SCROFULE
pathies multiples. On constate le plus souvent un coryza chronique, une conjonctivite rebelle, de l'otorrhée. Liss amygdales sont hypertrophiées et 1 arrière-gorge est le siège de végétations adénoïdes qui entretiennent un catarrhe chronique du pharynx. Cet exemple montre bien que le terrain scrofuleux imprime à telle ou telle affection une évolution spéciale, un cachet particulier. La scrofule ne crée pas ces affections, contrairement à ce qu'on pensait jadis, mais elle les modifie et l'on comprend que certains auteurs, voulant conserver le terme ancien, les dénomment encore des « scrofulides ». Mais il doit être bien entendu que ce ne sont pas des manifestations de la scrofule (celle-ci n'existant pas en tant que maladie), mais des affections développées chez des scrofuleux.
Il nous faut maintenant étudier les rapports qui existent entre la scrofule et la tuberculose. Les scrofulides, telles que nous les avons définies, ne sont pas des tuberculoses, mais elles peuvent servir et servent souvent de porte d'entrée à la tuberculose. C'est qu'en effet le scrofuleux est, au premier chef, un candidat à la tuberculose. On nait scrofuleux, on devient facilement tuberculeux. (Landouzy.)
La tuberculose, développée sur un terrain scrofuleux, la scrofulo-tuberculose, pour employer l'expression classique, présente des caractères particuliers. Le scrofuleux fait sa tuberculose à sa façon. La scrofulo-tuberculose a pour localisation habituelle les ganglions du cou, des aisselles, des aines (les écrouelles des anciens auteurs) ou bien le derme et l'hypoderme (gommes cutanées.) Personne ne songe à mettre en doute aujourd'hui la nature tuberculeuse de ces adénopathies et de ces gommes. La démonstration anatomique en a été faite par Schùppel, Rindfleisch, Thaon, Grancher, Besnier, etc., la démonstration expérimentale par Villemin, Kiener, Hueter Grancher et H. Martin, la démonstration bactériologique enfin par Koch lui-même.
Ces adénopathies, ces gommes ont pour particularité de se ramollir rapidement, de suppurer abondamment et d'être généralement curables. Cette curabilité tient-elle à la faible virulence des bacilles, comme le pense M. Arloing ? ou bien à leur petite quantité comme le voudrait M. Nocard ? ou encore à la nature particulière du terrain sur lequel ils se sont développés ? il n'est pas facile de le dire. Quoi qu'il en soit, ce qu'il faut retenir, c'est que la scrofulo-tuberculose ganglionnaire guérit le plus souvent sans que la généralisation de la tuberculose se produise. Il est possible, comme le pense M. Marfan, qu'il se fasse, à la longue et dans certains cas, une vaccination lente de l'organisme qui expliquerait la non généralisation de la
tuberculose.
Est-ce à dire que la tuberculose reste toujours périphérique chez les scrofuleux? Non pas. L'observation montre que bien des écrouelleux meurent phtisiques, mais la tuberculose pulmonaire évolue chez eux d'une façon particulièrement lente, torpide, sans réaction inflammatoire marquée. Les anciens auteurs connaissaient bien cette variété de phtisie qu'ils avaient dénommée « phtisie scrofuleuse » . Cependant quelques scrofulo-tuberculeux succombent à une tuberculose pulmonaire, méningée ou autre à évolution
IE.-C AVIRAGNET ]
81 i MALADIES INFECTIEUSES.
plutôt rapide ; quelques-uns même meurent de granulie. Dans ces cas, le virus tuberculeux subit peut-être, après avoir séjourné dans les ganglions, une exaltation de sa virulence sous l'influence de causes qui nous échappent. Peut-être aussi le virus était-il particulièrement virulent dès son entrée dans l'organisme. On pourrait dire de même que dans d'autres cas (ceux qui guérissent) le virus était atténué originellement, ou s'est atténué à la faveur du terrain sur lequel il s'est développé,
Ces quelques considérations sont suffisantes, nous l'espérons, pour faire comprendre ce qu'il convient d'entendre par -crofule, scrofulides, scrofulotuberculose. Nous pouvons les résumer dans les quelques lignes suivantes : La scrofule n'est pas une maladie ; c'est un état constitutionnel qui s'établit dès la naissance et qui persiste généralement toute la vie. La scrofule se caractérise au point de vue anatomique par une dilatation marquée du système lymphatique ; au point de vue chimique par un ralentissement de la nutrition. Ces conditions expliquent les caractères cliniques spéciaux qu'affectent les infections développées chez les scrofuleux. (Aspect spécial de l'impétigo, de l'eczéma; persistance des adénopathies, etc..) Les scrofulides ne sont pas des tuberculoses, mais elles ouvrent fréquemment la porte au virus tuberculeux. Une fois constituée, la scrofulo-tuberculose évolue lentement et aboutit généralement à la guérison sans que la généralisation de la tuberculose se fasse (faible virulence, petite quantité des bacilles — peut-être aussi vaccination de l'économie, suivant M. Marfan). La généralisation de la tuberculose s'observe également, quelquefois rapide, le plu? souvent lente, torpide (phtisie scrofuleuse).