CANCER DES CLINDES LYMPHATIQUES
ARTICLE PREMIER
Histoire générale du cancer des glandes lymphatiques.
Le cancer des glandes lymphatiques est un cancer squlrr lieux primitif ou un cancer squirrheux consécutif [ V partie , ch. 2, art. 2). Le premier est plus rare que le second. Ce dernier est presque toujours la suite d'une maladie vénérienne qui a produit vme lésion plus ou moins profonde des glandes inguinales.
Nous nous occuperons ici de ces deux sortes de cancers dos glandes , en commençant par le cancer squirrheux primilil'. Quant aux dégénérations squirrheuses des glandes lymphatiques , produites par le voisinage d'une autre maladie cancéreuse, nous n'en parlerons pas ici. On trouvera ce qui les concerne dans les chapitres relatifs à chacun des cancers qui sont accompagnés de cette complication.
^ 1". Cancer squirrheux primitif des glandes lymphatiques.
Nous désignons ici sous le nom de cancer squirrheux pri' Tniiif des glandes lymphatiques, la'dégénération cancéreuse de ces parties chez des individus qui n'ont pas d'autre maladie cancéreuse dans le voisinage des glandes frappées de cancer. Nous n'avons jamais trouvé le cancer squiriheux primitif des glandes lymphatiques chez des individus âgés de moins de 56 ans.
Il n'est presque aucune partie qui ne nous ait offert quelquefois ce cancer; mais nous l'avons observé plus particulièrement à la région parotidienne , à la région cervicale , au-dessous de la mâchoire inférieure, sous les aisselles, autour de la traj^hée artère, à la racine des pou-
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mons, au mésentère et enfin aux aines. Nous avons trouvé très-rarement des glandes lymphatiques squirrheuses à la mamelle, et comme nous l'avons dit ( 2^ partie, ch. i, art. 2 , § I ) , les tumeurs squirrheuses indolentes qu'on observe dans cette partie , n'ont presque jamais leur siège dans les glandes lymphatiques. Il est rare qu'une seule glande lymphatique devienne squirrheuse. Très-souvent, lorsque le cancer attaque les glandes, plusieurs d'entr'elles sont frappées simultanément de cette dégénération , qui , dans bien des cas, se développe en même temps ou bientôt après dans d'autres organes.
Le cancer des glandes lymphatiques débute sous la forme d'un squirrhe, de même que les autres tumeurs cancéreuses, et il suit la même marche ( impartie, ch. i ).
Dans quelques cas rares une glande lymphatique, qui d'abord a été enflammée et qui a suppuré en partie , se couvre d'une cicatrice, ne se résout qu'imparfaitement et subit la dégénération squirrheuse.
Dans d'autres cas, les glandes qui deviennent cancéreuses sont d'abord un peu douloureuses et paroissent dans un état de légère inflammation pendant qu'elles se tuméfient. Mais souvent le cancer des glandes lymphatiques débute sous la forme d'une tumeur indolente , qui grossit très-lentement. Au bout d'un certain temps, la tumeur squirrheuse reste dans un état stationnaire, et si elle avoit été douloureuse dans le principe , elle devient tout-à-fait indolente. Elle peut rester dans cet état un grand nombre d'années sans occasioner aucun accident. J'ai vu une femme qui est morte de cette maladie à l'âge de 56 ans. Elle avoit depuis près de 20 ans les glandes axillaires du côté droit et les glandes cervicales du côté gauche trèsdures et plus grosses que des amandes dépouillées de leurs coquilles. Ce ne fut que dans les derniers mois de sa vie qu'elle commença à y éprouver des douleurs, Nous trou-
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vâmes après sa mort les glandes tuméfiées , qui étoient encore indolentes , transformées en tissu cancéreux comme celles qui étoient devenues douloureuses.
11 est rare que le squirrhe des glandes lymphatiques reste aussi long-temps dans un état stationnaire, surtout lorsque plusieurs d'entre elles sont frappées en même temps de la dégénération cancéreuse.
Dans la plupart des cas la tuméfaction squirrheuse des glandes lymphatiques fait des progrès rapides. Quelquefois elle n'est jamais dans un état stationnaire , ou si elle a paru être un instant dans cet état , elle recommence bientôt à faire des progrès. Quand ils sont rapides, les malades ressentent, dans la tumeur ou dans les environs, une douleur distensive ou lancinante , ou simplement gravative, qui n'est pas continuelle et qui n'augmente point par la pression lorsqu'on examine la tumeur , excepté dans certains momens oii la maladie est dans un état d'exaspération passagère.
Les glandes lymphatiques squirrheuses , indolentes ou douloureuses, sont très-dures au toucher; elles présentent une sorte de sécheresse ; elles offrent même quelquefois des inégalités anguleuses. Dans tous les cas, le tissu cellulaire qui les environne est plus ou moins altéré , et elles semblent être entourées d'une atmosphère cellulaire endurcie. Lorsque plusieurs de ces glandes agglomérées forment une grosse tumeur, celle-ci paroît quelquefois lobée, elle est très-dure, et le tissu cellulaire qui unit les tumeurs glanduleuses, étant lui-même endurci, toute la masse présente une dureté remarquable.
Si les glandes tuméfiées sont à quelque distance les unes de? autres , et que la maladie continue à faire des progrès, elle envahit bientôt le tissu cellulaire de toutes les parties environnantes ; la peau elle-même et les muscles tiniseent quelquefois par être frappés de la dégénération
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cancéreuse; le tout forme alors une masse inégale et trèsdure au toucher. Le malade ressent une douleur quelcjviefois très-supportable dans les parties tuméfiées et endurcies. On est quelquefois étonné de l'étendue de la dégénération squirrheuse dans les derniers temps de la vie. Nous avons vu dans un cancer primitif des glandes inguinales , la dégénération se propager dans l'abdomen , ulcérer le rectum dans une grande étendue, sans qu'il fût survenu aucune ulcération aux aines, ni à la partie inférieure de l'hypogastre dont le tissu cellulaire et la peau étoient complètement dégénérés et avoient acquis une dureté presque semblable à celle d'un morceau de bois. Dans le cancer des glandes cervicales, la tumeur finit quelquefois par occuper tout un côté du col, depuis Toreille jusqu'à la clavicule , et toutes les parties miolles de cette région semblent transformées en une masse aussi dure qu'un cartilage. Lorsque les glandes squirrheuses occupent primitivement le col, la région parotidienne, les aisselles ou les aines, la tumeur squirrheuse peut devenir énorme et s'étendre très-loin avant l'époqvie de la mort^ quoiqu'il ne survienne aucune ulcération à l'extérieur.
Dans les cas où la tumeur squirrheuse des glandes lymphatiques finit par s'ulcérer^ les douleurs sont lancinantes, la peau devient rougeâtre et même livide dans certains points. Elle s'excorie, se fendille, ou bien il s'y fait une petite ouverture ronde ; il en sort un liquide ichoreux ; à la fin on voit un ulcère dont les bords sont durs, rouges, inégaux, sinueux, frangés et souvent renversés.
Soit que les glandes squirrheuses s'ulcèrent, soit qu'elles ne s'ulcèrent point, à mesure que la maladie fait des progrès, elle détermine toujours les mêmes désordres généraux, tels que l'amaigrissement progressif, la teinte jaunâtre delà peau et tous les autres signes de la cachexie cancéreuse ( i'' partie , ch. a, art. 3 ).
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Les malades périssent enfin dans un état de marasme ou d'hydropisie. Il en est qui bien avant cette époque meurent tout-à-coup au moment où l'on s'y attendoit le moins, et sans qu'on sache à quoi attribuer cette mort inopinée. Mais ii arrive bien plus souvent que la durée de la vie est abrégée par une autre maladie ou par quelque symptôme accidentel et en quelque sorte mécanique. Nous avons vu le cancer des glandes cervicales mettre un obstacle presque absolu à la déglutition et faire périr le malade. Assez souvent la mort est accélérée par une dégénération cancéreuse interne ; car, lorsqu'il se manifeste plusieurs indurations cancéreuses des glandes, il y a pour Pordinaire une diathèse cancéreuse universelle, et dans ces cas il arrive presque toujours que, six mois, un an ou deux ans après qu'on a aperçu les premiers signes de la dégénéralion squirrheuse des glandes , la diathèse cancéreuse détermine plusieurs dégénérations squirrheuses internes , qui ne sont pas l'effet de la tumeur qu'on avoit d'abord aperçue, mais qui sont occasionées par la même diathèse qui a développé plusieurs dégénérations squirrheuses, dont les unes sont situées dans les glandes lynnphaliques , les autres tantôt à l'eslomac, tantôt au foie, tantôt au rectum , ou bien dans quelque autre partie qui n'a avec les glandes squirrheuses externes aucune communication immédiate.
Lorsque le squirrhe affecte les glandes mésentériques , les malades éprouvent presque toujours dans les derniers temps de leur vie un dévoiement incurable, ou bien ils ont une hydropisie ascite, compliquée d'anasarque. Ils meurent constamment dans un état de cachexie, et les souffrances qu'ils éprouvent dans l'abdomen ne sont pas toujours considérables.
Lorsque les glandes squirrheuses sont situées autour de la trachée, ou à la racine des bronches, on ne reconnoît L 26