CANCER RONGEANT
chirurgien profitant d'une absence que je fus obligé de taire pour plusieurs mois, s'offrit de guérir le malade en évacuant la matière épanchée; il fit vers la fin d'août une ouverture à cette tumeur avec la lancette, il en sortit environ une livre d'une matière rougeâtre et sanieuse. L'opérateur qui s'étoit flatté de guérir entièrement cette maladie par ce mojen, fut fort étonné de voir que, malgré cette évacuation, la tumeur conservoit presque tout son volume; la petite ouverture qui avoit été faite se cicatrisa bientôt; il se fit un nouvel amas de matières, et la tumeur, loin de diminuer de volume, alloit toujours en croissant, sans être encore que peu douloureuse.
Vers la mi-septembre suivant, deux chirurgiens distingués dans ce pays-ci par leur capacité et leur expérience, et qui s'étoîent chargés de suppléer à mon absence, furent priés de donner leur secours à ce malade. Une fluctuation considérable se faisant sentir à cette tumeur, on y fit une nouvelle incision, par laquelle il sortit encore plus de matière sanieuse que la première fois; le vide que lais?a celte évacuation confirma les conjectures qu'on avoit faites sur la nature et la consistance de cette tuiicur; on se convainquit que cette espèce de parenchime n'étoit qu'un composé d'un grand nombre de tubercules glanduleux; on en enleva la plus grande partie avec l'instrument tranchaiit : on se flatta que la suppuration entraîijeroit le reste, ou que du moins on seroit le maître de le détruire dans les suites du traitement. Rien sans doute n'auroit été pins sage et plus prudent que d'extirper tout -à-la -fois la barre glanduleuse de cette tumeur, mais le malade n'eut jamais assez de courage pour se déterminer à souffrir cette opération, qui peutêtre auroit été décisive pour sa guérison. Cependant ces corps glanduleux quifaisoient pour ainsi dire les racines de cette excroissance , au lien de se fondre et de tomber par la suppuration,prenoient chaque jour des accroissemenssensibles .
DE LA SrBFACE DU CORPS. $25
On essaya d'en dévorer pkisienrs avec la pierre infernale, et avec d'autres caustiques. On en emporta d'autres avec l'instrument tranchant. La pusillanimité et rirrésolution opiniâtre du malade obligeoient à se prêter à ces moyens successifs mais insuffisans, pour ne pas l'abandonner inhumainement à son mauvais sort; mais à mesure qu'on détruisoit une partie de ces tubercules fongueux, il en repulluloil de nouveaux sans nombre. Toutes ces opérations douloureuses par elles-mêmes, et réitérées journellemenî, ne poiivoient manquer déporter beaucoup d'irritation sur tout le vaste ulcère que laissoit renlèvement de cette tumeur; ses bords étoicnt devenus noueux , renversés et vraiment carcinomaleux. Lnc lièvre lente s'étoit mise delà j)arlie, et traînoit avec elle les plus cruelles insomnies. Le m dade épuisé par la longueur et l'intensité des souffrances, peu soutenu d'ailleurs ])ar la mauvaise nourriture que son peu d'aisance l'obligcoit de prendre, s'afToiblissoit de jour en jour et traînoit la vie la plus malheureuse. Cependant ayant ouï diie dans le cours des pansemens, qu'on donnoit à sa maladie un caractère carcinomaleux, il fit appeler un empirique du voisinage qui a beaucoup de réputation pour la cure des cancers^ il en guérit effectivement beaucoup par l'application d'une poudre escarrotique ; c'est principalement lorsqu'ils onl leur siège au visage, qu'ils n'entament que la peau ou les parties charnues, et (jue leur vice se trouve borné à la partie où ces ulcères se montrent. J'en suis d'autant moins surpris que je me sers moi-même d'un escarrotique à-peu-près sendjlable à celui de cet empirique, et qui m'a toujours réussi dans les circonstances que je viens d'énoncer.
Mais ayant vu le malade sur la fin du traitement, je ne crus pas devoir me servir de mon escarrotique pourpluvsieuis considérations, i° parce que le suje', loin d'être dans les circonstances favorables au succès de ce topique, étoit au cun-