L. CouN, Fièvres
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toire d*équipages entiers perdus pour être descendus à terre pendant la soirée (1).
Lorsque des circonstances impérieuses, les nécessités de la guerre, obligent de prolonger le séjour de rhomme dans ces milieux dangereux, il faut autant que possible en diminuer le péril en s'entourant d^abord des moyens protecteurs les plus complets ; si c'est une armée par exemple qui tra* verse un pays à fièvres, et pendant la saison épidémique, elle devra, s'il y existe des centres de population, s'imposer aux habitants, s'établir autant que possible dans des maisons, afin d'éviter de passer les nuits soit au bivouac, soit sous la tente qui n'offre qu'un abri insuffisant contre le sol et les brouillards fébrifères (2).
L'histoire ne nous donne que trop d'exemples des dangers courus par les armées qui sont obligées de camper à la surface d'un sol insalubre. Qu'on médite ce passage de Tite-Live, et l'on y reconnaîtra l'influence pernicieuse des émanations telluriques sur.une armée obligée de garder la campagne, les effets bienfaisants, au contraire, sur l'armée opposée, de sa retraite en ville ; il s'agit de la célèbre épidémie décrite sous le nom de peste de Syracuse : a la peste survint qui, attaquant les deux armées, suspendit bientôt tout projet d'hostilités. En effet, dans l'automne, et dans des lieux naturellement malsains, mais plus encore hors la ville que dans son enceinte, une chaleur d'une violence insupportable frappa tous les soldats dans les deux camps ennemis. Et d'abord ils étaient malades, et périssaient par le vice de la saison et celui du terrain qu'ils occupaient.
(1) Lind, /oc. ciï., t. I, p. 299.
(2) Pendant les changements de garnisons qui s'opéraient autour de Rome, nos soldats ne couchaient point en générai sous la tente à leur arrivée aux lieux des étapes ; ils étaient installés, pour la nuit, dans des granges des fermes, des hangars, daus tous les locaux en somme qu'on avait pu trouver sur leur parcours, et qui étaient bien préférables hygiéniquement à un campement quelconque.
Cependant les ravages de la maladie furent plus considérables dans le camp des Carthaginois que dans celui des Romains, qui pendant le siège avaient eu le temps de s'accoutumer au climat et aux eaux. Les Siciliens, qui servaient comme auxiliaires dans l'armée ennemie, se retirèrent chacun dans sa ville voisine, sitôt qu'ils s'aperçurent que le mal se propageait par l'insalubrité du lieu« Mais les Carthaginois, qui n'avaient de retraite nulle part, périrent tous jusqu'au dernier, avec leurs généraux Hippocrata et Hamilcon. Marcellus, voyant un fléau si terrible fondre sur son armée, la fit rentrer dans la ville oîi le séjour à l'ombre et dans les maisons refit les corps languissants (1). »
N'en fut-il pas de même dans cette épidémie qui anéantit, aux pieds du Capitole, l'armée des Gaulois campés, aans abri, sur l'emplacement actuel du Forum et du Velabre (2) ?
L'armée française, campée autour de Rome jusqu'au mois de juillet 1849, n'eût-elle pas couru aussi de véritables dangers, si le siège de la ville s'était prolongé davantage?
On comprend dès lors pourquoi nous insistons également sur la nécessité de créer, au milieu de tout pays fiévreux qu'on voudra assainir, des centres d'habitation donnant, pour la nuit surtout, asile aux travailleurs ; le danger des émanations du sol semble alors se centupler ; il arrive que des chasseurs, qui auront impunément parcouru des marais durant le jour, sont victimes d'accès pernicieux pour avoir de nuit traversé les mêmes lieux.
On atténuera le danger de ces exhalaisons en allumant soir et matin de grands feux qui s'opposent à la précipitation du brouillard fébrifère; c'est un moyen qui a été spé^ cialement conseillé par J ulia-Fontenelle (3) ; Ramel raconte
(1) Tite Live, Histoire romaine, I. XXV, chap. xxvi. — StoU, Médecine pratique, 2* partie, chap. ix.
(2) Tite-Live, Histoire romaine, livre V, ch. xLviii, cité par Stoli, ibid.
(3) Julia-Fontenelle, loc. cit., p. 33.
même que, grâce à rétablissement de foyers allumés qu'on déplaçait à mesure de la marche des travaux, on a pu arriver, sans grand péril, à l'assainissement d'une grande surface marécageuse en Tunisie (1).
On a prétendu que l'habitude, assez commune chez les anciens, des onctions huileuses, constituait pour eux un véritable moyen préservatif contre l'action de la malaria; nous ne pensons pas que la surface cutanée se prête en rien à l'absorption du miasme; mais nous avons vu combien chez l'individu prédisposé, chez celui qui une première fois a été atteint, le moindre refroidissement pouvait être dangereux comme cause occasionnelle d'une rechute; aussi recommandons-nous, comme l'ont fait Brocchi (2), Folchi (3), l'usage des vêtements de laine, et en particulier de la flanelle à ceux qui sont obligés de traverser des pays fiévreux.
Comme l'a prouvé Nepple (4), comme le prouvent chaque jour par leur immunité relative les riches propriétaires de ces régions insalubres, l'observation de ces règles hygiéniques est presque une sauvegarde contre la malaria des climats tempérés ; mais ces règles ne comportent pas seulement les précautions à prendre pour éviter autant que possible tout contact de l'économie avec le miasme, elles comprennent aussi tous les moyens d'augmenter la résistance de l'organisme, de diminuer la réceptivité individuelle, moyens qui sont basés surtout sur le régime alimentaire à suivre.
Petronio résume, à cet égard, ses conseils au nouveau venu à Rome, dans la formule suivante : Victti tenui ac refrigeranti utatur (S). Il est certain qu'en Afrique, comme
(1) R:uncl, loc, cit.^ p. 207.
(2) Voir ÉTIOLOGIE, p. 69.
(3) Folclii, Exercitatio pathologica.
(4) Nepple, /oc, cit, , p. 207.
(5) Petronio, De victu Romanorunif etc.
aux Indes, Texpérience a démontré qu'une grande sobriété préserve souvent de la fièvre, et surtout des rechutes ; mais cette sobriété est celle de la classe assez heureuse pour pouvoir se riraposer sans privations ; aussi a-t-on reconnu partout qu'une certaine aisance est la meilleure condition pour résister à ces causes morbifiques, dont la misère seconde au contraire Tinfluence : « Tinfection palustre est rare, dit M. Duboué, très-rare dans la classe aisée. Les huit dixièmes des cas d'impaludisme que j'ai observés, je les ai vus dans la classe peu aisée ou misérable, et les quelques exemples que j'ai notés parmi les gens riches s*expliquent presque toujours par des imprudences hygiéniques, etc. (1). »
Si, dans des pays plus dangereux que celui oîi pratique cet auteur, la fortune ou l'aisance ne suffisent plus à assurer la résistance individuelle contre l'action du sol, les faits prouvent cependant combien diffèrent les prédispositions du riche et du pauvre, de l'officier et du soldat.
Rien n'est plus dangereux que de traverser à jeun une plaine marécageuse ; les distributions de café, d'eau-de-vie, de rhum, conseillées par nos prédécesseurs en Algérie, par Nepple dans la Bresse, par Coutanceau à Bordeaux (2), ont eu certainement les meilleurs résultats, et ont contribué pour leur part à améliorer l'état sanitaire de notre armée d'Afrique.
Il faut que l'organisme n'ait subi aucune débilitation
antérieure ; nous avons mentionné la prédisposition des in-
(1) Duboué (de Pau) de r Impaludisme ^ p. 112.
(2) « Les ouvriers, travaillant au canal de dégorgement des marais de la Chartreuse, prenaient de l'eau-de-vie plusieurs fois par jour; ils ont été peu atteints. (Coutanceau, îoc, cit., p. 9. ) Il faut noter cependant, pour ne pas s'exagérer à propos de ce fait la valeur de ce moyen prophylactique, que sans doute ces ouvriers rentraient chaquejouren ville à leur domicile; et nous ne sommes pas étonnés qu'ils aient moins souffert de leurs travaux que les habitants voisins des marais ne souffraient des exhalaisons nocturnes. M. Burdel fait également ressortir Tinfluence considérable de Talimeatation. {Loc. ciU^^. 171.)
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dîvidus affaiblis par des saignées, des hémorrhagîes, par toutes les affections qui retentissent sur la nutrition et le système nerveux ; c'est à ce titre surtout qu'est redoutable l'influence de la chaleur, et surtout de l'action directe des rayons solaires ; les phénomènes gastro-bilieux qui en résultent placent immédiatement sous l'imminence des atteintes du miasme, et l'on ne saurait trop insister sur la nécessité de se prémunir, pendant la journée, contre l'influence de la température, et d'adopter, comme le font nos soldats dans les pays chauds, un système de coiffure qui protège spécialement la tête.
30 Éîtranirors Tenant dans les pays IléTrenx.