‹ Traité des maladies de l'enfance (volume 2)Chapitre 129 sur 145 · OEDÈME ET SCLÉRÈME DES NOUVEAU-NÉS · texte numérisé non relu

OEDÈME ET SCLÉRÈME DES NOUVEAU-NÉS

nilés, des hospices d’enfants trouvés, etc. Elle était autrefois très répandue dans les asiles d enfants abandonnés; en 1826, Billard, sur 5,392 enfants entrés aux Enfauts-Assistés, a noté 240 cas d’œdème, dont 50 mortels. ^ ’

Sur ce nombre, il y avait 30 cas d icteie et 50 de diarrhée ; l’àge des enfants était compris entre un et huit jours. Les mois d’hiver ont fourni beaucoup plus de eas que les mois d’été. Ileyfelder a vu la proportion des œdèmes diminuer d’un tiers par l’amélioration des soins hygiéniques.

On a essayé d’identifier l’œdème des nouveau-nés avec la phlegmalia alba dolens (1).

On a incriminé, dans quelques cas, les vices de conformation de l’appareil cardio-vasculaire.

Dans un cas (fille de onze jours), j’ai vu l’œdème coïncider avec une paralysie obstétricale du membre supérieur gauche, et disparaître avec elle.

Pour Billard, la maladie n’était qu’un œdème simple, analogue à celui qui survient chez les adultes et les vieillards alfectés de maladies cardiaques, vasculaires ou pulmonaires. Il ajoute : (( M. Baron regarde depuis longtemps cette affection comme un œdème, comme une simple infiltration séreuse du tissu cellulaire, laquelle est symptomatique d’un trouble ou d’un obstacle quelconque au cours du sang, dans le cœur, les poumons et les gros vaisseaux. »

Anatomie pathologique. — La peau du cadavre, moins dure que pendant la vie, laisse écouler à la coupe une sérosité mêlée de sang. Cette sérosité est coagulable. On trouve, du coté des poumons, une distension vasculaire notable, l’atélectasie est fréquente ; le cœur est dilaté,

{Annales de gynécologie, 1887-1888).

les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang. 11 y a parfois un épanchement dans les séreuses (plèvres, péricarde, péritoine) ou des lésions d’entérite et d’athrepsie. Dans un cas mortel, Ballantyne a trouvé de la néphrite (1).

Symptômes. — L’œdème survient peu de jours après la naissance, il débute par les mollets, la face postérieure des cuisses, les mains, les organes génitaux. La peau est pâle et conserve l’empreinte du doigt ; l’exfoliation épidermique normale manque ou se suspend dans les parties atteintes. Il est rare que l’œdème soit généralisé; il est plus prononcé sur les parties déclives et sur le côté en contact avec le lit, si l’enfant garde le décubitus latéral. Dans certains cas, l’œdème est dur et la peau tendue.

La température s’abaisse, la circulation est ralentie et l’enfant peut s’éteindre dans le coma. Si l’œdème est partiel, la guérison s’obtient assez souvent. C’est dans les cas d’œdème partiel que la peau reste pâle et mobile; s’il est très étendu, la peau devient bleuâtre, livide, dure, résistante, sans aller pourtant jusqu’à immobiliser les jointures.

L’athrepsie complique souvent l’œdème des nouveaunés, et, quand le pouls et la température s’abaissent, on ne sait à quoi, de l’œdème ou de l’athrepsie, attribuer cet abaissement.

La respiration se ralentit, le cri est aigu, sifflant, à cause d’un léger œdème de la glotte (d’après Billard).

Parmi les complications, il faut signaler 1 ictère, la broncho-pneumonie, l’atélectasie et l’œdème du poumon, l’athrepsie, et finalement les troubles nerveux qui aboutissent au coma.

(1) Brit. med. Journal, 1890.

œüÈME ET SGLÉRÈME DES NOUVEAU-NÉS

La maladie débute du premier au cinquième jour de la naissance ; Valleix ne l’a pas vue après le quatrième jour. Mais l’oedème peut s’observer plus tard, dans les premières semaines et même dans les premiers mois. J’ai vu un enfant de trois mois, nourri au biberon, qui présentait un œdème des mains, des pieds, des avantbras et des jambes. Le pronostic n’est pas fatal et la i^uérison doit être espérée dans les cas où l’œdème est limité et où les conditions hygiéniques sont bonnes.

Le ])ronostic varie d’ailleurs beaucoup suivant les milieux : mauvais dans les hospices d’enlants trouvés, il est meilleur dans les maternités et dans la clientèle. Tout se réduit, au fond, à une question d’allaitement et de calorification. Si l’enfant n’est pas réchauffé, il meurt I>ar le poumon ; s’il n’est pas bien nourri, il meurt par l’intestin.

L’ictère n’est pas une complication grave, les troubles respiratoires, au contraire, sont funestes, et la tendance à l’assoupissement est d’un fâcheux augure.

Traüement. — Il est indiqué d’activer la circulation, de réchauffer l’enfant, de favoriser la résorj)tion de la sérosité. Billard conseillait l’enveloppement dans les llanelles chaudes, les frictions d’alcool camphré ; il luttait contre l’inertie du cœur et le collapsus du poumon par la saignée. Aujourd’hui, nous n’avons plus recours aux émissions sanguines, nous cherchons à ranimer le cœur et le poumon par l’alcool (quelques gouttes d’eau-de-vie dans un peu de lait, injections de caféine, inhalations d’oxygène) . Pourréchaulfer l’enfant, on le mettra dans la couveuse, on le couvrira d’ouate, on mettra des boules d’eau chaude dans son berceau. Pour faciliter la circulation et la résorption de la sérosité, on aura recours aux bains sinapisés, au massage avec des flanelles chaudes, avec les mains

enduites d’huile chaude, d’alcool camphré, de teinture d arnica. On fera les frictions de bas en haut, on malaxera les parties, on répétera les manœuvres deux fois par jour, pendant cinq à dix minutes. Si l’enfant ne peut prendre le sein, on le gavera.

2“ Sclér'eme des nouveau-nés.

Le sclérème est caractérisé par l’endurcissement de la peau, avec perte de mobilité des téguments; il diffère donc objectivement de l’œdème.

. Étiologie. — Suivant Parrot, l’athrepsie domine l’étiologie du sclérème, qui ne serait qu’une de ses manifestations ; il déclare ne jamais l’avoir vu en dehors de l’athrepsie. C’est une maladie rare, plus rare que l’œdème, et, dans le milieu même où Parrot l’obserVait (Enfants-Assistés), il ne se rencontre qu’exceptionnellement. Il alfectionne les enfants chétifs, nés avant terme, atteints de débilité congénitale; à cette prédisposition innée s’ajoutent l’action du froid, le manque de soins, l’allaitement artificiel.

Anatomie pathologique. — La peau est desséchée, dure, tassée, sclérosée, moins épaisse qu’à l’état normal; il ne s’écoule aucun liquide à la coupe. Dans le pannicule graisseux sous-cutané, le tissu conjonctif paraît former des travées plus épaisses, enserrant les globules de graisse, qui sont atrophiés et en partie résorbés.

Les vaisseaux sont amincis, revenus sur eux-mêmes. Il y a donc atrophie de la couche graisseuse, dessiccation et tassement de la peau. En réalité, il n’y a ni sclérose, comme dans la sclérodennie [sclérème des adultes), ni infiltration séreuse, comme dans l’œdème. En même temps, on trouve, du côté des viscères, une

CEDÈME ET SCLÉRÈME DES NOUVEAÜ-XÉS

congGstioii intcnsG Gt dGS lésions variablGS sui\ant les coiTiplications qui ont fait périr 1 cnlant.

Symptômes. — Lg sclèrèrnG, très distinct de Tœdèmo coniniG on 1g voit, pGut sg lïiontrGr plus taid quG lui, SGpt, huit, dix jours après la naissanco. Il est souvent précédé de symptômes athrepsiquosi

Parrotdit que le sclérème s’étend de bas en haut, en commençant par les membres inférieurs, pour gagner les lombes et la région dorsale ; mais il peut aussi débuter par la face, et toujours il a de la tendance à se généraliser.

La pean se tend, devient unie, perd sa souplesse et fait corps avec les parties sous-jacentes, comme si le corps avait été congelé. Il n’y a pas de tuméfaction comme dans l’œdème, mais la peau est livide, immobile, incapable de glisser sur les parties profondes. De cette rigidité de la peau résulte une entrave aux mouvements des membres ; les articulations perdent leur jeu, les membres sont étendus et on peut soulever les enfants tout d’une pièce. Si la face est prise, la bouche est immobilisée comme dans le trismus et la succion devient impossible. Simultanément, on trouve le muguet, l’érythème des fesses, la diarrhée, l’athrepsie, le refroidissement du corps, la faiblesse du pouls, etc. Au bout de trois à quatre jours, on voit survenir des convulsions, le coma ou une pneumonie, qui mettent tin à la scène.

Le pronostic est beaucoup plus grave que dans l’œdème, il est pour ainsi dire fatal ; du reste, la rigidité du sclérème rappelle la rigidité cadavérique, et quelques auteurs ont pensé qu’il ne fallait voir là qu’un phénomène agonique (Billard, Valleix).

Traitement. — Le même que dans l’œdème des nouveau-nés.

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

B. — ÉRYTHÈMES.

Le groupe des érythèmes de l’enfance est très important, et j’en décrirai plusieurs variétés.

1° Erythème simple des nourrissons.

L’érythème est très fréquent chez les enfants du premier âge, en particulier chez ceux qui sont mal tenus, incessamment souillés par les urines et les matières intestinales, mal nourris (biberon, alimentation prématurée). 11 siège principalement aux fesses, aux cuisses, aux organes génitaux externes. Mais de là il peut s’étendre aux jambes, aux pieds, et parfois même se généraliser. Chez les enfants atteints de diarrhée, le maximum des lésions occupe le pourtour de l’auus. Si les enfants mal nourris et mal tenus sont prédis- [)Osés à l’érythème, les enfants vigoureux, propres, allaités uaturellemeut n’y échappent pas toujours. On voit des enfants très gros et très gras présenter un érythème qui siège habituellement au niveau des plis cutanés que forment naturellement les cuisses, le cou, etc. C’est la variété dite inlertrigo, qui peut s’ulcérer, se recouvrir de vésicules et d’cxsudats diphthéroïdes.

Si les causes externes (contact des urines, des matières, des langes souillés, des liens constricteurs du cou) jouent un très grand rôle dans la production et l’aggravation des érythèmes, les causes internes (autointoxication d’origine digestive) ne sont pas à dédaigner, et elles agissent quelquefois à 1 exclusion des premières.

La lésion élémentaire de l’érythème simple est

ÉRYTHÈMES

figurée par de petites taches rouges ou rosées, disparaissant sous le doigt et durant peu. Tantôt ces taches s’évanouissent sans laisser de trace, tantôt elles donnent une légère desquamation furfuracée, tantôt elles laissent à leur suite des excoriations suintantes, saignantes, douloureuses, des fissures, des vésicules, des papules plus ou moins saillantes.

La lésion initiale n’est rien, les lésions consécutives sont beaucoup 5 combien de fois n’ai-je pas vu au pli de l’aine, au cou, un simple intertrigo négligé aboutir à des plaies, à des coupures, à des ulcérations saignantes et suppurantes d’une cicatrisation longue et difficile !

La desquamation de l’érythème des fesses n’est pas toujours insignifiante et furfuracée. J’ai vu plusieurs cas qui ge terminaient par une exfoliation en lames, rappelant la dermatite exfoliatrice et se répétant pendant des semaines et des mois. Cet érythème desquamatif scarlatiniforme est assez rare.

Chez les enfants allaiblis, maigres, athrepsiés, l’érythème peut se terminer par des lésions du derme graves et profondes, par des plaies, des eschares aux fesses, aux malléoles, aux talons. L’érysijjèle peut venir compliquer ces lésions, redoutables déjà par elles-mêmes.

L’érythème est en quelque sorte une maladie d’évolution, qui appartient aux nourrissons ët qui ne s’observe j)lus, ou très rarement, après le sevrage. La mauvaise alimentation (allaitement artificiel) est la grande cause de l’érythème; la diarrhée prélude ordinairement à l’éruption; aussitôt qu’on voit les selles cesser d’être régulières et normales, augmenter de fré- <[uence, changer de coloration (vertes), on peut annoncer l’apparition prochaine de l’érythème. Les selles

TnAlTÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

étant liquides, acides, irritantes, agissent d’abord à la marge de l’anns et irritent ensuite les parties voisines.

Cependant, si la diarrhée est le prélude habituel de l’érythème, on voit quelquefois la constipation agir dans le même sens ; il y a un érythème des enfants constipés. De même, si l’allaitement artificiel est la cause le plus souvent invoquée, on rencontre parfois l’érythème dans l’allaitement naturel exclusif. Il suffit que la nourrice ait un lait trop vieux, trop abondant, de mauvaise qualité, pour que l’enfant ait de l’érythème. Ou bien c’est le régime de la nourrice, l’abus des spiritueux, des épices, qui est en cause.

Le diagnostic de l’érythème simple est facile ; on pensera à la syphilis, pour l’écarter, s’il n’y a pas de papules, pas de coryza, pas de plaques muqueuses labiales, anales, etc. Le pronostic de la maladie en elle-même n’estpasgrave; mais l’érythème est un signe fâcheux qui indique que le nourrisson se trouve dans de mauvaises conditions hygiéniques, qu’il importe de changer.

Il faut donc, avant tout traitement local, améliorer le régime de l’enfant, changer sa nourrice, s’il en a une qui ne lui convient pas, ramener les tetées à un chilfre raisonnable (sept à huit dans les vingt-quatre heures), écarter de son alimentation les mets qui ne conviennent pas à son âge, donner le lait stérilisé, combattre la diarrhée par le bismuth, etc.

Cependant, on prescrira les soins minutieux de propreté, l’emploi des poudres absorbantes (lycopode) et antiseptiques (acide borique).

Les bains tièdes de feuilles de noyer, de sublimé dans quelques cas (1 à 2 grammes par bain), sont indiqués.

ÉRYXnÈMES

Érylkèine papuleux.

L’érythème papuleux des fesses s’observe chez des nourrissons un peu plus âgés, de deux à vingt-cinq mois ; il est constitué, au début, par de petites taches rouges, isolées ou groupées autour de l’anus et des organes génitaux. Ces taches sont bientôt surmontées par de petites vésicules qui éclatent et se dessèchent par la suite, en formant une collerette de petits squames. Des érosions superficielles ou même des ulcérations peuvent succéder à l’érythème, au contact des liquides irritants (urines et matières fécales).

Enfin, à la suite de ces irritations, le derme entre en prolifération et l’on voit de véritables papules arrondies, ayant les dimensions d’une tête d’épingle, d’une lentille, de couleur rose, brun ou violacée. Ces papules ne sont pas oonfluentes, mais discrètes, laissant entre elles des intervalles de peau saine. D’après Jacquet, qui a bien étudié cet érythème, il n’y a pas véritable papulation, car, s’il y a bourgeonnement, il n’y a pas infiltration du derme (1).

Cet érythème papuleux post-érosif, que Parrot décrivait sous le nom de syphilide lenticulaire, se développe sur les fesses, la région postérieure des cuisses, les jambes, le scrotum et les grandes lèvres. Les enfants qui en sont atteints peuvent avoir toutes les apparences de la santé, ce qui enlève à cet érythème tout caractère de gravité.

En somme, les érosions qui succèdent à l’érythème infantile peuvent évoluer dans plusieurs sens : tantôt elles se cicatrisent sans laisser de trace, tantôt elles

(1) Thèse de Paris, 1888. — Voir aussi Sevestre (Société médicale des Hôpitaux, 1887).

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eNFAACE

bourgeonnent et deviennent saillantes (érythème iiapiileux post-érosrf), tantôt enfin elles se creusent et forment de véritables ulcérations.

Le diagnos'tic est parfois très délicat, on ne peut se défendre de penser à la syphilis, dont les papules lenticulaires, munies de leur collerette, rappellent heaucoup l’érythème papuleux simple. On se guidera sur la coexistence d’autres accidents spécifiques : le coryza, les fissures des lèvres, l’étal général.

Les nouveau-nés présentent encore une autre variété d’érythème papuleux : c’est l’érythème vaccinifonne. constitué par des saillies ari-ondies, à centre exulcéré ou croûtelleux, entouré d’un bourrelet blanc grisâtre avec aréole rosée. Cette forme serait plus tenace que l’érythème papuleux post-érosif (1).

Le traitement consiste surtout dans la propreté des parties : changement fréquent des langes souillés, poudrages antiseptiques, bains de sublimé, bonne alimentation.

3“ Erythème sudoral, miliaire.

On décrit, sous le nom d’érythème sudoral, miliaire rouge, eczéma sudoral, une éruption caractérisée par l’apparition de vésicules très petites sur un fond rouge. Cette éruption est très fréquente chez les enfants, après un et deux ans ; elle est liée à la chaleur et à la sueur, et se localise aux régions habituellement baignées par la sueur. On voit des enfants qui suent beaucoup de la tête présenter sur le front et sur la face un véritable masque éfythémato-vésiculeux.

L’abus des liquides favorise le développement de fa miliaire. Le séjour dans un appartement trop chaud, des vêtements trop épais en favorisent l’ajiparition.

(1) Feulard [France médicale, 1887).

KRYTirKMIiS

Ses sièges de prédilection sont : la face, le cou, le devant delà poitrine, le dos. L’éruption est précédée de sueurs abondantes (hypéridrose).

Puis viennent les vésicules acuminées ou arrondies, très petites, cohérentes, claires au début, puis rapidement troubles, desséchées, laissant à leur place une desquamation furfuracée.

11 peut y avoir quelques démangeaisons. A côté de la miliaire érythémateuse, on voit parfois une miliaire blanche {sudamina) qui s’en rapproche.

Enfin, je dois signaler deux formes éruptives que j’ai observées, l’été, chez plusieurs enfants.

La première est constituée par des vésicules très rapprochées, confluentes, occupant les doigts, surtoul leurs faces latérales, causant un prurit assez vif et laissant transsuder par la piqûre un liquide clair. C’est la dysidrose de Tilhury-f’ox, très commune dans la sai-son chaude et sujette à récidive.

La seconde forme, que j’ai rencontrée chez deux fillettes de six ans et quinze mois, au mois de juin 18fl0, se présente ainsi : état chagriné de la peau occupant la face, les mains, soulèvement de l’épiderme donnant au toucher la sensation de rugosités et d’inégalités nombreuses. Des piqûres avec une épingle ne laissaient transsuder aucun liquide. Démangeaisons vives, pas de rougeur. Cette miliaire chagrinée, cette pean de chagrin est encore une alfection sudorale et estivale. Les deux enfants qui la présentaient buvaient beaucoup et avaient d’abondantes transpirations.

C.es éruptions sudorales sont très éphémères et se distinguent ainsi de l’eczéma, mais elles récidivent volontiers.

Le traitement est simple: quelques bains amidonnés, quelques onctions avec une pommade à l’o.xyde de zinc

TnAITli DES MALADIES DE L’eNFANCE

(1/10) ; s’il y a des démangeaisons, on prescrira le glycérolé tartrique (1/40).

A titre prophylactique, on conseillera de ne pas surcharger les enfants de vêtements, d’éviter le contact de la flanelle avec la peau, de restreindre la quantité des boissons, en un mot on préviendra les sueurs profuses, qui provoquent l’éruption.

4» Érythème pernio, engelures.

Cette variété d’érythème, qu’on appelle encore gelures, froidures, est caractérisée par l’apparition, sur les extrémités du corps (mains, pieds, nez, oreilles), de plaques violacées, froides, arrondies ou irrégulières, plus durables que les variétés d’érythème décrites précédemment.

Étiologie. — Les engelures appartiennent à la seconde enfance et deviennent rares après la puberté. Les enfants strumeux, lymphatiques, arthritiques, y sont plus exposés que les autres, surtout quand ils sont condamnés à la réclusion et à la sédentarité (pensions, couvents, écoles). La principale cause occasionnelle est le froid ; c’est une maladie d’hiver, qui récidive chaque année et disparaît au printemps.

Elle peut se rencontrer accidentellement chez des enfants mai protégés contre le froid, privés de bas et de chaussures, etc.

SrjmplAmes. — On constate, sur les mains ou es pieds, élevures rouges, violacées, aplaties, assez larges, occupant avec prédilection la face dorsale des doigts et des orteils. La peau est cyanosée et froide, elle présente parfois des fissures, des crevasses, des phlyctènes, et même des ulcérations profondes et des eschares. Ces eschares sont surtout fréquentes

ÉRYTHÈMES

aux cxlrémilés des orteils, elles font penser cà l’asphyxie et à la gangrène des extrémités (maladie de Raynaud).

Quand l’enfant passe du froid au chaud, ou inverscment, il éprouve des démangeaisons intolérables, avec sensation de brûlure, de cuisson. La nuit surtout, les soullVances sont horribles et' portent les enfants à se gratter avec rage.

La maladie alïectc une marche lente, traînante, interrompue par des rémissions et des exacerbations en rapport avec les variations thermométriques. Quand il y a des crevasses, la durée du mal est plus longue, elle est aussi longue que l’hiver même. Sans être grave, la maladie est des plus désagréables et des plus pénibles, dans ses formes un peu étendues et un peu sérieuses. Le pronostic, en effet, varie suivant les cas : certains enfants n’ont que quelques plaques éphémères ou peu durables au moment des grands froids ; d’autres ont les mains tuméfiées, engourdies, ils ne peuvent s’en servir qu’avec peine ; leurs pieds, gonflés et endoloris, ne peuvent supporter les chaussures, ils boitent et sont dans un état lamentable.

Diagnostic. — Le diagnostic des engelures est facile; cependant, on peut les confondre avec le spina venlosa, qui se présente avec une tuméfaction analogue au début. On remarque seulement que l’os est malade sous la peau tuméfiée. Le lupus érythémateux est permanent, tandis que les engelures sont intermittentes et saisonnières. La maladie de Raynaud., ou asphyxie locale des extrémités, ressemble beaucoup aux engelures, surtout quand ces dernières se compliquent de gangrène, ce qui n’est pas rare. J avoue que, dans plusieurs cas, je n’ai pu trouver les éléments d un diagnostic différentiel et que certaines formes d engelures présentent, par leur symétrie, [)ar leur aspect, par le sphacèle des extrémités, tous

THAITÉ DES MALADIES DE l’eNFANCE

les caractères de la maladie de Raynaud. M. Legruux a, d’ailleurs, soutenu rassimilation (jui semble ressortir de l’étude d’un certain nombre de cas (1 ).

Traitement. — Le traitement des engelures est général et local. Les enfants étant souvent strnmeiix ou lymphatiques, on prescrira l’huile de foie de morne, le sirop d’iodure de fer, iodo-tannique ou do raifort iodé. On recommandera de bien couvrir les enfants, de leur faire porter des gants et des bas de laine. On les fera laver à l’eau tiède ou avec une décoction de feuilles do noyer.

Les badigeonnages de teinture d’iode calment les démangeaisons; on les répétera tous les deux ou trois jours. Les lotions à l’alcool camphré soulagent souvent. S’il y a des crevasses, on usera de la glycérine neutre. Les emplâtres avec l’oxyde de zinc, l’emplâtre rouge, l’emplâtre de Vigo, sont d’e.xcellents topiques. On pourra encore toucher, matin et soii-, les parties malades avec :

10 centigrammes.

.> Eriilhème noueux.

L’érythème noueux, ou dermatite contusiforme, est aractérisé par des taches rouges surmontant des nodosités enchâssées dans le derme ou l’hypodermc.

Étiologie. — Cette maladie ne s’observe pas dans la première année de la vie; le plus jeune de mes malades avait quatorze mois; c’est entre cinq et dix ans que j’ai recueilli le plus grand nombre d’observations. L’érythème noueux procède â la manière d’un e.xanthème aigu et il semble bien que ce soit une maladie

Glycérine

Eau de roses Tannin

(1) Société de Dermatologie, 1892.

ÉRYTHÈMES

infectieuse analogue aux fièvres éruptives. Les dermatologistes ont l’habitude de confondre cette dermatose avec Vérytheme polymorphe ; ayant toujours, chez les enfants, rencontré l’érythème noueux isolé, sans polymorphisme, je ne puis me ranger à cette opinion et je considère l’érythème noueux comme une dermopathie autonome. Les relations de la maladie avec le rhumatisme articulaire aigu ne sont pas établies, et l’érythème noueux n'est pas une arthritide, malgré les manifestations douloureuses, les arthralgies qui l’accompagnent quelquefois. On a décrit un érythème noueux palustre (Boigesco, Moncorvo) ; c’est une forme qu’il ne m’a pas été donné d’observer.

Symptômes. — La maladie est généralement annoncée, pendant un ou plusieurs jours, par du malaise, de l’anorexie, de la fièvre qui présente parfois le type rémittent ou intermittent. I^es enfants sont pâles, abattus, courbaturés; ou ne sait que penser de leur état quand apparaît l’éruption qui désormais va fixer l’attention du médecin. Dans quelques cas», d’ailleurs, cette éruption est le phénomène initial. Elle est caractéristique. On voit et on sent, au niveau des jambes, sur la face interne et sur la crête du tibia, plus rarement sur les cuisses, au-dessus du genou, jilus rarement encore sur les fesses, sur les avant-bras et sur les bras, des nodosités saillantes, à surface rouge; ces nodosités érythémateuses sont variables de forme et de volume; les unes sont grosses comme de petites noisettes et parfaitement arrondies, les autres sont plus grosses, plus étalées, plus aplaties, formant des plaques plutôt que des nodosités. La pression est très douloureuse au niveau de l’éruption, du moins au début. Spontanément, il existe parfois, des douleurs dans la continuité des membres ou dans les jointures. 11 peut y

TRAITÉ DES MALADIES DE l’eKFAACE

avoir plusieurs poussées éruptives, mais le nombre des nodosités est toujours limité; réduites à deux, trois ou six éléments, les nodosités n’excèdent que rarement le nombre de quinze à vingt. La rougeur intense et violacée du début ne tarde pas à décroître et à passer par toutes les teintes de l’ecchymose. Quand rinfiltration du derme s’est dissipée, on constate des taches jaune verdâtre, qui attestent la présence de l’érythème et qui rappellent des traces de contusion (dermatite contusive).

La maladie dure quinze jours à trois semaines, parfois davantage, suivant le nombre des poussées successives. La convalescence est parfois plus longue que la maladie, les enfants restent pâles, anémiques, et ne recouvrent que tardivement l’appétit et les forces. La température n’est généralement pas très élevée, j’ai trouvé 38", 38",5 dans l’aisselle ; Rondot a noté des chilfres plus forts : 40", 40",5 (1).

Je n’ai pas observé personnellement de complications viscérales graves chez les enfants ; mais, chez les adultes, on a noté l’endocardite, la péricardite, la congestion pulmonaire, la pleurésie.

J’ai vu la récidive, à un an de distance, chez une fille de quatorze ans.

On peut rapprocher, de l’érythème noueux fébrile aigu, une autre variété décrite par Bazin, et qui mérite le nom (ïérythème induré des jeunes filles.

Cet érythème induré, qui alTecte des allures chroniques, se rencontre chez les filles strumeuses, qui restent longtemps debout (blanchisseuses). Il se présente sous forme de larges plaques dures, sans rougeur bien vive, qui occupent les mollets et qui sont indolentes.

On les traite par le repos et la compression.

(l) Érythème noueux fébrile, 1883.

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