‹ Traité des fièvres palustresChapitre 91 sur 166 · pl es · texte numérisé non relu

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Er FORMES CLINIQUES

perdre connaissance toutefois. Chaleur très vive, soif ardente. Dyspnée, oppression très forte. Dans la journée le malade a du délire. Le soir coliques sèches très douloureuses. Le médecin du régiment prescrit une potion éthérée et envoie le malade d'urgence à l'hôpital. |

Du 6 au8 août Col... a pris trois doses de sulfate de quinine.

9 août. Apyrexie. Anémie, faiblesse générale, anorexie.

Examen du sang fait le 9 août à deux heures du soir : corps n° 2 de moyen ou de petit volume libres ou accolés à des hématies ; ces éléments sont nombreux; beaucoup renferment des grains pigmentés mobiles. *

L’apyrexie étant complète et le malade ayant pris trois doses de sulfate de quinine avant l'entrée à l'hôpital, je me contente de prescrire des potages. |

40 août. Frisson violent à six heures du matin; à six heures trente minutes du matin la température axillaire est de 39°,8; à sept heures trente, au moment de la visite, je trouve le malade dans l'état suivant: fièvre vive, peau brûlante, pouls régulier, très fréquent. Le malade, très anxieux, est assis dans son lit, la respiralion est très difficile, les inspirations sont courtes et très fréquentes, il semble au malade que sa poitrine est très fortement serrée à la base. Il existe un peu de douleur àla pression au-dessous des fausses côtes du côté gauche, au niveau de la rate; mais cette

douleur ne suffit pas à expliquer la sensation d’oppression, d’étouf-

fement qu’accuse le malade. L'examen des organes thoraciques ne révèle du reste rien d’anormal sauf l'accélération des mouvements du cœur. Pas de toux, pas d’expectoration.

L'examen du sang fait le 10 août à huit heures trente du matin donne les mêmes résultats que celui fait le 9; il existe des corps n° 2 en grand nombre.

À huit heures trente du matin, j'injecte 1 gramme de sulfovinate de quinine par la voie hypodermique. 4

Le 10 août, à 4 heures du soir, la fièvre est tombée, sueurs assez abondantes. L’anxiété et la dyspnée sont beaucoup moins vives. Sulfate de quinine 05,80.

11 août. Apyrexie Le malade se trouve beaucoup mieux, la sen-

OBSERVATIONS es sation d'oppression et la dyspnée ont complètement disparu. Anémie profonde. La face a la teinte terreuse caractéristique, les muqueuses sont décolorées. Faiblesse générale; le malade a de la peine à se tenir sur ses jambes, et quand il essaye de se lever, il éprouve des vertiges, qui l'obligent à se recoucher aussitôt. Langue un peu saburrale, anorexie, co Stipation. La matité splénique mesure 11 centimètres de haut 13 de large; il y a encore un peu de douleur à la pression dans la région splénique. (Potages, Sulfate de quinine 0,80 matin et soir.)

12 août. Même état, lapyrexie persiste. (Potages. Sulfate de quinine (05",80.)

13-16 août. L’apyrexie persiste; les forces et l'appétit reviennent lentement. Une des piqüres faites pour injecter le sulfovinate de quinine à la cuisse droite à donné naissance à un petit abcès, qui est ouvert le 16 août et qui se cicatrise rapidement.

Le malade mange une demi-portion puis une portion. (Vin de quinquina, café, sulfate de quinine 0*,60 chaque matin.)

Le sulfate de quinine est continué à la dose de 0,60 jusqu’au 19 août :

Pas de rechute de fièvre.

Le malade, qui à obtenu un congé de convalescence, quitte l'hôpital le 27 août 1882.

FIÈVRE CONTINUE PALUSTRE. DÉLIRE. ICTÈRE. MICROBES DU PALUDISME. GUÉRISON

S....., soldat au 26° d'artillerie, entre à l’hôpital militaire de Constantine le 19 août 1881. | À Le19 au soir, l'état général est très grave : fièvre vive, 39°,5 à 4 heures du soir, délire, ictère.

4 Je vois le malade pour la première fois le 20 août. La fièvre per- Risté. 39°,4 à 6 heures du matin. Le malade ne répond à aucune de ï« mes questions, il a déliré toute la nuit et à élé très agité. Teinte | ictérique très marquée de la peau et des sclérotiques. Pas de diarrhée, pas de douleur dans la fosse iliaque autant qu’on peut en

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juger dans l’état où se trouve le malade. La matité splénique a 1 centimètres et demi de haut sur 9 centimètres de large.

Examen du sang fait le 20 août au matin : corps n° 2 de petit volume, accolés presque toujours à des hématies, quelques-uns de ces corps ne renferment qu'un ou deux grains de pigment : leucocytes mélanifères.

Le diagnostic d'accès pernicieux est porté. Le malade refuse absolument d’avaler la solution de quinine.

J’injecte 4 gramme de chlorhydrate de quinine par la voie hypodermique.

L'examen du sang fail de nouveau le 20 août à une heure quarante-cinq du soir, donne les mêmes résultats que le matin.

Le 20 au soir la température est de 39°.

21 août. La fièvre est plus vive qu'hier : 40°,9 le matin, 39°,21e soir ; néanmoins l’état général est meilleur, le malade a repris connaissance le 21 au malin, mais il a encore déliré pendant toute la nuit du 20 au 21. Le pouls est régulier, il bat cent fois par minute. Respiration fréquente (quarante inspirations par minute). Le malade accuse une céphalalgie très forte.

Langue rouge et sèche à la pointe. Soif vive. Ictère très marqué. Taches ombrées sur la partie antérieure du tronc; pediculi pubis en grand nombre (friction avec la pommade mercurielle).

Les urines renferment de la matière colorante de la bile en assez grande quantité (acide azotique), et elles donnent par la chaleur et les acides un léger nuage albumineux.

Le malade avale bien la solution de sulfate de quinine, 1,50 de sulfate de quinine le matin, 1 gramme le soir.

22 août. La fièvre est moins vive : 38°,4 le matin, 38°,5 le soir. L'état général s’est beaucoup amélioré. Le pouls ne bat plus que. quatre-vingt-huit fois à la minute et on ne compte plus que vingt inspirations par minute; la Leinte ictérique est moins marquée. Le malade a repris connaissance, il n’a pas déliré la nuit dernière, mais l'intelligence est encore très paresseuse, stupeur marquée.

Examen du sang fait le 22août à deux heures du soir, je ne trouve plus que des corps n° 3 et des leucocytes mélanifères. (Sulfate de quinine 15", 50 le matin, 1 gramme le soir.)

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Bouillon. Limonade tartrique.

23 août. La fièvre est tombée, 37°,4 le matin. Le soir l’apyrexie persiste. Le malade ne se plaint plus que d'une grande fatigue. Le pouls ne bat plus que soixante-quatre fois par minute. La teinte ictérique de la peau et des sclérotiques est encore très apparente.

Le malade, qui à repris tout à fait connaissance, nous donne les renseignementsqui suivent: il est âgé de vingt-deux ans, il est né en Algérie et il habite depuis sa naissance un village situé à 15 kilomètres d'Oran. Il y a cinq ans, S..... a eu pour la première - fois quelques accès de fièvre, qui ont cédé facilement au sulfate de quinine. Au mois d'octobre 1880, S.... a eu à Philippeville trois accès de fièvre, il a pris quelques doses de sulfate de quinine. La fièvre n’a reparu que le 18 août, c’est-à-dire la veille de l'entrée à l'hôpital de Constantine. Le malade à ressenti des frissons légers, de la céphalalgie, puis il a perdu connaissance et il ne se rappelle pas comment il a été transporté à l'hôpital. S..... affirme qu'il n'avait pas fait d'excès le 18 août et qu’il ne s’était pas exposé au soleil. (Potages. Limonade. Sulfate de quinine 05", 80.) |

24 août. L’apyrexie persiste. Le malade se trouve bien, demande à manger. Langue assez belle. Pas de diarrhée. La teinte ictérique de la peau et des sclérotiques disparaît peu à peu. Anémie très marquée.(Une demi-portion d'aliments. Deux portions de vin. Sulfate de quinine 0°, 80. Vin de quinquina.)

25-31 août. L’apyrexie persiste. L'appélit et les forces reviennent. Anémie. Faiblesse générale.

Examen du sang fait le 28 août : diminution très notable du chiffre des hématies, je ne trouve plus trace des éléments pigmentés. (Une portion, quatre portions de vin. Vin de quinquina. Café noir. Sulfate de quinine 05", 60.)

1e septembre. Le mieux continue. La teinte ictérique à disparu. Les urines ne renferment plus ni matière colorante biliaire, ni al-

bumine. Le malade mange deux portions.

Le malade, qui a fini son temps de service, demande à s’en aller.

Sortant le 3 septembre.

RÉ

FIÈVRE INTERMITTENTE. ACCÈS GRAVE AVEC ÉTAT TYPHOÏDE ICTÈRE ET VOMISSEMENTS BILIEUX. MICROBES DU PALUDISME. GUÉRISON.

Bay, âgé de vingt-six ans, soldat à la 8° compagnie de remonte entre à l'hôpital militaire de Constantine le 17 juillet 1882.

Bay... est en Algérie depuis le 25 novembre 1878, il se dit malade pour la première fois ; il était détaché à Fezguia, dans une localité très insalubre quand il à pris la fièvre, le 30 juin.Fièvre intermittente quotidienne bien caractérisée ; le malade a pris à plusieurs reprises du sulfate de quinine ; quelques accès étaient supprimés; mais la fièvre ne tarcait pas à reparaître. Le 16 juillet Bay... a eu la fièvre pendant toute la journée.

17 juillet. Fièvre très vive, 40°,4le matin ; 41° le soir. État typhoïde très marqué; prostration, faiblesse générale. Céphalalgie très forte, stupeur, somnolence, le malade comprend encore les questions qu'on lui fait, mais ses réponses sont lentes, difficiles. Langue saburrale. Pas de diarrhée ; le ventre est souple, pas de douleur dans la fosse iliaque droite ; pas de taches rosées. La matité splénique mesure 10 centimètres de haut sur 11,5 de large. (Diète. Limonade. Sulfate de quinine, 1 gramme.)

18 juillet. La fièvre est tombée ce matin, le thermomètre ne marque que 37°,2 à six heures du matin, mais dans la journée il y a un nouvel accès très fort avec frisson initial ; à deux heures trente là température axillaire est de 40°,9, à six heures du soir, de 39°,6. L'état général, qui s'était amélioré le 18 au matin, s'aggrave de nouveau dans la journée, l'état typhoïde est très marqué, stupeur, adynamie,

Examen du sang fait le 18 juillet à deux heures quarante-cinq du soir, c'est-à-dire en plein accès : corps n° 2 de petit volume libres ou ‘accolés à des hématies : ces éléments sont très nombreux, beaucoup sont très petits et ne renferment qu'un ou deux grains de pigment ; leucocytes mélanifères. (Diète. Linonade. Sulfate de quinine 95,80 matin et soir.)

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Le 18 juillet, vers sept heures du soir, le malade à, a plusieurs reprises, des vomissements bilieux.

19 juillet. La fièvre persiste, maiselle est moins vive, 38,5 le matin, 39°,4 le soir. L'état général est meilleur. Les vomissements bilieux ont disparu ; mais le 19 au soir on remarque une coloration ictérique de la peau et des sclérotiques, qui n’existait pas au moment del’entrée.

Bouillon. Limonade. Sulfate de quinine 0,80 matin et soir.

20 juillet. Il y a encore un peu de fièvre le matin (38°,8), le soir lapyrexie est complète (37°).

La langue reste saburrale; anorexie, nausées. Constipation. Teinte ictérique très marquée de la peau et des sclérotiques. (Diète. Eau de sedlitz deux verres le matin. (Sulfate de quinine

21 juillet. 36°,9 le matin. Le soir l’apyrexie persiste. L'état général est beaucoup meilleur, le malade se plaint seulement d'une grande faiblesse, il a des vertiges dès qu'il essaye de se lever. La teinte ictérique persiste. La langue s'est nettoyée depuis hier, malgré cela l'anorexie reste complète. (Potages. Vin. Sulfate de quinine 0,80.)

22 juillet. L’apyrexie persiste. Anémie très marquée. La teinte ictérique de la peau et des sclérotiques est moins marquée que les jours précédents. Faiblesse générale. Vertiges dans la station debout. Bourdonnements d'oreilles. Tremblement très marqué des mains. La langue est assez belle, un peu blanche encore. Anorexie, Pas de douleurs du côté du foie ni de la rate. (Une demi-portion, deux portions de vin. Sulfate de quinine 0,60. Vin de quin-

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quina })

23-23 juillet. L'apyrexie persiste. Les forces reviennent lentement. Anémie, vertiges. La teinte ictérique s’efface de plus en plus. Un peu d’appétil.

Examen du sang fait le 25 juillet au matin: je ne trouve pus

trace d'éléments pigmentés.

Le sulfate de quinine est continué à la dose de 0,60 par jour jusqu'au 26 juillet inclus.

27 juillet. Symptômes d'embarras gastrique sans fièvre, (Eau de

sedlitz, une bouteille. Diète.)

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28 juillet. Le malade se trouve beaucoup mieux, demande à manger. (Une portion. Quatre portions de vin. Vin de quinquina. Café.)

A partir de ce moment l'appétit et les forces reviennent assez rapidement. Le 1e" août le malade mange deux portions ; le 8 août il part en congé de convalescence.

La cachexie palustre succède le plus souvent à une série de rechutes de fièvre intermittente ; mais elle peut aussi s'établir rapidement à la suite de quelques accès graves : c’est la cachexie

aiguë, ou bien lentement, sans le cortège ordinaire des manifestations aiguës du paludisme, c’est la cachexie d'emblée.

Cette dernière forme s’observe principalement chez les indigenes des pays palustres.

Les principaux signes de la cachexie palustre sont: l'anémie et l’aypersplénie.

Le cachectique palustre est essentiellement un anémique et la plupart des troubles morbides qu'il éprouve se rattachent à l'appauvrissement de son sang.

La peau est pâle, elle a une teinte terreuse, surtout à la face etchez les sujets qui ont été exposés aux ardeurs du soleil, chez les paludiques qui vivent renfermés dans des ateliers ou dans des bureaux, la peau de la face présente souvent une teinte cireuse, identique à celle qu’on observe chez les sujets qui ont eu des hémorrhagies abondantes. Les muqueuses sont décolorée ; Les sclérotiques d’un blanc bleuûtre.

Il existe souvent de l’œdème périmalléolaire et de la bouffissure de la face, dans les cas graves de l’anasarque.

Les malades amaigris, vieillis avant l’âge, accusent une grande lassitude, une faiblesse très marquée surtout dans les membres inférieurs ; Les mouvements amènent facilement la fatigue ; chez quelques malades la démarche est incertaine, litubante comme celle d'un homme ivre. (Catteloup, De {a cachexie paludéenne en Algérie. Recueil mèm. méd. milit., 2e série, t VILLE, p. 1.) |

Les extrémités supérieures sont quelquefois agitées par un tremblement facile à constater lorsqu'on fait étendre la main ; un malade atteint de cachexie palustre aiguë que j'observais à Constantine au mois de septembre 1879, avait non seulement un tremblement très marqué des extrémités supérieures, mais aussi un tremblement de la tête dans le sens de la flexion et de l'extension, tremblement assez fort pour incommoder beaucoup le malade quand il était assis la tête non appuyée : il n'y avait pas d’alcoolisme dans ce cas, non plus que de paralysie agitante ; sous l'influence du quinquina et d’un régime tonique, le tremblement disparut rapidement.

Dans la station debout, les malades ont des vertiges, des éblouissements; au moindre eftort,ils sont pris d'oppression, de palpitations de cœur; l’auscultation permet de constater souvent l'existence de souffles anémiques à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou.

Le cachectique palustre est indolent, apathique, indifférent à ce qui l'entoure, il reste couché tout le jour sans s'occuper de ce qui se passe autour de lui; sa paresse intellectuelle ne lui permet aucune occupation, ne lui fait même désirer aucune distraction.

Les troubles nerveux ont du reste une intensité qui varie beaucoup avec les individus et avec les conditions dans

LAVERAN, FIÈVRES PALUSTRES.

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di | FORMES CLINIQUES

lesquelles s'établit la cachexie palustre ; très marqués chez les malades atteints de cachexie aiguë, ces troubles nerveux sont en général très légers chez ceux qui ne sont arrivés à la cachexie que lentement, progressivement.

Dans les pays palustres, on voit des indigènes atteints de cachexie palustre bien caractérisée par l'énorme développement de la rate, qui se livrent à des occupations fatigantes et qui jouissent d'u ne assez grande vigueur.

En général il n'existe pas de douleurs, quelques malades accusent seulement des points douloureux dans la région splénique.

La rate est toujours fortement augmentée de volume, elle est dure, fibreuse,et comme elle déborde toujours les fausses côtes, il est facile de limiter sa partie inférieure par la palpation. L’extrémité inférieure de la rate arrive souvent au niveau de l’ombilic ; chez quelques malades elle descend même jusque dans la fosse iliaque gauche; la rate forme alors une tumeur qui remplit toute la moitié gauche de l'abdomen et dont Le bord antérieur arrive jusqu’à la ligne blanche.

La matité splénique mesure souvent 15 à 20 centimètres en hauteur et en largeur, etnous avons déjà dit qu’il fallait doubler presque la dimension en hauteur de la matité splénique pour avoir la véritable dimension de la rate.

L'observation L est un exemple de l'énorme développement que peut prendre la rate. La tumeur splénique produisait dans ce cas une déformation visible à distance ; l'abdomen était très saillant et très dur du côté gauche, tandis qu'à droite la paroi abdominale était déprimée et souple ; la rate très facile à circonscrire par la palpation avait conservé sa forme normale, l'extrémité inférieure descendait jusque dans la fosse

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ilaque gauche et le bord antérieur, qui présentait une encoche assez profonde, dépassait la ligne blanche.

En Algérie, c'est surtout chez des indigènes habitant depuis leur enfance des localités malsaines et qui n’ont jamais pris de sulfaie de quinine qu'on rencontre ces hypersplénies énormes. Les militaires qni sont traités avec soin dès le début de la maladie et qui sont renvoyés en France quand leur état l'exige, n'arrivent jamais à ce degré avancé de la cachexie.

Il est intéressant de constater que c'est chez les sujets qui n'ont jamais pris de sulfate de quinine qu'on rencontre les rates les plus volumineuses ; les malades accusent presque toujours le sulfate de quinine de produire les tuméfations de la rate et du foie; c’est là un préjugé absurde et malheureusement très répandu contre lequel on ne saurait trop s'élever.

La tumeur splénique est indolore dans la plupart des cas, sauf pendant les paroxysmes fébriles, qui se produisent d’ailleurs assez souvent dans la cachexie palustre. Quelques malades ont des douleurs vives dans la région splénique, spontanées et à la pression; ces douleurs, qui s'exagèrent dans les inspirations profondes, dans les mouvements de toux, s'expliquent par la périsplénite et par les adhérences si fréquentes de la rate au diaphragme ; d’autres malades, chez lesquels la rate hypertrophiée a une mobilité trop grande, accusent pendant la marche une sensation de pesanteur, de tiraillements dans l'hypocondre droit, parfois même ils ne peuvent pas, comme le malade qui fait l’objet de l'observation L, se coucher sur le côté droil, parce que dans cette position la rate vient presser sur les viscères

abdominaux et opère des tiraillements sur le diaphragme, auquel

elle adhère souvent.

Le foie est en général augmenté de volume, ‘mais dans des

proportions bien moindres que la rate: il déborde d’un ou deux travers de doigt le rebord des tausses côtes. Plus rarement on observe une diminution de volume du foie (cirrhose atrophique).

La température des cachectiques palustres est souvent au-dessous de la normale, à 36° par exemple; le pouls est quelquefois ralenti au repos, mais sa fréquence s’exagère au moindre mouvement.

Les cachectiques palustres sont très sujets aux rechutes de fièvre intermittente ; dans ces organismes usés par la fièvre, les accès sont souvent irréguliers, beaucoup de malades ne frissonnent pas et s'aperçoivent à peine qu’ils ont la fièvre ; les accès se reproduisent le plus souvent avec les types tierce ou quarte ou encore d'une façon irrégulière.

La fièvre des cachectiques est souvent très rebelle; le sulfate de quinine administré même à forte dose ne supprime que quelques accès, et les malades sont condamnés à des rechutes incessantes (observations XLVIIE et XLIX).

C’est une loi générale que la vigueur avec laquelle se développent les parasites est en raison inverse de la vigueur de l'être aux dépens duquel ils vivent; il est donc naturel que les microbes du paludisme soient très difficiles à détruire chez le cachectique palustre; une autre conséquence de cette loi est que, pour guérir les cachectiques palustres, il faut user largement des toniques et des reconstituants et ne pas se contenter de prescrire le sulfate de quinine, comme dans les formes aiguës du paludisme. (V. chapitre 1x, Traitement.)

Les épistaxis sont très communes et quelquefois très difficiles à arrêter, à ce point qu'on est obligé de recourir au tamponnement des fosses nasales; les hématuries sont beaucoup plus

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CACHEXIE PALUSTRE 395 rares ; les moindres lésions traumatiques sont la souree d'hé- | morrhagies abondantes comme chez les hémophiles. |

L'œdème qui reste en général limité aux extrémités infrieures, peut envahir la face, les membres supérieurs et se transformer en une anasarque avec épanchement de sérosité 5 dans le péritoine (ascite), dans le péricarde (hydropéricarde) et dans les plèvres (hydrothorax). Je ne parle pas ici des cas assez nombreux dans lesquels l'ascite est sous la dépendance d'une cirrhose du foie, ou l’anasarque sous la dépendance d’une ‘74 néphrite.

En général ces œdèmes des cachectiques palustres ne s’accompagnent pas d'albuminurie et ils se dissipent rapidement sous l'influence d’un traitement rationnel. “

Du côté des voies digestives, le symptôme le plus constant est l’anorexie, les malades ont souvent un dégoût marqué pour la viande, et il est difficile de les alimenter. L'anorexie se complique quelquefois de dyspepsie, les digestions sont laborieuses, il se produit quelquefois des vomissements. Il y a en général de la tendance à la constipation, mais on peut observer aussi de la diarrhée, et la dysenterie est une complication très commune du paludisme.

L'examen histologique du sang révèle toujours une diminution considérable du chiffre des hématies; ce chiffre qui, à l'état normal, est de 4,500,000 à 5,000,000 par millimètre cube, peut tomber à 1,000,000 et même à 500,000 par millimètre cube.

On serait tenté de croire que l'hypersplénie qui est souvent \ aussi considérable dans le paludisme que dans la leucémie, doit 4 avoir ici comme là pour conséquence une augmentation | considérable du chiffre des leucocytes; il n’en est rien. QE:

J'ai été surpris plus d'une fois, en examinant le sang de ca-

chectiques dont la rate occupait toute une moitié de l'abdomen, de ne pas trouver une proportion de leucocytes supérieure à la normale. La leucocytose est même beaucoup plus commune dans les formes aiguës du paludisme que chez les cachectiques.

On s'explique du reste facilement cette différence : si la rate d’un cachectique palustre peut atteiudre au même volume que celle d’un leucémique, sa structure est bién différente ; chez le leucémique, il y a une hypertrophie vraie de la rate, c’est le tissu adénoïde qui forme la masse principale de l’organe; dans l’hypersplénie palustre, au contraire, l’augmentation de volume se fait principalement aux dépens du tissu conjonctif et des vaisseaux, tandis que le tissu adénoïde est enserré et comme étouffé entre la gangue conjonctive épaissie et les vaisseaux distendus parle sang. (V. chapitre 11, Anatomie pathologique, p. 89.)

Lorsque les cachectiques palustres n’ont pas eu d'accès de

fièvre depuis quelque temps, l'examen du sang ne révèle sou-

vent la présence d'aucun élément parasitaire. Chez les cachec-

tiques palustres qui ont des rechutes de fièvre intermittente, on trouve, au contraire, presque toujours des éléments parasitaires caractéristiques du paludisme et souvent en très grand nombre. Les éléments que j'ai rencontrés le plus souvent dans le sang des cachectiques palustres sont les corps cylindriques, effilés à leurs extrémités, en croissant, pigmentés vers la partie moyenne, que j'ai désignés sous le nom de corps n° 1; souvent aussi à côté de ces éléments, j'ai constaté la présence des corps n° 2 et des filaments mobiles {observations XLIT à XLIX).

La cachexie palustre se termine d'ordinaire par la guérison lorsqu'elle n’est pas invétérée et que les malades sont placés

dans de bonnes conditions, lorsque surtout ils peuvent s’éloigner des foyers palustres. Mais trop souvent ces conditions ne sont pas réalisées, la cachexie persiste alorset de graves complications surgissent.

Parmi les complications les plus communes de la cachexie palustre, il faut citer : les pneumonies, les cirrhoses du foie, les néphrites. La mort peut être aussi la conséquence d'une fièvre adynamique, d'une fièvre bilieuse ou d'une syncope. La rupture de la rate est un accident heureusement très rare. Ces complications seront étudiées dans le chapitre suivant.

La population entière des pays palustres subit une véritable déchéance physique et morale, on constate une diminution de la taille moyenne et de la vie moyenne.

Monfalcon a très bien décrit le triste état des populations condamnées à vivre dans les foyers du paludisme (Histoire médicale des marais, Paris, 1826).

« La vie est courte dans les pays marécageux; elle y est, terme moyen de vingt-six ans, suivant M. Sausset et le docteur Price. L'habitant de ces tristes lieux souffre dès sa naissance, et montre pendant les premiers jours de sa vie la profonde empreinte de l'insalubrité du climat. A peine a-t-il quitté la mamelle qu'il languit et maigrit; une couleur jaune teint sa peau et ses yeux ; ses viscères s'engorgent; il meurt souvent avant d'avoir atteint sa septième année. A-t-il franchi ce terme, il ne vit pas, il végète, il reste cacochyme, boursouflé, hydropique, sujet à des fièvres d'automne interminables, à des hémorrhagies passives, et à des ulcères aux jambes qui guérissent difficilement. » (Monfalcon, op. et.)

« L'habitant des pays marécageux vit avec la fièvre, écrit

Maillot (op. eit., p. 265); il en contracte tellement l'habitude qu’il la regarde presque comme son état normal : et cependant sa vie s'use promptement, et cependant la plupart des journées qu'il dispute à la mort sont des heures de souffrance : enfin une colite chronique ou des hydropisies, ou des accès pernicieux viennent mettre un terme à sa pénible existence. »

Les conscrits de la Brenne {Indre) n'atteignent pas la taille voulue par la conscription. Dans la Dombes, la vie moyenne est inférieure de onze ans à ce qu'elle est dans les autres départements.(Rollet, Etangs de la Dombes. Annales d'hygiène publique, 1862.)

Burdel à signalé chez les habitants des plaines de la Sologne une détérioration physique et morale caractérisée par un étio-

lement qui commence dès le berceau, et un retard extraordi-

naire dans le développement (De la dégénérescence palustre, Paris, 1875).

OBSERVATIONS CLINIQUES

FIÈVRE INTERMITTENTE QUOTIDIENNE. CACHEXIE AIGUE MICROBES DU PALUDISME

Bel..., âgé de vingt-quatre ans, soldat au 3° zouaves, entre à l'hôpital de Constantine le 1°" septembre 1882. Bel... a trois ans de service, il a passé tout ce temps en Algérie.

Bel... a été atteint de dysenterie à Gafsa au mois de novembre 1881, il est entré à l'ambulance de Gafsa, d’où il a été évacué sur Tébessa, puis sur Aïn-Béida et sur Constantine; le màlade a été envoyé ensuite en France, avec un congé de convalescence de trois mois, il est rentré à Philippeville le 12 mai 1882.

Bel... a été détaché à Aïn-el-Bey du 3 au 26 août ; le 10 août, il a eu pour la première fois un accès de fièvre bien caractérisé suivi

d’'herpès labial, fièvre intermittente quotidienne, accès quotidiens

A LS d OBSERVATIONS L Fi 7 ET D à pendant huit jours, vers huit heures du matin. Le malade a pris Pre “ * pendant huit jours du sulfate de quinine, mais à petite dose 0:",50, par et F 4 M.

jour. Le 26 août, rechute de fièvre pendant la route d'Aïn-el-Bey à #2 Constantine, nouveaux accès les 27 et 28 août. Le malade a été à | la visite et a pris deux fois du sulfate de quinine.

Du 29 au 31 août, apyrexie, faiblesse générale très grande.

1°" septembre. Apyrexie. Etat cachectique très marqué, anémie profonde, la face a une teinte terreuse très marquée, les muqueuses sont décolorées, amaigrissement, faiblesse générale, vertiges dans la station debout; le malade, apathique, indifférent à tout ce qui l'entoure, reste couché toute la journée. Anorexie, diarrhée légère. fa matité splénique mesure 12 centimètres de haut sur 15 de large. (Potages. Lait.)

Le 2 septembre, l'apyrexie persiste.

Examen du sang fait le 2 septembre à 2 heures du soir : corps n° 4 en grand nombre, corps ovalaires intermédiaires aux corps n° 1 et n° 2, corps n° 2 renfermant des grains pigmentés mobiles | ou munis de filaments mobiles, filaments mobiles libres. (Potages. 1 Sulfate de quinine 0:,80 le 2 au soir.) Fa

3 septembre. L'apyrexie persiste. L'état général est le même (Potages. Sulfate de quinine 0<",80).

4 septembre. Même état. (Potages. Sulfate de quinine 0,80). Exa-

men du sang fait le 4 septembre au matin : corps n° 4 encore assez é 57% nombreux, corps ovalaires, corps n° 2 renfermant de grains pig- à mentés mobiles ou munis de filaments mobiles, ces derniers éle- k à

ments sont beaucoup moins nombreux qu'à l'examen fait le 2 septembre.

Les jours suivants, l’état général s'améliore ; l'appétit revient peu LS à peu, le malade mange une demi-portion, puis une portion. Le sulfate de quinine est continué à la dose de 05,60 jusqu'au 12 septembre.

Examen du sang fait le 9 septembre à huit heures du malin : corps n°1, corps ovalaires, corps n° 2 (rares); Sur deux préparations - je netrouve qu’un corps n° 2 muni de filaments mobiles, encore à les mouvements sont-ils faibles, corps n° 3, leucocytes mélanifères.

Pas de rechute de fièvre.

Ve

Le malade, qui a obtenu un congé de convalescence de trois mois, sort le 16 Septembre 1882.

FIÈVRE INTERMITTENTE QUOTIDIENNE. CACHEXIE AIGUE MICROBES DU PALUDISME

Lais.…., âgé de vingt-trois ans, soldat au 11° escadron du train, entre à l'hôpital militaire de Constantine le 27 septembre 1882.

Lais... est en Algérie depuis près de deux ans, il a pris la fièvre intermittente pour la première fois le 25 août 1882 au Bardo. Fièvre intermittente quotidienne, accès du 25 au 29 août.

Rechute de fièvre le 7 septembre; fièvre quotidienne, Première entrée à l'hôpital de Constantine le 7 septembre, le malade a à l'hôpital plusieurs accès de fièvre, la fièvre cède assez facilement au sulfate de quinine; le malade sort le 23 septembre.

Rechute de fièvre le 25 septembre, accès les 25, 26 et 27 septembre.

271 septembre. Le 27 à midi, 39°,4, à quatre heures du soir, 87°,8. Aspect cachectique, anémie profonde. La peau de la face a une teinte terreuse, les muqueuses sont décolorées. Amaigrissement. Faiblesse générale, vertiges, essoufflement au moindre effort. Apathie, intelligence très paresseuse. Le malade n’accuse pas de douleurs. Langue belle, un peu d’appétit, pas de diarrhée. La rate déborde les fausses côtes, la matité splénique mesure 11 centimètres de haut sur 14 centimètres de large. (Sulfate de quinine, 1 gramme.)

28 septembre. 36°4 le matin, le soir l'apyrexie persiste. (Une demi-portion. Sulfate de quinine 1 gramme.)

Les jours suivants, l’apyrexie persiste. Le sulfate de quinine est continué à la dose de 05",80 jusqu'au 30 septembre.({Vin de quinquina.)

L'apyrexie persiste jusqu'au 6 octobre. Ce jour-là le malade a un accès léger (38°,4 à quatre heures du soir). Je rends quelques dôses de sulfate de quinine.

17 octobre. Il n'y à pas eu de nouveaux accès de fièvre, mais

l'état cachectique est toujours très prononcé. L'anémie, la PAPE générale et l’apathie persistent.

Examen du sang fait le 17 octobre à huit heures du matin : corps n° 1 en assez grand nombre, corps n° 2, immobiles ou munis de filaments mobiles; M. Massoutié, médecin principal, et M. Jeunhomt (A médecin major, constatent l'existence des microbes dans le sang.

Je prédis une rechute de fièvre.

18 octobre. À dix heures du matin, frisson, vomissements; ; D onze heures du matin, le thermomètre marque 40°,1, à quatre heures du soir, 39°. (Diète. Sulfate de quinine, 0:",80). 5,

Examen du sang fait le 18à deux heures du soir, pendant l'accès : corps n° 1 et corps n° 2 plus rares que dans l’examen du 17; je ne vois pas de filaments mobiles. |

19 octobre. 36°,8 le matin, 38°,8 lé soir. (Sulfate de quinine, 0:"',80.

Bouillon. Limonade.)

20 octobre. 37°,7 le matin, 39°,2 le soir. (Sulfate de et 05,80.

ose

21 octobre. 36°,8 le matin. Le soir l’apyrexie persiste. {Une portion. Sulfate de quinine, 0:80. Vin de quinquina.) "41

Le sulfate de quinine est continué à la dose de 0,80 ppp

23 octobre. Pas de rechute de fièvre. Ar Examen du sang fait le 22 octobre : corps n° 1 (très nn. uco+ cytes mélanifères (rares). ER |

Le malade, qui est toujours très anémié et très faible, obtient un congé de convalescence de trois mois. Sortant le 24 octobre 1882.

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