IV. — Forme grave
Cette forme peut être caractérisée : 1“ par une viciation très prononcée de la motricité ; 2® par un degré d’hyperesthésie très accusé; 3® par l’association des deux états.
1® Prédominance des viciations de la motricité. — Les malades neurasthéniques au teint pâle, amaigris, constipés, au ventre flasque et déprimé, vident difficilement leur estomac qui renferme encore une quantité de liquide appréciable longtemps après le repas (dilatation de Bouchard).
L’électrisation peut répondre aux indications qui se posent : a) agir sur l’état général ; b) agir sur la motricité.
a) Agir sur l'état général. — Nous n’insisterons pas sur la manière de calmer l’état nerveux, nous l’avons exposée dans un paragraphe précédent (Voy. p. 826).
h) Exciter la motricité. — Les expériences de physiologie nous montrent que l’on peut admettre, comme nous l’avons vu plus haut, que les applications sur la région épigastrique produisent des modifications certaines dans la tension et la . tonicité stomacales, comme Bordier et nous-même avec Laquerrière avons pu le montrer.
Les applications faites avec une sonde introduite dans l'estomac, l’autre pdZe étant à la paroi, excitent aussi, manifestement, la contractilité stomacale, ainsi qu’il ressort des remarques déjà anciennes de K-Ussmaul, Rosenheim, etc. Ewald a pu même constater par l’épreuve dusalol que la motricité de l’organe était augmentée. Ducchessi, après avoir introduit un ballon dans l’estomac et après avoir faradisé, a pu inscrire sur le tambour inscripteur de belles courbes repiroduisant les
contractions de l’organe. Einhorn, dans plusieurs mémoires, a montré que la faradisation pariéto-intrastomacale produisait des contractions péristaltiques ; nous-même, avec les ballons de Morat, avons pu voir que la faradisation avec une bobine à fil fin avait une action manifeste sur la contraction des fibres stomacales, et que cette action était plus marquée qu’avec le courant galvanique.
On doit donc admettre, quand on place un pôle dans l’estomac et un pôle sur un point quelconque du corps, que l’on provoque ainsi des contractions de l’organe, soit avec le courant galvanique, soit avec le courant faradique.
Quelle conclusion pratique peut-on tirer de ces faits physiologiques? C’est qu’on peut intervenir dans la dyspepsie grave, par des applications extragastriques et des applications intragastropariétales ; mais comme l’électrisation extragastrique est plus facile à appliquer, c’est à elle qu’il faut d’abord avoir recours.
Méthodes percutanées. — Dés procédés multiples ont été utilisés par les différents auteurs, il serait trop long de les énumérer, aussi allons-nous nous borner à en esquisser quelques-uns.
Duchenne faradisait au pinceau la région épigastrique. Von Ziemssen galvanisait l’estomac avec une intensité de 10 à 15 milliampères, en plaçant une électrode au dos et une autre sur l’abdomen ; il terminait la séance par quelques inversions de courant^ de façon à provoquer des secousses musculaires, A la fin de la séance, il faisait de la faradisation au pinceau comme Duchenne.
Beard et Rockwell plaçaient sur l’épig'astre une électrode de 100 centimètres carrés, reliée au négatif d’une batterie galvanique, et un tampon relié au positif sur les points d’excitation du pneumogastrique, avec une intensité de 8 à 10 milliampères.
Glatz alternait la galvanisation de l’estomac avec la galvanisation du grand sympathique et la faradisation généralisée.
A. Weill, Bordier, Larat, Castex conseillent le courant de Morton ou franklinisation hertzienne.
D’autres préfèrent la voltaïsation sinusoïdale, ou la galvanisation des pneumogastriques au niveau du cou avec 5 à 10 milliampères pendant dix minutes.
Nous donnons, avec Erb, la préférence à la galvano-faradisation et en voici les raisons.
Le courant faradique agit sur la musculature abdominale, amène des modifications de tension intragas trique, active la sécrétion, produit un massage énergique de l’estomac.
DYSPEPSIE NERVEUSE
Le courant galvanique pénètre profondément et agit lui aussi sur la sécrétion, sur les phénomènes douloureux et enfin sur la motricité, en excitant le plexus solaire, centre régulateur du fonctionnement de l’estomac. L’application doit être faite au moment de la digestion.
On place deux très larges électrodes de 300 centimètres carrés chacune, une au dos, et l’autre sur l’estomac. On relie l’électrode abdominale au pôle positif et l’électrode dorsale au pôle négatif de la source galvano-faradique, qui est constituée par un appareil galvanique quelconque, et une bobine faradique à fil moyen. On commence d’abord par débiter le courant galvanique, mais alors qu’Erb le portait seulement à 15 ou 20 milliampères, nous n’hésitons pas à arriver rapidement à 40, 50, 100 milliampères. On engaine ensuite immédiatement la bobine faradique dans l’inducteur, jusqu’à ce que le patient perçoive une sensation de vibration assez énergique, qu’on gradue selon l’intensité qu’on veut obtenir. La durée de la séance doit être de dix, vingt et même trente minutes, si on le juge nécessaire.
En général, immédiatement après la séance, les malades éprouvent une sensation très manifeste de soulag'ement, et cette sensation persiste même bientôt dans l’intervalle des séances, comme nous avons pu le constater bien des fois. Peuà peu, les sensations de lourdeur, de gonflement, de tension s’atténuent, et nous avons vu souvent des guérisons qui ont résisté à l’épreuve du temps.
Méthode intragastropariétale. — Ce procédé, utilisé déjà par Kussmaul, Rosenheim, Bardet, Ewald, etc., est surtout préconisé actuellement par Max Einhorn. Il est moins commode à appliquer que le précédent, aussi doit-il être réservé aux cas exceptionnels. Il faut avoir recours, d’après Einhorn, à la gastro-faradisation qui augmente la sécrétion gastrique et active la motricité stomacale.
Elle se pratique avec une électrode particulière, dite électrode déglutissable^ qu’on introduit dans l’estomac, qu’on a au préalable distendu par un léger déjeuner ou un verre d’eau. Une autre électrode large est placée cinq minutes à l’épigastre et cinq minutes au dos. Recourant doit être assez fort, mais il ne doit pas être douloureux. La bobine doit être actionnée par un trembleur rapide.
2“ Prédominance des viciations de la sensibilité. — Méthodes percutanées. — Lorsque les phénomènes sensitifs prédominent, ils s’accompagnent pourtant presque toujours des troubles qui traduisent l’insuffisance delà motricité stomacale. Nous utilisons contre eux la galvano-faradisation, mais nous essayons d’élever 1 intensité galvanique au-dessus de 100 milliampères. Nous agissons, en somme, comme nous
l’avons décrit à propos de la. forme douloureuse, avec cette différence qu’un courant faradique est associé au courant continu ; son utilisation a pour but de lutter contre les phénomènes moteurs concomitants.
Méthode intragastropariétale. — Einhorn pratique la gastrogalvanisation ; il fait avaler à son malade un verre d’eau, et il introduit dans l’estomac une électrode déglutissable, qu’il relie au pôle négatif de la batterie. Après s’être assuré que l’olive est dans l’estomac, il place une électrode indifférente positive à l’épigastre, pendant deux minutes ; il la promène ensuite pendant trois minutes de haut en bas sur la région gastrique, une minute sur la 7® vertèbre dorsale et à gauche.
L’intensité employée est de 15 à 20 milliampères.
Les séances ont lieu tous les deux jours pendant trois semaines; deux fois par semaine pendant trois semaines ; une fois par semaine pendant un mois. Nous n’avons aucune pratique de la méthode de Einhorn, nous pouvons seulement dire que son auteur publie des statistiques des plus encourageantes : sur 118 cas, 79 guérisons, 32 améliorations ; — sur 21 cas, 14 guérisons, 6 améliorations; — sur 38 cas, 27 guérisons, 8 améliorations.
3“ Les viciations de la sensibilité et de la motricité coexistent. — On peut combiner les méthodes que nous venons de décrire: nous donnons la préférence à la galvano- faradisation (Voy. page 830').
Nous dirons enfin que bien souvent nous avons vu des dyspepsies de cet ordre guérir chez des malades atteints de constipation habituelle ou de colite muco-membraneuse, que nous avons soumis a notre méthode de traitement (1), dès que nous étions arrivé à établir la régularité des garde-robes.
STÉNOSE INCOMPLÈTE DU PYLORE. — HYPERSÉCRÉTION
L’hypersécrétion est consécutive, d’après Soupault, à la sténose du pylore, dont le point de départ est un spasme de ce sphincter.
L’électricité n’a pas la prétention d’empêcher la production anormale delà sécrétion, mais nous pensons qu’on peut utiliser son action antispasmodique (courant continu) sur le spasme du pylore, absolument comme nous l’avons pratiqué dans le spasme de l’intestin (1). Nous
(1) Delherm, Le traitement de la constipation habituelle et de la colite mucomembraneuse par l’électricité. Thèse de Paris, 1903. et L.4.qüerrière et Delherm, même sujet. Annales d’Eleclrobiologie n°^ 2, 3, 4, S, année 1903.
STÉNOSE INCOMPLÈTE DU PYLORE. HYPERSÉCRÉTION.
croyons en outre qu’il est possible de calmer les douleurs tardives qui accompagnent cet état pathologique de l’estomac, en agissant sur le pylore, la muqueuse et le plexus solaire par les hautes intensités galvaniques (action analgésique du courant (Voy. page 828).
Dans ce but, nous avons utilisé les larges électrodes (300 centimètres carrés) de terre glaise d’Apostoli ; nous les avons appliquées une sur l’estomac et une autre au dos, et nous avons fait passer pendant une demi-heure et même une heure, des intensités qui n’ont jamais été inférieures à 100 milliampères et que nous avons parfois portées à 200 et 250 milliampères.
A l’aide de l’esthésiomètre de Roux, nous avons mesuré la pression nécessaire pour provoquer la douleur avant et après l’opération, et nous avons trouvé qu’il était nécessaire, après l’application, d’exercer une pression plus forte de 500 à 1000 grammes ; il y avait donc anesthésie plus ou moins marquée de l’irritabilité du plexus. Chez quelques malades, soumis à un traitement suivi, nous avons pu étudier de près la régression de la douleur pendant une certaine période de temps. Un de nos malades notamment éprouvait au début du traitement la sensation douloureuse avec une pression de quelques cents grammes, et après la vingtième séance, il fallait, pour la produire, 2500 grammes, c’est-à-dire que la douleur n’existait pour ainsi dire plus.
Au point de vue pratique, nous avons presque toujours remarqué que les sujets souffraient moins après la séance, et que cette analgésie persistait après les premières séances pendant huit, dix, quinze heures. Notamment certains malades qui étaient réveillés vers les deux heures du matin par leur douleur, n’en étaient plus incommodés la nuit qui suivait la séance. Ultérieurement du reste les troubles ont disparu complètement, comme nous l’avons vu dans une dizaine de cas.
Nous ne pouvons tirer de là que l’électrisation doit absolument être substituée aux alcalins, mais nous pensons que, lorsqu’ils sont mal tolérés, quand ils provoqueront de la constipation, et dans les crises très douloureuses, elle peut rendre des services très appréciables.
Nous avons employé le même traitement dans \es gastrites douloureuses.
Dans deux cas &e crises gastriques tabétiques , la même méthode a calmé complètement la crise chez l’un, etle secondn’aplus eu de crise depuis l’application du traitement, il y a un an, alors que les crises étaient mensuelles.
Nous donnons ces deux faits à titre d’indication, sans vouloir en tirer de conclusions, étant donné le petit nombre de cas observés. On a SoupAULT. — Mal. de l’estoiiiac.
également essayé la radiothérapie. Personnellement nous avons eu deux malades calmés par ce procédé.
On a dans ces derniers temps essayé de traiter le cancer de l’estomac à l’aide des rayons X.
Le travail le plus complet sur cette question est dû à Doumer et Lemoine (de Lille) qui ont pu soigner vingt malades environ atteints de cette affection.
Trois de leurs sujets ont guéri, et dans un cas la guérison s’est maintenue depuis un an; un quatrième malade est en voie de guérison ; un cinquième, dont l’amélioration avaitété très rapide, a fait une rechute.
Dans les autres cas, la maladie a suivi son cours ; pourtant les douleurs ont très souvent été calmées et ont même disparu parfois ; les vomissements se sont espacés ; l’alimentation a pu se faire, et les malades ont eu de ce chef des augmentations de poids, et une amélioration temporaire. Doumer et Lemoine répondentpar avance à l’objection que leurs malades guéris étaient atteints de linite plastique, que cette affection est considérée maintenant comme un cancer épithélial et qu’elle amène toujours la mort à sa suite. Ils font remarquer ën outre que, même s’il s’agissait de tumeurs fibreuses développées autour d’anciens ulcères, le résultat obtenu n’en serait pas moins appréciable ; et ils concluent que, si les éffet^, oh tenus à l’aide des rayons X ne sont pas aussi constants qu’on l’aurait désiré, ils ne sontpourtantpas néglig’eables. Avec Laquerrière, nous avons traité environ une dizaine de cancéreux, et nous devons avouer que nous n’avons eu a enregistrer aucun cas de guérison.
Dans quelques cas, nous avons obtenu pour un temps les améliorations symptomatiques très nettes (douleur, vomissements) que signalent Doumer et Lemoine. Un de nos malades a même eu une augmentation de dix kilos en trois mois. Le cas est trop récent du reste pour que nous puissions conclure à la guérison.
Nous pensons que s’il est actuellement quelque peu chanceux d’escompter la guérison du cancer de l’estomac, à l’aidé des rayons X, on doit pourtant en attendre des améliorations symptomatiques dans bien des cas, ce qui suffit amplement à justifier leur emploi.
Peut-être pourra-t-oa espérer mieux quand on sera en possession de générateurs et d’ampoules plus puissantes, et qu’on sera arrivé à insensibiliser la peau à l’action des rayons X.