‹ Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les paiens contreChapitre 14 sur 93 · LES POULIES. QU'ÉTAIENT-ELLES Ÿ · texte numérisé non relu

LES POULIES. QU'ÉTAIENT-ELLES Ÿ

La poulie (comme il est prouvé par Vitruve) était une invention destinée à haler, étant pourvue d’une petite roue se mouvant sur un axe sur laquelle on fixait une corde. On l’employait, dans les constructions, soit pour élever des charges et les maintenir dans la position requise, soit pour les descendre, ou encore pour : décharger les bateaux de leurs marchandises ou pour tirer l’eau des puits. Maintenant les poulies (voyez Isidore, Etymologie) sont faites comme la lettre 6, la huitième de l’alphabet grec, et elles sont nommées trochlea, du mot {rochla, qui signifie petite roue. D'où s'ensuit que certains écrivains modernes sont dans l’erreur quand ils tiennent la trochlea (poulie) pour avoir été un treuil ou cabestan. Il est reconnu qu’une poulie est incapable de déchirer les corps des condamnés criminels sans l’addition de quelque instrument spécial pour lui venir en aide, soit un poteau pour l'y fixer, soit quelque engin d'autre sorte ; pourtant on ne doit pas en conclure que c'était un cabestan, mais seulement qu'elle nécessitait un treuil ou cabestan. Tel est notre point de vue sur la matière. Car, considérant combien, dans cette forme de torture, les corps des victimes étaient horriblement détirés et disloqués, il nous paraît prouvé, surtout lorsque nous envisageons combien il est difficile de déchirer le corps d’un homme, et que nous voyons l’aisance avec laquelle le faisaient les bourreaux, que quelque petit engin devait être employé conjointement à la poulie, voire un treuil ou quelque chose de semblable. Lisez, si cela vous plaît, les passages de Vitruve sur ce sujet, et vous verrez clairement que la poulie n’était pas un treuil ni le treuil une poulie.

FN es

Fic. IX

A. — Poulie. C.— Ecrasé dans la presse, juste comme on écrase : le raisin et les olives pour faire le vin et B. — Martyrs étirés par la poulie. l'huile.

D.— Cabestan ou treuil.

Des poufies

Enfin, nous voudrions vous faire remarquer une chose, savoir que dans la fig. 1x, qui accompagne ce livre, le treuil est représenté accompagné d’une poulie, ce qui ne veut donc pas dire que l’un et l’autre ne faisaient qu’une seule et même chose, mais qui démontre la probabilité que les victimes, pour les raisons que nous venons de donner, étaient torturées et détirées par ces deux instruments à la fois. Nous dirons « probabilité, » car il y a d’autres manières par lesquelles on püt faire la même chose et que l’on devait vraisemblablement employer quelquefois. Maintenant, voici la facon dont les chrétiens étaient torturés par la poulie : En premier lieu, on fixait en terre autant de poteaux qu'il y avait de victimes à châtier. Cela fait, les aides préposés à cet office, commençaient par lier les martyrs, quelquefois par les mains, d’autres fois par les pieds, aux cordes des poulies d’une part et aux poteaux de l’autre, puis on tirait fortement sur les cordes, selon les ordres du juge, de sorte que les corps étaient misérablement détirés et déchirés. Tout cela est démontré dans les Actes des fils de sainte Symphorose, la martyre, comme aussi par Grégoire de Tours, Histoire des Francs.

Il faut, de plus, savoir que ceux qui étaient condamnés à ce supplice (comme ilest clair d’après l'Histoire des Martyrs, saint Quintinus, saint Ferutius et d’autres passages dans Grégoire de Tours déjà nommé), en même temps qu'ils étaient torturés par les poulies, étaient battus de verges ou brûlés avec des torches, ou arrosés de sulfure ou de résine, d'huiles bouillantes ou autres choses semblables. Ainsi, dars les Actes de saint Quintinus, on trouve ces mots : « Alors le Préfet, rageant d’une fureur despotique, ordonne que le saint Quintinus soit si cruellement détiré avec les poulies que ses membres soient forcés de se séparer aux jointures par la violence extrême de la torture. De plus, il commande qu'on le frappe avec de petites cordes et que l’on répande sur son dos de l’huile bouillante, de la poix et de la

Lortures ef Éourments des Martprs réfiens

graisse fondue, afin qu'aucune souffrance ne manque pour ajouter à son angoisse corporelle. Mais comme tout cela n’arrive pas à satisfaire le sauvage Rictiovarus (tel était le nom du Préfet), ni à étancher sa monstrueuse soif de cruauté, il ordonne, en outre, que l’on applique sur lui des tisons enflammés, de façon que les flammes..., etc. » Ainsi dit l'Histoire du saint

Quintinus.

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