POLYNEVRITES
On décrit, sous le nom de polynévrites, l'ensemble des lésions et des troubles fonctionnels qui portent sur les nerfs périphériques moteurs ou sensitifs.
Étîologie. — La polynévrite est beaucoup plus rarement observée chez les enfants que chez les adultes ; les intoxications (alcoohsme, saturnisme) agissent moins souvent chez eux, mais ils sont exposés, en revanche, plus que les autres, aux infections aiguës (diphtérie, fièvres éruptivesj capables d'altérer les nerfs. La polynévrite est fréquente dans la diphtérie, mais elle peut s'observer aussi à la suite de la rougeole, de la scarlatine, de la fièvre typhoïde, des oreillons, de la grippe, de la coqueluche, de la rubéole (Revilliod, Arch. de Méd. des Enfants, 1906), d'une infection quelconque. A la suite de l'intoxication arsenicale, elle peut survenir également, et j'en ai observé un cas typique chez une fillette de sept ans choréique, à laquelle j'avais donné des doses peu prolongées, mais très fortes, d'acide arsénieux.
Suivant que la cause agira rapidement ou lentement, on aura la polynévrite aiguë, la polynévrite subaiguë, la polynévrite chronique. Les lésions anatomiques sont mal connues et, en tout cas, peu intenses et peu profondes.
Symptômes, — Suivant que la cause infectieuse ou toxique a porté son action sur les nerfs moteurs ou sur les nerfs sensitifs, on aura tout d'abord des troubles de la motilité ou des troubles de la sensibilité. Mais souvent ces deux ordres de symptômes sont associés. L'enfant se plaint de fourmillements, de picotements, d'engourdissement dans les membres ; on trouve parfois de l'anesthésie cutanée par places, ou seulement de l'hyperesthésie. Les jambes deviennent lourdes, l'enfant ne peut bientôt plus marcher. La paralysie progresse rapidement, elle est flasque, sans contracture, sans CoMBY. — Maladies de VEnfance. 53
atrophie musculaire. Tantôt les réflexes tendineux sont diminués ou abolis, tantôt ils sont exagérés, et l'on peut obtenir même la trépidation spinale. La paralysie suit une marche ascendante, envahit le tronc, les membres supérieurs, le cou ; l'enfant est une masse inerte ; on est obligé de le faire manger. Il n'a généralement pas de fièvre. Les réactions électriques sont diminuées, et la réaction de dégénérescence peut se montrer. Quoiqu'il ne s'agisse que de polynévrite, les sphincters peuvent être atteints, et l'on aura, dans quelques cas, de la rétention d'urine, de l'incontinence des matières fécales, ou inversement. Dans les cas graves, l'enfant peut mourir asphyxié, par extension aux nerfs du thorax, du diaphragme. A la polynévrite périphérique peuvent s'associer la poliomyélite et la polio-encéphalite.
Quand les enfants peuvent marcher, on remarque qu'ils titubent, qu'ils ne peuvent garder l'équilibre, qu'ils frappent le sol du talon comme des ataxiques (ataxie polynévritique). Au bout de quelques semaines, les paralysies disparaissent graduellement, et la guérison survient. Le pronostic est favorable dans les polynévrites aiguës et subaiguës. Chez un garçon de huit ans, que j'ai soigné avec les D^"' Marguet et Combet, la polynévrite aiguë se traduisit, outre les symptc mes moteurs et sensitifs, par une fièvre continue rémittente, qui dura plusieurs semaines. Plus tard cet enfant, après sa guérison, présenta tous les signes de la maladie de Maurice Raynaud.
Diagnostic. — Le diagnostic présente parfois de réelles difficultés ; il faut éliminer les myélites, les encéphalites, les lésions en foyer, l'hystérie, la chorée molle, le tabès. La généralisation des symptôrîies paralytiques, leur évolution rapide, leur association avec les troubles sensitifs, les circonstances étiologiques, assureront le diagnostic.
Traitement. — On fera tous les jours des séances de massage, des frictions, des électrisations faradiques ou galvaniques ; on donnera la strychnine ou l'iodure de potassium. Les bains chauds (36 à 38°) quotidiens m'ont paru très utiles.