I. — ACTION PHYSIOLOGIQUE DU MASSAGE DE L’ABDOMEN
D’une façon générale, le massage est un excitant d’ordre physique auquel réagissent les nerfs, les muscles (striés ou lisses, rouges ou blancs, chacun selon sa forme particulière de contraction) et par suite le système vaso-moteur.
La modification imprimée par le massage retentira donc sur la motricité et sur la circulation des organes.
A cette action, qui est une réaction physiologique, s’ajoüte un effet passif sur des tissus qui n’ont pas de contractilité : le tissu adipeux, le tissu conjonctif. La rupture des cellules adipeuses, obtenue par certaines manœuvres de massage, mobilise leurs éléments qui se répandent dans le tissu conjonctif où ils entrent dans la circulation intime, emportés sans doute par les leucocytes qui sont les agents de cette circulation intracellulaire dont est presque totalement faite la nutrition des tissus.
Le tissu conjonctif lui-même subit l’action du massage avec une passivité qui donne à ses éléments des orientations différentes et modifie en les accélérant les échanges leucocytaires qui sont les facteurs dé la composition de la lymphe.
S’il est une région du corps où le massagœ devra produire d’une façon complète les modifications que nous venons d’indiquer, c’est certainement dans la cavité abciominale, si riche en organes contractiles et si largement vascularisée.
L’abdomen, à ce point de vue, peut être ramené à un système neuromusculaire, différencié en deux appareils ;
1“ Neuro-musculaire digestif ;
2“ Neuro-musculaire sanguin. ■
L’appareil neuro-musculaire digestif la motricité et le
tonus gastro-intestinal : il peut le maintenir normal ou pécher par excès (spasme) ou par défaut (atonie).
L’appareil neMro-mMscwtefresangMfnrégitlaçirculationabdominale : il est très instable et capable de vaso-dilatation ou de vaso-constriction qui retentissent sur la circulation générale et sur la pression artérielle.
L’appareil neuro-musculaire cff^es^f/et l’appareil neuro-musculaire sanguin^ lorsqu’ils sont en harmonie, réalisent le fonctionnement physiologique des organes de la digestion (sécrétion, digestion, absorption, défécation) en même temps que 1 équilibre statique des organes de la cavité abdominale.
SoupAüLT. — Mal. de l’estomac.
Ils concourent à ce but, grâce aux avertissements que leur transmettent les réflexes sécrétoires, moteurs et vaso-moteurs des tuniques intestinales.
Que le système nerveux devienne trop excitable, ces réflexes dépassant le but, produiront des spasmes. Inversement, l’asthénie nerveuse sera suivie d’atonie.
Atonie et spasme, ces deux modalités pathologiques fonctionnelles des org-anes abdominaux constituent les deux plus importantes indications du massag-e qui est en effet une arme à double tranchant, grâce aux procédés différents qu’il comporte et dont les eff“ets peuvent être diamétralement opposés.
De même que l’atonie et le spasme sont des formes vicieuses de l’activité nerveuse, de même c’est par une modification de cette activité que le massage agira.
Nous retrouverons ce mode d’action à chaque pas dans l’étude que nous ferons du massage abdominal: 1“ sur la digestion et l’absorption; 2“ sur la circulation abdominale et générale.
Action sur la digestion.
L’action sur le réflexe sécrétoire gastrique est évidente ; lorsqu’il est tardif ou incomplet, le massage excitatif de l’estomac hâte son apparition et augmente ses effets.
Inversement, un réflexe trop rapide et exagéré sera ramené à une plus juste mesure par un massage sédatif.
Le séjour des aliments dans l’estomac est généralement diminué par le massage, en même temps qu’est assuré un contact plus intime des aliments avec le suc gastrique.
Les expériences comparatives de Chpoliansky, de Rubens Hirschberg montrent que si les aliments sont évacués de l’estomac au bout de trois heures quand on a fait un massage de dix minutes, ils ne le sont qu’au bout de quatre heures, sans massage.
Nous-même, employant le procédé de Mathieu (1), nous avons vérifié cette action évacuatrice du massage.
Or l’évacuation de l’estomac dans l’intestin dépend de l’état neuromusculaire du pylore.
Cet orifice doit s’ouvrir au moment convenable pour permettre au chyme acide d’arriver dans le duodénum et d’y provoquer la sécrétion pancréatique nécessaire aux actes suivants de la digestion.On peut donc
(1) Voy. Cautrü, Le Ventre, t. II {en préparation), et Thèse Paris, 1894.
action physiologique du massage de L’ABDOMEN. 803
induire que le massag-e de l’estomac n’en provoque pas la fermeture, mais plutôt le relâchement qui coïncide alors avec la contraction des fibres longitudinales de la paroi stomacale.
Tel est l’effet normal physiologique dont la rapidité et le sens général seuls sont accentués par le massage.
Mais que, pour des motifs que nous n’étudierons pas ici, vienne à se réaliser un spasme pylorique, accompagné ounond’atonie gastrique, serons-nous désarmés? Non, car ce spasme, d’origine réflexe, nous le calmerons par un massage sédatif delà région pylorique (effleurage, vibrations), et le contenu de l’estomac se videra dans l’intestin.
Ce qu’il nous importe de retenir ici, c’est l’action efficace du massage sur les mouvements de l’estomac.
Sur l’intestin, les effets seront de même ordre, nous pouvons l’admettre, bien que nous n’ayons pas ici les mêmes moyens de contrôle. Par le massage, nous régulariserons les réflexes sécrétoires biliaire, intestinal, et en particulier le réflexe acide de Pawlow, nous favoriserons la progression du chyme dans les replis de l’intestin grêle en combattant, selon les cas, ses spasmes ou son atonie. Nous empêcherons son trop long séjour dans le gros intestin, lorsqu’il sera devenu le bol fécal. Mais déjà nous aurons modifié la constitution de ce bol fécal, en assurant une meilleure absorption des aliments transformés au niveau de la muqueuse intestinale.
L’absorption est en effet heureusement modifiée par le massag’e abdominal. A l’appui de cette affirmation, nous ne citerons qüe les expériences de Rubens Hirschberg sur le salol, qui apparaît dans les urines une heure plus tôt après un massag'e de l’abdomen.
Gette accélération de l’absorption est un corollaire de l’accélération de la circulation sanguine, ou plutôt de l’augmentation du débit de sang dans les vaisseaux de l’abdomen, augmentation dont nous allons étudier le mécanisme et les importants effets.
Néanmoins l’action la plus nette et la plus importante du massag’e sur le tube digestif est la régularisation du tonus gastro-intestinal.
Action sur la circulation.
Le massage abdominal est un régulateur de la circulation locale èt par conséquent générale. Certaines manœuvres en effet (foulements, malaxations, pétrissage profond) font baisser la pression sanguine, momentanément par leur action sur les plexus nerveux abdominaux, puis d’une façon durable par leur action diurétique. Elles
80i MASSAGE ABDOMINAL DANS LE TRAITEMENT DES DYSPEPSIES.
font ainsi disparaître la pléthore des organes du ventre, ce qui explique leur mode d’action dans certaines dyspepsies congestives, avec foie gros par exemple. D’autres manœuvres (hachures, frictions et vibrations superficielles) augmentent la pression sanguine et le nombre des pulsations.
La régularisation de ces deux circulations, locale et générale s’obtient grâce à un mécanisme de balancement entre la circulation périphérique et la circulation viscérale, mécanisme de défense démontré par les expériences de François-Franck, et dont nous avons étudié l’application au massage abdominal, dans un travail antérieur (1). Bien qu’elles ne semblent pas au premier abord se rattacher à l’étude des dyspepsies, nous rappellerons ici les conclusions de ce travail, car en réalité le massage agit dans ce genre d’affection bien plus par l’intermédiaire de la circulation que par une action locale pure. Aussi la régularisation de la tension san guine générale amènera-t-elle la régularisation des fonctions abdominales et par conséquent digestives. Voici ces conclusions :
1“ Le massage abdominal est curatif de l'hypertension passagère (migraine prémenstruelle et dyspeptique, fausse angine de poitrine, dyspepsie toxi-alimentaire, chlorose, etc.), préventif de l’hypertension permanente (angine de poitrine, ménopause et ses complications digestives, présclérose, etc.), et utile dans V artériosclérose confirmée.
2° Il augmente la diurèse par l’intermédiaire des vaso-moteurs abdominaux (nerfs splanchniques) qui assurent une circulation plus active dans le rein et dans le foie, favorise l’élimination des poisons et facilite les phénomènes d’osmose.
3“ Il agit par voie réflexe en mettant en jeu les vaso-moteurs abdominaux et périphériques par un mécanisme préétabli qui consiste essentiellement en un phénomène de balancement entre la circulation périphérique et la circulation abdominale.
4" Il soumet ainsi l'appareil vasculaire à une gymnastique qui, en lui conservant son élasticité, retarde l’évolution de l’artériosclérose et assure aussi le bon fonctionnement du système sanguin digestif.
Le malade sera placé sur un lit dur, abordable des deux côtés ; d aura le siège un peu élevé, les cuisses en demi-flexion surle bassin et
\1) Cautru, Mode d’action du massage abdominal sur l’hypertension artérielle {Archives générales de médecine, 17 mai 1904).
dans une légère abduction; il respirera librement; en un mot, il devra mettre et maintenir sa paroi abdominale en état de relâchement
complet.
Le médecin se place en général à droite du malade, debout ou assis, mais en tout cas de façon à être légèrement penché en avant pendant le massage, afin de pouvoir donner, sans trop de fatigue, la force nécessaire. Il se servira de poudre de talc, qui facilite le glissement des mains en faisant disparaître la moiteur de la peau.
Il est toujours bon de recommander au malade d’uriner avant la séance de massage.
Le massage abdominal comprend :
1“ Le massage total du ventre ;
2° Le massage de l’intestin ;
3° Le massage de l’estomac.
Massage du ventre.
Même dans les affections très nettement limitées à l’estomac ou au gros intestin, il est bon, comme nous l’avons dit plus haut, de commencer par un massage du ventre, et ceci pour plusieurs raisons :
D’abord il faut agir sur la circulation abdominale et sur les plexus nerveux, si l’on veut modifier l’état anatomique de tel ou tel organe; ensuite, l’estomac, si c’est lui que l’on masse, étant - en grande partie caché sous les côtes, ne pou rra être atteint complètement que par l’intermédiaire de la masse intestinale ; de plus, les affections de l’estomac s’accompagnent presque toujours d’un trouble du côté de l’intestin grêle (défaut d’absorption et d’assimilation), du gros intestin (constipation ou diarrhée); enfin, le massage du ventre aura souvent pour grande utilité de tonifier les muscles, dans certains cas très affaiblis, de la paroi, devenue impropre à son rôle de sangle abdominale.
Le massage du ventre agit en outre sur le foie et le pancréas, dont il active le fonctionnement.
Il peut être superficiel ou profond.
1° Massage abdominal superficiel. ^ — Il calmant o\i exci¬
tant.
a. Massage superficiel calmant. — Il comprend Veffleurage et les vibrations superficielles.
Effleurage. — L’effleurage est une sorte de frôlement pratiqué avec la face palmaire des deux mains qui agissent simultanément, de
telle façon qu’une main recommence son mouvement avant que l’autre ne l’ait terminé. Cette manœuvre s’emploie dans les cas où il y a sensibilité de l’abdomen, douleur et crises g-astriques et doit toujours précéder un massag'e profond.
Voici, par exemple, en cas de douleur vive au ci’eux épigastrique douleur, comme on le sait, si fréquente chez les dyspeptiques, ce que nous conseillons de faire : le médecin, placé à la droite du malade, pose aplat sa main droite sur le creux de l’estomac, les doigts dirigés vers le sein gauche et servant en quelque sorte de pivot autour duquel tourne la paume de la main. Celle-ci se dirige alors de la fourchette du sternum en bas et à gauche, suivant le bord inférieur des fausses côtes. Pendant que la main droite descend vers la gauche, la main gauche fait un mouvement semblable, mais avec la pulpe des doigts et en descendant vers la droite.
Cette manœuvre doit être faite très rapidement, de façon que la région douloureuse soit toujours en contact avec la paume de la main ou la pulpe des doigts.
L’anesthésie se produit assez vite et nous avons vu maintes fois, par ce procédé, cesser des crises gastriques d’une extrême violence au bout de dix à quinze minutes. Cemassage sédatif ou calmant est en quelque sorte instinctif et il s’est pratiqué de tout temps. Que de fois le médecin arrivant auprès d’un malade atteint de gastralgie, nerveuse ou symptomatique, le trouve se frictionnant avec les mains la région douloureuse. La pratique médicale qui consiste à frictionner doucement l’abdomen des jeunes enfants atteints de coliques, avec des huiles plus ou moins médicamenteuses, agit autant par ce massage léger que par l’absorption douteuse du médicament.
Vibrations superficielles. — A côté de l’effleurage, nous faisons jouer un rôle très important, et dans certains cas prépondérant, aux vibrations superficielles. Rien n’est sédatif comme ce massage qui se pratique en imprimant à la main, posée à plat sur larég’ion douloureuse, une sorte de tremblement produit par la tétanisation volontaire des muscles du bras. Cette manœuvre amène après quelques instants une détente nerveuse générale qui produit, selon les cas, la sédation locale d’une névralgie, la disparition de vomissements tenaces, d’un hoquet incoercible ou de certaines contractures douloureuses des fibres musculaires lisses telles, par exemple, que la contracture du pylore ou un spasme du gros intestin.
b. Massage superficiel excitant. -^Ce massage consiste en une série de percussions digitales, de hachures, de tapotements légers.
ayant pur but de réveiller. Laotien g’iandulo-musculaire endormie des organes du ventre.
Voici comment nous avons procédé pour démontrer l’action de ce mode de massage sur les glandes de l’estomac.
Après avoir fait aux malades un tubage en série, c’est-à-dire après leur avoir extrait et analysé une certaine quantité de suc gastrique, plusieurs fois en une heure et demie après l’ingestion du repas d’épreuve ordinaire— pain et thé, — nous faisions pendant la présence de ce repas dans l’estomac un massage excitant, interrompu seulement par les diverses extractions du suc gastrique. Or, nous constations une extraction plus facile du liquide, arrivant à flots par la sonde, et une accélération de la digestion, tous les chiffres se rapprochant des chiffres normaux de l’analyse.
Nous avons, en outre, maintes fois répété cette expérience de laboratoire qui montre que la moindre excitation produite sur laparoi abdominale d'un chien à fistule gastrique fait sortir abondamment le liquide sécrété.
On doit admettre que les sucs intestinaux, biliaire et pancréatique, participent à cette suractivité de sécrétion, le massag-e excitant ne pouvant agir sur Lune sans agir sur l’autre, puisque toutes sont solidarisées par la circulation et l’innervation.
2“ Massag-e abdominal profond. — Ce massage comprend : les foulements ou 'pressions, le 'pétrissage, les hachures fortes, les vibrations profondes.
Foulements ou pressions. — Ces mouvements se font en appuyant les mains à plat sur l’abdomen, dont on déprime la paroi profondément, mais doucement, pour ne provoquer ni surprise ni douleur ; on laisse alors la paroi revenir sur elle-même et l’on recommence ainsi plusieurs fois. On peut n’employer qu’une seule niain ou les deux mains placées l’une près de l’autre et agissant alternativement. Celles-ci changent de place et opèrent successivement au niveau de l’estomac et des différentes parties de l’intestin.
A ce simple feulement peut s’adjoindre, soit un mouvement de rotation de la main, dont la face palmciire, ne faisant qu’un avec la peau de l’abdomen, déprime la masse intestinale dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est-à-dire de la droite à la gauche du malade, soit un mouvement de propulsion alternative de cette masse, de droite à gauche et de gauche à droite.
Ce mouvement a une double action, locale et générale : il remplace le brassage des aliments insuffisamment fait par le muscle stomacal
chez les dyspeptiques ; il supplée aux contractions péristaltiques de l’intestin, et, agissant sur la circulation abdominale, amène un.retentissement très net sur la circulation générale.
C’est le procédé qu’il convient d’employer chez les hypertendus.
Pétrissage. — A côté des feulements, nous placerons le pétrissage qui n’en est qu’une variété d’ailleurs et dont l’action physiologique est la même.
Gomme son nom l’indique, il s’agit dans ce mouvement, de malaxations, soit à l’aide des poings fermés et promenés alternativement sur les différentes parties du ventre, soit à l’aide des mains successivement ouvertes et fermées et qui saisissent et relâchent perpétuellement les régions avec lesquelles elles se trouvent en contact. Il faut faire ces différents mouvements avec une grande souplesse de toutes les articulations des doigts et du poignet, afin d’éviter la brusquerie qui rendrait ce traitement désagréable au malade.
Hachures. — Les hachures se font avec le bord cubital des mains qui, mues par les articulations très souples des poignets et placées parallèlement, frappent l’une après l’autre d’un coup plus ou moins fort la paroi abdominale. Pour rendre les hachures moins désagréables, il est bon de tenir les doigts écartés, et de les laisser retomber sur le petit doigt, au moment du choc, qui se trouve ainsi très amorti.
Les hachures sont très douloureuses et contre-indiquées chez les sujets atteints soit de dyspepsie avec gastralgie, soit d’entérite ou de névralgie simple de la paroi abdominale. Elles sont mal supportées par les sujets nerveux. Aussi ne les emploie-t-on jamais d’emblée sans avoir fait un diagnostic abdominal complet, et, lorsqu’on les croit indiquées, sans les avoir fait précéder d’un massage calmant superficiel, puis profond et doux.
Leur action locale, cela est facile à comprendre, se manifeste surtout sur les muscles de la paroi abdominale, mais aussi, directement, et par action réflexe, sur les mouvements péristaltiques et antipéristaltiques de l’intestin, mouvements très nettement visibles chez les sujets maigres.
Leur action physiologique générale est diamétralement opposée à celle du massage profond par frottements, pression et pétrissage. Il accélère le pouls et augmente momentanément la pression artérielle.
Vibrations profondes. — Les vibrations profondes diffèrent des vibrations superficielles en ce qu’elles s’accompagnent d’un mouvement de feulement, d’une pression plus ou moins forte de la région abdominale en contact avec la main. Cette manœuvre n’est autre
qu’un tremblement, plus ou moins rapide, communiqué parle bras et l’épaule à la paume de la main ou à l’extrémité des doig-ts servant de conducteurs. Une excellente manœuvre consiste, lorsqu’on veut faire participer aux bénéfices du massage le diaphragme et les organes placés sous sa voûte, à faire faire au malade de fortes inspirations et des expirations prolongées, les mains du médecin étant posées à plat sur le creux épigastrique. Elles suivent les mouvements d’expansion et de dépression de la paroi, et font pendant ce temps-là des vibrations aussi rapides que possible.
On a préconisé pour ce genre de massage d’ingénieux instruments appelés vibrateurs. Ils sont commodes, utiles même dans certains cas, mais, à mon avis, et au dire des malades, ils ne peuvent remplacer les vibrations manuelles.
L’action physiologique des vibrations profondes est une action sédative. Elle tend à abaisser la pression artérielle et à diminuer le nombre des pulsations.
La durée d’un massage abdominal total ne doit pas excéder cinq à six minutes chez les sujets faibles, quinze à vingt chez un sujet encore solide.
Massage de l’intestin.
Le massage de l’intestin grêle ne présente rien de spécial à signaler. Ce n’est autre chose que ce que nous venons de décrire en parlant du massage abdominal. Quant au massage du gros intestin, qu’il s’agisse de constipation ou de diarrhée, voici quelles sont les manœuvres que nous préconisons :
Nous plaçant à droite du malade, nous commençons par le massage de rS iliaque que nous faisons de haut en bas à l’aide de la main droite, pendant que la main gauche, fortement appuyée sur le côté . droit de l’abdomen, immobilise, en la refoulant vers la gauche du malade, la région intestinale massée. Ce massage se compose de pressions, de feulements, de secousses imprimées à l’intestin par l’extrémité des doigts qui descendent du coude g’auche du côlon, sur le trajet de l’S iliaque, et a pour but de déplacer les gaz et les matières contenues dans cette partie de l’intestin en les dirigeant vers le rectum.
Puis nous passons au massage du cæcum et du côlon trans verse. Chez la plupart des dyspeptiques, en dehors même des malades atteints de diarrhée chronique ou de constipation avec ou sans entérite mucomembraneuse, le cæcum est douloureux a la pression. Aussi doit-on commencer doucement le massage de cette région délicate par un
sorte de palper à l’aide de l’extrémité des doig’ts et du bord cubital de la main ; on sent alors ou des matières dures, causes de la douleur, ou chez les diarrhéiques, un bruit de g-arg-ouillement dû à la présence de gaz et de liquide dans une poche atone. Il faut joindre à ce palper quelques vibrations dont l’effet anesthésique ne tarde pas à se produire. Puis on passe à des manœuvres plus profondes et plus énergiques, soit avec l’extrémité des doigts réunis en cône et animés d’un double mouvement de foulement et de rotation, soit avec les poings fermés que l’on enfonce doucement l’un après l’autre en suivant pas à pas tout le trajet du gros intestin, du cul-de-sac cæcal à rS iliaque.
Le D’’ Berne conseille de masser le fond de la vésicule biliaire à l’aide de pressions douces qui auront pour but l’excrétion de la bile dans l’intestin. On devra y ajouter le massage du foie qui se fera grâce à des mouvements profonds d’inspiration et d’expiration, les deux mains situées à plat, l’une en avant, l’autre en arrière de la région hépatique, pratiquant une énergique expression de cette région.
Les angles droit et gauche du côlon échappent à nos manœuvres. Pour essayer de les atteindre, il faut placer les mains comme si l’on voulait rechercher un rein flottant et on imprime aux deux mains ainsi placées, l’une en avant, au niveau du flanc, l’autre en arrière, un mouvement de rotation et de vibration quipénètre jusqu’à la région cachée sous les côtes, près du foie à droite, de la rate à gauche.
On peut aussi faire, sur tout le trajet du gTos intestin, des hachures, des tapotages plus ou moins profonds qui ont plus spécialement pour but d’exciter la contractilité musculaire de la paroi et de l’intestin, les manœuvres précédemment décrites, foulement, pétrissage, etc., s’adressant surtout à la circulation profonde des vaisseaux de l’abdomen et à la marche des matières et des gaz vers le rectum; les vibrations s’adressant à l’élément nerveux et musculaire également.
Massage de l’estomac.
Lorsque dans le massage abdominal on visera plus spécialement 1 estomac, il suffira de se rendre compte de l’effet que l’on veut obtenir. On se rappellera que le massage superficiel calmant, décrit ci-dessus, agit dans les gastralgies d’origine nerveuse, les contractures du pylore, les crises gastriques symptomatiques, les sensations de
brûlure, de pesanteur, de g-onflements pénibles accompagnant les digestions, qu’on peut faire ce massage dans tous les types chimiques, avant ou après le repas, et qu’il n’a aucune contre-indication. Il se compose d’un effleurage léger, de vibrations superficielles du creux épigastrique, de frictions douces de toute la région de l’estomac, même sur les côtes et les fausses côtes de l’espace de Traube.
. Cette friction de la peau amène assez rapidement une sensation de détente nerveuse, de chaleur agréable, et la douleur ne tarde pas à disparaître.
Le massage superficiel excitant fait au niveau de la région gastrique sous forme de tapotements légers, de hachures, etc., pourrait être appelé, que l’on nous passe l’expression, « apéritif» ou « digestif » selon qu’on le pratique avant ou après les repas.
On l’emploie aussi dans les cas d’atonie gastro-intestinale, dans l’hypopepsie et surtout chaque fois qu’il y a ralentissement de l’évolution digestive. Il est contre-indiqué dans l’ulcère en évolution, le cancer, dans les dyspepsies douloureuses, les gastrites aiguës et chaque fois que l’évacuation est trop rapide ou la sécrétion glandulaire exagérée .
Le massage profond de l’estomac comprend les manipulations faites plus spécialement au niveau de la grande courbure et du creux épigastrique, mais, nous le répétons encore, c’est par le massage du ventre que l’on agit surtout, quelle que soit la dyspepsie. Celui-ci amène des changements continuels de pression sanguine abdominale et générale ainsi qu’en témoignent les recherches de Stapfer et les nôtres. Il active la circulation qui finit par se régulariser. Les stases veineuses sont supprimées et la bonne nutrition des parois g’astrointestinales assure un fonctionnement glandulaire régulier. Chez des pléthoriques dont les digestions pénibles (pesanteurs, gaz, brûlures, rougeur de la face, etc.) n’étaient dues en somme qu’à un trouble dans l’osmose au niveau des capillaires de la muqueuse gastro-intestinale, nous avons souvent remarqué que tout rentrait dans l’ordre après quatre ou cinq massages et dès que la poussée diurétique s’était produite.
Toutefois, dans les grandes dilatations de l’estomac, en dehors naturellement des cas de sténoses pyloriques permanentes plus ou moins complètes et qui sont du ressort de la chirurgie, il y a intérêt à pratiquer quelques manœuvres un peu spéciales ayant pour but de tonifier la tunique musculaire de l’estomac et d aider 1 évacuation 8’astrique.
Le massage tonique se fait à Faide des frictions, des foulemenls des pressions avec tremblements, des malaxations, des hachures, des vibrations profondes, etc. Un excellent mode de malaxation est le suivant : On se place à gauche du malade que Fon prie de se pencher légèrement sur le côté droit, afin de permettre à la grande courbure! de se dégager un peu de l’espace de Traube pour se rapprocher de la ligne médiane. Plaçant alors les deux mains à plat et parallèlement au niveau de Fhypocondre gauche du malade, le médecin, la pulpe des doigts en avant et les pouces en arrière, cherche en quelque sorte à saisir à pleines mains Forgane dilaté.
Le massage évacuateur se fait à Faide de pressions avec mouvements de tremble, exécutés de gauche à droite. Rubens Hirschberg conseille d’écarter les doigts d’une des deux mains dans les espaces interdigitaux et de former ainsi une sorte de peigne que Fon promène profondément de la grande courbure vers le pylore.
Nous employons le plus souvent avec succès les vibrations profondes, notre main droite étant placée aussi haut et aussi profondément que possible sous les fausses côtes droites, de façon à exciter la contraction des fibres musculaires lisses de l’estomac.
L’action tonique du massage profond est démontrée par la diminution progressive de la dilatation qui disparaît à la longue, les analyses successives du suc gastrique indiquant en meme temps une amélioration parallèle dans le travail glandulaire.
Quoi qu’il en soit des procédés du massage appliqué à l’abdomen, il sera souvent indispensable qu’ils soient exécutés par le médecin ou au moins sous sa direction, celui-ci pouvant seul apprécier les indications, qui changent si souvent d’un jour à l’autre avec l’état du malade.