‹ Traité des maladies de l'estomac (volume 2)Chapitre 146 sur 176 · DIVISION DES EAUX MINÈRALES · texte numérisé non relu

DIVISION DES EAUX MINÈRALES

moins vrai qué, si les eaux minérales n'agissent pas comme les substances chimiques qu'elles contiennent, elles agissent dans lé mème sens que ces substances, el, si je puis m'exprimer ainsi, comme ces substances dynamisées. Je n'entreprendrai pas de définir ce mot. Cela m’entrainerait bien loin du but que me trace le titre de cet article.

Toutes les eaux minérales peuvent être groupées d'après leurs principes dominants dans une des divisions suivantes :

1° Eaux alcalines (sodiques ou calciques) ;

2 Eaux chlorurées (sodiques où magnésiennes) ;

3 Eaux mixtes, alcalines chlorurées;

4 Eaux sulfatées (sodiques, magnésiennes où caleiques) ; 5° Eaux mixtes, sulfatées chlorurées;

6° Eaux mixtes, alcalines sulfatées chlorurées;

7e Eaux ferrugineusés; ?

8° Eaux arsenicales ; 9 Eaux sulfureuses:

10* Eaux thermales indifférentes.

Il ne faut pas se dissimuler que cette classification est très arlificielle. En réalité, il n'existe pas d'eau minérale qui ne renferme qu'une substance active, el toutes pourraient théoriquement être classées dans les eaux mixtes. En pratique, il arrive que, dans certaines eaux, un des éléments constitutifs prend une importance tellement prépondérante qu'il peut être considéré comme fournissant la caractéristique de cette eau,

Avant d'aborder l'étude de chacun de ces groupes, il est une distinetion primordiale à établir entre les eaux qui les constituent. Les unes sont chaudes, les autres sont froides. Au point de vue thérapeutique, la (hermalité joue un grand rôle, et, pour ne pas être exposé à des redites, je dois dire quelques mots relativement à l'influence de celte thermalité dans les affections de l'estomac.

Je crois avoir le premier, en 1894, recherché l'action de la température des boissons sur la sécrétion gastrique. Je constatai très nettement que les boissons froides sont les plus excitantes de cette sécrétion, que les boissons à lempérature voisine de celle du corps le sont le moins, et que les boissons très chaudes sont un peu plus excilantes que ces dernières, tout en l'étant moins que les premières. Ces boissons très chaudes sont en outre sédatives des spasmes pathologiques. Leur netion résolutive des douleurs nerveuses est incon- Leslable,

Souratit. — Mal. de l'estomac. 48

Les sources chaudes sont parfois très riches en acide carbonique dans leur trajet souterrain, mais elles laissent échapper en jaillissant la plus grande parle de leur gaz.

L'acide carbonique ne se trouve pas exelusivement dans les eaux alealines. Je citerai lout à l'heure un certain nombre d'eaux chlorurées qui en renferment de grandes quantités (Hombourg, Kissingen, ete.).

L'action de l'acide carbonique sur les fonelions gastriques « été étudiée par Jaworski. Il excile la sécrétion et augmente l'appétit. On lui attribue une action excitatrice des mouvements péristaltiques et des propriétés analgésiques légères. L'usage habituel d'une eau très gazeuse tend peut-être à développer l'atonie gastrique.

C'est done plutôt aux hypochlorhydriques qu'il faudra réserver les eaux très gazeuses, et on devra les éviterehez les hyperchlorhydriques.

Eaux bicarbonatées sodiques. — L'action du bicarbonate de soude sur la sécrétion gastrique a été étudiée par un grand nombre d'expérimentateurs, dontles conclusionssont loin d'étreconcordantes. On peut même dire qu'il n'est pas, relativement à cette action,-une opinion théoriquement possible qui n'ait trouvé un défenseur.

On peut admettre que le bicarbonate de soude est constamment et à loutes doses un excitant de la séerétion gastrique. C'est l'opinion à laquelle je suis resté fidèle depuis les expériences que j'ai failes en 1894, en collaboration avec G.-H. Lemoine. C'est celle qu'admettent Robin et Mathieu.

Par contre, Hayem, dans ses Leçons de thérapeutique publiées vers la méme époque, l'a considéré comme toujours dépresseur,

Antérieurement, Trousseau, toutenudmettant, avec Claude Bernard, l’action excitante des petites doses, attribuait aux hautes doses une action dépressive.

Pour Gilbert, l'action est variable, non pas suivant la dose, mais suivant la capacité sécrétoire de l'estomac dans lequel on introduit le médicament. Celui-ci est excitant pour les hypochlorhydriques, dépresseur pour les hyperchlorhydriques, c'est-à-dire toujours utile.

Hayem, dans ses publications les plus récentes, a modifié son opinion première et a pris le contre-pied de celle de Gilbert. Pour lui, le bicarbonate de soude agit comme excitant chez les hyperchlorhydriques, comme dépresseur chez les hypochlorhydriques, e'est-idire qu'il est toujours nuisible,

IL ne restait plus qu'une opinion à émettre, c'est que le bicarbonate de soude est sans action et n'agitque comme l’eau dans laquelle il est dissous. Reichmann l'a faile sienne,

s'observer à la suite de l'ingestion de doses minimes chez les sujets à sécrétion presque larie, el pourquoi on peut ne pas constater cette excitation, quand on traite un hyperchlorhydrique par des doses relativement élevées des mêmes eaux.

J'ajoute, pour être complet, que le bicarbonate de soude dissout le mucus; que, d'après Mathieu, il stimule la musculature stomacale; enfin, qu'il agit trés favorablement sur la plupart des douleurs et malaises gastriques qui apparaissent vers la fin de la digestion, quel que soit d'ailleurs le type chimique de la sécrétion (1). Cette dernière propriété est celle à laquelle Soupault et Binet accordent le plus d'importance (2).

Les notions que je viens d'exposer sont intéressantes, mais ne nous apprennent qu'une chose, l'effet immédiat de l'ingestion d'une eau minérale alcaline. Elles ne nous permettent pas de prévoir l'action éloignée du traitement thermal, la seule qui intéresse le médecin au moment où il a à prescrire un tel traitement.

Cette action éloignée est beaucoup plus mal connue, Les recherches auxquelles elle a donné lieu ont surtout porté sur les conséquences de l'abus des alcalins et ont abouti à deux conclusions, que je ne puis ne pas discuter en quelques mots.

La première a dû au grand nom de Trousseau une fortune exagérée ; c'est que l'abus du bicarbonate de soude peut engendrer l'anémie el même un état de cachexie particulier, La peur de la cacheæie alcaline a conduit à une alealinophobie, suivant l'expression de Huchard, qui n'est pas encore entièrement dissipée, Et cependant les véritables orgies de bicarbonate de soude auxquelles a conduit dans ces vingt dernières années la notion nouvelle de l'hyperchlorbydrie ont suffisamment montré l'innocuité de ce sel. On ne compte plus les observations de malades qui ont pris pendant des mois de 15 à 30 grammes de bicarbonate de soude par jour, et en ont retiré grand profit, non seulement au point de vue exclusivement gastrique, mais au point de vue de leur santé générale. J'ai publié, d'après Tixier, l'observation d'un hyperehlorhydrique qui était arrivé à en ingérer plus de 100 grammes par jour, sans aboutir à la cachexie.

Ce n’est pas que je veuille donner cet exemple comme un exemple à suivre. Îl y a eu, dans le cours de ces dernières années, des

(4) Liwossrn, Sur l'action analgésique du bicarbonate de soude dans les affections.

digestives (Bulletin médical, 1805).

(2) Biwer, Les alealins (Thèse de Puris, 1005).

EAUX ALCALII 759

en étudiant la station de Vichy, qui est le type le plus important des stalions d'eaux bicarbonalées sodiques.

Les différentes sources de Vicux présentent très sensiblement la mème teneur en principes fixes. Elles ne différent que par leur température, variable de 14° (Célestins) à 44° (Chomel), et par leur richesse en acide carbonique, d'autant moindre que leur température est plus élevée.

La proportion de bicarbonate de soude (CO'NaH) y varie entre 5 grammes et 5%,5 par litre; celle des autres bicarbonates oscille autour de 1 gramme.

Le traitement consiste surtout dans la boisson de l'eau. La balnéation ne joue qu'un rôle accessoire.

Le premier effet ressenti par les buveurs d'euu est conforme à celui que permettent de prévoir les notions exposées plus haut sur l'action immédiate du bicarbonate de soude.

Les hypochlorhydriques éprouvent dès les premiers verres ingérés un mieux-ètre évident ; l'appétit est accru, ln digestion est plus facile; les hyperchlorhydriques ressentent fréquemment, et presque toujours quand le traitement est mal dirigé, une exagération de leurs malaises habituels. 11 arrive même que des malades en traitement aux enux alcalines pour tout autre chose que leur estomac, el qui n'ont jainais ressenti de malaises gastriques, éprouvent pour la première fois des symptômes passagers d'hyperchlorhydrie. J'ajoute que les eaux chaudes de Vichy provoquent souvent une constipation momentanée, due à une élaboration plus parfaite des aliments, et, consécutivement, à une diminution du volume des fèces. Cette constipation ne survit pas à la cure.

Telle est l'action immédiate. Reste à savoir quels sont les malades qui éprouveront de leur traitement une action favorable persistante, ceux, par conséquent, qui ont intérêt à s'y soumettre.

Je l'ai déjà dit: pour les dyspeptiques, ce n'est pas dans la proportion plus ou moins grande d'acide chlorhydrique du suc gastrique qu'il faut chercher l'indication ou la contre-indication de la cure. Chez les hypochlorhydriques et chez les hyperehlorhydriques, il peut y avoir des succès et des échecs. Il faut rechercher si la cause première de la dyspepsie est modifiable pur le traitement de Vichy.

Rechercher cette cause première, et, pour ce faire, procéder à un examen minutieux, non seulement de l'estomac, mais de tous les organes et de la nutrition générale, tel doit donc être le premier soin

éléments du syndrome de l'hypertension portale de Gilbert.

Il en est encore de même des affections gastriques qui ont retenti secondairement sur le foie, quand le trouble hépatique prend une certaine importance.

D'autres groupes sont constitués par les affections gastriques symptomatiques d'une maladie de la nutrition justiciable de Vichy : uricémie, goutte, polysarcie, diabète. L'action de l'eau minérale sera d'autant plus efficace qu'elle s'exercera à la fois sur la manifestation, gastrique et sur le trouble de la nutrition générale.

Le groupe des dyspepliques, pour lesquels le trouble de fonctionnement gastrique semble résumer toute la maladie, se restreint d'autant plus que l'on met plus de soin à relever Lous les symplômes. connexes à la dyspepsie. Toutefois le domaine de ce que Mathiew désigne sous le nom de dyspepsie nervo-motrice reste assez vaste. Il faut faire dans ce groupe, au point de vue des indications de la cure: de Vichy, une importante coupure. Chez certains sujets, le trouble gastrique est sous la dépendance évidente et exclusive de troubles, primitifs du système nerveux : il s'agit de ces dyspeptiques, dont je parlais au début de cet article, qui peuvent guérir partout où ils trouvent l'oubli de leurs soucis habituels, de la distraction, du grand air, de l'hydrothérapie. L'eau de Vichy ayant sur les troubles gastriques. une influence favorable, ils guérissent peut-ètre un peu plus vite à Vichy qu'ailleurs, mais voilà tout, Le second groupe est constitué par les malades dont l'état nerveux parait plutôt secondaire à l'affection gastrique. L'indication de Vichy sera alors plus nette : si la dyspepsie est du type hypochlorhydrique, l'amélioration sera immédiate ; elle. sera plus lente à réaliser et ne sera parfois oblenue qu'après une phase d’excilation des malaises, si elle est du type hyperchlorhydrique, mais l'amélioration obtenue sera souvent plus stable.

Passons maintenant aux lésions organiques de l'estomac.

Rien ne nous aulorise à penser qu'une eau minérale, quelle qu'elle: soit, ait lapropriété de modifier les lésions d'une gastrite, Il faudrait, pour l'affirmer, avoir pu examiner une muqueuse avant et après le traitement. Si l'on admet, avec Hayem, que loutes les allérations du, chimisme ne sont que la traduction fonctionnelle d’une gastrite véritable, il faut de toute nécessité admettre aussi que l'état structurak de ln muqueuse peut se modifier par le traitement de Vichy, puisque les améliorations de la sécrétion sous l'influence de ce trailement sont incontestables. Les gastrites muqueuse et interslitielle de cet auteur seraient plus facilement modifiables que la gastrite hyperpeptique :.

DRRRLREr LErTFAUS

Hayem admet que c'est précisément en limitant la durée du séjour du chyme dans l'estomac que les eaux minérales agissent favorablement. Quant à cette limitation, elle s'obtient par l'exaltation des propriétés de défense du duodénum contre l'acidité gastrique, c'est-àdire par un accroissement d'activité dessécrétionssaturantes, hépatique et duodénale.

La dilatation atonique de l'estomac est assez rare. Mathieu a établi expérimentalement que le bicarbonate de soude est un excitant de la musculature gastrique, et, de fait, il semble bien que l'eau de Vichy peut améliorer, dans le cas d'atonie, les phénomènes moteurs. Toutefois son action s'exerce moins nettement que sur les dilatations liées aux troubles de la sécrétion.

Les sténoses anatomiques du pylore, qui sont la cause principale des grandes dilatations, qu'elles soient intrinsèques (tumeurs, cicatrices d'uleère, linite plastique) ou extrinsèques (brides péritonéales), n'ont évidemment rien à gagner à un traitement thermal. Si, dans de tels cas, on constate des améliorations, c'est qu'un élément spasmodique aggrave presque loujours la structure anatomique, et c'est sur cet élément spasmodique que peut agir l'eau minérale,

Les ulcères de l'estomac doivent-ils être envoyés à Vichy ? S'il s'agit d'un uleère en activité, avec menaces d'hématémèses, il vaut mieux s'abstenir, 11 faut se rappeler que la cure de Vichy, même le plus prudemment conduite, risque de provoquer une exagéralion momentanée d'une sécrétion gastrique déjà excessive. Dans le cas d'un uleère torpide, si le sujet est par l'état de sa nutrition générale justiciable de Vichy, on peut espérer un résultat, mais le traitement devra être surveillé de très près.

Il est à peine utile de dire que la cure de Vichy est contre-indiquée chez les cancéreux. Comme hypochlorhydriques, ils éprouvent le plus souvent une excitation sécrétoire légère, un relour de l'appétit, une amélioration momentanée de leur digestion et, par contre-coup, de leur état général. Assez souvent ils augmentent de poids. Mais ce bien-être de quelques jours est souvent payé d'une accélération ullérieure de la marche de l'affection.

Ce n'est pas ici le lieu de parler de l'organisation du traitement hydrominéral des gastropathes à Vichy. C'est une question qui n'intéresse que le médecin de la station. Il a pour agent à peu près exclusif les sources chaudes. Les doses sont variables, La concentration de l'eau de Vichy permet de réaliser des traitements actifs, en ne faisant absorber que des quantités très modérées de liquide, Cette possibilité

EAUX CHLORURÉES. Ts

bicarbonatées sodiques et celle des bicarbonatées calciques. Elle est vraisemblablement très analogue, mais le sel de chaux a une action plus sédative, La seule station française de quelque importance, dans ce groupe, est Pououss. La principale source renferme 2,4 environ de bicarbonates Lerreux avec moins de 1 gramme de bicarbonates alcalins. Elle est froide et gazeuse. Elle est donc plus excitante que sédative de la sécrétion gastrique et convient plutôt aux hypochlorhydriques. Pour éviterson action excitante chez les hyperchlorhydriques, on fait parfois, à la source même, chauffer l'eau au bain-marie.

Les autres eaux bicarbonatées calciques, Saixr-Gazmien, Sainr- Ausax, sont plutôt des eaux de table.

C'est parmi les eaux bicarbonatées caleiques que se rangent les eaux potables ordinaires de rivière et de source. L'eau d'Éviax n'en diffère que par la facilité avec laquelle elle est absorbée et éliminée. Cette facilité permet de réaliser dans d'excellentes condilions le lavage de l'organisme en général et de l'appareil urinaire en particulier, lavage très utile dans la goutte, la gravelle urinaire, les affections vésicales, Au point de vue de l'estomac, on ne peut demander qu'une chose à la cure d'Évian, c'est de ne pas le surmener par l'ingestions quotidienne de doses d'eau excessives. Son action sur le foie est douteuse, et à coup sûr insuffisante dans tous les cas où les fonctions de l'organe sont sérieusement altérées. L'indifférence de l’eau d'Évian en fait au contraire une eau de table très recommandable pour les hyperchlorhydriqués, dont l'estomac supporté mal l'excitation produits par les eaux alealines fortes.

Il. — EAUX CHLORURÉES.

L'action du sel marin surla digestion a donné lieu aux mêmes controverses que l'action du bicarbonate de soude (1). Comme cette dernière, elle est complexe, et il est indispensable, pour la bien comprendre, de In dissocier en ses éléments. Les auteurs quiont voulu l'étudier en bloc ont obtenu des résultats contradictoires, si bien que, par les uns (Rabuteau, Ogato, Munk et Ewald, Vincent) le sel esl eonsidéré comme excitant, par les autres (Herzen, Leresche, Reichmann, Pawlow, Wolff) comme modérateur de la sécrétion gastrique.

Oril peut être en réalité l'un ou l'autre, suivant la manière dont ilest administré.

(1) G- Linossmen, Action du chlorure de sodium sur la digestion gastrique dans les diverses formes de dyspepsies (Société de biologie, 10 janvier 1904).

EAUX CHLORURÉES. 307

ont en général des eaux trop concentrées pour l'usage interne, et sont plus particulièrement des stations balnéaires. Les bains de Sazins, de Sauies-pe-Béanx, de Bianrurz pourront êlre conseillés dans certaines dyspepsies d'origine utérine.

Il n’en est pas de même en Allemagne, où les seules eaux alcalines chaudes sont les eaux peu minéralisées de Neuenahr, La plupart des stations chlorurées inscrivent les affections de l'estomac parmi leurs indications, L'action excito-sécrétoire en est d'autant plus nette qu'elles renferment souvent une forte quantité d'acide carbonique et de faibles doses de bicarbonates. Je ne cite que les principales :

Les eaux chaudes de Bapen-Bapex ne contiennent pas plus de 2? grammes de chlorures par litre. Les cliniciens allemands les réservent aux malades atteints d'insuffisance gastrique légère, de dyspepsie nervo-motrice peu accentuce, el à ceux que, pour une raison quelconque, on n'ose pas diriger vers des eaux plus actives,

L'eau froide de Nienensnonn (Alsace), avec 3 grammes de chlorure de sodium et 1 gramme de chlorures alcalino-terreux, l'eau chaude de Wiessanen avec 7 p. 1000 de chlorure de sodium, les sources chaudes et froides de Nauamin avec 14 grammes de chlorure de sodium sont aussi conseillées aux gastropathes par insuffisance. Dans celte dernière station, on utilise surtout, quand il s'agit d'agir sur l'estomac, l'eau très gazeuse et légèrement bicarbonatée de ScnwaLem (1,3 de chlorure de sodium avec 1 gramme de bicarbonales terreux).

Les eaux froides de HomsourG ont, au point de vue du traitement des gastroputhies, une réputation plus étendue. Leur activité plus grande est liée sans doute à l'association au chlorure de sodium (10 grammes par litre) d'une quantité non négligeable de bicarbonates terreux, et d'une forte proportion d'acide carbonique. On y adresse surtout des sujets atteints d'atonie gastro-intestinale, avec constipation, pléthore abdominale, surtout quand ces affections se sont développées sur un terrain lymphatique. Mais c'est surtout l'eau froide de KissiNGeN, avec ses 5 grammes de chlorure de sodium, 1*',5 de bicarbonates terreux, et sa richesse en acide carbonique, qui réalise, en Allemagne, les indications de la médication chlorurée dans les maladies de l'estomac.

Je citerai en terminant, commeprésentant des indications analogues, la station de Monrkcarint, près de Florence.

EAUX SULFATÉES. 160

Eaux sulfatées sodiques et magnésiennes. — Le sulfate de soude, d'après Hayem, est toujours nuisible dans l'hypochlorhydrie : « les malades qui abusent des eaux purgatives ou des cures d'eaux sulfatées comme celles de Carlsbad et de Marienbad deviennent hypopeptiques et même apeptiques ».

Dans l'hyperchlorhydrie, il agit en diminuant l'acidité totale et l'acide chlorhydrique libre, sauf s'il est employé à petites doses : dans ce cas, il peut augmenter l'hyperchlorhydrie (1}.

Le sulfate de soude agit d'ailleurs comme purgatif, et, d'après Jaworski, possède une action cholagogue bien nette.

L'action du sulfate de magnésie sur l'estomac n'a guère été éludiée : il a une action purgative analogue à celle du sulfate de soude, mais ne semble pas présenter les mêmes propriétés cholagogues.

Les eaux sulfalées sodiques el magnésiennes ne sont guère utilisées que pour le traitement à domicile des gastropathes conslipés : elles constituent un groupe important d'eaux plus ou moins purgatives ou laxatives.

Les sulfatées sodiques ont pour type les'eaux espagnoles à minéralisation très élevée de Rusinar (96 grammes de sulfate de soude par litre), de CanaBana (100 grammes), de Viccacanras (122 grammes). Les sulfatées magnésiennes sont représentées par les eaux de Sknuirz. (135 de sulfate de magnésie par litre) et de Gnax en Hongrie {45 grammes).

Les eaux hongroises en général renferment une quantité à peu près équivalente des deux sulfates : je citerai celles d'Huxvanr Jasos (22 grammes de chaque), de Franz Joseen (24 grammes), d'ApenrA {185,6 de sulfate de soude et 21 grammes de sulfate de magnésie). Il en est de même de l'eau de PucLxa en Bohême.

L'eau suisse de Binmexsrorr est relativement plus riche en sulfate de magnésie (22 grammes pour 7 grammes seulement de sulfate de soude). L'eau française de MonrmiraiL renferme 95,3 de sulfate de magnésie et 7 grammes de sulfate dé soude ; elle est de plus légère ment bicarbonatée.

Toutes ces eaux sont transportées el utilisées comme purgatives ou laxatives. Leur activité est sensiblement proportionnelle à la dose de sulfates qu'elles contiennent ; aussi demande-t-on plutôt aux eaux concentrées l'effet purgatif, et aux eaux plus légères (Montmiril) l'effet laxatif, Ce dernier effet peut étre obtenu avec les eaux les plus

(1) Havex, Les médicalions, &® série, 1803.

SourauLr. — Mal, de l'estomac. 49

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EAUX MIXTES SULFATÉES, BICARBONATÉES, CHLORURÉES. 111

VI — EAUX MIXTES SULPFATÉES, BICARBONATÉES, CHLO RURÉES.

Ces eaux méritent de nous arrèter plus longuement. On trouve les plus célèbres en Bohème, où elles constituentun groupeimportan t.

Les sources de CancsBAD renferment uniformément 2*,4 de sulfate de soude, 1#",2 de bicarbonate de soude, et 1 gramme de chlorure de sodium. Elles sont très chaudes. Leur température varie de 73°,5 {Sprudel) à 35 (Spitalbrunnen).

Il est assez curieux que Vichy et Carlsbad soient conseillés indifféremment aux mêmes malades, et que des traditions régionales bien plus qu'unraisonnement scientifiquedécidentle choix dumédecinentre deux stations aussi différentes. Un parallèle entre les deux cures serait intéressant, mais sortirait du cadre de ce travail. Je me contente de le faire au point de vue gastrique.

J'ai dit tout à l'heure que Vichy pouvait convenir aussi bien aux hypochlorhydriques qu'aux hyperchlorhydriques, mais que toutefois l'action première est excitante. Le eontraire pourrait se dire de Carisbad, dont l'eau est plus sulfatée que bicarbonatée. D'après Jaworski, les petites doses seules ont une action excitante ; les doses un peu fortes, et surtout l'usage répété de l’eau pendant une cure, ont une action sédative. D'après le même auteur, les eaux chaudes, par leur thermalité, dimiaueraient l'irritabilité gastrique. Sous la double influence de l'abaissement de l'acidité et de la diminution de l'excitabilité réflexe du pylore, l'évacuation gastrique est facilitée. A dire vrai, Evwald et Sandberg n'ont constaté la diminution de la sécrétion chez les malades traités à Carlsbad qu'à la suite d'un traitement très prolongé. Pour Hayem, l'hyperchlorhydrie n'est pas diminuée ; seule l'évolution de la digestion est modifiée et l'évacuation rendue plus précoce.

Il n'en résulle pas moins que la cure de Carlsbad sera plus indiquée pour les estomaes à sécrétion excessive que la cure de Vichy, et que celle-ci convient mieux aux dyspepsies par insuffisance.

L’uleëre rond, avec hyperchlorhydrieaccentuée, est plutôt revendiqué par Carlsbad. Le cancer de l'estomac n’est réclamé ni par l'une, ni par l'autre des deux stations, mais il n'ohtiendrait pas de la cure de Carlsbad l'amélioration illusoire que lui produit parfois un traitement à Vichy.

On a dit souvent que l'eau de Carlsbad, grâce au sulfate de soude qu'elle contient, est plus laxative que l'eau de Vichy el convient mieux

FF

EAUX SULFUREUSES, ms

l'état gastrique sé complique d'état nerveux ou de dépression dé l'état général.

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