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CHAPITRE PREMIER

De la Croix, des Poteaux, et autres Engirs de supplice, auxquels étaiert suspendus les corps des Chrétiens qui demeuraiert fermes dans la Confessior du Christ.

traiter des divers instruments de supplice, et des modes

de torture sans nombre, par lesquels les plus glorieux et les plus invincibles soldats de Notre Seigneur Jésus-Christ, affrontèrent, d'un cœur ferme, la mort pour son honneur, nous avons jugé convenable de commencer notre labeur par la Croix sainte et sacrée. — Et cela par la raison que ce fut sur elle que le Sauveur du Monde, brisant les liens de la Mort, fut victorieux de ce rusé serpent, le Diable, et obtint, par ses souffrances, une telle force d'âme pour ses serviteurs, qu'ils étaient prêts, le cœur en joie, à endurer les plus cruelles rigueurs, jusqu’à l’effusion de leur sang et l’ablation de leurs membres. Et c’est aussi à cause de cette force que les Confesseurs et les Prêcheurs de la Loi

Ce que nous nous proposons, dans ce livre, de

Éortures et Éourments des Martyrs chrétiens

divine puisèrent dans la Croix et déployèrent dans les tortures, qu’il nous a paru convenable de placer la Croix en tête du présent livre. Mais, comme les poteaux plantés en terre étaient tous inclus par les Anciens sous le nom général de Croix, nous en devons traiter dans le même chapitre, aussi bien que des autres engins auxquels les corps des Saints Martyrs étaient suspendus, en punition de leur persistance dans la foi du Christ. Car, en vérité, soit qu'ils aient été cloués à la Croix, ou bien liés à des poteaux, on peut toujours dire qu'ils étaient suspendus.

Mais, pour en revenir à la Croix, nous devons dire que non seulement les Juifs, mais aussi les Gentils, avaient l’habitude de clouer sur une Croix les criminels condamnés. Et cela est expressément constaté par divers de leurs propres auteurs, — en premier lieu par Cicéron, en différents passages (spécialement dans « Les Philippiques » et « De Finibus ») ainsi que par Valérius Maximus, par Tite Live, Curtius, Suétonius (Galba) et Sénèque (De Consolatione).

Ce dernier passage montre qu'il y avait des Croix de plus d’une sorte, comme cela est clairement établi dans ce qui suit: « De ceci, je conclus que les Croix n'étaient pas que d’une sorte, mais faites différemment par les différents peuples. Il y en a qui pendent le criminel la tête en bas, d’autres lui traversent les entrailles par un pieu, d’autres encore lui étendent les bras sur un gibet en forme de fourche. » Maintenant, pour expliquer de quelle sorte étaient ces croix qui « traversent les entrailles avec un pieu », Sénèque l'explique d'autre part, car il appelle cette sorte de croix, dans son accusation contre le luxurieux Mécènes une croix en pointe aiguë. D’après cela, il est aisé de comprendre que, si certaines de ces Croix ressemblaient à ce que nous appelons aujourd’hui Croix, d’autres étaient semblables à ces pieux aiguisés que les Turcs, de nosjours, emploient pour exécuter les condamnés et avec lesquels ils traversent les victimes depuis le fonde-

De fa Éroir et des (Poteaur

ment jusqu'à la tête. Lisez aussi Procopius /Guerre des Vandales|.

Sur la première espèce de Croix, quelques-uns des suppliciés étaient crucifiés avec la tête tournée vers la terre, tandis que d’autres avaient la tête levée vers le Ciel (ainsi que Sénèque le déclare dans le passage ci-dessus cité, et ainsi qu’en rendent témoignage de nombreux Actes des Saints). Les martyrs chrétiens étaient crucifiés de chacune de ces deux manières par les adorateurs des idoles.

Parmi ceux qui conquirent la Couronne du Martyr en étant

crucifiés la tête en bas, fut le chef des apôtres lui-même, saint Pierre, sur lequel Origène écrit ceci: « Lorsque Pierre fut arrivé aux faubourges de Rome, il fut cloué à la croix, la tête en bas (car il désira lui-même que cela fut ainsi).

Saint Augustin écrit également : « Ainsi tous deux (Pierre et Paul) se hâtent d'atteindre la palme du Martyre, et de conquérir, par ce moyen, la couronne. » Et, un peu plus loin : « Pierre, pour l’amour du Christ, est suspendu sur l’arbre, la tête en bas. Paul est tué par le sabre. L’apôtre, avec ses propres pieds, marcha à la rencontre du Christ, et, levant ses yeux en haut, laissa monter aux cieux son esprit béni. » Dans le même esprit (pour passer à d’autres pères) saint Chrysostome; /Homélie sur le chef des Apôtres}] : « Réjouis-toi, Pierre, à qui il a été donné de jouir du Christ sur l’arbre et qui eut le bonheur d’être crucifié comme le fut ton maître, cependant, non pas le corps droit comme le Seigneur Christ, mais la tête tournée vers la terre ainsi que quelqu'un voyageant de la terre au ciel. Bénis soient les clous qui percèrent ces membres sacrés! » Ainsi parle Chrysostome. Au très saint apôtre du Christ, on peut adjoindre Saint Calliopus, qui mourut de la même mort pour avoir gardé sa foi en Christ et qui, bravement, triompha d’une façon signalée du monde et du Démon. Tout cela donc a été dit sur les Martyrs qui furent crucifiés, les pieds levés vers le ciel.

Lortures et Éourments des Martyrs chrétiens

Mais beaucoup de champions, dont la voix était comme un clairon pour proclamer la Loi chrétienne, moururent sur la Croix, les pieds tournés vers la terre (pour continuer à traiter notre sujet), par exemple : saint Philippe et saint André, apôtres; Nestor, évêque; Timon, diacre, et d’autres encore. D'ailleurs, outre ceux-là, le Mariyrologe Romain nous parle de dix mille martyrs ainsi crucifiés, — et, en particulier, d’un certain Siméon, évêque, qui, à la date de son martyre, était dans sa cent vingtième année. |

Relativement aux premiers désignés, c’est-à-dire les dix mille qui furent dressés sur la croix (2 juin), nous lisons : « Sur le mont Ararat, passion de dix mille martyrs qui furent crucifiés. »

Relativement à saint Siméon (2 avril) : « À Jérusalem, anniversaire de saint Siméon, évêque et martyr, qu'on dit avoir été fils de Cléophas, et parent du Sauveur selon la chair. Ordonné évêque de Jérusalem, immédiatement après Jacques, frère de Notre Seigneur, après avoir souffert, pendant la persécution de Trajan, maintes tortures, il mourut martyr; tous ceux qui se trouvaient présents, et le juge lui-même, furent émerveillés de voir comment un vieillard de cent-vingt ans avait pu endurer le supplice de la Croix bravement et sans fléchir ». Le même évêque Siméon est remémoré de la même façon par Eusèbe /Histoire Ecclésiastique).

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