MAMMITE DES NOUVEAU-NÉS
On trouve tous les principes immédiats du lait et en particulier les globules laiteux. Peu de jours après la naissance, on peut constater une tuméfaction mammaire piriforme du volume d'une noisette, d'une noix, dure, inégale, bosselée, sans rougeur, ni chaleur, ni fièvre. Cet engorgement se résout tout seul en deux, trois, quatre semaines, sauf complication.
Phlegmon et abcès. — L'un ou l'autre des seins engorgés augmente de volume ; la peau rougit, se tend, la fièvre s'allume, la mammite est évidente. Elle peut se résoudre ou s'abcéder : il y a alors de la fluctuation et les signes d'une collection qu'il faudra inciser. Quelquefois on note une lymphangite, une adénite axillaire, des fusées purulentes. La mort est possible : cas de F. Pestalozza [La Pedialria, 1894). Ces complications infectieuses se voient surtout chez les enfants qui ont subi des pressions, des manipulations destinées à évacuer la mamelle engorgée. D'après Macé [Soc, ObsL, 1894), la suppuration pourrait siéger dans les conduits galactophores et guérir par expression manuelle suivant la méthode de Budin.
Mais la pression doit être évitée en principe, car elle expose à écraser la glande, ce qui, chez les filles, peut avoir des conséquences fâcheuses. Quand la mamelle des nouveau-nés a suppuré, il peut en résulter une atrophie de la glande, une déformation, une rétraction du mamelon défavorables à l'allaitement. La suppuration des mamelles, favorisée par l'engorgement physiologique, est déterminée par une infection secondaire (apport d'un microbe pyogène par la main qui presse, les vêtements malpropres). Au heu de presser sur les seins engorgés, il faut les défendre contre les frottements et les pressions à l'aide d'une couche d'ouate, d'un emplâtre de Vigo. S'il y a du pus, on fera une incision petite, non transversale, pour ne pas couper des conduits galactophores.
Hypertrophie mammaire de la puberté. — Certaines jeunes filles, aux approches de la puberté, présentent un développement mammaire inquiétant. Le D^ Caubet en a rapporté un bel exemple et il en cite 25 cas dans le mémoire qu'il a fait paraître sur cette question {Archives de Médecine des Enfanls, mars 1911). Il conseille l'amputation ; cette intervention radicale est de toute nécessité dans beaucoup de cas. Habituellement l'hypertrophie mammaire est double et symétrique. Cependant P. Gilberti {La Presse Médicale, 25 avril 1914), a vu un cas d'hypertrophie limitée au sein droit, qu'il a opéré à l'âge de vingt-cinq ans. C'est à onze ans que le sein avait commencé à grossir ; la menstruation, qui s'étabht à seize ans, détermina un accroissement énorme de la glande, le sein gauche restant normal. Le sein enlevé pesait 1 .400 grammes.
L.-E. Barrington-Ward {Eoijal Society of Medicine, mars 1914) a vu un garçon de 10 ans 1/2 ayant depuis 6 mois une hypertrophie de la mamelle gauche qui atteignait le volume d'une orange. Pas d'anomalie génitale, pas de féminisme. Il faut enlever la mamelle. Le D** Cockayne fait remarquer que l'hypertrophie unilatérale de la mamelle est habituellement associée à des anomalies testiculaires (cryptorchidie du même côté dans un cas traumatisme testiculaire du même côté dans un autre cas). Dans un troisième cas, la mamelle gauche se mit à grossir à partir de 13 ans pour acqué-
rir à 18 ans le voiume d'un sein féminin, ce garçon présenta bientôt des attributs féminins : face glabre, voix aiguë, bassin élargi. Chez les filles de même ; l'hypertrophie mammaire unilatérale est habituellement associée à l'atrophie ovarienne du même côté.
Amastie. — L'absence congénitale de la mamelle n'est pas très rare, et le docteur Ch. Hubert [Thèse de Paris, 6 juin 1907) en a réuni 26 observations, auxquelles on peut ajouter le cas de Méry et Parturier [Soc. de Pédiatrie, 9 déc. 1913) relatif à une fille de 13 ans ayant une absence congénitale du muscle grand pectoral droit avec arrêt de développement de la glande mammaire, celui de A. Mouchet [ibid. 10 fév. 1914) relatif à un garçon de 8 ans offrant une absence congénitale de la glande mammaire du côté droit avec conservation du mamelon et agenésie de la portion sterno-costale du grand pectoral, et celui deP.Merklen [ibid.) se rapportant à un garçon de 4 mois, privé de mamelon droit avec agenésie de la portion sterno-costale du grand pectoral. Sur ces 29 cas, on compte 22 filles et 7 garçons. L'amastie, dont nous venons de citer des cas unilatéraux, peut être aussi bilatérale, complète (absence de la mamelle et du mamelon) ou incomplète {persistance du mamelon). Elle s'accompagne souvent d'autres malformations : agenésie pilaire de l'aisselle, agenésie des pectoraux, anomahes des côtes, des muscles intercostaux, absence des ovaires, des trompes, de l'utérus.