‹ Traité des fièvres palustresChapitre 54 sur 166 · ÉLÉMENTS PARASITAIRES DU SANG DES PALUDIQUES ; CES ÉLÉMENTS NE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS PARASITAIRES DU SANG DES PALUDIQUES ; CES ÉLÉMENTS NE

SE RENCONTRENT JAMAIS EN DEHORS DU PALUDISME. — Les éléments

parasitaires décrits ci-dessus existent dans le sang de

tous les paludiques, mais leur présence n'est facile à constater

. dans le sang qu'au moment des paroxysmes fébriles et chez

- les malades qui n'ont pas été soumis à la médication quinique.

Au début de mes recherches il m'arrivait assez souvent d'en-

registrer des résultats négatifs. C'est ainsi que dans mon premier

- travail publié en 1881 je notais que les éléments parasitaires

avaient fait défaut dix-huit fois sur soixante. Depuis ectte

. époque j'ai pu déterminer assez exactement les conditions dans - lesquelles il fant se placer pour trouver les microbes du palus« . disme; j'ai acquis aussi une grande habitude de ces recherches ;

il m'est arrivé plus d'une fois de découvrir des éléments parasitaires en assez grand nombre dans des préparations où d’autres observateurs n'avaient rien trouvé d’anormal.

J'ai recueilli jusqu'ici les observations de quatre cent quatre:

* vingts malades atteints de paludisme, et j'ai constaté quatre cent trente-deux fois l'existence des éléments parasitaires dans le

sang.

La plupart des observations négatives (quarante-huit sur

- quatre cent quatre-vingts) ont été recueillies au débutde mes re-

cherches et se rapportent à des malades qui avaient été

- soumis à la médication quinique ou à des cachectiques palus-

tres qui depuis longtemps n'avaient pas eu d’accès de fièvre; or j'ai reconnu depuisque, dans ces conditions, les éléments para

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sitaires disparaissaient du sang, au moins du sang qui circule à la périphérie du corps; ceux de ces éléments qui ne sont pas détruits se cantonnent dans quelques viscères, nolamment dans la rate.

J'ai noté comme faits négatifs ceux dans lesquels je n'ai constaté que la présence des leucocytes mélanifères; ces éléments sont cependant très caractéristiques, puisque le pigment dont : ils sont chargés provient des corps kystiques n°1 et n° 2. Je puis avancer aujourd'hui qu’en se plaçant dans de bonnes conditions et avec un peu d'habitude on arrive presque toujours à constater l’existence de quelques-uns des éléments parasitaires décrits plus haut dans le sang des paludiques.

Faut-il s'étonner si l'examen est quelquefois négatif? L'ana- Iyse ne porte que sur une ou deux gouttes de sang, et il peut se faire que la rareté des éléments parasitaires dans le sang qui circule à la périphérie du corps soit telle qu'on ait beaucoup de peine à trouver ces éléments au milieu des hématies ou même qu'on échoue complètement dans cette recherche. On ne réussit pas toujours à trouver des sarcoptes chez les ma- Jlades atteints de gale, ni des échinocoques dans un liquide qui cependant provient manifestement d'un kyste hydatique, et cependant ilest bien plus facile d'examiner la peau ou un liquide pathologique et de rechercher des animalcules qui sont visibles à l'œil nu, que de découvrir les microbes du paludisme dans la masse du sang quand ces microbes sont peu nombreux.

L'anatomie pathologique démontre du reste que l'existence des éléments pigmentés, lesquels ne sont autres que les cadavres de nos parasites, est constante au moins dans les petits … vaisseaux de la rate, alors même que le paludisme ne s’est tra-

duit que par des manifestations légères et que la mort est due à quelque complication étrangère,

Les éléments parasitaires que j'ai trouvés dans le sang des paludiques à Constantine, ne sont pas spéciaux à Constantine ni même à l'Algérie.

J'ai rencontré ces parasites dans le sang de malades quiavaient pris la fièvre sur les points les plus variés de l'Algérie et de la Tunisie ; un des malades chez lesquels j'ai constaté Icurexistence avait contracté la fièvre à Rochefort, un autre en Corse, un troisième dans la Loire-Inférieure, un quatrième dans le Cher.

M. le D' Richard a retrouvé à Philippeville, dans le sang de très nombreux malades, les éléments parasilaires dont j'avais signalé l'existence chez les paludiques de Constantine,etila constaté comme moi que les parasites se montraient avec des caractères identiques chez tous les malades atteints de paludisme, quelle que fût leur provenance; il a retrouvé notamment ces parasites dans le sang d'un matelot qui avait contracté la fièvre en Chine et qui avait été pris d'un accès le matin même de son entrée dans le port de Philippeville (op. cit. Revue Scientifique, 1883, p. 116).

En 1889 j'ai fait à Rome, à l'hôpital San-Spirito, des recherches qui m'ont démontré de la façon la plus nette que les éléments parasitaires dont j'avais constaté l'existence dans le sang des fébricitants algériens se retrouvaient sous des formes identiques (corps n° {, corps n° 2, filaments mobiles), dans le sang des fébricitants de la campagne Romaine.

Il sera certainement intéressant de conslaler l'existence des parasites du paludisme sur d'autres points du globe; mais dès aujourd'hui on peut admettre comme démontré que ces parasites existent partout où règne l’endémie palustre.

LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES. 43

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Il était très important de s'assurer siles éléments parasitaires décrits au commencement de cechapitre ne serencontraientpas quelquefois chez des individus atteints d’affections étrangères au paludisme. Mes observations ont porté sur un grand nombre de malades atteints de fièvre typhoïde, d’embarras gastrique fébrile, de dysenterie aiguë avec ou sans fièvre, d'anémie simple, d’érysipèle, de pneumonie, etc. Je n'ai jamais constaté le moindre élément pigmenté, le moindre filament mobile chez les malades atteints de ces affections, si bien que l'examen du sang est devenu pour moi le meilleur moyen de diagnostic des affections palustres.

M. le D' Richard pense comme moi que les éléments parasitaires décrits ci-dessus sont spéciaux au paludisme, dont ils constituent, dit-il, un indice certain, pathognomonique ; jamais il ne les a rencontrés dans le sang de malades atteints d’affections étrangères au paludisme; chaque fois qu’il a trouvé un seul de ces éléments dans le sang d’un malade, il a affirmé l'existence du paludisme, et le diagnostic s’est toujours vérifié. (Revue scientifique, 1883, p. 117.)

Je reviendrai plus tard sur les applications très intéressantes de ce fait au diagnostic différentiel souvent si difficile des affections palustres.

L'abondance et la nature des éléments parasitaires du sang varient avec les formes du paludisme et même avec les périodes des accès fébriles. IL était important d'étudier ces variations, et de tâcher de trouver les lois qui les régissent.

Les corps Kkystiques n° 4 et n° 2 et les filaments mobiles peuvent être associés, en proportions variables du reste, dans le sang d’un même malade, mais il est plus fréquent de ne rencontrer que des corps n°2 munis ou non de filaments mobiles.

Le tableau suivant montre que les corps kystiques n° 2 sont de beaucoup les éléments les plus communs, ceux qu'on rencontre avec le plus de constance dans le sang des paludiques. Les corps kystiques n° 3 présentent un bien moindre intérêt que les corps n° { et n° 2, dont ils ne sont que les formes cadavériques ; aussi peut-on les négliger dans cette analyse.

Sur quatre cent trente-deux cas dans lesquels l'existence des éléments parasitaires a été constatée, les corps kystiques n° 1 et n° 2et les filaments mobiles se répartissent de la façon sui.

vante :

RE sde une ad van te 2 Fi taste 43 fois, Cornu E (aile)... 265: 4 bout. fr ANRT 266 — Donne d°-1 06. na... 5,1 ouh «nus À des rh + 31 — Corps n° 2 et filaments mobiles,....,,...,,,.,,..., 59 — Corps n° 1 et n° 2 et filaments mobiles..,.,...,... 33 —

Total... 432 fois.

En somme les corps n° 2 seuls ou associés aux autres élé ments ont été observés trois cent quatre-vingt-neuf fois sur quatre cent quatre-vingls, c'est-à-dire plus de quatre-vingts fois sur cent; les corps n° { seuls ou associés aux autres éléments n’ont été rencontrés que cent sept fois sur quatre cent quatrevingts, c'est-à-dire vingt-deux fois sur cent. Il faut noter que les filaments mobiles n'ont jamais été observés sans être associés aux corps kystiques n° 2.

On ne rencontre le plus souvent dans le sang des malades atteints de fièvres palustres de première invasion (continues ou

intermittentes) que des corps n° 2, et quelquefois tous ces

corps ont un très petit volume, ils sont du reste libres ou acco-

lés à des hématies. (Observations XXXI, XXXIT, XXXV, XXXVI, XLI, XLIL.)

On pouvait se demander si dans les fièvres intermittentes la nature des éléments parasitaires variait avec le type de la fièvre. Les corps n° 1 s’observent plus souvent dans le sang

des malades atteints de fièvre tierce et de cachexie palustre

que dans le sang des malades atteints de fièvre quotidienne ou continue ; mais on ne peut pas formuler à ce sujet de règle ab-

soluce. J'ai rencontré quelquefois ces corps chez des sujets

atteints de fièvre palustre de première invasion (observation XXII). Il n’est pas rare qu'un malade présente à sa premicre entrée à l'hôpital des corps n° 2, et que lors d'une deuxième ou d'une troisième entrée, on rencontre des corps ne À seuls ou mélangés aux corps n° 2.

Les corps n° 1 et n° 2 ne sont évidemment que deux formes des mêmes éléments parasitaires; ils ne correspondent pas à telle ou telle manifestation clinique du paludisme, on peut dire seulement d'une facon générale, que les corps n° 1 se rencontrent plus souvent chez les individus qui ont des fièvres intermittentes de récidive, chez les cachectiques palustres, que chez ceux qui ont des fièvres palustres de première invasion.

Sur quatre cent quatre-vingts observations analysées au point

de vue de l'existence des corps n° 1, ces corps ont été rencon-

trés cent sept fois dans les conditions suivantes :

Fièvre intermittente de première invasion......... 40 fois Fievre intermittente de récidive... 2.10 ei 50 — Fièvre continue palustre......... HIT RD HAE 0 — Accès pernicieux..,..... ie Te ne ne ME he 2 — CACHTORIG DAT SITE MS ME EM te chien dar us dede AD

Totale, 2e 107 fois.

On voit que dans la presque totalité des cas (quatre-vingtquinze fois sur cênt sept), les corps n° 1 ont été observés sur

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