec satisfaction, enregistrée par cet observateur, c'est que, malgré sa vertu a*hiiputride, le sulfate de quinine favorise, plutôt qu'il ne l'entrave, la production do certains parasites microscopiques, auxquels on est cependant aujourd'hui disposé à faire universellement jouer le rôle de ferments putrides. Nous-même avons constaté que les solutions acidulées de sulfate de quinine préseutaient. au bout de quelques Jours, des nuages de plus en plus épais, dues à une végétation cryptogamique.
I Notons donc, en passant, que les substances les plus antiputrides peuvent
( favoriser le développement de parasites; le bichlorure de mercure lui-même,
i mêlé à l'eau de mélisse, entraîne de nombreuses productions de ce genre ; on
I ne peut donc conclure aussi absolument qu'on l'a fait de l'action to!iique
■ d'nne substance snr les microorgaiiismes à son action antiputride.
vcs cliniques de la vertu antiputride delà quinine, constitées par Giesoler qui Ta employée topiquement contre certaines plaies de mauvaise nature, le noma, les ulcères chroniques, etc.
Mais les recherches les plus intéressantes de M. Binz reposent sur les expériences dans lesquelles, après avoir introduit dans les veines ou le tissu cellulaire de certains animaux (chiens et lapins) des liquides provenant de matières végétales en putréfaction, d'herbe et de foin pourris par exemple, il constate que le sulfate de quinine atténue les symptômes septicémiques, et retarde notablement la mort.
Malheureusement nous constatons dans ces expérieBces un fait qui en restreint considérablement Timportance à nos yeux, c'est que les phénomènes provoqués chez ces anifflaoi ont été les symptômes d'infection putride, et nullement ceux que produit la malaria, même dans les cas pemidesi (1); aussi M. Binz est-il arrivé à des résultats du mtae genre en injectant du pus dans les veines, puis en administrant le sulfate de quinine ; ces expériences sont donc
(1) On sait aa reste que la plupart des animaax sont réfractaires à «itt intoxication . Bailiy avait contribué largement à accréditer ropinion de ilifluence pernicieuse de la malaria sur les animaux ; il cite eo particulier (kt, cit. y p. 7) les épizooties qui parfois ont décimé et môme presque entièrentf détruit les grands troupeaux de la Campagne romaine. L'une de ces épattties est restée célèbre et par la description que nous en a donnée Landa,!! par sa gravité qui fit périr 26,000 animaux de Tespètce bovine dans It Ov pagne romaine. Au moment même où nous arrivions à Rome, en \^t^ épizootie tout aussi meurtrière et d'ufle nature identique venait de sévirent lement sur ces mêmes troupeaux, et de rniner plusieurs propriétaires. I>* ces désastres ne sont que des épisodes locaux de Tinvasion, sur prefiqoetN* l'Europe, de la peste bovine, de cette maladie née dans les steppes dasnd^t de l*£urope, dont elle franchit parfois les limites pour se répandre lor l> reste du continent. Une commission instituée à Rome pendant cette deroèrt épizootie en a parfaitement établi l'importation dont elle a démontré l'itlKruire par l'Illyrie, l'Adriatique, les Abruzzes; cette même commission, pir M série d'expériences parfaitement dirigées, a prouvé le caractère contagieu de cette peste, qui ne relève donc d'aucune cause locale, endémique.
Lancisi lui-même insiste sur l'importation de l'épizootie qu'il a otecrWc
plutôt faites pour encourager les adeptes de la médication . quinique dans les affections septicémiques, que pour nous I donner une preuve directe de la neutralisation dans Torga-
nîsme du miasme fébrifêre dont, au reste, les produits de d putréfaction végétale ne suffisent pas, comme nous Tavons ji établi plus haut (voir page 8 et suivantes) à représenter et à t fournir tous les éléments (1).
I Somme toute, rien encore ne nous indique d'une manière I positive l'action intime du sulfate de quinine; nous n'avons il aucune preuve de son influence directe, dans l'organisme, 0 sur le principe même de la maladie ; la fréquence même des ggrécidives, chez les individus qui ont pris des doses considé- ^fablesde ce médicament, et qui en outre ont été soustraits .fiepuis à de nouvelles conditions d'infection, semblerait au ^jdDntraire^ prouver que le sulfate de quinine ne guérit pas les jifièvres intermittentes par sa lutte contre un principe nuisis/Me, matériel, emprisonné dans l'organisme, et qu'il n'a de
1713, comme Tindiqae le titre de son travail: Dissertatio historica de Bo- ^wéiiéi peste, ex Campaniœ finibus Laiio import ata,
' An reste, tous les voyageurs qui ont parcouru la Campagne romaine et %Mêiiie la zone palustre du littoral des États Pontificaux, ont pu admirer le Mireloppcment magnifique des bœufs et des buffles qui habitent ces milieux ■llMM^abres ; si, dans la Bresse et la Sologne, le gros bétail dépérit rapidement, llè^ast sans doute sous Tinfluence d'autres causes que les émanations du sol. ti ' Bailly cite en outre, comme épizooties dues au miasme, le sang de rate des gUMNitoDs en Sologne, la clavelée en Hongrie {loc, cit., p. 7 et suiv.); ces ynPKtlona, mieux connues aujourd'hui, inoculables, ayant leur virus spécial, glIJVHit aucun rapport avec les affections à quinquina. Quanta Monfalcon {ioc. ^tm , p. 737), il n'apporte aucun fait concluant à l'appui de la prétendue g|toloiication palustre des animaux.
^ (l}Polii a proavé, du reste, comme nous l'avons dit plus haut (p. 376, n. 2)« *^iie le sulfite et l'byposulfite do soude, qui, suivant nous, sont loin d'être des ^IMbrifageSrOnt la même action antiseptique que le sulfate de quinine, quand
ijm te administre à des chiens après avoir injecté dans les veines de ces a,ni-
|paax da pus ou du sang putréfié (PoUi, Sul/e malatie da fermenio morbifico, iilan, 1864). N'avons- nous pas mentionné déjà les résultats fort douteux as de remploi d'un autre antiseptique, l'acide phéoique? (Voir page 13, lote 1.)
380 TUAITEMENT.
vertu que contre les manifestations actuelles de reropoisonnement, qu'il n*est en un motquele remède des sympt6mes(l).
On le voit donc, c'est uniquement sur les résultats cliniques que s'appuie jusqu'aujourd'hui d'une manière certaine la valeur du quinquina et de son principal dérivé; heureusement, au point de vue pratique, cette base d'appréciation est-elle de toutes la plus solide et la plus désirable.
Une considération également toute pratique et par conséquent de la plus haute importance dans cette question du traitement, doit compléter encore le tableau des avantages spéciaux de la médication par le quinquina; c'est son innocuité habituelle malgré sa toute-puissance.
Il est*certain que le sulfate de quinine, administré autrement qu'à doses médicales et rationnelles, peut donner lieu aux plus graves accidents; c'est un toxique dont 4'éneigie s'est révélée par de nombreuses expériences sur les animaux, malheureusement aussi par quelques accidents mortels chez l'homme. Mais nous pouvons affirmer que jamais le sel de quinine, alors même qu'il faut y recourir largennat, ot combattre les manifestations pernicieuses les plusgravff, ne sera nécessaire à des doses qui en rendent l'administntion dangereuse pour le malade. Nous ne nions paslaproduction fréquente d'une intoxication quinique parfois asaï tenace, mais dont les symptômes, analogues en sommeà ceux des hémorrhagies, se produisaient iadis sousunaulrt nom, et parfois avec une bien autre gravité, chez les fiévreifl soumis uniquement au traitement antiphlogîstîque.
Les accidents du quînisme sont devenus moins alarmants depuis quel'on connaît mieux les limites qu'il ne faut pasdépasser dans son emploi thérapeutique, depuis surtout jque te émissions sanguines ne sont plus employées qu'accidentdic-
(1) Le sulfate de quinine arrête simplement la manifestatipn morbide, su» en supprimer ia cause. (Briquet, loc, cit.^ p. 308.)
ment, et que, dans le régime des malades, la diète a fait place à une alimentation convenable et réparatrice.
Que de fois n*a-t-on pas reproché au sulfate de quinine les accidents qu'il est appelé à combattre, mettant à son compte, comme nous le rappellerons plus loin, les récidives, l'anémie, l'engorgement des viscères abdominaux ; la majorité de nos soldats atteints d'anasarque d'origine palustre en attribue sans hésitation le développement au sulfate de quinine qui a coupé leurs fièvres, absolument comme leurs camarades, atteints de syphilis, reprochent au mercure la continuation de tous leurs maux.
De même que par une déplétion sanguine on favorise l'action des divers poisons sut les animaux soumis aux expériences, de même dans un milieu palustre, oîi le malade continue à s'intoxiquer chaque jour, on favorise par la saignée la puissance de pénétration et d'action du miasme; mais ce n'est pas au sulfate de quinine qu'on aura simultanément donné, qu'il fautattribuer l'aggravation de l'état du malade.
Les chirurgiens, qui observent dans les pays à malaria, remarquent fréquiemment chez leurs blessés l'apparition de symptômes qui appartiennent, de la manière la plus évidente, aux manifestation^ morbides de la malaria; M. Gocud a résumé dans un travail intéressant les observations de ce genre qu'il a recueillies dans sa pratique en Algérie (1). Des faits analogues ont .été relatés par M. Duboué (de Pàu)(2) qui a vu se manifester des accès de différents types, mais de nature essentiellement palustres, chez des malades atteints de traumatismes , ou ayant subi quelque opération sanglante. Dans ces cas l'hémorragie a joué son rôle de cause
(1) Gocud, des Complications que la diathèse paludéenne peut apporter aux lésions iraumatiques {Recueil des mémoires de médecine militaire j 3* série, t. XVII, p. I).
(2) Duboué, de V Impaludisme ^ p. 1 13 et suivantes.
;i82 TRAITEMENT.
occasionnelle, el favorisé les manifestations d'une diathèse antérieurement acquise ; il n'est pas même besoin, en semblable circonstance, qu'il y ait eu bémorrhagie ; et la simple dépression nerveuse prodiiite par un accident, par une opération non sanglante (l),peut occasionner des troubles analogues.
Contre des complications de ce genre, nos collègues de TAlgOrie n'ont jamais hésité à recourir au sulfate de quinine qui leur a donné les meilleurs résultats, sans qu'ils aient j(unais songé à lui reprocher les complications qui pouvaient nurxonir iluns Tétatde leurs malades.
l*,o^ faits nous amènent à parier du reproche adressé pir U«jrr au sulfate de quinine qui aurait, suivant lui, entraîné Tavortement dans presque toutes les circonstances où il l'avait administré pendant Tétat puerpéral (2). Nous ne prétendons pas, que durant la grossesse, les femmes ne supportent pas plus difficilement que d'habitude le médicament en question ; nous admettons môme qu'il peut en résulter des accidents plus sérieux que de simples douleurs gastralgiqaes,el que les vomissements, déjà si fréquents et si dangereux dieï bien des femmes enceintes, peuvent prendre un caractère de gravité tout spécial sous Tinfluence de ce médicament
Mais encore faut-il se rappeler que la diathèse paludéenne a une action bien autrement dangereuse sur les femmes enceintes, et que c'est surtout à cette intoxication que Ton doit, dans les pays à fièvres, attribuer la fréquence des avoftements. Les observations à l'appui de cette thèse sont nombreuses aujourd'hui (3), et nous ne signalerons que lescon-
(1) Ainsi M. Duboué voit la fièvre intermittente se développer chez aoeoalade qu'il venait d'opérer de la cataracte, par la méthode d'abaiâ8eiiieflt,(t sans aucune inflammation locale consécutive. (Oe VlmpaltuUsme^ page 119, observation VII.)
(2) Rayer, Annales de thérapeutique, 1845.
(3) Voir Bnlletin général de thérapeutique, 1845; et Gintrac, Cours théorique et pratique de pathologie interne, t. VIII, p. C&4.
clusions auxquelles est arrivé à cet égard M. Duboué, d'après les faits qu'il a observés lui-même :
« Pour résumer en quelques mots les caractères spéciaux de rimpaludisme dans les différentes phases que suit, chez la femme, l'importante fonction de la génération, je dirai: que cet impaludisme, né sur place ou importé, crée pour la femme enceinte, et à toutes les périodes de la gestation, un danger de plus d'avortement ou d'accouchement prématuré, danger que nous chercherons à expliquer plus tard par les congestions qu'il provoque dans plusieurs organes et en particulier dans l'utérus (1). »
Malgré les craintes exprimées par Rayer, le sulfate de quinine ne doit-il pas être dès lors considéré comme un médicament plutôt utile que dangereux pendant la grossesse? N'est-ce pas encore la fièvre qui fait ici ce que l'on a reproché au médicament?
Mais non-seulement la grossesse prédispose aux manifestations aiguës de l'intoxication palustre; l'ébranlement nerveux et l'hémorrhagie qui succèdent à l'accouchement aggravent encore cette prédisposition, et, dans les pays à fièvres, l'état puerpéral est une des conditions dans lesquelles, au lieu de repousser le fébrifuge, il y aura le plus souvent lieu de recourir à son action (2).
Il n*y a, en résumé, que bien peu de conditions physiologiques ou morbides que Ton puisse regarder à pnori^ d'une manière générale, comme une contre-indication à la prescription du sulfate de quinine. Tout en reconnaissant que chezc ertains fiévreux le médicament est difficilement supporté, et réclame un mode spécial d'administration, nous verrons que souvent on s'est exagéré aussi cette intolérance de l'organisme dont on saura triompher dans l'immense majorité des cas.
(1) Duboué, de l* Impaludisme ^ p. 128.
(2) Id., ibid,,p, 126.
384 TiUlTEMENT.
Iiisuffl^ancc relaiivo des fiucc«>dané8 du sulfate d« quinine. — Le sulfate de cinclionino a une action th<^rapeutique bien inférieure, et une puissioce toxiqup égale. — Des propriétés physiques et chimiques d'une substance, de ses effets physiologiques même, on ne peut conclure à son analogis d'actiou contre les lièvres avec le sulfate de quinine.
Le prix élevé du sulfate de quinine explique et justifie le f^rand nombre d'essais entrepris pour lui Irouver un succédané. Nous commençons par reconnaître combien il est difficile d*établir la valeur fébrifuge d'une substance quelconque dont on désirerait faire le succédané du sulfatede quinine ; tandis qu'employé chaque jour contre les fonnes les plus redoutables de l'intoxication, ce dernier sel vieot confirmer ainsi de plus en plus la confiance qui lui est acquise, on hésitera naturellement toujours à négligerai arme aussi sûre contre les cas graves, et à abandonner le salut du malade aux hasards d'une médication nouvdie. C'est pourquoi la plupart de ces remèdes n'ont étégénértlement employés que dans des conditions particulières de bénignité, contre les fièvres des climats tempérés, ou bien encore chez des malades qui, atteints dans des localités plus dangereuses, sont revenus en France, n'offrant plus, comme les anciens fébricitants, que des séries d'accès extrêmement courtes, s'épuisant fréquemment d'elles-mêmes, quels que soient les moyens employés.
Avant de se prononcer définitivement sur la valeur t^ brifuge d'un médicament dont on a fait l'essai, et dont oa pense avoir obtenu des résultats positifs, il faut se rendit un compte bien exact des conditions suivantes :
V Les accès qui ont paru céder à la médication nouvelle, n'auraient-ils point cessé spontanément? La méthode employée par Chomel en 1830, quand il voulut expérimenter
les propriétés antipériodiques de la poudre de houx, est pleine d'enseignements pour ceux qui feront des essais analogues, puisqu'en somme les résultats obtenus par Chomel peuvent se résumer ainsi : la poudre de houx n'a donné que des résultats négatifs, alors que Texpérimentation, faite d'une autre manière, eût pu indiquer 19 guérisons sur 22 malades (1).
2*^ Les malades sont-ils, pendant le traitement, à l'abri ou non de la malaria ? Une fièvre ne guérira pas au voisinage d'un marais, ou même à la campagne, aussi rapidement que dans les quartiers centraux d'une grande. ville ; tel fébricitant à Rome voit ses accès se suspendre spontanément en venant habiter la zone salubre de la ville ; comme nous l'avons dit plus haut, la distance à franchir est souvent minime pour passer d'une région dangereuse dans une région salubre, et, malgré le voisinage de nos deux hôpitaux du QuirinaJ, les récidives étaient bien pTus fréquentes dans l'un, chez les malades de l'hôpital Sainte-Thérèse, que chez ceux de notre hôpital Saint-André. Pourra-t-on dès lors comparer à l'action du sulfate de quinine, qui est toujours employé là oîi est le danger, l'action des succédanés dont on pratique généralement l'essai dans des conditions de lieux plus favorables? C'est en rapprochant des faits complètement
(1) Chomel choisit, comme sujets d'expérience, vingt>deax malades atteints de fièvre intermittente. Mais, avant de donner la poudre de houx, il voulut Juger quelle serait l'influence de la simple cxpectation chez ces vingt-deux fébricitants. Dix-neuf guérirent spontanément à Taide d'un régime ém(fllient ou légèrement antiphlogistique. Les trois autres avaient, Tun une fièvre ^aarte, deux une fièvre quotidienne. Le houx leur fut inutilement adminis-* (ré à la dose de 30 grammes, et même de 90 grammes ; ils guérirent au contraire fort aisément avec la quinine. Si donc^ imitant tous les expérimenta*^ tears que nous avons tant de fois cités à propos des prétendus succédanés du luinquina, Chomel eût donné d'emblée la poudre de houx à ses vingt-doux Tialades, on aurait pu conclure à dix-neuf succès quand tout l'honneur rcvc- 1«U à la nature. (Trousseau et Pidoux, Traité de tàérapeuiique et de malien 9^édicaiej t. I, p. 5i80