‹ Traité des fièvres intermittentesChapitre 97 sur 97 · L. Colin, Fièvres · texte numérisé non relu

L. Colin, Fièvres

PH0PI1YLAXIE.

propriétés malfaisantes des terrains aptes à la végétation, devient un vrai refuge, au moment des fièvres, pour la population blanche du Sénégal (1).

3° Précautions hygiéniques.

11 est évident que, dans les conditions habituelles de son existence au milieu des pays palustres, l’étranger, qu’il soit colon, commerçant ou soldat, ne pourra toujours subir un déplacement périodique (2) , et recourir, à son gré, au séjour en mer ou sur les hauteurs, pour.éviter les atteintes de la malaria.

Il faut suivre alors les préceptes hygiéniques que nous avons précédemment indiqués aux habitants des régions à fièvres; dans les villes situées au milieu de campagnes insalubres, on ne répartira pas les troupes dans les quartiers périphériques qui, abandonnés par la population, semblent, au premier abord, fournir les meilleures conditions d’hygiène et d’aération. Lors même que certains quartiers de ces villes présenteraient des niveaux plus élevés, mais d’une altitude insuffisante contre la malaria, on conseillera plutôt aux étrangers l’habitation des régions basses, abritées contre le mauvais air de la campagne par les reliefs de terrain et les constructions qui les environnent; nos meilleures casernes à Rome étaient celles de la partie sud du Corso, et de l’ancien champ de Mars, quartiers les plus peuplés de la ville. Dans les localités placées au contraire, par leur altitude, au niveau où s’arrête l’ascension des émanations miasmatiques, comme Albano, Frascati, les points élevés seront plus spécialement recherchés; ils sont quelquefois d’une salubrité

(1) Voir Dutroulau, loc. cii. , p. G et 255.

(2) Un détachement de quatre soldats, en garnison Palo, petit port voisin de Civita-Vccchia, était relevé tous les quinze jours. En Corse « les douaniers se divisent en deux brigades : l'une continue à surveiller la côte, tandis que l’autre habite la montagne; ils se relèvent de dix en dix jours. » (Scipion Gras, Assainissement du littoral de la Corse, p. IS.)

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remarquable, relativement aux habitations des parties les plus basses de ces villes, qui confinent à l’air insalubre de la plaine; c’est en pareille circonstance que dans une même caserne on voit, comme on l’a constaté pour les troupes espagnoles à la Jamaïque, les étages supérieurs donner très-peu de malades relativement aux rez-de-chaussée.

Le soldat, pendant ses marches, comme le colon, pendant ses travaux à la campagne, devra se mettre en garde contre le refroidissement de la nuit, signal de la condensation du brouillard fébrifère ; quelle que soit la pureté du ciel qui, à ce moment, peut leur paraître plus clément que celui des pays du Nord, les étrangers devront s’abriter aussi complètement que possible contre l’influence d’un semblable milieu, non-seulement, par des vêtements suffisants, mais en fermant hermétiquement leurs tentes ou leurs demeures ; le sommeil en plein air est peut-être la condition la plus favorable à l’intoxication dans ses formes les plus dangereuses.

Les armées tiendront peu la campagne durant la saison endémo-épidémique ; au début de notre dernière expédition dans les États pontificaux, en 1867, l’installation des soldats sous tente dans la plaine a prouvé encore tous les inconvénients de ce contact direct de l’homme et du sol. L’adoption d’une coiffure spéciale, le repos obligatoire des troupes, durant les heures les plus chaudes de la journée, prémuniront les nouveaux venus surtout des atteintes complexes d’insolation et de fièvre comateuse.

4° Rapatriement.

Mais une fois l’organisme éprouvé, une fois commencé le long drame de l’intoxication, le plus sage parti est de recourir, lorsqu’on le peut, à un remède prophylactique absolu et définitif, le rapatriement; c’est pourquoi, de Rome, nous renvoyions en France tant de nos soldats qui, une fois

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atteints, couraient non-seulement tous les risques de récidives fréquentes et quelquefois mortelles, mais qui, en outre, en raison de leur affaiblissement consécutif, devenaient complètement impropres aux exigences du service militaire.

Un accès de fièvre, dans ces pays, doit toujours rappeler la phrase du poète :

Fuge crudeles terras et littus iniquum.

On n’a ici aucune raison d’hésiter à rapatrier immédiatement les soldats atteints ; que l’on craigne d’embarquer brusquement pour France des dysentériques dont l’affection peut s’aggraver par le froid (1), des typhiques, des cholériques, des malades atteints de fièvre jaune, dont l’accumulation dans les flancs d’un navire peut entraîner les plus graves désastres et pendant la traversée, et aux ports de débarquement, nous le comprenons. Mais pour des fébricitants dont le plus grand danger est de continuer à vivre dans le milieu qui les a empoisonnés, et dont l’affection n’est point transmissible (2), le rapatriement est non-seulement nécessaire (3), mais urgent. Je n’affirme pas qu’ils

(1) M. Laveran signale ces dangers de l’évacuation des dysentériques a transportés d’Algérie en France sur le pont des bâtiments pendant la saison rigoureuse de l’année. On voulait soustraire ces malades au méphitisme du sol, et ils succombaient du froid pendant les traversées. » ( Gazette hebdomadaire, 18G2, p. 2 1 5.) Voir aussi Delioux de Savignac, Traité de la dysenterie, préface, p. 5.

(2) Qu’on lise les descriptions des auteurs qui ont pu faire admettre la contagion des fièvres intermittentes : on verra que toujours ces affections coïncidaient alors avec d’autres maladies, elles seules transmissibles, le typhus en particulier qui, en se communiquant d’une masse d’individus à une autre, d’une armée à une autre armée, a lait croire bien à tort à la contagion des fièvres qui s’étaient développées â côté de lui. M. Armand a du reste inoculé sans résultat le sang d’un fébricitant. (Armand, l'Algérie médicale , p. 77.)

(3) La cachexie palustre ne guérit pas à l’hôpital, ni dans les pays â fièvres. (Laure, toc. cil. , p. 3!). )

C’est en fuyant, que les marchands européens et les marins se guérissent; c’est eu restant, que les soldats périssent en grand nombre. (Thévenot, Maladies des Européens dans les pays chauds p. 158).

n’auront plus la fièvre en France, qu’ils n’y présenteront môme pas des accès pernicieux dont le développement aura été précipité peut-être par un brusque changement de climat, que quelques-uns n’y contracteront pas plus facilement ces pneumonies si graves pour les cachectiques (1) ; mais j’affirme que ces accidents individuels ne peuvent être invoqués contre l’application d’une mesure générale qui soustrait la masse des évacués aux dangers d’une intoxication croissante.

Aussi ai-je pour mon compte appliqué ces principes aussi largement que possible, pendant mon séjour à Rome et à Civita-Yecchia ; à certains jours des mois d’août et de septembre, nous embarquions, dans le port de cette dernière ville, des centaines de malades au masque jaune, au corps amaigri, ayant à peine la force de se traîner jusqu’au bateau ; souvent j’ai dû insister pour vaincre les scrupules de l’administration des Messageries maritimes, quand on hésitait à recevoir à bord les plus invalides de ces malheureux passagers ; jamais je n’ai eu à me repentir de pareilles instances, leur rétablissement avait presque toujours lieu ; tandis que les malades qu’on ne renvoyait pas s’affaiblissaient de plus en plus, continuant à subir la série des manifestations palustres, et les chances redoutables d’accidents pernicieux.

(1) Les dangers de cette transition sont en partie conjurés, après le rapatriement de nos convalescents de l’armée d’Afrique, par leur installation dans certaines localités salubres, voisines du littoral méditerranéen. Leur séjour à Porquerolles (la plus occidentale des îles d’Hyères) les maintient dans des conditions de température peu différentes de celles de l’Algérie; et, de plus, il leur confère, grâce à l’éloignement de la plage continentale, le bénéfice, essentiel pour eux, de l’atmosphère maritime, la vie dans un milieu indemne des émanations telluriques dont relève leur intoxication.

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