FIÈVRES CONTINUES
Ce tableau montre : 4° que le nombre des fièvres continues palustres est à Constantine encore très faible quand on le compare à celui des fièvres intermittentés, puisqu'on compte neuf cent quatre-vingt-cinq cas de fièvre intermittente, contre soixante-quatorze cas de fièvre continue.
2° Que la presque totalité des fièvres continues palustres à été observée pendant les mois de juillet, août, septembre et octobre, c'est-à-dire pendant les mois les plus chauds et ceux qui correspondent à l'endémo-épidémie annuelle.
Les principales causes de la continuité des fièvres palustres paraissent être: la chaleur extérieure, la réaction vive que produit surtout chez les individus vigoureux et sanguins une première atteinte du paludisme, enfin l'intensité même de l'infection palustre. J'ai déjà eu l’occasion de signaler l'action qu'exercent les deux premières de ces causes sur le type de la fièvre intermittente; nous avons vu plus haut que les types à longues intermittences dominaient dans les pays tempérés et chez les anciens fébricitants, tandis que la fièvre quotidienne était dans les pays chauds la plus commune des intermittentes et celle qu’on observe presque exclusivement comme fièvre de première invasion; les mêmes causes, en agissant d'une manière plus énergique encore, paraissent pouvoir produire les continues palustres.
La chaleur extérieure, lorsqu'elle atteint 40° ou 45° à l'ombre, ce qui n’est pas rare en Algérie pendant les mois de juin à octobre, exerce une action manifeste sur tous les fébricilants. L'individu sain se défend avec peine contre ces bautes températures, à plus forte raison la lutte est-elle difficile pour le fébri- Citant qui produit lui-même une quantité exagérée de calorique. On a constaté depuis longtemps que la fièvre typhoïde était plus
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grave en Algérie qu'en France: quand le siroco souffle, tous les
tracés thermométriques s'en ressentent et l'état de tous les
fébricitants s'agerave.
Annesley, Griesinger et M. L. Colin ont insisté avec raison
sur ce fait que les fièvres continues palustres s’observent
presque exclusivement comme fièvres de première invasion
chez des individus nouvellement arrivés dans les localités
palustres et jusqu'alors indemres. (L.Colin., Traité des fièores me intermittentes, p. 143.) En Algérie la fièvre continue n'atteint fe presque jamais les indigènes ni les anciens fébricitants, elle ee peut cependant se produire chez des individus qui ont déjà eu L une ou plusieurs atteintes de fièvre intermittente comme le prouve l'observation XXXUIT.
La nature des foyers palustres a aussi son importance. On a dit avec raison qu'il n'y avait pas plusieurs espèces d'agents pouvant expliquer les différentes formes cliniques du paludisme, mais ne sait-on pas qu'une même espèce animale ou végétale présente des caractères et souvent des propriétés différents suivant le milieu dans lequel elle vit? Les plantes des tropiques, lorsqu'elles s'acclimatent dans nos pays, ne perdent-elles pas souvent une grande partie de leur vigueur ? leurs fleurs n'ont-elles pas moins d'éclat et de parfum? leurs propriétés toxiques, quand elles en ont, ne peuvent-elles pas disparaître ? Il n’est donc pas difficile de comprendre que l'agent du paludisme, bien qu'il soit le même dans toutes les contrées où règnent les fièvres, jouisse cependant dans certains milieux très favorables à son développement, de propriétés plus énergiques que dans d’autres localités, qui lui conviennent moins bien. Il est certain que dans les pays palustres on connait les localités qui donnent les fièvres les plus graves et
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que la provenance des malades est importante à connaître.
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Parmi les causes propres à favoriser la transformation d'une ficvre intermittente en fièvre continue, il faut citer encore les fatigues, les excès alcooliques, l'exposition en plein soleil, ‘absence de tout traitement. Les sujets jeunes, sanguins, vigoureux sont particulièrement atteints; on conçoit facilement que chez eux la réaction fébrile soit très vive ; c'est même probablement pour ce motif que la continue palustre est si souvent une fièvre de première invasion, les individus qui arrivent dans les pays chauds étant en général dans les conditions dont nous parlons.
Il n'existe pas de frontière naturelle entre les fièvres intermiltentes et les fièvres continues palustres, les fièvres intermittentes avec accès prolongés où subintrants forment en quelque sorte un terrain neutre entre ces deux départements, aussi est-on obligé de tracer une limite artificielle et de dire par exemple, que la fièvre est continue quand elle persiste plus de quarante-huit heures, et quand la continuité ne résulte pas d'une façon évidente de la subintrance d'accès quotidiens. Je pense, du reste, avec Dutroulau et Griesinger, que la continue palustre dérive en droite ligne de la fièvre intermittente L quotidienne ; supposez des accès de fièvre prolongés subintrants sans frisson initial, et vous aurez une fièvre continue.
De fait entre la fièvre intermittente quotidienne et la continue palustre on trouve toute une série de cas intermédiaires qui à permettent de suivre les différentes phases de la transformation d'une fièvre quotidienne en fièvre continue, et il arrive fré- Û quemment de voir ces types se transformer l’un dans l'autre. AE.
« Pour mon compte, écrit Dutroulau (op. ceit., p. 219), je
n'hésite pas à dire que tant qu'on verra dans les seules modifications de l'intermittence par la rémittence et la continuité, des caractères suffisants pour constituer des difiérences de nature et d'espèce, on n'aura pas de notion exacte de la pathologie générale des fièvres paludéennes dans les pays chauds. Il faut en tenir compte commeinfluence du climat sur la gravité et sur les formes symptomatiques de ces fièvres, et comme indications importantes sur le choix des moyens de traitement; mais il faut toujours les rapporter au type intermittent et à la nature palustre dont ce type est le caractère. La dénomination de fièvre intermittente sous laquelle on a désigné de tout temps la fièvre paludéenne, prouve l'importance que l'on a toujours attachée à ce type,et si elle ne paraît pas convenir aussi généralement que celle qui indique la cause et la nature, et paraît même impropre dans les cas très nombreux où l’intermittence ne se reconnait plus, elle n’en doit pas moins être considérée comme exprimant un caractère essentiel des fièvres palustres. C’est un caractère originaire et non pas seulement une modalité de marche qu'elle exprime. »
« Les fièvres rémittentes et continues se développent, écrit Griesinger, lorsque les accès d’une fièvre intermittente grave se prolongent, rentrent l’un dans l’autre, et que, dans cette chaîne morbide les paroxysmes subintrants ou anticipants sont à peine séparés par un intervalle apyrétique. » (Traité des maladies infectieuses, traduct. française, 2° édition, p. 90.)
La fièvre continue palustre débute d'ordinaire assez brusquement, mais sans frisson initial, au moins sans frisson violent La céphalalgie est le symptôme le plus constant, c'est aussi celui qui aitire le plus l'attention des malades; la céphalalgie, généralement frontale, est très intense; quelques malades accu-
4 FIÈVRES CONTINUES s 239 sent en Gun des douleurs lombaires comparables à celles | qu'on observe an début de la variole. La peau sèche et brû- ; lante donne à la main la sensation désagréable qui a été dé- 4 signée sous le nom de chaleur moe : le thermomètre a alteint souvent ou même dépasse 40. L
| La langue est blanche, saburrale ou rouge et sèche à la pointe, a
É une soif ardente tourmente sans cesse les malades, l’anorexie
. est complète. Il existe parfois de la diarrhée, plus souvent de la constipation, le ventre est souple. En déprimant la paroi abdominale au-dessous des fausses côtes du côté gauche on provoque souvent une douleur plus ou moins vive. Quelques malades accusent spontanément un point douloureux dans Ja région splénique; cette douleur, qui s'exagère dans les inspirations profondes et dans les secousses de la toux, pourrait faire croire à l'existence d’un point pleurétique. Il est rare que la palpation de la rate permette de constater l'augmentation de
. volume de ce viscère, la percussion montre presque toujours
. que les dimensions de la rate sont supérieures aux dimensions normales, mais dans de faibles proportions; nous avons vu que | | l'hypersplénie était d'ordinaire peu marquée dans les fièvres palustres de première invasion : or la plupart des fièvres con-
- tinues rentrent dans cette catégorie. Je n'ai jamais observé de te,
… taches rosées lenticulaires.
… Les épistaxis sont fréquentes et quelquefois très abondantes,
difficiles à arrêter.
La fièvre persistant, l’état général s'aggrave de plus en plus ;
—. les symptômes nerveux ont la plus grande analogie avec ceux ê& » de la fièvre typhoïde ; la céphalalgie est aussi intense au moins x. que dans cette dernière maladie ; elle s'accompagne souvent + “
“ d'insomnie, de vertiges, de bourdonnements d'oreilles. Les
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malades sont prostrés, indifférents à ce qui les “entoure, ou inquiets, anxieux, agités; parfois même il existe un peu de délire pendant la nuit.
Chez quelques malades on trouve des signes de congeslion pulmonaire ou de bronchite.
Dans d'autres cas il se produit des vomissements bilieux et au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures la peau el les sclérotiques prennent une teinte ictérique ou subictérique; si bien que l’on a souvent décrit à côté de la continue palustre simple, une fièvre continue palustre bilieuse. Lorsque les symptômes bilieux n'ont pas une grande intensité, ils ne modifient pas suffisamment la marche de la maladie pour constituer une espèce distincte ; lorsqu'au contraire ces symplômes par leur intensité et leur persistance, prennent le caractère d’une complication, ils rentrent dans le cadre des accidents pernicieux qui peuvent compliquer la fièvre intermittente comme la fièvre continue palustre.
La durée de la fièvre continue palustre est très variable suivant que la fièvre est abandonnée à elle-même ou traiiée énergiquement par le sulfate de quinine. Abandonnée à elle-même, la fièvre peut s’aggraver jusqu’à entraîner la mort ; la défervescence se produit d'ordinaire du huilième au dixième jour ; il arrive souvent que la fièvre continue fait place alors à une fièvre intermittente. Il est rare que la fièvre continue palustre se prolonge au delà de quatre à cinq jours après qu'on a institué le traitement par le sulfate de quinine, à condition, bien entendu que le sulfate de quinine soit prescrit à dose suffisante (12,50 à 2 grammes par jour.)
On peut voir par les tracés thermométriques ci-joints (lig. 18, 19, 20, 21, 22, 93) que la fièvre continue palustre doit
3 LA 4 LA, d'ascen-