‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 30 sur 97 · LA FIÈVRE TEI.LURIQDE N’EST PAS NÉCESSAIREMENT PÉRIODIQUE · texte numérisé non relu

LA FIÈVRE TEI.LURIQDE N’EST PAS NÉCESSAIREMENT PÉRIODIQUE

Si dans cette étude je n’avais d’autre but que la description des symptômes de l’intoxication aiguë, je commencerais par donner le tableau des formes les plus vulgaires, les fièvres intermittentes simples, pour m’élever, suivant l’usage, à la notion de fièvre rémittente, puis de fièvre pernicieuse.

Mais je crois devoir adopter une marche presque inverse, et plus naturelle cependant, exposer les faits, non pas d’après leur degré plus ou moins élevé d’apparente simplicité, mais d’après l’ordre suivant lequel ils se déroulent eux-mêmes, soit que nous envisagions leur évolution chez un seul individu, soit que nous suivions les phases successives de chaque épidémie annuelle : car ici, comme dans la plupart des affections qui absorbent, pour la résumer, une constitution médicale, l'observation individuelle nous

donnera des résultats identiques à ceux de l’observation d’ensemble, et nous verrons se confirmer ainsi la loi de Schnurrer (1), sur la ressemblance entre la marche générale de l’épidémie et les symptômes offerts par chaque malade aux diverses périodes de cette épidémie.

Cette régularité d’évolution morbide, nous la constations surtout dans la classe nombreuse des individus atteints pour la première fois sous nos yeux, et chez lesquels nous suivions dès leur début les manifestations successives de l’intoxication.

Nous insistons à dessein sur notre position spéciale de médecin d’une armée étrangère habitant Rome, position qui faisait forcément passer dans notre service d’hôpital une foule de cas de première invasion, et augmentait ainsi notre champ d’observations; au lieu de ne rencontrer que les affections palustres propres seulement aux indigènes et aux anciens résidents, nous avions en outre, chez ceux qui n’avaient subi encore aucune atteinte, l’occasion d’assister au début de leur intoxication, ce qui pour nous complétait l’ensemble du tableau pathologique.

C’est ainsi que chaque année, au retour de la saison des fièvres, au mois de juillet, nous avions dans notre armée deux catégories d’hommes, les anciens et les nouveaux, qui, suivant leurs conditions d’immunité ou de maladie antérieure, allaient réagir différemment sous la même influence, les uns en subissant la première impression morbide, la fièvre d’invasion, les autres en continuant la série des manifestations plus avancées dont ils avaient offert les premiers degrés les années précédentes.

Aussi est-ce sur des centaines d’observations que nous avons basé l’ordre dans lequel nous décrivons l’évolution habituelle de l’intoxication.

(1) Schnurrer, Matériaux pour servir à une doctrine générale sur les épidémies et les contagions. Tubinguc, 18 10.

SYMPTOMATOLOGIE.

Mais de plus on recueille un avantage tout particulier de ce mode d’envisager les différentes formes morbides : 1° d’après leur ordre d’apparition ; 2° d’après la catégorie de sujets atteints.

1° En suivant l’ordre d’apparition, on reconnaît que les fièvres qui, à Rome, dominent pendant les mois les plus chauds, juillet et août, sont identiques aux formes propres aux climats tropicaux, que celles des mois de septembre et d’octobre correspondent au contraire aux fièvres des climats tempérés; à cet égard la pathologie de Rome est identique à celle de l’Algérie, et nous sert de trait d’union entre les manifestations de la malaria aux diverses latitudes, comme pour nous permettre encore mieux d’en unifier le tableau à la surface du globe.

Qu’y a-t-il de plus différent, de moins comparable au premier abord que ces pyrexies essentiellement continues qui forment la base de la description des auteurs anglais qui ont observé dans les Indes, et ces fièvres périodiques du nord, comme nous les décrivent les observateurs de France, de Hollande, d’Allemagne? Et cependant, grâce aux stations intermédiaires, Rome, l’Algérie, nous voyons que ces affections sont au fond d’une espèce identique ; c’est partout la même intoxication dont les manifestations seules varient suivant le degré de température.

2° Il en est de même de l’étude comparative de l’intoxication chez le nouveau venu et chez l’ancien résident. Quoi de plus différent au premier abord que ces formes inflammatoires en apparence, frappant les individus jusque-là préservés, formes dans lesquelles l’intensité du mouvement fébrile, sa continuité, les symptômes gastriques et nerveux rappellent la fièvre d’invasion du varioleux, et ces fièvres tierces ou quartes si régulières, si lentes dans leurs allures, propres aux individus atteints antérieurement, et dans lesquelles l’observateur a plus à se préoccuper de la dé-

pression nerveuse et nutritive du malade que des symptômes de la réaction.

La différence symptomatique est telle que la plupart des auteurs les plus éminents ont cru à une différence de nature ; il n’est pas un chapitre de leurs admirables descriptions, où Lind et Pringle n’insistent sur ce fait, que, pendan t lesguerrcs de Hollande, l’armée anglaise seule était frappée de fièvre rémittente qui respectait l’habitant; pendant les deux derniers siècles, la Hongrie n’a-t-elle pas mérité le nom de tombeau des Allemands, en raison des pertes immenses subies par les armées des pays voisins, chaque fois qu’elles se hasardaient sur un sol bien plus fatal pour elles que pour les gens du pays?

A Rome, en Algérie, nos soldats sont atteints de formes morbides qui ne se rencontrent que bien rarement chez les indigènes ou les anciens résidents. Aux Indes enfin les grandes épidémies de fièvres continues et rémittentes ne s’appliquent qu’aux troupes nouvellement venues d’Europe, lorsqu’elles débarquent dans les localitées palustres qui aux habitants et aux vieux soldats ne semblent donner que les fièvres périodiques.

A quoi tiennent cependant ces différences si remarquables dans l’action de la malaria sur tel ou tel organisme? A une seule chose, à la régularité d’évolution de cette intoxication, régularité qui fait que les manifestations morbides du début ne se reproduisent pas, et que l’habitant d’un pays palustre, par le seul fait d’une ou de plusieurs atteintes antérieures, est désormais indemne des formes initiales de la maladie.

Nous verrons plus loin, dans notre description clinique de ces affections, quel compte il nous faudra tenir de ces deux facteurs si importants, température, ancienneté de l’intoxication.

Le principe le plus important à formuler ici est la néces-

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