ETAT ACTUEL
repas. D’autres fois, la première phase de la digestion est tout à fait bonne ou à peine troublée et ce n’est qu’au bout de deux, trois, cinq heures et plus que les phénomènes plus ou moins intenses apparaissent : on les désigne sous le nom de troubles tardifs.
Il importe de bien préciser toutes ces variations dans la nature, dans l’intensité, dans le moment des douleurs ; la netteté du diagnostic en dépend.
Un phénomène fréquemment indiqué par les malades est que l’ingestion d’aliments et de boissons calme momentanément les douleurs. Nous verrons qu’il a une certaine importance diagnostique. :
Après avoir étudié la digestion du repas de midi, il faut connaître ce qui se passe après le repas du soir. Le dîner est-il copieux ou léger? De quoi est-il composé? A-t-on l’habitude de boire un petit verre, de fumer, de travailler après le dîner? Sort-on? Ou se couchet-on de bonne heure? Quelles sont les sensations éprouvées, les mêmes qu’après le repas de midi, plus faibles, plus fortes? Habituellement le même type dyspeptique se reproduit, plus léger ou plus intense selon les cas. Il faut savoir si les troubles se reproduisent avant la mise au lit, ou s’ils viennent interrompre le sommeil; si celuici est calme ou entrecoupé de cauchemars ; s’il est meilleur dans la première ou la deuxième partie de la nuit. Il est nécessaire de se rendre compte de tous ces détails avec minutie.
La réponse à ces questions est, dans beaucoup de cas, facile àobtenir . Mais parfois les malades avouent qu’ils n’observent dans leurs troubles dyspeptiques aucune régularité; que les douleurs sont d’un jour à l’autre inégales comme intensité, comme durée, comme nature ; qu’elles peuvent survenir tantôt à une heure, tantôt à une autre ; que, légères un jour, elles sont le lendemain fort violentes. Les vomissements, les éructations sont également très variables dans leur apparition et dans leurs allures cliniques ; Ils peuvent , survenir tantôt plusieurs fois par jour, tantôt à intervalles variables. En un mot, les troubles dyspeptiques offrent trop d’irrégularité pour être décrits. Il faut alors s’attacher à étudier chaque symptôme en particulier afin de voir ce qu’il présente de caractéristique.
La gastrorragie est un phénomène dont la valeur sémiologique et diagnostique est des plus importantes et qui doit être recherchée d’une façon toute particulière. La gastrorragie se produit le plus souvent sous forme à'hématémèse qui n’échappe guère à l’attention du médecin, ou sous forme de mélæna, qui peut assez facilement passer
INTERROGATOIRE DU MALADE
inaperçu du malade si la quantité de sang- rendu n’est pas abondante. C’est par la pâleur des tég-uments, la décoloration des muqueuses, la faiblesse, la tendance aux lipothymies que l’on pourra alors diagnostiquer ces g-astrorrag-ies frustes.
Troubles fonctionnels des autres orgfanes. — Après avoir ainsi parcouru la sémiologie de l’estomac, il reste à s’enquérir des trou~ blés fonctionnels desautres organes. La dyspepsie est souvent d'origine réflexe et ne peut être guérie si on ne traite pas, en même temps que les troubles de l’estomac, les organes qui en sont le point de départ.
Il faut chercher avec grand soin à connaître l’état des fonctions intestinales: les différentes variétés de constipation (constipation sèche, constipation avec débâcles diarrhéiques, fausse diarrhée de constipation, constipation avec production de fausses membranes, diarrhée chronique avec ou sans poussées de diarrhée aiguë). Les troubles de la défécation s’accompagnent-ils de coliques, avec ou sans rapport avec les repas? Y a-t-il des gaz, des flatulences intestinales, desborborygmes? Existe-t-il des hémorroïdes? La défécation est-elle normale ou s’accompagne-t-elle de douleurs, pendant ou après?
Les maladies du foie et tout spécialement la lithiase biliaire sont souvent l’origine de troubles gastriques, de fausses gastralgies qui égarent souvent le diagnostic et méritent pourtant d’être reconnues, car un traitement approprié en a souvent raison. On conçoit donc combien il est important de connaître l’existence de troubles hépatiques francs et de dépister les phénomènes frustes.
IL état des reins et des voies urinaires doit toujours être recherché. Il faut toujours examiner ou faire examiner complètement les urines chez les dyspeptiques de toute catégorie. Chez les gens âgés, cette enquête est peut-être plus nécessaire encore. Il n’est pas rare que la néphrite, la cystite ou l’infection des voies urinaires engendre un syndrome dyspeptique assez grave pour simuler parfois le cancer de l’estomac. De même la dyspepsie de moyenne intensité est souvent un signe de petite urémie, au même titre que les céphalées, la dyspnée QU le doigt mort, auxquels elle est d’ailleurs souvent associée.
Des troubles cardiaques et pulmonaires accompagnent souvent les gastropathies. Ils en sont, tantôt la cause (asystolie, emphysème, tuberculose, pleurésie, etc.), tantôt l’effet (palpitations, oppressionpar refoulement du diaphragme, pseudo-asthme, pseudo-angine de poitrine).
Les malades insistent d’eux-mêmes sur les troubles nerveux et se perdent même souvent dans un luxe de détails extraordinaire. Il
TROUBLES FONCTIONNELS DES AUTRES ORGANES. Il
faut savoir les modérer et les diriger : les stigmates neurasthéniques et hystériques seront relevés méthodiquement (vertiges, céphalées, migraines, clous à la nuque, plaque sacrée, fatigue du matin, sensation de houle à la gorge, crises de nerfs et; pseudo-lipoth\TQies, crampes, tremblements, phénomènes tabétiques, etc., etc.). Nous ne pouvons, sur ce point, que donner des indications générodes, laissant au tact et à la science de chacun le soin de pousser l’interrogatoire dans une direction déterminée.
Il faut se rappeler que les troubles dyspeptiques ne sont souvent que J a manifestation d'une maladie infectieuse aiguë ou chronique ou d’une intoxication^ ou encore d’ün état diathésique. Beaucoup de maladies aiguës ou subaiguës débutent par une période latente qui se prolonge pendant un temps plus ou moins long et pendant laquelle des phénomènes dyspeptiques d’intensité et de nature variables donnent le change sur le véritable diagnostic. D’ordinaire, l’état de la langue, du pouls et de la température permettront de reconnaître les cas de ce genre.
Outre l’alcoolisme, d’autres intoxications comme le saturnisme, l’arsenicisme, l’intoxication chronique par l’oxyde de carbone, l’empoisonnement par l’opium et ses sels, surtout la morphine, et d’autres intoxications moins fréquentes sont capables d’engendrer des troubles dyspeptiqi^s à allures d’ordinaire bizarres. Il faut avoir toujours l’attention^veillée sur ces faits. L’histoire de l’empoisonnement par le plomb est surtout très fournie en cas de ce genre.
Rappelons enfin que les maladies de la nutrition, goutte, diabète, obésité, et en général les états qui relèvent de la diathèse arthritique, comptent au nombre de leurs manifestations les plus fréquentes la dyspepsie. Il est assez difficile d’indiquer par quel mécanisme celle-ci apparaît, et, cependant, il semble bien qu’elle ait sinon des allures cliniques originales, du moins une pathogénie bien particulière, puisque le traitement applicable à ce groupe d’affections la fait rétrocéder plus ou moins complètement.