TUMEURS CÉPHALIQUES EXTERNES
développe généralement au moment de la naissance ou dans les semaines qui suivent. Il est exceptionnel de le voir plus tard, dans la seconde enfance par exemple (fillette de sept ans atteinte de céphalhématome spontané du pariétal gauche. — Lamarque, Soc. de Méd. et de Chir.de Bordeaux, 1898). La cause du céphalhématome réside dans la pression que subit la tête au passage dans le canal pelvien. La tumeur occupe de préférence le pariétal droit. Elle se comphque parfois d'un épanchement interne (entre l'os et la dure-mère).
Au début, on constate une tuméfaction molle, fluctuante, arrondie, hémisphérique^ plus ou moins large, entourée d'une muraille osseuse produite par un travail d'ossification périostée, qu'on retrouve aussi dans les abcès crâniens. Quelquefois le céphalhématome est bilatéral. Il débute vers le deuxième ou troisième jour, quelquefois avant la fin de l'accouchement (bosse sanguine sentie par le doigt de l'accoucheur), s'accroît jusqu'au huitième ou dixième jour, puis reste stationnaire deux ou trois semaines. Dans le courant du deuxième mois, le liquide se résorbe peu à peU, et il ne reste que la muraille osseuse, qui s'affaisse et disparaît à son tour. A mesure que le sang se résorbe et que les parois s'affaissent, on sent une crépitation osseuse formée par des lames dures, ossiformes, qui disparaissent avec lenteur. Il en résulte que le céphalhématome guérit non seulement par résorption, mais par ossification de son contenu. Il est rare que le céphalhématome se complique d'hémorragie cutanée, de suppuration, de gangrène. Son pronostic est presque toujours bénin. Il est facile à distinguer de l'encéphalocèle, de l'abcès, de l'angiome.
Il faut se garder de traiter les bosses sanguines par la ponction, la révulsion. On s'abstiendra de toute thérapeutique active, se contentant de garantir la tumeur contre les offenses extérieures (couche d'ouate maintenue par un bonnet ou une bande).
2° Abcès crâniens. — Les abcès sous-périostiques du crâne, quelle qu'en soit la cause (traumatisme, carie), présentent beaucoup d'analogies avec les céphalhématomes. Même tuméfaction arrondie, même mollesse, même ossification périphérique. En général, l'abcès est moins grand et siège en n'importe quel point de la voûte du crâne. D'autre part, il n'est pas spécial aux nouveau-nés et se voit à tout âge. Abandonné à lui-même, il amène, progressivement, la rougeur, l'amincissement de la peau, et il s'ouvre à l'extérieur si on lui en donne le temps. Il faut évacuer le pus aussitôt qu'on en a soupçonné la présience, et panser aseptiquement pour obtenir la complète guérison.
3"" Angiomes. — Les angiomes, dont il seraparlé au chapitre des maladies de la peau, occupent souvent la face ou le crâne. Ce sont des tumeurs superficielles, molles, réductibles en partie, souvent colorées en rouge, en violet, surmontées parfois de nœvi flammei qui les dénoncent clairement et pouvant communiquer avec les sinus de la dure-mère (Lannelongue).
4"" Kystes. — Les kystes delà tête peuvent être acquis (kystes sébacés), ou congénitaux (kystes dermoides) ; ces derniers siègent souvent à la queue du sourcil ou à la racine du nez. Ils sont petits, arrondis, sans fluctuation, et ils contiennent une matière plâtreuse, parfois des poils (Lannelongue et Achard, Kystes congéniiaur, Paris, 1886).
5° Encéphalocèle. — L'encéphalocèle est unehernie du cerveau comprenant
à la fois les méninges et la substance cérébrale; quand il n'y a que les méninges et le liquide céphalo-rachidien, on est en présence d'une méningocèle, dont l'analogue sur la colonne vertébrale est le spina bifida. Elle est plus fréquente chez les filles (deux tiers des cas) et occupe souvent la région occipitale.
L'encéphalocèle se présente sous forme d'une bosse arrondie située au milieu du crâne, en haut et en arrière. Elle est de volume variable, tantôt petite comme une noisette ou une noix, tantôt grosse comme un œuf, susceptible d'ailleurs de s'accroître avec l'âge. C'est une tumeur congénitale. Quand on l'examine de près, on constate qu'elle est animée de battements isochrones au pouls et à la respiration. Elle est partiellement réductible. Les cris, les efforts de l'enfant augmentent sa tension et son volume. Elle est souvent translucide. La peau qui la recouvre est tantôt glabre, tantôt recouverte de poils rares ou altérés. La tumeur peut être sessile ou pédiculée, hémisphérique et régulière, ou lobulée et inégale. Une palpation attentive révèle l'existence, à la base d'implantation, d'une fente osseuse, d'une perte de substance plus ou moins large. Quelques enfants conservent une intelligence assez développée ; d'autres sont arriérés, nerveux, sujets aux convulsions, strabiques.
Quand on presse sur la tumeur pour la réduire en partie, on provoque parfois des cris, des mouvements convulsifs, des paralysies.
Chez une fillette de deux ans, opérée avec succès par Frœlich {Méd. Infantile, 15 février 1898), la tumeur était constituée surtout par du tissu conjonctif et des éléments nerveux défigurés. Il s'agissait plutôt d'un encéphalome que d'une encéphalocèle, ou plutôt la tumeur, qui datait de la naissance, avait été sans doute au début une véritable hernie du cerveau ; mais par la suite elle avait été envahie par le tissu conjonctif, ce qui est comme un processus naturel de guérison.
Le traitement de ce genre de tumeurs est très délicat, et pendant longtemps on s'est abstenu. Mais aujourd'hui, grâce aux progrès de la chirurgie aseptique, on peut en tenter l'ablation, comme on l'a fait pour le spina bifida, et dans les deux cas les tentatives chirurgicales ont été souvent couronnées de succès.
6"" Fentescraniennes. — Les fentes et perforations crâniennes, traumatiques ou autres, peuvent s'accompagner de tumeurs plus ou moins analogues à l'encéphalocèle. D'après les faits réunis par Yirchow, Henoch, Weinlechner, Genser, Kundrat, les enfants du premier âge pourraient présenter des pertes de substance crânienne congénitales ou acquises, avec ou sans tumeurs consécutives. Ces tumeurs, quand elles existent, sont molles, réductibles en partie ; par la ponction on retire un hquide clair ou du sang. A l'autopsie, on trouve, comme dans les 2 cas d'Henoch, une perte de substance de l'os, une lésion de la dure-mère (adhérence ou pachyméningite) ; pas de hernie du cerveau ni des méninges. Henoch pense qu'il s'agit d'une fausse méningocèle Iraumatique par fracture du crâne. Weinlechner, qui a réuni 13 cas semblables, croit que les fentes crâniennes se formeraient pendant la première enfance (jusqu'à trois ans) et résulteraient le plus souvent d'un coup ou d'une chute. Mais on peut les observer plus tard, et Genser a vu un enfant de douze ans, rachitique, présentant au niveau du pariétal gauche une tumeur de 10 centi-