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DE LA BASTONNADE, DE LA DÉCIMATION ET AUTRES PUNITIONS MILITAIRES

Attendu que nous lisons souvent, dans les Histoires des Saints, comment les chrétiens, et spécialement les soldats chrétiens, étaient, sous forme d’ignominie, condamnés à piocher la terre, frappés à coups de bâton et de gourdin, dépouillés du ceinturon militaire et enfin décimés, toutes choses qui étaient des genres de punitions pour les soldats romains coupables de diverses offenses, nous avons résolu de spécifier ici quels étaient le nombre et le genre de ces punitions. Elles étaient nombreuses et plus ou moins sévères. Car, tandis qu’à l’intérieur des murs de la ville, la Loi Portia protégeait les citoyens Romains contre le bâton et la hache des magistrats, ceci n’était pas le cas dans les champs et les camps. Car la loi faisait une distinction entre la discipline civile et la discipline militaire et entre la terreur qu'il était nécessaire d’inspirer à une armée pour la

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Lortures et Éourments des Martyrs chrétiens

plier à l’obéissance et celle qui était requise pour gouverner un peuple paisible. Car les ordres d’un général au camp étaient sans appel.

Les punitions les plus légères infligées aux soldats étaient celles qui comprenaient la disgrâce et la dégradation, telles que : être démis du service avec ignominie, être privé de la solde, rendre la lance, changer de quartiers, hiverner en pleine campagne. manger la ration debout, creuser une tranchée, être désarmé et dépouillé du ceinturon, manger de l'orge, être saigné en ayant une veine ouverte.

Les punitions plus graves étaient celles qui causaient quelque souffrance physique, telles que : être frappé de coups de bâton, être vendu comme esclave, être frappé avec un gourdin ou une hache, être décimé, être crucifié. Nous trouvons des exemples de toutes ces punitions d’une manière authentique et certaine dans Sigonius (Livre I), Sur l’Ancienne Loi Civile des Romains. Pour commencer, le fait d’être démis du service avec ignominie est mentionné et écrit dans A. Hirtius, dans les termes suivants : « César, parlant du haut de la suggestus (plate-forme) et s'adressant à l’assemblée des Tribuns et des Centurions de toutes les légions, dit : Caïus Aviénus, puisque vous avez soulevé les soldats romains contre la République et avez pillé les villes provinciales, je vous expulse de mon armée avec ignominie. »

Quant à la privation de la solde, cela est assez bien compris déjà, je pense. Je puis ajouter que la phrase « privé de sa solde » était appliquée (ainsi que le déclare Nonius) à ces soldats dont la solde, afin de les flétrir avec disgrâce, était arrêtée, c’est-àdire que la somme de monnaie représentant leur gain pour un mois ou pour une année, était confisquée. Ainsi Varro, cité par le même auteur, parlant de la vie et des coutumes du peuple romain, écrit : «Ce qui était appelé du nom de solde était l’argent que l’on donnait au soldat chaque année ou deux fois l’an; quand

Punitions des sofdats

sa paye était arrêtée comme marque de disgrâce, on disait qu'il était cassé de sa solde. » Tite-Live dit encore: « Comme marque de disgrâce, il fut décrété que la légion recevrait la solde d’une demi-année au lieu de celle d’une année entière. »

Maintenant, concernant les autres punitions, telle que celle de rendre la lance, Festus explique la chose ainsi : « La punition de la lance était celle à laquelle on condamnait un soldat coupable d’une faute militaire. »

Pour ce qui est de changer de quartier dans le camp, Polybius nous dit que : lorsqu'on voulait flétrir un soldat avec disgrâce, on ordonnait qu’il fût jeté hors du camp. En conséquence, nous trouvons, dans Tite-Live, queles hommes qui avaient été battusà Cannes se plaignaient, disant : «Maintenant nous sommes réduits à une condition plus dure encore que celle que les prisonniers revenus de la guerre eurent à supporter dans les temps antérieurs; car on ne faisait que changer leurs armes ou leur position dans la ligne; ou la place qu'ils pouvaient occuper hors du camp, toutes choses qu'ils pouvaient recouvrer par quelque exploit fameux pour le bien du pays ou bien par leur succès dans une bataille. »

Quant aux quartiers d’hiver, lisez Tite-Live (Livre xxvi). « Une disgrâce de plus était infligée dans chaque cas, savoir : qu'ils ne pourraient hiverner dans une ville, ni construire de quartiers d'hiver à la distance de dix milles d'aucune cité. » Au sujet des rations, le même auteur écrit (Livre xx1v) : «J’ordonnerai que l’on me rapporte les noms de tous ceux qui, pensant à la défaite récente, ont dernièrement quitté leur poste et, les faisant comparaître tous devant moi, je leur ferai prêter serment de ne jamais manger ou boire autrement que debout, excepté dans les cas de maladie aussi longtemps qu'ils resteront au service. »

Pour ce qui est de creuser, nous pouvons avoir recours à Plutarque qui dit dans son Lucullus « que c'était une ancienne forme de disgrâce militaire que l’on employait pour les coupables et qui

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consistait, après les avoir contraints de se dépouiller de leur chemise, à leur faire creuser une tranchée tandis que le reste des soldats regardait. » |

Quant aux autres punitions mentionnées, voyez encore Tite-Live (Livre xxvn) : « Les cohortes qui avaient perdu leur étendard furent condamnées à manger de l'orge; et les centurions de ces mêmes cohortes dont les étendards avaient été perdus, furent dépouillés de leurs ceinturons et privés de leurs épées ». Polybe aussi parle de l’orge étant employée comme aliment au lieu de froment, en signe de disgrâce.

Au sujet de la punition qui consistait à faire couler le sang, Aulu-Gelle dit ce qui suit: « C'était une ancienne habitude, comme punition militaire et en signe d’ignominie, d'ouvrir une veine au coupable pour le saigner. »

. Nous trouvons l'évidence d’autres formes de punitions plus sévères encore dans les passages que nous allons citer. Tite-Live, écrivant sur la réforme de la discipline militaire de Scipion devant Numance, dit : « Tous les soldats qu'il prit hors des rangs, il les fit fouetter : si c'était un citoyen romain, avec des douves; si c'était un étranger, avec des bâtons », et dans un autre endroit: «€ Publius Nasica et Decius Brutus, les deux consuls, firent une revue des troupes à l’occasion de laquelle un châtiment fut infligé, probablement pour produire un excellent effet sur l'esprit des recrues, devant lesquelles la chose était exécutée. Un certain Caius Matienus, qui avait été accusé devant les tribunaux du peuple d’avoir déserté l’armée en Espagne, fut condamné à la fourche ou pilori, puis battu avec des bâtons pendant longtemps et enfin vendu comme esclave pour un sesterce. » Cicéron aussi, Philippiques : « Les légions qui abandonnèrent le consul, si c'était un consul, méritèrent la flagellation. »

Maintenant, selon Polybe, cette punition de la flagellation était appliquée de la façon suivante : Premièrement, le tribun

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Martyrs liés à un poteau fixé en terre ou à un pilier et battus avec persistance avec des bâtons jusqu’à ce qu’ils meurent.

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MDécimation militaire

prenait un bâton et en touchait seulement le condamné, après quoi tous ceux qui se trouvaient dans le camp frappaient le coupable avec des bâtons et le lapidaient à coups de pierres, généralement il était tué à l’intérieur du camp. S'il échappait à la mort, son sort n'en était pas meilleur pour cela, car il ne pouvait ni être logé chez ses parents, ni retourner dans sa patrie.

Le plus ancien exemple de décimation est rapporté par Tite- Live comme ayant été donné par Appius Claudius pendant son Consulat. C'était un homme au caractère très dur et très rigide. Pour rapporter les paroles de l'historien : « Appius Claudius, le Consul, réunit une assemblée générale et réprimanda les troupes pour avoir été déloyales à la discipline militaire et avoir déserté les drapeaux — et non sans bonnes raisons. Se tournant vers les soldats qu'il voyait désarmés individuellement, il leur demanda où étaient leurs armes et leurs étendards, faisant la même question aux enseignes qui avaient perdu leurs couleurs (drapeaux), de même qu'aux centurions et aux hommes à double solde qui avaient abandonné leurs rangs. Finalement il les fit battre avec des gourdins jusqu’à la mort. Parmi ce qui restait des différents rangs, on choisit par la voie du sort chaque dixième homme pour le châtier. La facon dont fut exécuté cet ordre est racontée en détail par le même auteur qui écrit au sujet de la punition infligée par Scipion à son armée mutinée à Suero : « Alors se fit entendre la voix du héraut proclamant les noms de ceux qui avaient été condamnés dans le Concile. Ceux-ci furent alors dépouillés et entraînés, tandis qu’en même temps on exhibait tout l'appareil de punition, ils furent ensuite attachés à un poteau et frappés avec des gourdins ou abattus à coups de hache. »

Le crucifiement, comme punition militaire, est également mentionné par Tite-Live. « Les déserteurs qui passaient à l’ennemi, étaient plus sévèrement châtiés que les simples déserteurs. Ceux

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qui étaient de race latine étaient décapités, tandis que les coupables romains étaient crucifiés. »

Telles étaient donc les diverses sortes de punitions militaires. Qu’elles aient continué à être en usage jusqu’à la fin de la période républicaine est un fait dont l'évidence a été suffisamment démontrée par Suétone quand il dit, parlant d’Auguste : « Il décima toutes les cohortes qui avaient pris la fuite et fit nourrir d’orge les survivants, les centurions qui avaient abandonné leur poste, de même que les manipules, dans le même cas, furent punis de mort. Pour d’autres offenses, il infligeait diverses punitionsignominieuses — telles que de les faire rester toute la journée debout devant le Prétoire ou à la tête du quartier, tantôt portant simplement la tunique et dépouillés du ceinturon, tantôt tenant une hampe ou une motte de terre. » Tout cela dit pour les punitions militaires.

Maintenant, pour ce qui regarde les soldats chrétiens qui conquirent la couronne du martyre par les mains des païens, on doit remarquer (comme il est rapporté dans diverses histoires) comment ceux-ci étaient quelquefois condamnés à creuser la terre, ou à être décimés; d’autres fois, et très fréquemment, à être battus avec des fouets ou des bâtons, ou dépouillés, c’est-à-dire privés de leur ceinture militaire.

Pour ce qui est des soldats chrétiens étant condamnés à creuser la terre, l’histoire de saint Marcellus, Pape, en rend témoignage, car il y est écrit à ce sujet : « Le jour où Maximien revint des pays d'Afrique dans la ville de Rome, voulant plaire à Dioclétien et en même temps accomplir son désir de bâtir des Thermes ou des Bains, qui devait porter son nom, il commença, dans sa haine pour les chrétiens, par condamner tous les soldats de cette croyance, soit romains, soit étrangers, aux travaux forcés, et, en divers endroits, il les força, les uns à transporter des pierres, les autres à creuser le sable. » On peut trouverle même fait rapporté dans les Actes de sainte Severa, vierge romaine.

Sofdats chrétiens fouettés

La décimation est aussi attestée par les histoires des plus saints martyrs du Christ, saint Maurice et ses compagnons, où il est écrit : « Que le sort fatal livre à la mort chaque dixième homme » et la décimation était-elle autre chose que de mettre ainsi à mort chaque dixième soldat? Lisez plus loin, si vous le voulez, à ce sujet, l'historien romain Tacite : « Chaque dixième homme de la cohorte disgraciée fut choisi par le sort et fouetté jusqu’à la mort; » et encore : « Comme chaque dixième homme de l’armée qui à été vaincue est frappé jusqu'à la mort, des hommes braves sont quelquefois eux-mêmes choisis par le sort de temps à autre. »

La seconde punition, savoir le fouet, marque une partie de la passion de presque tous ces soldats chrétiens martyrs qui trouvèrent agréable et heureux d’être débarrassés de cette courte et pauvre vie pour l’amour du Christ.

Une chose que nous voudrions faire remarquer au lecteur, c'est que non seulement les soldats chrétiens étaient frappés par le bâton, mais aussi d’autres fidèles serviteurs du Christ, car les lois des romains décrétaient que quiconque s’avouerait rempli de la grâce de Dieu, serait frappé avec le bâton comme punition.

Enfin on peut trouver d’autres preuves du même fait dans les Actes de saint Hesychius, de saint Marcellus, centurion, des saints Eudoxius, Zeno, Macarius et leurs compagnons au nombre de cent quatre, et de beaucoup d’autres. En particulier, nous lisons dans les Actes du dit saint Marcellus comment la ceinture militaire, si souvent mentionnée, n’était ni plus ni moins que le ceinturon ordinaire du soldat ou plutôt le baudrier auquel était attaché le sabre, car nous y trouvons écrit : « Dans la ville de Tingitana, tandis que Fortunatus était procurateur et commandeur des troupes, le jour de naissance de l’empereur arriva. De sorte que, tandis que tous se livraient aux réjouissances et offraient des sacrifices, un nommé Marcellus, centurion de la légion de Trajan,

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Lortures et Éourments des Martprs crétiens

jugeant les dites réjouissances profanes, rejeta son ceinturon militaire devant les étendards de la légion qui se trouvait là en ce moment et témoigna à haute voix, disant : « Je suis soldat de Jésus-Christ, le roi éternel. »

Il rejeta de même son bâton de Centurion et ses armes et déclara : « À partir de ce jour, je cesse de me battre pour vos empereurs. » Mais les soldats, étonnés d'entendre de telles paroles, le saisirent et rapportèrent la chose à Astasianus Fortunatus, commandant de la légion, qui ordonna qu'il fût mis en prison. Bientôt, lorsque la fête fut terminée, celui-ci s’assit au conseil du Concile, et ordonna d’amener Marcellus, le Centurion; ceci étant fait, Astasianus Fortunatus, le commandant, s’adressa à lui en ces termes : « Quelle était votre intention lorsque, au défi de la discipline militaire, vous avez défait votre ceinturon et rejeté au loin votre baudrier et votre bâton? » puis plusieurs lignes plus loin : « Ce soldat, rejetant son ceinturon, s’est ouvertement déclaré chrétien et, publiquement, devant tout le peuple, a blasphémé contre les dieux et contre César. C’est pourquoi nous vous avons rapporté ce fait, afin que tout ce que décidera votre sagesse soit dûment exécuté. »

Telles furent les paroles adressées par ses geôliers, concernant le saint Marcellus, à Agricolaus, le juge auquel il avait été envoyé pour être condamné. Maintenant, quand nous lisons au commencement de ce récit comment Marcellus rejeta son ceinturon et, encore plus loin, comment, étant dénoncé au commandant, il rejeta son baudrier et comment encore, lorsque les soldats exposèrent le cas et l’accusèrent devant Agricolaus, il rejeta de nouveau son ceinturon, il est pleinement clair qu’il s’agit ici d’une seule et même chose. De fait, un baudrier, — si nous pouvonsen croire l’autorité de Varro, sur la Langire latine, — était un ceinturon de cuir décoré de clous ou de bossettes et porté en sautoir de l'épaule droite à la hanche gauche. Aïnsi Quintilien écrit :

Bâtons ef scorpions

« Ce ceinturon, qui est porté en sautoir de l’épaule droite à la hanche gauche, comme un baudrier, ne doit être ni trop serré ni trop lâche. »

Nous voudrions ici faire observer au lecteur un point, savoir que la constance des soldats chrétiens était telle, et tel aussi leur désir brûlant de souffrir pour l'amour du Christ que c’est une chose très fréquente de trouver mentionné le fait que, volontairement et au mépris des empereurs païens et autres officiers supérieurs, ils rejetaient leur ceinturon. Ainsi, nous lisons sur saint Hesychius: « Maintenant, c'était un soldat et, ayant entendu lire l’ordre de Maximianus, décrétant que quiconque refuserait de sacrifier aux idoles, devait rejeter son ceinturon, soudain, et de son propre mouvement, il déboucla le sien »; et encore sur saint Eudoxius et ses saints compagnons: « Eudoxius défit immédiatement son ceinturon et le lança à la figure du commandant. Cet acte semblant à ses compagnons un appel direct et une émulation, le nombre entier de ceux qui se trouvaient alentour, cent quatre en tout, défirent aussi leur ceinturon et le lancèrent à sa figure. »

Tout cela dit sur les peines et les punitions infligées aux soldats chrétiens.

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